‹ Études liturgiques (volume 2)Chapitre 3 sur 19 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

lie» précMeiil* «il mia atamlère de ireltor !•• eheiieii.

H y a plu8 de TÎngt ans, je mrtarâ du séminaîne de Besançon, romain deins le fond, et pénétré du besoin de le devenir encore davantage. Les quelques luttes que j'ai eu à soutenir plus tard, pour chasser de mon esprit certains doutes provenant d'autres tendances dogmatiques et morales, n'ont feît que m'affermir dans ces dispositions salutaires, et lorsque, dans les années 1843, 45, 46 et 47, je dus professer à de nombreux élèves en théologie, entr'autres traités importants, ceux de l'Eglise , des sacrements en général , de la Sainte^ucharifiitie en particulier, je n'eus, grâce à Dieu, qu'à suivre le courant de mes indioations et de mes convictions pouar embrasser et inculquer de prérenée les sentiments romaitis en dogme, en momie et ea disdpline. Ceux qui m'ont entendu sont là pour dire si jamais^ dans les controverses non encore dîriméespar l'Autorité suprême, j'ai hésité à faire pencher la balance du câté de Rome, à la suite de saint Alpbooee de Ligoiri, de Mgr Goufis^, du P. Perrone et autres docteurs de leur bord. Je tâchais de faire comme un sage pilote qui, voulant diriger sûrement sa marche au milieu des :ténèbres, ne perd pas de vue sa boussedie^ pour se bien orienter et arriver heureusauent au porL

Mais, afin de mieux préciser le caractère tout fb*-

main de ma doctrine, et aussi pour en venir au but plus spécial de cet écrit, je dois dire que quand il m'arriyait alors de rencontrer sur mon chemin certaines questions touchant la liturgie, je ne me faisais pas faute, dès ce temps-là, de pousser vers Rome. Voici ce que je trouve à ce sujet dans les cahiers que je rédigeais au jour le jour pour servir à mes leçons publiques : « Je crois, disais-je, en ce qui concerne notre x> Bréviaire et notre Missel de Besançon , que nous » sommes sortis du droit. Tout en supposant que le » diocèse a possédé autrefois une liturgie qu'il aurait » pu retenir, comme antérieure de 200 ans à la bulle » de saint Pie V, il faut avouer que les changements » extraordinaires que le cardinal de Ghoiseul y a faits i> dans le siècle dernier l'ont considérablement altérée, » et que cela a eu lieu par abus de pouvoir, ainsi que » Ta déclaré S. S. Grégoire XVI dans son bref à » Mgr de Reims. Je n'ai pas à examiner si nos Uvres » actuels sont beaux et bien faits; le fussent-ils davan- » tage encore, la question n'est pas là ; il s'agit de sa- » voir si nous avons la liturgie de l'Eglise; or, aous )» avons la nôtre, et non celle de l'Eglise... Quant aux » prétendus avantages de la variété liturgique, que l'on » regarde comme utile le maintien d'une liturgie véri- » tablement ancienne, ayant valeur de tradition apos- » tolique ou ecclésiastique, passe ; mais que signifient » des usages et des compositions modernes?... Ne per- » dons pas de vue le vœu récent de Grégoire XVI et les » actes de saint Pie V; certes, TEglise n'aurait ni parlé » ni agi de la sorte, si la variété nouvellement intro- » duite dans la liturgie pouvait servir à quelque chose. »

Arrivant ensuite à la pratique, je disais, avec Mgr de Reims, que si les ecclésiastiques du diocèse pouvaient, d'une part, continuer à dire le Bréviaire de Besançon et s'en rapporter à la sagesse de leur Archevêque pour ce qui regardait la réforme jugée nécessaire en droit, ils pouvaient aussi, de l'autre, réciter en attendant le Bréviaire romain, en particulier.

Je ne leur défendais pas même l'usage du Missel dans de semblables conditions, car, à l'époque dont je parle, personne ne songeait encore, dans le diocèse de Besançon, à priver un prêtre de cette liberté, et Monseigneur lui-même écrivait de sa main, en 1847, à un de ses curés ; a Vous n'avez pas^'besoin de ma permission pour prendre le Missel romain : c'est le Missel de l'E^lise-Mère, et il est parfaitement licite de s'en servir. B Et Monseigneur ne disait pas cela seulement par rapport aux messes basses ; mais comme M. le curé de..., pour assurer Tapplication de l'indulgence de l'autel privilégié aux défunts pour lesquels il célébrait des messes <avec chant, demandait à Monseigneur la permission de se servir pour ces sortes de messes du Missel romain, attendu que, selon certaines décisions, on ne jouit de ce privilège qu'en suivant le rit romain. Monseigneur, tout en interprétant autrement que M. le curé les conditions du rit requis pour l'application de l'indulgence de l'autel privilégié, ne laissait pas que de lui répondre dans la forme que nous avons dite, et ne voyait d'obstacle à ce qu'il fît usage du Missel romain, que du côté des chantres qui ne savaient pas et n'^avaient pas les livres de chant romain, simple difficulté pratique qui pouvait être levée sans peine. «

Parlant enfin du Rituel, je rapportais à mes élèves

ce& paroles dci Mgr Gousset : <» Il serait à désirer^ pour une plus graode uoiformité, que le Rituel romain fût ex^teu;ient duivi dans tous lei^ diocèses... Le vœu que nous émettons est légitime, car, nous lisons dans le bref de Paul V^ pour la puhUeation de ce Rituel, en 1614, que ce Pape, «( y ayant trouvé mis en ordre les rits reçus et approuvé^ dé TEgliâe catholique, a jugé que l'on defvait à juste titre le publier sous le nom de Rituel romain, pour le hien publie de l'Eglise de Dieu. En conséquence, le même Pontife exhorte ses V. Frères les Patriarches, Archevêques et Evêques, ainsi que ses fils bidn-aimés leurs vicaires et les abbés ou curés de tous pays , et autres que cela regarde , à se servir désormais dans les fonctions saintes, en leur qualité d'enfants de l'Eglise romaine, dudit Rituel composé par l'autorité de cette même Eglise, mère et mattresse de toutes les autres, et à observer inviolablement, dans une chose de si grande importance, ce qui a été élabli par l'Eglise catholique et par un usage antique muni de son approbation. »

Je ne disais pas qu'il y eût obligation de suivre partout le Rituel romain , puisque Paul V s'était contenté d'en recommander l'usage à tous, sans prescription formelle. Cependant je dois avouer maintenant qu'un examen fins approfondi de la matière, et un assez grand nombre de décisions très-positives émanées de la Congrégation des Rits, en ces derniers temps surtout, ne laissent pas que d'embarrasser un peu sur ce point. Que dit, en effet, Paul V du Rituel romain? Qu'il renferme les rits reçus et approuvés de l'Eglise catholique dans les fonctions dont il s'occupe ; or, le saint Concile de Trente , parlant précisément des rits

reçus et approuvés de TEglise catholique y que l'on a coutume d'employer dans Tadmiaistration soteuBelle des sacrements^ avait prononcé anathème contre quiconque dirait qu'ils peuvent être méprisés ou omis sans péché parles ministres, selon leur bon plaisir, ou changés contre d'autres nouveaux par tous pasteurs des églises ; donc, ni les Evêques n'ont pu effacer de leurs livres ces sortes de rits pour les remplacer par d'au** très, ni les prêtres ne sont autorisés à les omettre à leur gré. Aussi, écoutons la sacré Congrégation des Rits dans ses décrets récents sur la matière :

Le 7 avril 1832, elle répond à une consultation du diocèse de Rimini, qu'on ne doit se servir que de livres et de bénédictions conformes au Rituel romain.

Le 23 mai 1835, elle envoie ce décret pour toute réponse à un autre consultant qui demandait si l'on devait observer les formules de bénédictions qui se trou* vent dans les livres approuvés seulement par les ordinaires des lieux, et non par le Saint-^Siége^

La même année 1 935, elle renouveUe un décret de 1 762, qui exige pendant la bénédiction du Saint-Sar crement un silence absolu, tant de la part du célébrant que des chantres, selon la prescription du Rituel romain et du cérémonial des Evêques, et ce nonobstant tQute coutume contraire (Décréta authetUica. Liège, in-8%p- 29).

Le 7 septembre 1850, elle écrit à Mgr de Troyes pour l'engager à faire observer entièrement, au pqiot de vue de cette bénédiction en silence, les prescriptions dv Rituel romain dont les lois, dit-elle, regar^ dent l'Edite universelle, . Le 21 mai 1841,.^lle avait répondu à M« le ouré de

Bar-*sur-Àube (diocèse de Troyes) qu'il pouvait se servir du Rituel romain dans l'administration des sacrements (au préjudice du diocésain , sans doute). Enfin,

Le^lO juin 1852, elle a déclaré à M. Lottin, chanoine du Mans, répondant à sa 4* question, que ni la tolérance ou la permission, ni le statut ou la volonté de TEvéque, ne sont une raison suffisante pour se dispenser de suivre les règles ou rubriques préceptives du Pontifical, du cérémonial des Evéques, du Martyrologe et du Rituel romain.

J'ai appris aussi que Ton avait bifiTéà Rome certaines formules de bénédictions d'origine bisontine, que Mgr de Saint-Claude désirait faire entrer dans son supplément au Rituel.

Ce qui recommande encore le Rituel de l'Eglise- Mère, c^est qu'on n'y trouve pas seulement les rits reçus et approuvés de l'Eglise catholique, mais en même temps des avis pfeins de sagesse et parfaitement conformes à l'enseignement de la théologie et à la saine morale. Ne serait-ce pas vouloir être plus sage qu'il ne faut que d'y ajouter ou y changer certaines décisions? Tel est cependant le malheur qui était arrivé aux rédacteurs de notre grand Rituel bisontin, lequel imposait au prêtre, qui veut administrer un sacrement dans certaines circonstances, ce que le Rituel romain se contente de lui conseiller alors. Notre Rituel porte tenetury là où le romain dit seulement : convenit confiteri. Ceci est une remarque que j'avais déjà faite à mes élèves, il y a quinze ans; et aujourd'hui, plus que jamais, j'éprouve le besoin de réprouver avec saint Paul le zèle qui n'est pas selon la science ; car je crois avec l'Eglise et avec les saints qu'elle canonise que

c'est la vérité qui sauve, selon cette parole du Sauveur : Veritas liberabit vos. (Voir note A) {\\.

La théologie donc, telle que je Tentends du moins, est la science de la vérité, et celle que je veux professer en tout et toujours, celle de la franche vérité. Ainsi, je n'admets pas de transaction aux dépens de la vérité connue, dans l'exposition des principes; je sais avec quelle prudence il faut soit les promulguer, soit les appliquer ; mais je ne souffre pas qu'on les fausse, quand on se décide à les proclamer. Condamnant d'une part l'amoindrissement auquel on prétendrait réduire la vérité, en n'osant pas la dire tout entière , j'abhorre paiement de l'autre l'agrandissement qu'on voudrait lui faire subir, en étendant son empire au-delà de ses limites. Repoussant donc pour cette Reine le lit détestable de Procuste , je veux qu'on la place sur un trône fait exprès pour elle, et qui s'adapte parfaitement à sa taille. Toute la vérité, rien que la vérité, voilà ma devise. Hors de là, liberté et prudence : in certis imitas, in dubiis Ubertas. Transformer le conseil en précepte, serait à mes yeux une usurpation flagrante des droits du Législateur suprême, qui ne veut céder sa gloire à personne. La vérité est jalouse, je le sais, mais non ambitieuse; tout en maintenant ses droits, elle respecte ceux d'autrui.

Serai-je assez heureux pour parler vérité? Je l'ignore, n'ayant aucune promesse d'infaillibilité personnelle. Aussi ne trouverai-je pas mauvais qu'on me ramène à l'étroit sentier du vrai s'il m'arrive d'en sortir,

(1) Les DOtes traitent in extenso de matières spéciales qui se rapportent au texte.

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et surtout je soumets bien volontiers et très-humblement mon écrit à la censure et à la correction de l'Autorité souveraine et infaillible de rEglise, le Pontife romain parlant par lui-même ou par ses organes accrédités.

ti —

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