CHAPITRE X
Aéfens^ des IiMtitotioiis litargiques, en réponse k WÊ^ d^Attr6«.
Jusqu'à présent, nous n'avons guère vu la controverse liturgique débattue que dans les journaux. C'était bien le moyen de donner à celte controverse la plus grande publicité, et de lui ménager le triomphe le plus étendu et le plus universel. Néanmoins, il était difOcile qu'en se maintenant dans les limites d'articles nécessairement très-courts, on élucidât parfaitement toutes choses. C'est pourquoi, on sentit le besoin de recourir à un autre mode de discussion, et l'on se mil à publier de part et d'autre des brochures plus ou moins volumineuses, où il était |)ermis de développer la Ihèse dans toute son ampleur. JLes journaux, il est vrai, continuèrent encore à tenir leurs lecteurs au courant de la polémique, mais la lutte se livrait véritablement sur un autre terrain, et il faut dire^que, sous un certain rapport, la bonne cause perdit à n'être plus servie directement chaque jourpar la presse périodique. Certaines feuilles, en effet, prirent parti dans la querelle, et, tout naturellement, elles ne Grent connaître d'une manière avantageuse que les écrits composés dans leur sens. De 16, pour leurs lecteurs qui n'a* vaient pas même l'idée de se procurer les brochures ou les articles de la partie adverse, une source inévitable de préjugés et d'erreurs. C'est ainsi que les abonnés d'un certain journal sont demeurés chauds partisans des liturgies parti*culières, et aujourd'hui encore ils s'attachent à elle^ comme au palladium de nos libertés prétendues séculaires. Il en est de même pour toutes les autres questions qui arrivent successivement au grand jour de la discussion ; quelque mauvais et dangereux que soit l'esprit qui anime le rédacteur d'une feuille périodique , il a ses affidés, qui jurent sur sa parole et ne veulent rien entendre à ce qui leur vient
d'ailleurs, alors même que le droit et la vérité sont trèscertahiement du côté de leurs adversaires.
Tel est le résultat aussi fâcheux qu'inévitable d'un journalisme partial, qui ne met plus sous les yeux de ses lecteurs que les raisons de la cause, même mauvaise, qu'il a une fois embrassée; il trompe ses abonnés, sans leur offrir aucun remède qui puisse les guérir de leurs illusions; au contraire, leur aveuglement va croissant de jour en jour; et les plus mauvaises passions viennent souvent se mettre au service d'une cause désespérée. Combien était plus honnête le procédé de YJmi, lorsqu'en 1842 et 1843, il ouvrait librement ses colonnes à tous les plaideurs ! On pouvait alors juger sûrement de la valeur de chaque opinion, et il n'était pas possible qu'à la On le bon droit ne parvint à se faire jour, et à triompher des subterfuges de ses adversaires. C'est ce qui arrive tous les jours devant les tribunaux humains; les débats libres et contradictoires, mis> en regard et confrontés consciencieusement, subissent un choc salutaire, d'où jaillit enûn, autant que possible, la lumière de la vérité.
Nous conjurons donc les rédacteurs de feuilles périodiques d'offrir toujours à leurs abonnés toutes les pièces du procès qui se débat, sans quoi ils trompent les âmes simples, et souvent dans des matières importantes, lorsqu'il s'agit de la vérité des choses ou de l'honneur et de l'avenir des personnes (1).
(i) Exemple: Exclu violemment de sa Ck)mmunauté au mépris des CoDsUtutions qui la régissent, et poursuivi sans relâche malgré son innocence reconnue par Taulorité la plus haute qui soit au monde, Fauteur de cette Histoire, qui, depuis bientôt vingt mois, se trouve privé de l'exercice et des émoluments de sa charge, continuait paisiblement à opposer aux actes successifs de la puissance qui le pourcliasse la résistance la plus légitime, en imprimant pour Rome et pour ses amis des Mémoires justificatifs de sa conduite, sous le Utre d* Explications y lorsqu'un journaliste {cujus nomini parco, dirait BenoU XIV) est venu tout-à-coup s'entremettre dans une affaire qui ne le regardait pas et qu'il ne connaissait pas, et représenter à tout son public la vicUme de l'injustice la plus criante comme un monstre abominable. En vain , attaqué comme il l'était dans son honneur de prêtre et de citoyen, l'auteur des Ettides liturgiques
II est loin d'en être de même de la controverse agitée sous forme de brochures ; chacun ici plaide sa cause de son mieux, et nul ne peut être obligé à reproduire in extenso le plaidoyer de son adversaire. Ce plaidoyer, d'ailleurs, est à la disposition de tous les lecteurs, non moins que son contraire; chacun peut donc se le procurer librement, s'il veut juger en pleine connaissance de cause, tandis qu'on ne peut raisonnablement exiger d'un abonné à un journal qu'il s'abonne aussi au journal opposé, surtout pour quelques articles qui n'apparaissent que de loin en loin dans les colonnes de l'un et de l'autre.
Nous avons cru devoir faire ces courtes réQexions qui nous semblent utiles, avant d'aborder le terrain que nous devons exploiter maintenant de la controverse liturgique discutée sous forme de brochures. Dans nos chapitres précédents, nous n'avons guère rencontré en ce genre que la Dissertation de M. M... en 4830, puis, les Observations et Y Eocamen pacifique de M. Mesié; encore les journaux nous avaient-ils donné le compte-rendu de ces divers écrits. Mais, enfin, à l'occasion des Institutions liturgiques de D. Guéranger, Mgr. d'Aslros est monté sur la brèche par son livre intitulé V Eglise de France injustement flétrie; do son côte, le R. Père a publié sa Lettre à Mgr, de Reims sur le droit de la liturgie. Maintenant nous avons à suivre nos deux combattants dans la lutte qu'ils se sont livrée corps à corps.
A peine l'écrit ci-dessus de l'Archevêque de Toulouse eut-il vu le jour, que D. Guéranger annonça son intention de le réfuter et de justifier son livre et sa personne. Sa réponse parut en 48ÏÏ sous le titre de Défense des Institutions liturgiques; c'était un volume assez bien conditionné. Gomme
a-t-il prié par deux fois if. /. Michel d'insérer ses réponses, Thonnéte folliculaire n'a pas seulement refusé de lui rendre ceUe justice, il a continué de plus belle à puiser contre lui dans le vocabulaire des injures. Quatre articles, des plus détestables, ont paru, coup sur coup, dans V Union franc-comtoise; trois ont été réfutés jour par jour sous forme de Lettres imprimées; mais la réponse au quatrième, prête depuis longtemps, n'a pas encore paru ; elle verra le jour, s'il plaît à Dieu, bientôt.
cet oavrnge ne nous parait pas avoir obtenu, au moins dans certains pays, toule la vogue qu'il méritait, nous ne craindrons pas de le fuire connaitre par d'assez longs extraits.
D. Guéranger commençait donc par s'étonner, et avec raison, que Mgr. d'Aslros, même dans sa seconde édition où il signalait le Bref du Saint-Père à Mgr. de Reims, continuât à désapprouver Vespérance qu'il s'était permis d'exprimer de voir s'opérer le retour au romain, celte espérance étant aussi celle du Pape, et le retour en question l'objet de ses désirs, ita in votis e$set; confidimtAs; qu'il osât ensui^^ parler de réclamations qu'il adresserait au Sainl-Pcre en faveur des liturgies françaises, si celui-ci avait le malheur de les proscrire; enfin, qu'il se contentât de souhaiter l'unité liturgique provinciale ou métropolitaine, selon la règle du Concile de Tolède, quand l'unité patriarchale était devenue tout à la fois un fait et un droit dans l'Occident depuis tant de siècles. Il ajoutait, à ce propos, que si Mgr. l'Evêque de Garcassonne avait cru pouvoir, à l'époque où nous vivons, appliquer à son diocèse cette règle vieillie et surannée, en adoptant la liturgie de Toulouse, sa métropole actuelle, une pareille mesure n'en était pas moins nuNe par défaut de droit, en ce qui regardait les Eglises du diocèse de Garcassonne qui avaient conservé le romain jusqu'alors. Nous avons déjà parlé de cette mauvaise affaire.
Le R. Père, parlant ensuite de la gloriole qu'ont assez souvent les Français de se croire meilleurs que les autres chrétiens au point de vue de l'orthodoxie tant dogmatique que morale, et de leur propension b vanter notre pays eomme s'il n'avait jamais enfanté ou fomenté d'hérésie, ne craignait pas de trouver dans cette prétention, appliquée à nos jours, un véritable anachronisme, et de rabattre notre superbe par le récit de la pure vérité.
Laitons de côté, disait-il. Vigilance et les Albigeois: mais, au XVP siècle, n'est-ce pas la France qui a produit Galvin?et l'hérésie sacramentaire n'est-elle pas parvenue alors à s'établir dans notre patrie sur un pied formidable, y ravageant tout, et finissant par obtenir l'Edit de Nantes?
Vient ensuite le jansénisme. Peut-on nier qu'il ait existé en France pendant plus d'un siècle? Il y a compté plusieurs représentants avoués jusque dans l'épiseopat, des milliers d'adhérents dans le clergé du second ordre el les corporations religieuses, enfin, un nombre proportionné de laïques dévoués, sans parler des cours de jnslice qui l'ont soutenu, principalement le Parlement de Paris. En même temps, il a produit quelque chose comme deux mille volumes, outre un déluge de pamphlets, de satires et de chansons, et un journal arrivé à sa 75* année.
Enfin, n'est-ce pas encore la France qui est apparue comme la citadelle du philosophisme au siècle dernier?
Comment donc prétendre que, dans aucun lieu du monde, la doctrine évangélique ne s*esl conservée plus pure, et l'hérésie n'a été plus fortement re|)oussée? Aujourd'hui surtout que non-seulement l'hérésie, mais le scepticisme, mais le panthéisme, mais l'impiété disputent de toutes parts le terrain h la vraie foi?
Parlerons* nous du gallicanisme? Hélas! pourquoi faut-il, Monseigneur, dit à ce propos le R. Père, que vous hésitiez encore à flétrir Todieux manifeste des quatre articles, qui, selon vous cependant, fournit dans la suite des armes et des prétextes aux ennemis de la foi? Vous appelez malheureuse, il est vrai, la Déclaration; mais pour quel motif? parce que, dites-vous, elle refroidit l'affection de l'Eglise romaine pour l'Eglise de France; ah! dites plutôt celle de l'Eglise de France pour TEglise romaine. Elle éleva, en effet, de notre côté vers Rome un mur de séparation, en deçà duquel le jansénisme et le philosophtsme nous décimèrent cruellement; elle nous mil sous le joug de la puissance séculière dans les choses spirituelles; elle donna un corps et une consistance légale et positive aux doctrines d'insubordination, desquelles sont sortis le presbytérianisme et le laîeisme, qui se produisirent enfin «^ l'état d'institution dans la constitution civile du clergé; elle est devenue, enfin, le protocole obligé de toutes les révolutions postérieures contre la puissance (spirituelle) du Saint-Siège , en Aile-
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magne où a paru le Fébronius, en Toscane où s'est tenu le synode de Pistoye, enfin, au conimeneemenl de ce siècle, en France et en Italie. Encore maintenant, quels sont ceux qui mettent toujours en avant la religion de Bossuet comme un palladium dont ils essaient de se couvrir, sinon les ennemis les plus acharnés du Saint-Siège, les journaux les moins religieux, les mômes, Monseigneur, qui ont eu l'audace de souiller de leurs éloges votre brochure contre moi? Leurs éloges montent vers vous. Monseigneur, au bruit de nos libertés que je foulais aux pieds. Après le Journal des Débats, il vous a fallu subir le Siècle, la Gazette de France, le Courrier français, V Emancipation, sans compter MM. Dupin et Isambert. (Voilà donc comment la France a aimé l'Eglise romaine. Rome, au contraire,) comme une bonne mère, n'a pas laissé que de conserver son affection pour sa fllle ingrate. Non-seulement Innocent XI et Alexandre VIII ont patienté, mais tous leurs successeurs onl fait de même (I), et, enfin, Pie VII s'est empressé de recueillir les débris de notre Eglise, plus mutilée encore par le schisme que par la persécution, et de la relever avec condescendance.
Après avoir ainsi dévoile nos plaies, le R. Père se défend d'avoir accusé d'hérésie VEglise de France elle-même. Mais, continue-t-il, t;uand il me serait arrivé de tomber dans une erreur aussi grave, j'aurais fait tout bonnement une erreur historique qui ne nuirait pas à lorthodoocie de mon livre. La conservation de la foi en France, à telle ou telle époque, n'est qu'un fait et non un droit, L'Eglise romaine est la seule dont la foi repose sur les promesses; toutes les autres peuvent en perdre le don précieux. Si les deux palriarchats d'Alexandrie et d'Anlioche se sont écroulés dans l'hérésie, comment oserais-je embrasser la solidarité de tout ce qui se ferait dans l'Eglise de France? Ne
(1) On sait qu'il avait été question de mettre à Vindex la Défense des quatre articles, composée par Bossuet; eh bien! l'on s'en est abstenu; pourquoi ? autant, dit Benoit XIV, Ipar crainte d'exciter de nouveaux troubles, que par respect pour la mémoire de ce grand homme qui, avait d'ailleurs rendu à l'Eglise d'éminents services.
saitpon pas que cette Eglise, non contente de formuler ses doclrines (fausses) sur les prérogatives du chef suprême, en élait venue jusqu*à se créera elle-même une pratique (particulière) de la morale chrétienne, au point de regarder comme en pilié le soi-disant relâchement, par exemple, de saint AI|)honse de Lijçuori? Je n'adhérerai donc aux actes ecclésiastiques qui ont lieu dans ma patrie, qu'autant qu'ils seront en harmonie avec la direction donnée par le siège apostolique. Et quand j'entends des catholiques français parler de manière à faire croire qu'il y aurait dans 1 Eglise de France quelque garantie de plus que dans toute autre Eglise pour la conservation de la foi et de l'unité, je m'inquicle et même je ne comprends pas.
Quant à la crainte que Mgr. d'Astros avait manifestée de voir D Guérangcr tomber comme La Mennais, le R. Père y répond par la confession suivante: Je ne suis qu'un homme pécheur à qui rindéfeclibilité dans la foi n'est aucunement promise; mais, à part le Ponlîfe romain, de qui n'en peuton pas dire autant? Le Fils de l'Homme, Taisant adresser par saint Jean des reproches aux sept principaux Evéques de r Asie-Mineure, nous apprend que tous peuvent pécher, malgré leur caractère sacré. Si le moine peut faillir, le Pontife aussi est tombé plus d'une fois, et, qui pis est, il a en* trainé le peuple dans sa chute. Gardons-nous donc de prophétiser la chute de ceux qui sont encore debout, et évitons nous-mêmes de tomber. La Mennais n'est tombé que pour hésiter d'abord à se soumettre à un jugement du Pape, qu'il ne voulait plus croire irréformable ; abjurons donc pour jamais les désastreuses maximes de 168t2, qui furent sa première station dans la voie rétrograde qu'il a suivie depuis... Un mot encore; il semble étrange que ceux-là même, qui nont que des excuses pour les Prélats de 4682, s'avisent tout d'un coup de pronostiquer la révolte contre le Saint-Siège de ceux qui naguère ont eu la gloire d'obéir.
D. Guéranger, jetant enfln un coup d'œil sur les accusations de détail portées par Mgr. de Toulouse, se donne la peine de les réfuter les unes après les autres. On voit, entre
autres choses, dans cette partie de récrk que nous analy* sons, que le rit parisien, au lieu d'avoir conquis les trois quarts de la France, n*y posséda jamais qu'une quarantaine de diocèses; encore n'était-K^e pas partout le même parisien.
Quant au bréviaire- Vintimille, imprimé en Tannée 1736, avec quelle bonne foi peut-on dire qu'il a paru avant que le jansénisme fût une hérésie bien déclarée? Alexandre VU n'avait-il pas condamné dès 1656 la fameuse distinction du fait et du droit, et Clément XI en 1705 le silence respec^ tueux, puis en 1718 l'appel? La Bulle Unigenitm, publiée en 1713 et reçue par l'Assemblée du clergé en 171^, était donc dès lors règle de foi. Gomment justlGer, après cela, l'emploi que l'on fit de jansénistes connus et appelants pour la composition du bréviaire de Paris? L'Eglise n'a jamais rien voulu devoir aux hérétiques; car, sans parler ici de la discipline apostolique qui ordonnait avec saint Paul de les éviter et défendait avec saint Jean même de les saluer, les règles de Y Index interdisent absolument la lecture de leurs ouvrages traitant de la religion ex professa, et la sacrée Congrégation a cru devoir le rappeler d'une manière toute spéciale aux Evéques par son décret du k mars 1828. Ne sait-on pas encore que l'Eglise est allée quelquefois jusqu'à condamner noeme leurs écrits sur d'autres matières, purement en haine de l'auteur? Reportons-nous, du reste, à l'époque où parut le fameux bréviaire; ne fallut-il pas y mettre dès l'origine une cinquantaine de cartons? pour corriger donc autant de faux-pas de Vigier et consorts. Et, pour passer ici sous silence les réclamations du P. Hongnant, estce que le fameux Colbert de Montpellier, connu pour son jansénisme, n'applaudissait pas à cette œuvre malheureuse? « On me dit beaucoup de bien du bréviaire de Paris, écrivait-il le 9 mars 1736 à son ami TEvéque d'Auxerre; la vérité, ajoutait-il, ne peut être sans témoignage dans l'Eglise. Un homme d'esprit de cette ville compare Mgr. de Paris au prophète Balaam, api)elé pour maudire et forcé de bénir le peuple d'Israël. 1»
Plus tard, le célèbre abbé de la Tour, dans ses Mémoires liturgiques publiés en 1772, a'appeiait-ii pas le bréviaire de Paris Tenfaut chéri du jansénisme? <c Ce malheureux enfant, disait-il, eut d'abord tous les airs de son père. Depuis, on en a ôté les estampes scandaleuses (de Boucher), ainsi que les noms de Coflin et de Santeuil mis en tête des hymnes, et surtout plusieurs passages qui favorisaient les nouvelles opinions; mais ^tmeo Danaos et dona ferentes. »
Qu'en pensaient à leur tour les chanoines de Lyon, dans leur premier Mémoire de 1776 contre la liturgic-Monlazet? « Ce fameux monument, écrivaient-ils, fut formé, comme le veau d'or, de tout ce que les rebelles avaient de plus précieux, et, dès qu'il parut, ils poussèrent de grands cris de joie pour célébrer leur idole. »
Objeclera-t-on que, depuis que ce chef-d'œuvre a été révisé et purgé, il ne contient plus de textes jansénistes? — Mais faut-il donc qu'un texte soit évidemment hérétique pour que l'Eglise le réprouve? n'a-l-elle pas toujours repoussé les textes équivoques et ambigus? qui ne connaît la ruse des hérétiques, des Ariens, par exemple, pour remplacer le consubstantiel, par le semblable en nature? Saint Irénée disait déjà des novateurs de son temps : a Ils emploient les mêmes mois que nous, mais dans un sens tout différent. » S'il y a quelque chose d'évident, c'est que la Bulle Unigenitus a eu pour but de poui'suîvre le jansénisme jusque dans ses retranchements, en flétrissant toutes les façons de parler captieuses et à deux tranchants, à l'aide desquelles il se cramponnait à l'Eglise, quand on voulait Ten expulser. Les cent une propositions de Quesnel ne sont donc pas toutes hérétiques, mais, toutes, elles sont dignes de censure, et il n'en est aucune que l'on puisse soutenir sans péché, et sans encourir l'excommunication. Donc, on ne peut conserver la fameuse strophe Insculpta saxo de rhymne des Evangélistcs, bien qu'elle puisse, à la rigueur, moyennant certaines gloses, passer pour catholique, aussi bien que d'autres propositions condamnées par la Bulle. Voilà pourquoi beaucoup de diocèses, tout en adoptant cette
hymne, prirent soin de modifier la strophe en question» et Toulouse lui-même dans son bréviaire de 1770 (1).
Afin d'en fiuir avee notre analyse de la Défense de D. Guéranger, où nous avons pris tout ce qui nous a paru plus substantiel et plus digne d'aliention, nous ne citerons plus que la déclaration suivante du R. Père : « Si j'avais eu le malheur de contribuer au renversement de la liturgie romaine dans le diocèse de Quimper où elle régnait tranquillement en 1855, je me croirais une bien autre responsabilité sur la conscience que si je devenais tout d'un coup la cause d'un retour instantané (même) violent, à celte forme vénérable de la prière publique, contre laquelle le nouveau bréviaire ne pourra jamais prescrire, b
Mais à peine D. Guéranger avait-il réglé ses comptes avec Mgr. d'Astros, qu'il se trouvait obligé d'entrer en lice avec un nouvel adversaire, comme on va le voir dans le chapitre suivant.
(i) Voici comment cette fameuse stropbe avait été rédigée par son auteur, et insérée au bréviaire parisien de 1736 :
Insculpta 80X0 lex vêtus Prcecepta, non vires dabat; Inscripta cordi lex nova Quidquid jubet dut exequi.
Toute la difficuUé de cette strophe roulait sur son deuxième et qua* triènie vers, uù l'on pouvait trouver le défaut de la grâce suffisante chez les juifs et Pe//îcactt<^ irrésistible de la grâce chez les chréliens. Aussi, Toulouse, imilant en cela Besançon, crut devoir remplacer le se-' cond vers par celui-ci : Nil virium per se dabat ; quant au quatrième , Toulouse n'y changea rien, mais Besançon avec Evreux, et Paris luimême, dans son édiUon de 1777, lui substituèrent celui-ci : fiât posse quidquid imperat ou prœcipit. On avait mis au Mans, en laissant le second vers intact, le quatrième suivant : Prœcepta dat cum viribus, Paris, sous Mgr. de Quélen, a rétabli le texte primitif de 1736, et c'est ce texte que Mgr. d'Astros avait voulu justifier par des gloses.