CHAPITRE VIII
A«tes litnrgiqoes des Eglise* de CareaseoMiiey de Lyon et de
IVevers en 1849 9 et années suivantes*
I. Le 29 juin 1842 , Mgr. de Gualy, évéque de Carcassonne, publiait un Mandement lalin où il déclarait adopter le rit de Toulouse , déjà suivi à Alelh et à Saint-Papoul, c'est-à-dire dans les parties du nouveau diocèse de Carcassonne qui correspondaient avec deux anciens diocèses de ce nom. La raison que Mgr. donnait de sa détermination était, que le diocèse actuel de Carcassonne appartient à la province ecclésiastique de Toulouse, et que le quatrième concile de Tolède, auquel avaient assisté l'archevêque de Narbonne et l'archidiacre de Solemnius , évéque de Carcassonne , avait décidé et réglé l'unité proinnciale de liturgie. Cet acte de Mgr. de Gualy, nouvel exemple de recours à une discipline vieillie et surannée, n'était pas de nature à déplaire à son métropolitain, Mgr. d'Astros, grand champion en notre siècle de celte sorte d'unité. L'évêque de Carcassonne , au resie , ne tarda pas à réaliser le projet annoncé dans son Mandement; le h novembre 1845, il lançait une ordonnance qui rendait le nouveau bréviaire obligatoire à l'exclusion de tout autre, à partir du 2 décembre suivant à la cathédrale , et dans le reste du diocèse dès le 21 février 1844. Dans celte ordonnance, il ne faisait encore qu'annoncer les Missel, Graduel et Vespéral nouveaux; mais, par une circulaire du 15 juillet 1845, il en prescrivait l'adoption pratique pour l'Avent suivant.
La seule question que nous poserons à l'occasion de ce fait, est celle-ci : Comment le Nonce qui opposait, le 17 décembre 1843, un obstacle insurmontable à la publication du bréviaire de Blois, réimprimé par Mgr. de Sauzin, laissait-il agir librement l'évêque de Carcassonne, car on ne i^oit pas qu'il ait rien fait pour l'arrêter? Il faut croire qu'il
a ignoré cet acte de Mgr. de Gualy, puisqu'il écrivait luimême en décembre 18^3 à Mgr. de Sauzin, que a Sa Sain- » télé n'aurait pas manqué de lui prescrire (vis-à-vis de » Garcassonne) les mêmes démarches que vis-à-vis de » Blois, si elle avait été informée en temps utile (de ce » qui se passait à Carcassonne)^ » Quoi qu'il en soit, le triomphe du toulousain dans sa nouvelle conquête n'a été quï'phémère« Mgr. de Bonnechosë Tayaot chassé en iSH^ après dix ans d'intrusion.
11. Lyon nous a fait éprouver» à peu près vers le même temps, un regret du même genre que celui qui nous est venu de Garcassonne; il réim|)rimait en eiïet en 18^5 sa fameuse liturgie, et le Gardinal Archevêque écrivait à cette ooeasion à son clergé, le 18 novembre 1843, une circulaire d'où nous tirerons les extraits suivants :
<( Quand les livres liturgiques ont besoin d'être corrigés, » réformés..., quand il s'agit d'établir une nouvelle fêle, » ou d'étendre à tout un diocèse Toctave d'une fête, quand » on doit publier un cérémonial, le chapitre doit être » consulté suivant les canons. G'est dans ce sens que » décide toujours la Gongrégalion des Rites... Nous donc » en malière de liturgie, nous ne commanderons jamais à » notre clergé, sans le concours de notre chapitre. »
Les paroles, que nous venons de citer en italiques, étaient empruntées par Mgr. l'Archevêque de Lyon à une brochure qu'un de ses chanoines avait fait paraître sous le tilre i^Obsers^ations raisonnées, contre le projet de réformation du bréviaire lyonnais. VAmi de la Religion disait, dans son numéro du 12 décembre 1843, à propos de ces Obser^ valions, qu'elles étaient offensantes pour Monseigneur et pour le chapitre primatial, et il ajoutait que le chanoineauteur en avait fait ses excuses à l'un et à l'autre. Monseiigaeur continue : a Pour préparer ja nouvelte édition de x> liolre bréviaire, ih)us avons donc nommé, de concert » avec le chapitre, une commission...
)} Avant de rien entreprendre, on s'était demandé s'il » ne serait pas plus convenable, et plus honorable au
diocèse, cte revenir à la lilargle de Mgr. de Neuville de 1693... Nous en écrivîmes de noire propre main à quelques curés de caolon. Un petit nombre de cdnton^ se montra favorable à cette ancienne liturgie. Mais reprendre le bréviaire et Tantiphonaire de Mgr. de Neuville nous avait toujours paru on parti impraticable; les fldèles, n'entendant plus chanter les hymnes et voyant des processions à vêpres plusieurs fois la semaine el plusieurs fois dans le même office, n'auraient su que penser de^ ce changement.
» Faire réimprimer le bréviaire de Mgr. de Monlazet (1773) sans y rien changer, n'aurait pas répondu k rallenle du clergé. On se rappelait d'ailleurs le vœu des adnûnistrations qui nous ont précédé. Le cardinal Feseb, dans le Mandement qu'on lit en tète de l'édition de iSik, disait : Quelques réformes auraient été demandées, tant pour perfeetionner Vœw^e que pour rétablir dans leur ancien état les rites anciens et vénérables de notre Eglise, trop déformés en ces derniers temps.,. Mgr. d'Arnasie semblait désiretjx aussi de réformer un bréviaire dont il n'approwmit pas l'esprit (mémoire à lui présenté le 46 mai 1835)... On lit dans- son Mandement pour te cérémonial, page 40 : Lorsque nom- arriçàmes dans ce diocèse (en 1 824), notis apprîmes que Sédition du Missel était épuisée,.. Notre première pensée fut d'arrêter entièrement Véditi&n commencée, et de faire imprimer purement et simplement le Missel de Lyon suimnt l'édition de Mgr. de Rochebonne en 1737, et de rendre ainsi à cette anci&me Eglise une liturgie quelle n'avait quittée que par force. »
Mgr. d'Arnasie fut empêché de réaliser son dessein par celte cofisidéralion, que l'éiiftion alors sous presse était déjà trop avancée; il permit deine de la continuer, sauf rétablissement de qnelqti<e9 anciens rites. LJmi, qui nous a donné ce renseignement dans son numéro du 20 février 1838,^ ajoutait que Mgr. de Montazet avait changé toute la liturgie lyonnaise, malgré le chapitre qui n'avait cédé qu'à la force
et aux arréis du parlement de Paris. Ce parlement, en effet, a condamné au feu. le 17 février 1777, le mémoire où les chanoines de Lyon avaient exprimé en 1776 leurs molirs de ne pas admeilre la nouvelle liturgie. Après la révolution, disait encore Y Ami dans le numéro cité, la cathédrale a repris ses traditions, mais non le reste du diocèse.
Nous ajouterons à ces divers renseijgnements que Mgr. d'Amasîe, archevêque-administrateur, avait porté, dans son synode du U septembre 18â7, un statut obligeant les curés des paroisses distraites d'autres diocèses à suivre désormais le Rituel et la liturgie de Lyon; il n'exceptait, exception de droit selon lui, que ceux qui étaient dans l'usage du romain. Revenons à la circulaire de Mgr. de Ronald.
a Nous feron3 observer en passant, dit ce Cardinal, qu'il » ne pouvait pas être question de prendre le Rréviaire ro- » main Kous n'y avons jamais pensé. » Voilà une déclaration qui nous fait de la peine. A Dieu ne plaise que nous voulions faire porter le poids de nos plaintes à un Prélat, qui non-seulement n'eut jamais songé à un changement, si le Bréviaire romain avait été celui de son diocèse, comme il le dira plus tard, mais qui déjà en 1838, avant même qu'il fût queslicm de controverse liturgique, regrettait de ne pouvoir rétablir la liturgie romaine dans son diocèse du Puyl II est évident que, si Son Emineuce eut pu suivre ses propres inspirations, elle n'eût pas mieux demandé que de réaliser à Lyon les vœux déjà connus alors de Sa Sainteté Grégoire XVI, et si bien exprimés dans son bref à Mgr. de Reims. Ces vœux, en effet, ou plutôt cette espérance pleine de confiance, confidimus, regardait tous les Evoques de France, alii atqite alii. Dès qu'on s'était permis, dans n'importe quel diocèse, de changer capricieusement et à plusieurs reprises les livres liturgiques, on était tombé dans l'abus condamné par saint Pie V et déploré par Grégoire XVI; or, Lyon n'avait pas échappé à cette maladie contagieuse; on en trouve les preuves les plus convaincantes dans la circulaire même que nous signalons à nos lecteurs. Comment donc reprocher à D. Gucranger de se
plaindre là où le Pape, bien informé, se tait et ne blâme pas? N'est-ce pas blâmer que de déplorer, dolentibus? estce se taire que de déclarer qu'on s'abstient de parler parce qu'on craint, reformidantibus? Au resle, Grégoire XVI gardait si peu le silence à l'époque dont nous parlons, qu'il faisait comme une saisie au diocèse de Blois, ainsi que nous l'avons dit tout à rbeure. Mais poursuivons nos citations.
a Enfin, le Chapilre a cru qu'il valait mieux conserver » le bréviaire actuel avec des modilicalions qui le ren-
« dissent plus conforme à l'ancienne liturgie Ce désir
» de retour à Vesprit de l'ancienne liturgie a été le » nôtre.
» Il .ne faut pas perdre de vue que Mgr. de Montazet » nous a donné les livres liturgiques de Paris, et qu'il a n effacé V ancienne manière de prier du diocèse de Lyon, » Il n'a consers^é que le cérémonial, II faut donc se re- » porter aux temps de Mgr. de Neuville, quand on veut rt connaître une partie de la liturgie lyonnaise ; car, pour » certaines {prières, pour certaines formules de cette litur-
» gie, il faudrait encore remonter plus haut Le bré-
» viaire du Cardinal de Tournon (de 15^7, ce nous semble) » n'est pas absolument le même que celui de Mgr. de Neu- X» ville (1693). Le Missel de Mgr. le Cardinal de Marque- » mont (1620) ne ressemble pas à celui de Mgr. de Roche- » bonne (1737). Aujourd'hui, nous ne récitons pas aux » pieds de l'autel les mêmes prières qu'au XV', XVr et » XVir siècles. Nous ne pratiquons plus dans le canon de » là messe certaines cérémonies prescrites dans les anciens » Missels de Lyon. Nous pourrions citer une foule de chan- » gements amenés par diCférentes circonstances, et réclamés » par l'époque où l'on se trouvait, mais qui n'altéraient » po le fond de la liturgie de Lyon. »
Nous ne voulons pas faire ici une dispute de mots ; il nous suffira^ pour édiiier nos lecteurs sur la nature des changements opérés dans la liturgie lyonnaise, de leur rappeler ce qui a été dit sur la réforme-Montazet au commencement même de l'alinéa que nous venons de transcrire.
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Ce]ui qui voudra $e renseigacr plus en détail sur les variatîons de la liturgie lyonnaise, n'aura qu*à consulter les deux brochures publiées sur ce sujet par Mgr. de Gonny en 1859. Kous en parlerons en leur lieu.
Le Cardinal de Donald, arrivant enfin à l'énuméralion des changements qu'il a adoptés de concert avec le Chapitre primatial, signale, d'abord, celui des canons de Prime, introduits par Mgr. de Montazet à l'instar de Paris, puis le replacement de certaines fêtes à leur jour, malgré la coïncidence du carême. Il fait là-dessus des remarques importantes.
« L'auteur des Obsefvations, dit-il, qui connaît les rapports de nos rils avec les rits orientaux, a pu contribuer à accréditer cette opinion que, pendant le carême, on ne célébrait, selon Vamienne liturgie de Lyon, aucune fête de saint, parce que l'Eglise d'Orient ne céléjbrait jamais de
fêtes de saints aux jours de jeûne Nous devons vous
éclairer sur les anciens usages de notre Eglise. Pendant b50 ans au moins avant l'édition du bréviaire de 1775, toutes les fêtes de saints de neuf leçons se célébraient en carême dam l'Eglise de Lyon jusqu'au mardi^saint inclusivement, et alors toutes les fêtes du rit semi-double mineur avaient neuf leçons. D'après ce principe, on célébrait en carême les fêtes de saint Mathias, apôtre, de saint Thomas d'Aquin, de saint Grégoire*le-Grand, de T Annonciation, de saint Nizier, de saint Ambroise. On célébrait aussi, sous Mgrs. de Marquemont et de INeuville, la fête de saint Joseph le 19 mars. C'est Mgr. de Rochebonne qui l'avait remise au 19 juillet. Nous lavons rétablie au 19 mars. Il y a plus, dam Vancienm liturgie de Lyon, pendant le carême, on récitait le Te Devm les dimanches et les fêtes doubles, même le dinoanche des Rameaux, après la récitation de la Passion à matines
ft L'auteur des Observations a oublié les rapports multipliés qui existent entre la litujrgie romaine, et l'andanne liturgie ds Lyon. H m faut pas toujours in^^quer l'Orient. Nous devons dire que, quand nous avons rencontré ces /apporta, notre eoipressemeat ^ revenir aux anoiena imgfia
de Lyon létait bien plus grdtid. Nous ne pouvons oublier qne Rome est le modèle et la maîtresse de toutes les églises, et que les rapprochements qui existent entre les deux liturgies honoreront toujours notre Eglise, à quelque époque qu'elle fasse remonter ses rils Si le Bréviaire romain eût été le nôtre, ce n'est pas nous qui aurions pensé à un changement, d
Nous sommes heureux d'avoir trouvé ce beau passage dans la circulaire de Mgr. de Bonald. On voit, d'après lui, ce qu'il faut penser du caractère oriental de la liturgie lyonnaise. Si Lyon a eu, dans les premiers siècles, une liturgie venue de l'Orient, elle l'a |)erdue, comme tout le reste de la France, sous Pépin et Charlemagne. Au fait, il n'y a pas eu en France, avant Charlemagne, d'autre liturgie que la gallicane qui fut supprimée alors, à Lyon aussi bien qu'ailleurs. Ceci a été démontré par Mgr. de Conny dans ses Recherches sur l'abolition de la liturgie antique dans l'Eglise de Lyon. Il faut même dire que c'est dans 1 ancienne liturgie romaine que nos Eglises avaient puisé tout ce qu'on y a découvert de conforme au type oriental. Ebt-ce que la liturgie romaine , en effet , n'était pas venue d'Orient avec saint Pierre? assurément; et il y a tout lieu de penser que le Prince des Apôtres ne créa pas à Rome une liturgie différente de celle qu'il avait implantée à Antioche. Les liturgies apostoliques n'étaient, d'abord, qu'un cadre assez stmpiçoù l'on a fait entrer, depuis, des formules diverses selon les pays. Rome a rempli successivement ce cadre par les travaux de ses Pontifes jusqu'à saint Grégoire-le-Grand. Depuis ce grand Pape, on n'y a guère ajouté que des accessoires; et c'est dans ces accessoires, |)ostérieurs à «Charlemagne, ou même à saint Grégoire VII, qu'ont consisté les différences des liturgies dites françaises avec la romaine, qui leur servait de fond à toutes depuis cette époque. Revenons à Mgr. de Lyon.
» Nous avions toujours déploré, ajoute-t4I, la suppression faite par Mgr. de Montazet de la fête particulière de saint Pauli qui se trouvait dans nos anciens bréviaires sous
le titre de Cekbritas mncti Pauli Jpostoli; nous Tavons rétablie, ainsi que la fête de la Chaire de saint Pierre à Antioche; puis, nous avons élevé au rit solennel-majeur avec octave la fêle (principale) de ces deux saints Apôtres. »
Mgr. raconte ensuite qu'il a introduit dans la nouvelle édition du bréviaire quelques offices de plus en l'^honneur de la sainte Vierge, puis les fêles de saint Louis de Gonzague, de saint François-Xavier, de saint Jean-François Régis, de saint Vincent Ferrier, de saint Alphonse, de Liguori, de saint Jean Népomucène, de saint Philippe de Néri, de saint Jean de la Croix, de saint Grégoire VII, etc.
Parlant de saint Louis de Gonzague, il suppose que le Pape n'en a rendu Toffice obligatoire que pour les ecclésiastiques qui se servent du Bré\^iaire romain, et il ajoute : « Nous n'étions pas obligés, à cause de notre liturgie, d'adopter cet office; mais Grégoire XVI apprendra avec consolation que nous nous sommes conformés à sa pieuse pensée. )» Par le décret en question, relatif à saint Louis de Gonzague, en date du 25 juillet 1842, et rapporté par Y Ami le 5 novembre suivant, il est ordonné qu'à l'avenir le clergé séculier et régulier répandu dans l'univers, y compris les religieuses, récilera d'obligation l'office et la messe de saint Louis de Gonzague sous le rit double-mineur, le 21 juin ou le premier jour libre après en se conformant aux rubriques. » Un semblable décret ne regarde-t-il pas toutes les églises du rit latin, celles même à liturgie privilégiée? il embrasse jusqu'aux ordres religieux. Si telle est d'ordinaire la teneur des décrets Urbi et Orbi, concernant les offices de saints que les Souverains-Pontifes rendent partout obligatoires, et que l'on insère en conséquence de temps en temps au Bréviaire romain, on ne voit pas trop sur quoi l'on se fonde, quand on pratique une sorte d'éclectisme en cette matière; quand on admet, par exemple, saint Charles et non saint Pie V, saint Vincent Ferrier et non sainte Catherine de Sienne; on ne voit pas, surloul, en vertu de quel droit on fête des saints dont l'Eglise n'a pas prescrit l'office, au préjudice d'autres dont le culte est
commandé : saini Jean Népomucène, au Heu de saint Fidèle de Sigmaringeu ; saint Isidore laboureur, au lieu de saint Isidore de Séville, etc.
Mgr. de Bonald déclare encore, dans sa circulaire, qu'il a élevé à un rang supérieur les fêles de certains fondateurs d'Ordres, tels que saii)t Ignace de Loyola, sainl François d'Assise, saint Dominique, sainte Thérèse, etc. 11 a ajouté aussi, conformément à la prescription de YOrdo lyonnais de 1828, un verset pour le Pape aux grandes prières de laudes et de vêpres pour les temps de pénitence. Enfin, il ter; mine par le dispositif, communiqué au chapitre primatial, où il proclame la nouvelle édition du bréviaire obligatoire, pour 1 office public, à la Primatiale et au Séminaire, dès la fête de la Sainte-Trinité 184Ï, et, dans les autres églises, à partir du {"janvier 184S.
Nous apprenons, par Mgr. de Conny, qu'on publia aussir en 18^6 un supplément pour le Missel. Ce supplément a été fondu dans l'édition donnée par M. Pélagaud en 1856, quoiqu'elle porte au frontispice la date de 1846.
Nous nous sommes arrêté, un peu trop longtemps peutêtre, sur cet acte de l'Eglise de Lyon; mais nous devions à Lyon au moins autant qu'à Paris, ces deux Eglises exerçant quelque part une influence quasi-maternelle. Besançon, par exemple, ne proclame-t-il pas quelquefois son origine lyonnaise, et, qui plus est, par ce moyen, orientale? Il était donc important d'examiner ce qu'il faut penser du type oriental que l'on' dit avoir imprimé son cachet à certaines Kturgies, et nous ne pouvions mieux rencontrer qu'en fai- *sant parler à notre place le Cardinal-Archevêque de Lyon.
III. On tint un Synode à Nevers en juillet 1843. Le 25, M. Roucbauce , promoteur, y parla ainsi : a C'est par le corps des Evêques seuls que la religion peut être sauvée en France, comme c'est par le corps des pasteurs unis à leurs Evéques que la foi peut être ranimée dans les diocèses. Cest donc dans des conciles nationaux et pro^nncioAJKc, et dans des assemblées synodales, que les graves intérêts de * la religion, du culte et de la discipline ecclésia^stiqu^e
peuoent être traités aoee succès. El ici, Me^ieurs, cen*est pas mon opinion personnelle que j'énonce, c'est celle du clergé de France lui-même, qui voyait déjà avec douleur, avant la révolulion, les Synodes diocésains tomber en désuétude, au grand détriment de la religion et de la discipline de TEglise, et qui en sollicitait le réi^lissement avec les plus vives instances. »
Le même jour, M*. Violette, secrétaire de la Congrégation de la liturgie, développa les avantages du rit romain, manifesta le désir de voir ajouter au Bréviaire et au Missel un supplément plus étendu sur les sainis du Nivernais, et fit connaître que, pour qu'il y eût unité de liturgie, la Coi»grégation serait d'avis qu'on adoptât dans le diocèse le Brésnaire, le Rituel et le Cérémonial romains.
Le 26 juillet, M. de Gossigny, Archidiacre, fit un discours sur la liturgie. Dans ce discours, plein d'éloquence, il remarquait que plusieurs avaient souvent a exprimé le vœu que le Souverain -Pontife ordonnât une nouvelle révision du Bréviaire et du Missel romains, et l'iniposàt à l'Eglise uni* verselle; et que, d'après beaucoup de voyageurs, cette pensée rencontrait assez de faveur au-delà des monts (c'est ce qu'on verra plus tard). Mais, dit-il, en attendant que la Cour romaine, toujours lente dans ses opérations, nous fasse cet inestimable présent, hâtons-nous d'établir, au moins dans notre famille, cette unité qui nous manque, unité du Missel, du Bréviaire, du Rituel, du Ghani, du Cérémonial. »
JÏ. Violette fit ensuite valoir, avec chaleur, les graves motifs qui devaient engager tous les diocèses à s'unir d'une manière plus étroite au Siège apostolique; un des meilleurs moyens d'atteindre ce but, ajouta-t-il, c'est l'adoption du Bréviaire romain. Son opinion fut combattue par plusieur membres qui demandèrent la conservation du parisien.
Mgr. proposa un scrutin secret, qui donna 31 voiK pour le romain et 32 pour le parisien.
Tel est, en abrégé, le compte-rendu donné de ce Synode, au point de vue de la liturgie, dans Y Ami du 19 octobre
18<^3; mais on écrivit plus tard, du diocèse de Nevers, au même journal, une lettre publiée \e ik décembre, où l'on disait : a Le secrétaire de la Congrégation de la liturgie demanda, au nom de tous les membres de cette Congrégation, le Bréviaire, le Rituel et le Cérémonial romains; il développa avec chaleur les motifs, etc. Ses paroles firent une grande impression, non-seulement sur l'assemblée, mais encore sur l'esprit de Mgr., qui fit aussitôt voler par assis et levé. Nous nous levâmes en majorité nombreuse et compacte; et c'est alors que le Prélat nous déclara, avec une noble franchise, qu'il ne s'attendait pas à celte éclatante manifestation en faveur de la liturgie romaine; qu1l avait fait ses conditions, depuis quelque temps déjà, pour l'impression d'un bréviaire nwernais,..; mais que rien ne saurait plus être conclu, le coeur d'un Evêqv£ ne pouvant qu'être saintement et vmment flatté de tout ce qui pou^ vait rapprocher de plus en plus le clergé de son diocèse de Vimmortelle et glorieuse unité catholique. Néanmoins... Mgr. annonça pour le lendemain un second vote au scrutin secret. Cette fois, le dépouillement donna 31 voix pour le romain et 32 pour le parisien... Mais il n'en reste pas moins constaté que le clergé de Nevers n'est point étranger au mouvement réparateur et bienheureux qui reporte vers Rome... Mère unique de toutes les Eglises. »
H. Mesié, ayant lu ce dernier rapport, écrivit de suite à YÀmi, pour le prier de publier le discours où M. Violette avait exposé les motifs grades qui avaient produit un si beau mouvement dans le Synode; mais VAmi dût lui déclarer, en note, qu'on ne lui avait pas fait passer ce discours.
Quoi qu'il en soit, le rit romain ne fut pas introduit alors dans le diocèse de Nevers; le parisien y régna encore jusqu'en 1853. Seulement on y publia en 18(t5 un Rituel nouveau, romain quant au fond, mais avec addition de rites et cérémonies locales.
Après avoir raconté ainsi nos déceptions concernant Ne* vers, Lyoa et Carcassonne, tournons-nous vers des régions meilleures.