‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieurs. Nouv. éd., conforme aux programmes de 1880Chapitre 93 sur 411 · I — FAITS HISTORIQUES · texte numérisé non relu

I — FAITS HISTORIQUES

Rupture de Racine et de ITIolii^re- Ainniii--pi>o])re irascible, — Une lois la carrière ouverte, Racine s'y élance avec une ardeur passionnée. Quelques mois après la Thébaïde, une seconde tragédie était presque ackevée. Car, dès le commencement de l'année 1665, plus de trois actes purent en être lus, à l'hôtel de Nevers, chez Mme du Plessis-

1. Il inaugurera la période qu'on a vraiment le droit d'appeler le Siècle de Louis XIV, je veux dire l'heure décisive oii le jeune roi encourage les grands dé. buis. Bossuet prêche à la cour, en 1661. Bourdaloue arrive h Paris en 1669. Les Maximes de La Rochefoucauld paraissent en 1665. Les Précieuses datent de 1659, etï'École des maris de 1661. Les six premiers livres de La Fontaine sont publiés en 1668. De 1660 à 1665, Boileau écrit ses premières satires.

Guénégaud, devant La Rochefoucauld, ]\Tme de La Fayette, Mme de Sévigné, sa fille, Pomponne etBoileau. Intitulé d'abord Comédie de Ponts, puis Alexandre le Grn)id, ce nouvel essai recueillit des applaudissements qui excitèrent la vive impatience du public, comme en témoigne la Gazette rimée de Subligny disant, le 29 novembre :

Si bientôt le grand Alexandre, 4is<

Ouvrage, dit-on, sans égal,

Ne se joue au Palais-Royal,

Je crains, pour se trop l'aire attendre,

Que ce héros s'en trouve mal.

Ce fut le 4 décembre 1665 qu'eut enfin lieu la représentation désirée, sous les yeux d'une assemblée brillante oii figuraient, selon l'expression de Racine, « les premières personnesde la terre, et les Alexandre du siècle», c'est-àdire Monsieur, Madame, le prince de Gondé, le duc d'p]nghien, son fils, et la princesse Palatine, tous empressés à fêter une œuvre dont le roi devait bientôt accepter la dédicace. Lorsque la Muse de la Coter la déclara divine, elle ne fut que l'écho de louanges d'autant plus flatteuses pour le poète qu'il eut de médiocres interprètes. Ses craintes furent telles qu'après avoir donné sa pièce à la Troupe du Palais-Royal, il finit par l'ofirir àrilôtol de Bourgogne, où elle parut, le vendredi 18 décembre. Nous n'excuserons point ce proct'dé. L'ami de Molière eut tort de déserter une maison hospitalière pour ses débuts, et de manquer ainsi au devoir d'une reconnaissance personnelle. On ne peut donc ])laidcr que les circonstances atténuantes, on rappelant que des acteurs habitués à jouer surtout la comédie inquiéteront, parla fail)h:!sse de leurs ressources tragiques, un jeune auteur très avide de gloire, etalarmé d'une insuffisance qui faillit compromettre le succès de son poème. Ajoutons qu'il n'y eut pas là violation d'un droit, ni d'un engagement formel ; car l'usage autorisait ces migrations, ou ce partage.

Toutefois, cette défection ont l'air d'une trahison. Mieux valai t donc un échec qu'une ingralitudc.EUe parut pi 11 s grave

encore, lorsque Mlle du Parc, la meilleure actrice que possédât le théâtre de Molière, s'en alla jouer le rôle d'Axiane sur une scène rivale. Ce fut un sujet de tristes réflexions pour la loyauté d'Alceste, et l'on s'explique une rupture.

Conflit entre Racine et l'écoïe de Corneille. Alexandre, et le Dialogue sur les h«?ros de roman. — Si les suffrages les plus enviés saluèrent Alexandre et Porus, de sévères censures et des brigues jalouses troublèrent bientôt ce concert d'éloges. On s'en aperçoit à l'amertume d'une première préface dont l'indifférencs apparente cache le dépit d'une humeur irascible « Je n'ai pu, disait Racine, m'empêcher de concevoir quelque opinion de ma tragédie, quand j'ai vu la peine que se sont donnée de certaines gens pour la décrier. » Puis, il s'emportait contre ces critiques « qui prétendent assujétir le goût du public aux dégoûts d'un esprit malade, qui vont au théâtre avec un ferme dessein de n'y point prendre de plaisir, et qui croient prouver à tous les spectateurs par un branlement de tête, et par des grimaces affectées, qu'ils ont étudié à fond la Poétique d'Aristote. » Ces traits désignaient Corneille et ses partisans 5 car leur malveillance envenimait la rivalité de ces beaux génies que des faiblesses de caractère allaient armer de mutuelles défiances. Ce fut le signal du conflit qui devait éclater entre deux générations, l'une plus hère, plus indépendante, plus émue par les grands sentiments et par une éloquence virile, l'autre plus polie, plus raffinée, plus sensible aux élégances de l'esprit ou aux délicatesses du cœur, et qui reconnaîtra ses nouvelles mœurs dans le doux éclat d'une poésie faite à son image.

Parmi les railleries qui piquèrent au vif un amour-propre susceptible à l'excès, il convient de ne pas oublier une petite fiction très bien tournée, où le tendre Alexandre figurait parmi les ridicules héros du roman langoureux. L'auteur anonyme' de cette satire trouva plaisant de la glisser dans une des copies manuscrites de l'ingénieux Z)z«-

t. On a prétendu que cette malice fut imaginée par Charles fle Sévigné. Il est aussi maluisé de le prouver que de le nier.

:0[/He^ où lîoileau se ino(|uait du Cyrus, de la Clélie, el de leurs fadeurs sentimentales. Ce Jjadinage était goûté par les salons ; il y circulait de main en main ; et, un beau jour, le Grand Alexandre s'y rencontra près des grotesques de la galanterie larmoyante. Jugez-en par cette citation :

Pluton. Mais qui est ce jeune étounli qui s'avance d'un air moitié sérieux, et moitié badin? Le voilà bien éehnnlïé !

DiOGÈNE. Je crois que c'est Alexandre. Ouil est changé! J'ai peine ;\ le rcconnoître. Sa physionomie n'est ni grecque, ni barbare. C'est un guerrier petit -mailro. .Vpparemment que ses longs voyages l'ont un peu gâté. C'est pourtant Alexandre. Je le reconnois encore.

Pluton. Oh! pour le coup, nous avons un véritable héros, et non pas un fade doucereux. 11 n'a jamais soupiré que pour la gloire. Il s'est même si peu piqué de galanterie que, dans sept ans, il n'a visité qu'une fois la femme el leslillesile Darius, bien (ju'elles fussent les plus belles personnes du monde, el ses prisonnières. Je jurerois qu'il s'est garanti du mauvais air que les autres ont respiré. Approchez, généreux vainqueur de l'Asie, ai)prochez. Il s'agit de combattre. Le roi des enfers a besoin de votre bras.

ALEXANDRE

Je suis venu ; l'amour a comliallii pour moi... I^a victoire elie-niènie a dégagé ma foi *...

DiOGÈNE. Ne l'avois-je pas bien dit qu'il séloilgàté dans ses voyages? Alexandre le Grand est devenu conteur de ncurettes.

rLUTOx. Ouel diable de jargon nous vient-il parler"? Quoi ! Alexandre qui ne respiroil (jue combals s'oublie auprès de sa maîtresse !

ALEXANDRE

Que vous coniioissoz mal les violents désirs

D'un amour (jui vers vous porte tous mes soupirs M. ..

DiOGÈNi:. Il faut l'envoyer auprès du grand Cyrus...

ALEXANDRE

lli! quoi ! vous croyez donc (pi'à moi-ini'iuc liarljare J'aliandonne en ces lieux uni; beauté si rare *?

• Pluton. Peste .soit de l'extravagant, et de sa tendresse mal imaginée ! Il est, nia foi, aussi dm que les autres. On avdil liim raison là liaul de

l. Lo IJinlnriuc "les héros ilf mmnn fui iiiipriiin! pour la promière fois par des éditfursholianilais, ilansles (unvi'os de Saiiil-1 !vrrm<ind. l5oiluan ne vniiliil pas piililicr ce badinape, du vivant de Mlle de Sciidery.

•i. Vers 8j!»-8(j'i.

:j. Vrrs 8,>i:i-880.

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