‹ Études liturgiquesChapitre 14 sur 63 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Quelques réflexions à propos de eertalnes elreulAires*

L'histoire de Saînt-Brîeuc , telle que nous venons de la raconter, nous oblige à revenir sur celle de Ncvers, dont nous avons parlé tout à l'heure, cl voici comment. V^émi de la Religion j qui insérait, le 16 janvier 18ft7, la circulaire de Mgr. de Saînt-Brieuc du 15 décembre précédent, en avait signalé une, le 7 janvier, d'un genre bien différent. Mgr. de Nevers y disait : « Nous avons fait des démarches auprès de Sa Sainteté, afin de tranquilliser pleinement noire conscience sur l'emploi de la liturgie parisienne dans notre diocèse. Nous avons reçu Tassurance formelle que le Saint-Siège ne trouvait pas mauçais, vu les circonstances, que nous maintinssions l'usage absolu de celte liturgie. Son Excellence le Nonce apostolique, que nous avons consulté tout récemment à ce sujet, nous a renouvelé la même assurance, et a pleinement approuçé les dispositions que nous avons, prises pour établir l'unité liturgique dans noire diocèse. »

Conunenl concilier ces vœux du Pape d'un côté, et cette approbation de lauti-e? VAmi trouvait moyen de les faire cadrer ensemble, en disant le 14 janvier : a Les Evéques s'adressent donc au Pape, qui leur indique ce que les circonstances lui font juger plus opportun , pour chaque situation particulière, au bien spirituel de leur Eglise. »

Ce mode de conciliation parait toutefois n'avoir pas été du goât de tout le monde, car on vit M. de Cossigny, vicaire-général de Nevers, que Mgr. Dufétre avait envoyé à Rome en 1846, rendre compte, le 31 janvier, dans VUnù vers, de son entrevue avec le Saint-Père de la manière suivante. Grégoire XVt lui aurait répondu le 18 mars 1846 : ' f Dites à votre Evéque que je verrais sans d^ote , avee

plaisir, tous les âk>eèse» de France entrer sueceasivement dans i'anité de la liturgie romaine; mais je comprends tes difficultés qui s'y opposent , et je ne peux pas V&râûnner; je ne l'ordonnerai jamais. J abandonne donc la solution de celte question à la sagesse de VEs^éqite de NevevB, et m'en rapporte à sa prudence; dites-le lui de ma part. »

M. Dulac a fait là-dessus une réflexion importante. Le Saint-Siège tolère, dit-il» le maintien des liturgie partieu^ lières dans les diocèses où les circonstimoes en font une nécessité. Lorsque les circonstance» auront changé , le Saint* Siège trouvera mai^çais ce qu'il ne tolère, quant à présent, que vu les circonstances. Si TEvéque rencontre eus dif^ cultes, le Pape m veut pas ordonner; mais» ne pouvant pas juger de leur réalité par lui-même» il laisse à TËvéque le soin de le foire, et la responsabilité de sa décision devant TEglise et devant Dieu. Du reste, il évite de répondre par lettre officiellement.

Cette manière d'entendre les choses s'accorde assez avec les paroles du Bref à Mgr. de Reims; ce sont les difficulté» qui arrêtaient Grégoire XVI, eu Pontife si prudent. Il ne faudrait pas croire, cependant, qu'il reculât toujours devant les oi>slacles. N'est-ce pas en son nom, en effet, que le Cardinal Lambruschini écrivait au Nonce en France, le 16 janvier ISïb, au sujet du bréviaire de Blois, que si le Saint-Père, dans son Bref à Mgr. de Reims^ s'était abstenu de presser Texéeution des lois de saint Pie V, il avait déclaré s'agir aiuâi que pot^ le moment, et pour raisons très* grâces; mais que c était toute autre cho&e de tolérer le retard que l'on apporte à corriger un usage invétéré, et de laisser ce mêu)e usage s'étendre et s'affermir librement par de nouveaux faits.

Cela prouve que Grégoire XVI ne manquait pas de zèle, quelque prudent qu'il fût» pour prqsser le retour au ro* main. Il faut, du reste, fiiire la part des époques; il est clair que Ton ne pouvait pas se montrer aussi exigeant, quand il n'y avait encore que quelques Evêques déclarés pour la réforme, qu'il est permis de rélre, lorsqu'il n'y a phis qu'un

petit nombre de retardataires. Les mêmes eraintes graves n'existent plus; et eelui-là commellrait le plus sot des anacbronismes, qui voudrait encore, de nos jours; se prévaloir, pour rester en arrière, de la latitude de la tolérance d'autrefois.

Nous ne clorons pas cet incident, occasionné par la circulaire de Nevers, sans relever encore un mot de VJmi, dans son article déjà cité du 14 janvier. Il disait donc, ea commençant cet article, que « la question liturgique, devenue l'objet de discussions dans quelques feuilles religieuses, regardait les Evéques qui n'avaient à en rendre compte qu'à Dieu et au Saint-Siège. On en pense ainsi à Rome, ajouUût-il, et nos Evéques suivent ce princi|)e. »

Ne semblerait-il pas, après cela, que VJmiAeiSki et de 1843 a bien péclié, lui, où nous avons puisé tant d'excellentes choses? Respectons nos ancêtres. D'un autre côté, que serait-il arrivé, si D. Guéranger n'eût pas publié son livre des Institutions, et si VJmi n'eût pas ouvert ses colonnes à la controverse qu'il a soulevée? il y a tout lieu de croire que la liturgie romaine ne serait pas devenue celle de la France. Enfln, il est aisé de voir que VJmi, en désapprouvant les feuilles religieuses qui continuaient la polémique liturgique en 1846 et 4847 (4), avait surtout en vue sa béte d'horreur, le journal YUnivers, où M. Dulac publiait alors les beaux articles d'histoire et de science liturgique, qu'il a eu l'excellente idée de résumer plus tard en un corps d'ouvrage intitulé : La Liturgie romaine et les liturgies françaises; détails historiques et statistiqties. Nous signalerons cet ouvrage en son lieu. Ici, nous nous contentons d'indiquer la date à laquelle remontent les premiers démêlés entre Y Ami et VUnis^ers.

A partir de l'époque où nous sommes arrivés, les rédacteurs et les partisans de Y Univers seront représentés par

(i) La Voix de la Vérité était du nombre de ces feuilles; mais ses articles n'étaient, d'après un de nos correspondants, ni aussi savants, ni aussi graves, ni aussi significatifs que ceux de VVnivers,

leurs adversaires comme des hommes de parti. On s'arrêtera dans le bon chemin, en quelques endroits, pour ne ]ias s*cxposcr à leur faire plaisir. On rédigera contre eux des pamphlets; on fera interdire, par des Evéques ou par d'autres, la publication de leurs idées romaines, et le Pape aura peine à les soutenir même par des Encycliques.

VÀmi, au contraire, sera le seul journal vraiment religieux et ami de 1 Episcopat. N'aura-t-il pas pour lui tous les Prélats bien pensants et prudents, que nous avons vus déjà acquis à Mgr. de Toulouse, comme ils le seront à d'autres après lui? Oui, quiconque ne pensera pas comme Y Ami servira mal les intérêts de l'Eglise; sous-en tendons gallicane, et il aura raison.

Si l'on veut savoir comment ce journal envisagera désormais les discussions religieuses d'un autre journalisme que le sien, on n'ira pas loin pour l'apprendre. Il dira, par exemple, le 16 février 1847, en parlant du Mandement de carême de Mgr. de Sainl-Flour, que ce Prélat, tout en se disant heureux d'être pasteur d'un diocèse demeuré fidèle gardien de la liturgie et des usages du Saint-Siège, s'élève, animé du même esprit que les Evéques du Mans, de Paris et de Strasbourg, contre les canonistes des journaux. Mais quel mal voyait-il donc à ce que des canonistes cherchassent à procurer à des Evéques, malheureux d'être à la tête de diocèses devenus infidèles à la liturgie romaine, le bonheur dont s'applaudissait Mgr. de Saint-Flour? Puis, jusqu'à quel point Mgr. de Strasbourg s'était-il prononcé contre la conduite de l't/^iipers? Il n'a pas trop paru en vouloir à ce journal, lors de la fameuse esclandre-Sisson.

Mais ne prolongeons pas davantage ces justes récriminations, et continuons à ciiregistrer les conquêtes de la ^ liturgie romaine en France, avant l'ère féconde de nos conciles provinciaux.

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