CHAPITRE XI
Noiivelle* eonqnétes de la lltarg^ie romaine à Troyee^ Perpl|^aDf Moatanban et Reime.
I. Mgr. Debclay, évéqne de TROYES, recevait en 1847 du Souverain-Ponlife un Bref de fclicîlalion pour l'empressemenl qu'il avait mis à préparer le retour de son diocèse h la liturgie romaine. Ce Bref portait la date du 7 janvier. Le 27 avril suivant, le Chapitre de Troyes demandait ce rétablissement pour le 29 juin à la cathédrale. Mgr. déclarait, dans un acte officiel, que le jour où son Chapitre lui avait adressé celte demande était le plus beau de son épiseopat.
A cette occasion, on trouve, dans les journaux du temps, une longue dispute de muts pour savoir s*il fallait dire rétablissement ou simple établissement de la liturgie romaine dans le diocèse de Troyes. Ce qu'il y a de plus clair en ceci, c*est que Troyes avait conservé sou ancienne liturgie* lors de la publication de la Bulle de saint Pie V; mais le Chapitre ayant demandé dès i639 à prendre le romain,' Mgr. Malicr s'appliqua ai 1652 à éditer un bréviaire, où tout fut dirigé avec soin selon la forme du romain : Omnia ad Breçiarii romani normam sedulo dirigerentur. On y laissa néanmoins quelques usages français, tels qu'un répons à certaines premières vêpres, un neuvième répons à Matines avec le Te Deum, un seul nocturne tout le temps pascal, un ordre particulier pour complies, la procession aux Fonts le saint jour de Pâques, etc. Dans de pareilles conditions, avait-on le romain? oui, ou non? assca peu importe. Mais en f718, le diocèse de Troyes adopta un nouveau bréviaire, celui de Sens, sa métropole; puis, en 1736, parut le fameux Missel que Mgr. Bossuet avait édité. En vain le Chapitre repoussa d'abord celte nouveauté, et
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en «ppela à Mgr. Languet, son métropolitain; malgré la résistance de Tun et de l'autre, le Parlement fit recevoir le nouveau Missel, sauf quelques peliles corrections. Voilà la liturgie bâlarde que Mgr. Debelay a fait disparaître en 18b7, par un Mandement du ik juin, que D. Guéranger a qualifié de monument impérissable.
Le Propre de Troyes avait été approuvé dès le 8 décembre 1846. On n*y trouve qu'un ^ul Evéque de celle Eglise, Tillustre saint Loup, ami de saint Germain d'Auxerre; c'est aussi le seul Evéque de Troyes qui soit au Martyrologe romain ; mais, en revanche, on célèbre le 7 juillet, soUs le rit double, une fête générale de tous les saints Evéqiies de Troyes. Ce Propre contient une dizaine d'autres saints lo« eaux, savoir : les saints martyrs Parre, Savinien, et Mesmio avec ses compagnons; les saints abbés Aventin, Paie, Liey et Vitre; enfin, sainte Julie, vierge martyre^ et les saintes vierges Savineet Mastidie. Tous ces saints, au reste, sont au Martyrologe romain, sauf saint Vitre et sainte Mastidie. Ce Martyrologe en assigne même d'autres au diocèse de Troyes, savoir : 1^ 36 avril, sainte Exupérance, vierge; le 21 juillet, plusieurs martyrs du IIP siècle, et notamment le 24 novembre saint Vénérand; mais il faut, ou que leur culte ait disparu, on qu'il soit resté purement local. Quant au rit attribué aux saints du Propre de Troyes, c'est généralement le rit semi-double; il n'y a d'exception que pour saint Savinien et sainte Mastidie qui sont de deuxième classe, et saint Loup, double-majeur. Ces trois saints, au reste, au lieu d'être fêtés le jour où ils tombent, ont le privilège de l'être le dimanche suivant, à moins que le jour de rineidence ne soit lui-même un dimanche. Le diocèse de Troyes lait aussi, le 3 novembre, du rit double, la fête de saint Malachie, Archevêque d'Armagh, à cause d'une relique insigne que Ton possède de ce saint à la caihédrale; 00 y célèbre également une fête générale des saintes reliques sous le rit double-^majcur.
IL Le diocèse de PERPIGNAN, comme on sait^ était toojwurs éttseuré roûiaiD ; maia , comme il rcttlerme da»
— H6 — sa eirconscriplîon actuelle une partie de Tancien diocèse d'Alelh, le bréviaire d'Aleth s était maintenu jusqu'en 18^7 dans une trentaine de paroisses environ. Que fait alors Msr. de Perpignan? il autorise les sexagénaires de ces paroisses à conserver leur bréviaire, mais il les oblige, avec tout le reste de ses prélres , à suivre le Miçsel romain. De plus, il annonce qu'il a obtenu de Grégoire XVI et de Pie IX un nouveau Propre, et il déclare que ce Propre sera obligatoire à partir du 1*' janvier 1849.
III. En 1847 encore, Mgr. Doney, Evoque de MON- TAUBAN, adressait une circulaire à son clergé, où il témoignait sa résolution de reprendre le rit romain, et son espérance de le voir rétabli partout pour 1850. Mais, déjà en 1847, la calbédrale chantait les premières vêpres de la saint Pierre selon le rit romain, et toutes les Eglises du diocèse étaient déclarées libres de l'imiter. Le Propre de Monlauban est un des moins compliqués qu'il puisse y avoir.
IV. Enfin, notre illustre Cardinal Gousset, Archevêque de REIMS, après avoir fait part au Saint-Père de sa volonté d adopter le romain, et en avoir reçu un Bref de féliciiation en date du 30 juillet 1847, prescrivait, par Mandement du 15 juin 1848, le retour au Bréviaire et au Missel romains pour le 1" janvier 1851. Subsidiairement, par une lettre du 30 novembre 1850, il prorogeait Tobligation susdite jusqu'à la Trinité de la même année 1851. Enfin, il prenait, dans une nouvelle circulaire du l**" mai 185:2, certaines mesures pour assurer davantage encore Uexécution de ses ordonnances précédentes. C'est là, si nous avons bonne mémoire, qu'il disait de Tunité liturgique qu'elle est comme V uniforme de l'Eglise catholique, expression aussi jusle que pittoresque.
Nous avons pu compulser à loisir le Propre de Reims, le Propre du Bréviaire, entendons-nous, car celui du Missel est à la disposition de tous ceux qui possèdent les missels de la Société des libraires catholiques éditeurs de liturgie romaine à Paris» fondu qu'il est dans le supplément général
— H7 — que Von trouve à la fin de ces missels. CVst là une chose, on Tavouera, qui ne sent pas le monopole. Au reste, à quoi se réduit ce supplément rémois? aux deux messes propres de saint Rémi, première classe avec octave, et de saint Nicaise et ses compagnons, martyrs, deuxième classe; et à des oraisons propres pour les saints Sixte et Sinice, Rigobert, Gumbert et Berthe, Bove et Dode, et Albert de Liège; les autres prennent tout au Commun. Contentons-nous (rajouter que ce Propre de Reims contient environ vingt-cinq fêtes locales, dont huit dTvêques de Reims, savoir : celles des saints Sixte et Sinice, Donatien, Nicaise, Rémi, Nivard, Régule, Rigobert et Fivence, et deux d'Evèques martyrs étrangers, Albert de Liège et Arnoul; les quinze autres sont de martyrs ou confesseurs du pays, y compris sainte Macre, vierge martyre, les saintes vierges Bove et Dode, et les saintes veuves Cèlinie et Balsamie, mère et nourrice de saint Rémi. Une diznine des saints insérés dans le Propre de Reims ne sont pas au Martyrologe romain, entre autres ceux que nous avons écrits en italique.
Nous ne terminerons pas cet arlicle sans rendre nos hommages à rèminenl Prélat dont nous citons les actes. Quoique cet illustre Archevêque n*ail pas élé le premier à réaliser dans son diocèse la réforme liturgique, puisqu'il n'est venu qu'après Mgrs. Parisis, Dépery, Grorges, Debelay, Le Mée, Brossais-Saint-Marc, et notre célèbre compatriote, Mgr. Doney, nous ne devons pas hésiter à le placer à la tôle de ses vénérables collègues même sur ce point, car c'est le Bref mémorable qu'il a obtenu de Grégoire XVI en 1842, qui a décidé le mouvement général dont nous avons vu le commencement. D'ailleurs, n'est-ce pas à lui, de concert avec le Cardinal Giraud, Archevêque de Cambrai, qu'il faut attribuer la gloire d'avoir réuni une commission savante pour rechercher et reproduire le véritable chant traditionnel de TEglise, et les anciennes mélodies grégoriennes? C'est encore là un travail appelé à rendre à l'Eglise un éminent service.
n ne suffisait donc pas à notre glorieux compatriote
— H8 — d'avoir vengé et propagé parmi nous les vrais principes de la morale dans sa Justification de la Théologie de saint Alphonse de Liguori en Î832, el dans sa Théologie à lui en i8b4; il devail encore nous faire rendre les admirables prières et mélodies de la lilurgie romaine, contribuer beaucoup à la regrise des conciles provinciaux en 1849 et à leur continuation en 1853 et 1857, el, enfin, rameneren France les vrais Principes du Droit canonique par VExposition qu'il vient d'en faire en 1859. C'est cet illustre Prélat, peut-on dire, qui a été le principal auteur de la réaction merveilleuse qui s'est opérée en tout sens depuis une trentaine d'années dans nos doctrines et dans nos mœurs, car c'est lui qui, un des premiers, nous a appris à nous tourner vers Rome pour en avoir des décisions utiles et nécessaires en tout genre de controverses. Sa consultation, en effet, sur la Théologie de saint Alphonse de Liguori, présentée à Rome par le pieux Cardinal de Rohan en 1831, n'a-t-elle pas été comme le point de départ de tant d'autres consultalions sur une foule de matières graves et importantes, y compris celle qui regarde Tunité nécessaire du vicariat capitulaire?
Ce n'est donc pas sans raison que Taugoste Pie IX a voulu lui-même, et de son propre mouvement, le décorer de la pourpre romaine, car, s'il est quelqu'un qui ait vraiment mérité cet honneur, n'est-ce pas celui qui, se déclarant en tout et toiyoursle champion des doctrines, des pratiques et des droits du Saint-Siège, comme aussi leprotee^ iewr a^foué de tous ses vrais amis, a tant contribué à nous rapprocher de l'Eglise mère el maîtresse, et du seul véritable. Vicaire de Jésus-Christ, l'Evéque des Evéques, et le Père ei docteur de tous les chrétiens?