‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieurs. Nouv. éd., conforme aux programmes de 1880Chapitre 79 sur 411 · L'histoire l'appelle Antislie. x · texte numérisé non relu

L'histoire l'appelle Antislie. x

Unissons ma vengeance à votre politique , Pour sauver des abois toute la République.

Elle figure donc cette classe moyenne qui ne transige pas avec un maître, quel qu'il soit.

Dans le troisième acte, le caractère de Pompée est traité avec convenance. Si la nécessité l'a réduit à passer au camp de Sylla', il réserve son indépendance pour l'avenir, et tente ainsi son apologie :

Lorsque deux factions divisent un empire,

Chacun suit au liasard la meilleure ou la pire, ,

Suivant l'occasion ou la nécessité.

Le plus juste parti, difficile à connoitre

Nous lais?:e en liberté de nous choisir un maître.

Il a cette mélancolie des citoyens honnêtes, mais indécis et timides, qui. dans ces crises où s'éclipse la lumière du droit, ne savent ])lus ce qu'impose le devoir, et légiliineut parfois leurs faiblesses par l'apparence du bien public. Il l'avoue, quand il dit :

Je m'abandonne au cours de sa félicité, Tandis que Ions mes vœux sont pour la liberté! El c'est ce qui me force à parder une place Ou'usurperoient sans moi l'injustice et l'audace.

Dans la réponse de Sertorius, Corneille se montre historien aussi profond que Montesquieu dans le Dialogue de Sylla et d'Eucrale. Il fait ressortir l'inconséquence du dictateur qui donne l'exemple de la tyrannie^, sous prétexte de restaurer l'ordre par le Sénat, et d'assurer ainsi la liberté:

Comme je vous estime, il m'est aisé de croire One <le la liberté vous feriez votre gloire, One votre ànu! en secret lui donne tous ses vœux; Mais, si je m'en rapporte aux esprits soupçonneux,

.le lui prèle mon bras, sans cnpappr mon àme.

Nous cr.TÎRnons votre eicmplc, ft doutons si dans Rone

Il u'inslruil point le peuple a prendre loi d'un liDmi; e.

Vous aidez aux Romains à faire essai d'un maître, Sous ce flatteur espoir qu'un jour vous pourrez l'être. La main qui les opprime, et que vous soutenez . Les accoutume au joug que vous leur destinez; Et, doutant s'ils voudront se laire à l'esclavage, Aux périls de Sylla vous tâtez leur courage.

A ces soupçons ou à ces craintes Pompée riposte avec autant d'esprit que de vérité par cet argument personnel :

Ne vit-on pas ici sous les ordres d'un homme? N'y commandez-vous pas, connue Sylla dans Rome ? Du nom de dictateur,, du nom dégénérai, Qu'importe, si des deux le pouvoir est égal?

La conclusion de cet entretien, c'est que la République n'a plus d'avenir. Ses amis lui sont aussi redoutables que ses ennemis. Tous les partis travaillent également à sa ruine, les uns par ambition, et le sachant, les autres sans le vouloir, et par les mesures mêmes qui croient sauver un régime perdu. En relevant l'impuissante autorité du Sénat, en écrasant la démocratie, et loulant les provinces, Sylla va droit au même but que Marius convoitant le pouvoir au nom du peuple, et ayant l'audace de l'usurper, mais sans avoir ni les talents qui le méritent, ni l'habileté qui le consolide. Sertorius lui-même, sous apparence de sauvegarder l'ordre légal, est le premier à mépriser les lois, et prépare ainsi l'avènement de l'Empire.

A elle seule, cette conférence de Sertorius et de Pompée suffirait à expliquer des applaudissements qui étouffèrent les clameurs de l'envie. Corneille se retrouvait tout entier dans les beaux vers que voici :

Si je commande ici, le Sémt me l'ordonne."

Mes ordres n'ont encore assassiné personne.

Je n'ai pour ennemis que ceux du bien commun ;

Je leur fais bonne guerre, et n'en proscris pas un.

C'est un asile ouvert que mon pouvoir suprê:ae ;

Et, si l'on m'obéit, ce n'est qu'autant qu on M.'aime.

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Détachons encore quelques traits de cette vigoureuse tirade :

Je n'appolle plus Home un enclos de murailles Que ses proscriptions coinblenl de funérailles; Ces murs dont le destin fut autrefois si beau N'en sont que la prison, ou plutôt le tombeau. Mais, pour revivre ailleurs dans sa preniiôi'C force, Avec les faux Romains elle a fait plein divorce; Et, comme autour de moi j'ai tous ses vrais appuis, ! Rome n'est plus dans Rome, elle est toute où je suis •.

En résumé, bien qu'il y ait des langueurs dans le quatrième acte où Sertorius n'est plus qu'un berger qui soupire, un air de grandeur protège jusqu'à la scène périlleuse où une femme r('j)udiée menace sou mari, s'il ne la reprend, d'en épouser un autre. Après tout, les héroïnes de la Fronde pouvaient ollVir des modèles pour Arislie ou Viriate. Auàsi n'est-il pas étonnant que l'une et l'autre aient su plaire aux contemporaines d'Anne d'Autriche, comme Sertorius et Pompée à des spectateurs parmi lesquels on distinguait Turenne et Condé-.

ISoplioniHlie, IG63. Le duel de Rome et de Car(liaj[;(>.

— Cette sève d'automne qui faisait reverdir le vieux chcne devait à peine ranimer encore quelques rameaux, lorsqu'on 166.3 parut Suj)}io)ii>^be, cette œuvi'c où Ton ne peut que chercher pieusement les derniers signes d'une force qui se retire, et d'un feu (jui s'éteint'". On sait que Sophouisbe,

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