Racine en avait acheté une, en février
de Paris, et usé d'influences qui semblaient forcer la main à Louis .XIV. On suppose que le réclamant fit accessoirement quelque excursion contre le fléau de la fiscalité , ce qui expliquerait ce mot du souverain : « Croit-il tout savoir? et, parce qu'il est grand poëtc, veut-il être ministre ? »
Quoi qu'il en soit d'une tradition de famille sur laquelle il y a des doutes, on ne contestera pas qu'il eut le malheur de déplaire, et qu'une généreuse imprudence servit de prétexte à quelque mauvaise humeur contre un serviteur depuis longtemps suspect* de plaindre et de secourir la maison opprimée, où son enfance avait appris à aimer et servir Dieu. Son jansénisme qu'on tolérait auparavant fit alors froncer le sourcil à son ombrageux protecteur ; et, bien ([ue tout se soit réduit à une réserve silencieuse, il n'en fallut pas davantage pour que ce changement fît blessure mortelle à un cœur qui ne sentait rien à demi.
Toujours est-il qu'à dater de cette heure, la maladie de foie dont il souffrait empira très-rapidement. Frappé à mort par un regard un peu trop sévère de ce Roi qu'il aimait sans la moindre arrière-pensée d'ambition , il vit approcher sa fin avec une religieuse fermeté. « Il vous auroit édifié, le pauvre homme, écrit Mme de Maintenon, si vous aviez vu son humilité et son repentir sur la recherche d'esprit. Il ne demanda point un directeur à la mode , mais il ne vit qu'un bon prêtre de sa paroisse. » Entouré de ses fils, après avoir fait ses adieux à Boileau'^, il expira, le 21 avril 1699, entre trois et quatre heures du matin, en sa maison de la rue dos Maçons, à cin({uanle-neuf ans'. Dans son testament, par un codicille daté du 10 octobre 1698, il demandait à être inhumé dans le cimetière de Port-Royal des Champs, au pied de la fosse de M. Hamon ''. 'c En cela, dit
I. Il se jusUQe d'avoir écrit l'Histoire abrégée de l'orl-lloyal. Cette lettre nous f lit peine à lire.
■i. Il lui (lit: < C'est un bonheur pour moi de mourir avant vous. • 3. Ces détails précis sont empruntés à l'édition de M. Régnier {Hnchelle, les Gratifia /icrir«in.s de In Frunré).
II. Il fallut une permission du roi pour que celte vo'onlé s'accomplit. I.'inhuinaliun se lit au-de'«sus de M. tlamon, faute de place.
Saint-Simon, il ne (il pas sa cour, mais un mort ne s'en soucie guère. » La première fois que Despréaux reparut à Versailles, après ce deuil, Louis XIV lui cria, du plus loin qu'il l'aperçut : « Nous avons beaucoup perdu, vous et moi, à la mort de Racine. — Tout ce qui me console, sire, répondit Despréaux, c'est que mon ami a fait une fin très chrétienne, quoiqu'il craignît extrêmement la mort. — Je le sais, répliqua le Roi, et cela m'a étonné; car je me souviens qu'au siège de Gand, vous étiez le brave des deux'. » Le veuve et les enfants du poète eurent une pension de deux mille livres^