‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieurs. Nouv. éd., conforme aux programmes de 1880Chapitre 94 sur 411 · Vers y2j cl · texte numérisé non relu

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plaindre la Macédoine de n'avoir pas de Pelites-Maisons pour le ronferluer. .. »

C'était, comme on le voit, se servir de Pylade contre Oreste. Cette malice les blessa tous deux ; et, comme il y avait là de l'esprit, Boileau, qui craignit d'être déclaré responsable de cette fantaisie, se crut obligé de s'en défendre, dans sa troisième satire, celle du Festin, où, pour donner le change à la malignitémondaine, il prête au sot campagnard cette contre-vérité :

Je ne sais pas pourquoi l'on vante VAlexandre; Ce n'est qu'un glorieux qui ne dit rien de tendre. Les héros, chez Quinault, parlent bien autrement.

Non ; r^4 /ea;anc?re valait bien les opéras de Quinault; et, si Boileau ne voulut pas s'en apercevoir, c'est que l'amitié l'aveugla.

Jugement de Saînt-Évrcmond. — Il y eut plus de clairvoyance dans les jugements que Saint-Évremond fit parvenir soit à Mme Bourneau, soit au comte de Lionne \ du fond de cet exil, où, depuis dix ans, ce grand seigneur disgracié vivait loin de toute cabale, mais fidèle aux souvenirs et aux amitiés de sa jeunesse. Né en 1613, il avait vu paraître la merveille du Gid ; et, resté sous le charme des glorieuses journées qui suivirent ce triomphe, il était de ceux qui consolaient de leur admiration la vieillesse d'un génie inférieur à lui-même. A un âge où le foyer n'a plus de place pour les nouveaux venus, cet épicurien, ce sceptique, moins incrédule aux grands sacrifices qu'aux grandes passions, s'obstinait à voir l'idéal delà poésie dramatique dans l'héroïsme d'une vertu superbe et sûre d'ellemême. Malgré l'éloignement qui le tenait à distance des cercles où se forme l'opinion, il avait conservé tout ton crédit littéraire, et il fut invité à exprimer ses sentiments sur une œuvre dont la bruyante renommée semblait aux amis de Corneille un crime de lèse-majesté.

Il répondit à ces avances par une dissertation où sa cri-

1. Mme Bourneau était la femme d'un président en la sénéchaussée de Saumur. Le comte de Lionne, neveu du marquis, le célèbre secrétaire d'État, fut premier écuyer du rui. Saint-Évremond écrivit sa Dissertation en février 1663.

tique courtoise prononce avec mesure plus d'un arrêt décisif. Il débute par des compliments, et déclare « que M. Racine pourroit être le vrai successeur de Corneille », mais à condition que celui-ci voulût bien l'adopter, cl le « former avec la tendresse d'un père » ^ Tout en saluant de ses vœux un « bel esprit qui a des pensées fortes et hardies », il souhaite que Corneille lui inspire « le bon goût de cette antiquité qu'il possède si avantageusement, qu'il le fasse entrer dans le génie de ces nations mortes, et connoître sainement le caractère des héros qui ne sont plus. » C'est dire que Racine n'a connu ni Alexandre, ni Porus. « Le héros des Indes devoit avoir un caractère différent de celui des nôtres. Si un autre soleil et une autre terre y produisent d'autres animaux et d'autres fruits, les hommes y paroissent tout autres parla différence des visages, et plus encore... par une morale singulière à la région... Cependant, Porus est ici purement François.» Quant à « son Alexandre, il en a fait un prince si médiocre que cent autres le pourroient emporter sur lui. Ce n'est pas qu'Éphestion n'en donne une bonne idée, que Taxile, que Porus ne parle avantageusement de sa grandeur. Mais, quand il paroît lui-même, il n'a pas la force de la soutenir. » Le voilà donc convaincu de n'être qu'un chevalier errant, né sur les bords de la Seine, et animé à ses entreprises par les beaux yeux de sa Dulcinée.

C'était toucher d'une main sûre l'endroit vulnérable. Lo fin causeur devançait même l'école moderne, lorsque, pressentant la nécessité de ce qu'elle nomme couleur locale^ il ajoutait : « J'aurois voulu que l'auteur nous eût donné une plus grande idée de cette guerre. En effet, ce passage (le rilydasj)c, si étrange ipi'il so laisse à peine concevoir, une grande aimée de l'autra côté, avec des chariots terribles et des éléphants alors effroyables, des éclairs, des foudres, dos tempêtes, qui mcltoient la confusion partout,

1. Ce vœu est nn pfiii naïf che;! un monliste qni a IVipéri^nm du cmiir Immain ; car, en (^i-npral, un pnMe n'aime ^'uits son héritier. Saiiit-llvri'moiid dis.iit : « l»ipuis (pis j'ai lu le lirnnri Alexandre, la vicilleBse de Corneille me doiiiii' iiiuiiib d'alarmes, cl je n'appréhende plus de voir (liiir avfr lui la lrrn:éili«. >

quand il fallut passer un fleuve si largo sur de simples peaux, cent choses étonnantes... tout cela devoit fort élever l'imagination du poète, et dans la peinture de l'appareil, et dans le récit de la bataille. » En résumé, il accuse Racine d'avoir « défiguré lldsloire, sans embellir le roman, et de faire « un Antoine d'un Alexandre ».

Ce blâme tournait à l'éloge de Corneille; et, touché de ces témoignagnes qui lui allèrent droit au cœur, il remercia Saint-Évremond par une lettre fort acrimonieuse contre « ces enjoués » qui, pour plaire à la «délicatesse du siècle » font de l'amour « la dominante de leurs tragédies, habillent les anciens héros à la mode du jour », et se persuadent après cela qu'ils ont abattu le vieil athlète. Il terminait sa plainte en traitant de « ridicules ces vains trophées i[u'on établit sur les débris imaginaires des siens ».

Il est certain que celte mauvaise humeur avait beau jeu contre V Alexandre. Etait-elle exempte dejalousie? J'aime à le penser. Pourtant, il faut bien avouer que les plus grands hommes sont encore des hommes. Valincourt' nous raconte qu'avant la représentation de sa pièce, Racine, par une juste déférence pour son illustre devancier, soumit sou poème à Corneille, et que celui-ci loua l'élégance de l'écrivain, mais lui conseilla de l'appliquer à un autre genre, « l'assurant qu'il n'étoit pas fait pour le théâtre ». Ne cherchons pas un piège dans ce pronostic téméraire qui ne découragea point la confiance d'un talent sûr de l'avenir. Disons seulement que la cordialité d'une estime ou d'une sympathie réciproque eût été plus digne de ces deux rivaux, et que leur concurrence trop chagrine chez l'un, trop irrévérente chez l'autre, fut un exemple regrettable dans l'histoire dos lettres françaises.

Action. Caraot»yres, invraiscniblaiBcc historique et wiorale. Alexandre et Louis X1"V. — Succès d'à-propos.

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