CHAPITRE m
Iâ«« m^tiff» de eet é^ril.
L'on me demandera peut*étre tout d'abord pourquoi j'écris.
Quand je n'aurais aueun motif raisonnable de le faire, j'userais en tout cas d'un droit incontestable ; et l'on devrait. Ce me semble, d'autant m(»ns m'iiAïuiéter à cet égard, que je le fais à mes risques et périls , ce qui n'est pas sans quelque danger surtout pour un novice comme moi y. et sur des matières passablement brûlantes.
Précisément; pourquoi traiter un pareil sujet? Depuis bientôt vingt ans que la question liturgique est sur le tapis, après tant de plaidoyers où on l'a discutée souâ toutes ses faces, pour et contre, depuis surtout que le Souverain Pontife a parlé tant de fois^ et que tant d'Evêques, dociles à ses avis paternels, non-seulement ont reconnu ses droits, mais sont rentrés pratiquement dans l'application de la loi qui leur était imposée^ cette question n'a-t-elle pas cessé enfin d'être à Tordre du jour comme complètement vidée et épuisée ? Peut-elle offrir encore quelque intérêt, et sa discussion une sorte d'actualité? '
Il est: facile dé répondre que,, nonobstant rempressement si digne d'éloges^ avec lequel la plupart des Eglises et des ecclésiastiques de France se sont talliés h U liturgie romaine , qi^elques diocèsesi cependant et^^
quelques prêtres sont restés en arrière de ce mouyement providentiel : les uns, par principe, méconnaissant le droit lui-même; les autres, de fait seulement, manquant de zèle pour appliquer le principe reconnu par eux. N'est-il donc pas urgent encore de combattre ou de stimuler ces retardataires à titres divers, et, s'il est utile de traiter certaines questions, n'est-ce pas aux brûlantes qu'il faut avant tout s'attacher?
J'ai cru, disait le Prophète royal, c'est pourquoi j'ai parlé. Moi aussi, j'ai des convictions, et ma conscience me presse de servir la vérité selon la mesure de mes forces. J'ose dire que si je me suis déterminé à donner au public le présent écrit , rédigé à la hâte et à la dérobée pendant nos missions d'hiver, je ne l'ai pas fait par le motif méprisable d'une sotte vanité, j'aurais trop à y perdre, ni par quelqu'inspiration mauvaise de récrimination haineuse , mais par des considérations de religion et de raison. Ce n'est pas seulement pour justifier, ce qui importe fort peu , ma conduite passée et présente vis-à-vis de la liturgie romaine , que j'ai adoptée enfin pour mon usage depuis le premier dimanche d' Avent 1 859, époque à laquelle j'ai pris la résolution définitive d'occuper la presse , mais par affection sincère pour ces prêtres nombreux que j'ai été appelé, comme professeur de théologie, à l'honneur de former aux sciences ecclésiastiques. La crainte d'en voir céder quelques-uns à de funestes et dangereuses tendances me fait éprouver le besoin de leur redire encore que Rome est l'unique boussole qui préserve et qui sauve , et si , en déployant de nouveau à leurs yeux l'invincible étendard du Siège apostolique, je pouvais les affermir tous dans les rangs sacrés des
vrais défenseurs de TEglise, mon trayail se trouverait, ce me semble, bien heureusement justifié.
Après avoir ainsi expojsé mes motifs, pour l'acquit de ma conscience, j'aborde la matière Je tâcherai de la traiter en toute charité, in omnibus caritcis. Je sais que la charité est le caractère du vrai chrétien ; je préviendrai, toutefois, que si toute vérité n'est pas toujours bonne à dire, selon le proverbe, on ne blesse néanmoins la charité vraie, en racontant le mal du prochain, qu'autant qu'il n'y a aucune raison d'en parler ; mais que la nécessité ou l'utilité dépouillent de toute malice la médisance elle-même.
Propter scandalum evitandum veritas non est omit-^ tenda. Utiliàs scandalum nasci permittitur quant veriias relinquatur. (Régula ju&is ganonici.)