‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieurs. Nouv. éd., conforme aux programmes de 1880Chapitre 51 sur 411 · Non primo Csesar daniiiavil muiiera visu · texte numérisé non relu

Non primo Csesar daniiiavil muiiera visu

Averlilipic oculos: vultus, iliiin creileret, liajsil; Ijtqiic liilein vidil sceleris, lulumque putavit .lam bonus esse socer, lacrymas non sponte cadenles Klfudil, gemilus»que cxpressil peclore l»to, Non aliter manifesta poictis absconden^ mentis

Gaudia ijuàm lacrymis

Quisijuis le flcrc coegil

Impclus, à verà longe picUte reccsfiit.

(Phav. IX, T. lO.'îl.)

Examine en secret sa joie et ses douleurs. Les balance, choisit, laisse couler des pleurs; Et, forçant, sa vertu d'être encor la maîtresse. Se montre généreux par un Irait de foiblesse '.

Quand il reçoit Gornélie prisonnière, ses respects semblent la réparation d'une injuste disgrâce:

0 d'un illustre époux noble et digne moitié. Dont le courage étonne, et le sort fait pitié !

Plût au grand Jupiter, pliit à ces mêmes Dieux Ou'Annibal eût bravés jadis sans vos aïeux, Que ce héros si cher dont le ciel vous sépare N'eût pas si mal connu la cour d'un roi barbare, Ni mieux aimé tenter une incertaine foi Que la vieille amitié qu'il eût trouvée en moi !

Alors, foulant aux pieds le discord et l'envie, Je l'eusse conjuré de se donner la vie, D'oublier la victoire, et d'aimer un rival, Heureux d'avoir vécu pour vivre son égal : J'eusse alors regagné son âme satisfaite Jusqu'à lui faire aux Dieux pardonner sa défaite; 11 eût fait, à son tour, en me rendant son cœur, Que Rome eût pardonné la victoire au vainqueur *.

L'iiistoire nous permet-elle de croire à la sincérité de ces beaux élans ? C'est chose fort douteuse ; car ils sont rares, pour ne pas dire impossibles, ces traités de paix entre des rivalités orgueilleuses et jalouses. On ne voit guère ni les vaincus se résigner, ni les vainqueurs se modérer en philosophes. Mais il suffit que ces mouvements éloquents se fassent applaudir, et honorent l'âme humaine. Après tout, cette chevalerie est ici d'une parfaite convenance, et répondit un jour aux vœux chimériques des meilleurs citoyens. Ne cherchons donc, pas des arguments contre notre enthousiasme. Soufirons même que, dans

1. En face de son ennnemi, César nous rappelle Paul-Émile allant, dit Plutarque, les yeux baignés de larmes, à la rencontre du roi Persée, vaincu et captif.

2. Acte III, se. IV. C'était le vœu des poètes et du peuple. Dans VÉnéide, Virgile fait voir unies et encore sœurs les âmes de César et de Pompée:

Concordes animœ nunc, et dùm nocte preinuiUur.

d'autres rencontres, César ait parfois trop d'emphase, et tâchons d'oublier l'impassible simplicité dont témoigne le style de ses Commentaires .

iSous regretterons seulement qu'afin de satisfaire au goîit romanesque de son public, Corneille ait transformé ce grand homme en Amadis provoquant les géants pour les beaux yeux d'Oriane, ou en héros de la Fronde associant la galanterie aux intrigues politiques. Ne souffre-t-on pas de l'entendre dire à Cléopàtre :

Oui, reine, si rjneq l'iin dans ce vaste univers, l'ouvoil porter plus liant la gloire de vos fers, S'il éloit quelque trône où vous pussiez paroilrc Pins haulenuMit assise en ca|ilivant son maître, J'irois, j'irois à lui, moins pour le lui ravir Que pour lui disputer le droit de vous servir.

Mais, n'abusons point de ces faiblesses contre un beau génie qui ne pouvait impunément s'atïranchir de la mode; mieux vaut le plaindre d'en avoir subi les exigences, et imputer à son temps les travers sans lesquels il aurait couru le risque de déplaire. Si le caractère de César rap- ])elle trop l'Alexandre de Racine soupirant pour Cléopiiie, il n'en mérite pas moins cette louange de Cornélic :

0 ciel ! que de vertus vous me faites haïr ' !

CuriK'lie. Le veuvage |»«>liti)iiic. La feiitiiic sous l'Iii'roïiit'. — Le rôle de Gornélie est encore plus relevé. Presque toutes les pièces de Corneille nous offrent des personnages qui, tout en ayant leurs traits individuels, sont des types généraux dans lesquels il a représenté les passions ou les intérêts d'un peuple, d'une classe, d'une caste 'K

1. Aclclll, se. IV. A mesure que le dénouement approciie, Corneille .se sépare davanlapp de Luc.iin, et relevé son héros par le sublime: témoin cet honimago rendu aux cendres de Pompée:

Restes d'un demi-dieu dont à peine je puis Kgaler le prand num, tout vainqueur que je suis, De vos traîtres, dit-il, voyez punir les crimes Attendant ces autels, recevez ces victimes.

2. Tels sont Nicomcde, Sertorius, Virialhc, Prusias, h Phénicienne Sophonisbe, et rAfriiainf Erjic.

Telle est la veuve de Crassus et de Pompée. En elle respire la fierté de l'aristocratie romaine, avec ses regrets et ses espérances. Vraiment digne de ce Sénat qui défendit de pleurer les morts de Trasimcne, et remercia le consul plébéien Varron de n'avoir pas désespéré de l'avenir après le désastre de Cannes, cette fille de Scipion porte en son cœur l'âme de la République^ Nourrie des antiques maximes, elle parle au nom de ces intransigeants qui protesteront par l'épée de Caton, en attendant le poignard de Brutus.

Dès qu'elle apparaît, on respecte en elle la matrone romaine dont la majesté est encore rehaussée par le deuil auguste d'une impérissable mémoire. Elle veut venger non seulement la mort d'un époux, mais la défaite de son parti. On a même pu se demander si le héros ne lui tient pas au cœur beaucoup plus que le mari. Mais bornons-nous à dire que sa passion politique est la forme nécessaire de sa fidélité conjugale. Car l'héritière d'une cause à laquelle furent unies les destinées de Rome et du monde ne saurait être considérée comme une veuve ordinaire. Le nom qu'elle porte est une responsabilité d'honneur. Elle a le devoir de s'écrier :

0 vous, à ma douleur objet terrible et tendre, Éternel entretien de baine et de pitié, Restes du grand Pompée, écoutez sa moitié ! N'attendez point de moi de regrets ni de larmes : Un grand cœur à ses maux appelle d'autres charmes.

Moi! je jure des Dieux la puissance suprême, Et, pour direencor plus, je jure par vous-même, De n'éteindre jamais l'ardeur de vous venger ^.

Si, dans une condition privée, les obligations de Ja famille, le soin des enfants et le souci des affaires domestiques s'imposent à la mère qui survit, et peuvent étouffer

1. L'âme du jeune Crasse, et celle de Pompée, L'une et l'autre vertu par le malheur trompée. Le sang des Scipions, protecteurs de nos Dieux, Parlent par votre bouche, et brillent dans vos yeus.

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