CHAPITRE XIII
i UvM de If*' Fayet, inUtulé t Esanen des ImUtatf om«
Mgr. Fayet, évéque d'Orléans, ne trouvant pas sans doute la réfutation de D. Guéranger par Mgr. d'Astros suffisante et pleinement victorieuse, crut devoir mettre la main à la plume pour traiter de nouveau et à neuf toute la matière. Son livre parut en décembre 1845 sous ce titre : Examen des Institutions. Mais, avant même qu'il fût devenu du domaine public, on pouvait en lire, dans VAmi de la Religion, un compte-rendu extrêmement laudatif.
M. Dassance, auteur de l'article, représentait cet ouvrage comme <c éminemment remarquable sous le triple rapport » de l'érudition, de la logique et du style. Qu'on ne s'y » trompe pas, ajoutait-il; ce n'est ni pour justifier nos » liturgies, ni pour ralentir le mouvement en faveur de B l'usage romain que Mgr. d'Orléans a composé son écrit; » (mais) pour démolir pièce par pièce les raisonnements » et les faits par lesquels D. Guéranger a prétendu flétrir I» les usages de nos Eglises, et pour montrer, sans toucher » h la question de droit, que nous sommes aussi catholiques » avec nos bréviaires que M. l'abbé de Solesmes avec les » siens. Il a voulu replacer la controverse à la hauteur d'où T» on l'avait fait descendre. »
Il faut avouer qu'on rencontre parfois, le long de son chemin, de singulières aventures. Ainsi, voilà un homme qui nejmtifie pas nos liturgies, qui ne touche pas même à la question du droit liturgique qui les condamne, et qui n'en montre pas moins que nous sommes tout-à-fait catho^ liques ai>ec nos bréviaires. Que nous demeurions catholiques, c'est-à-dire, dans la foi catholique, malgré nos bréviaires même illégitimes , soit; mais pratiquons-nous bien cette foi catholique et l'obéissance qu'elle nous impose
envers le vicaire de Jésus-Christ? Au reste, la question n*est pas là : il s'agit de savoir, non pas si nous sommes catholiques, mais si nos bréviaires le sont; or, comment seront-ils catholiques, s'ils ne sont pas canoniques? eh bien ! on ne se met pas même en peine de les justifier sous ce rapport «ssentSd ^ la légiUmilé ! Maïs si nos bréviaires ne sont pas même légitimes, comment ne pas reconnaître qu'il y a nécessité de les abandonner pour suwre le mouvement en faveur de Vusage roniam? Dès lors, il est clair que, puisque Mgr. Fayet ne s'est pas occupé de justifier nos Uturgies, il n'a pas pu prétendre ralentir cet heureux mouvement. La dernière chose à noter, el de toutes la plus curieuse en celle affaire, c'est qu'un homniequi ne ftntque démolir pièce par pièce, parvienne cependant à replacer la chose à la hauteur d'oii on l'avait fait descend/te. On verra plus lard qui, de Mgr. Fayet ou de D. Guèranger, a vérilablement replacé la question à la hauteur d'où on l'avait fait descendre, quand nous parlerons de la Nouvelle défende du R. Père, où il a traité savamment de la dignité de la liturgie, de sa valeur dogmatique et du droit disciplinaire qui la régit.
La longue analyse que nous donnerons de cet excellent ouvrage nous dispensera d'enlrer ici dans plus de détails sur le livre de Mgr. d'Orléans, que nous connaîtrons assez par sa rérutation elle-même. Seulement, ne laissons pas partir M. Dassance sans signaler, à son honneur, le refus qn'il Dt, le 50 janvier 1846, de l'évêché de Pamiers, qui lui avait été offert la veille, dans une lettre officielle, par Son Ekccïlence le garde <!es sceaux. VÀmi du 31 trouvait dans ce refus, fondé, disait-il, sur des considérations qui honoraient M. Dassance et qui étaient dignes de toute sa vie sacerdotale, « l'entière juStiOcation des éloges que sa qualité de collabo- » ratenr dn journal n avait pas dû r<5mpécher d'accorder » aux rares qualités qui le distinguaient. » Il ïi'^y a rien à dire à cela; qualité sur qualités, c'est bien (1).
(1) On croira peut-être» en Usant ce que nous venons d^écrire, que nous n'avons pas vu avec trop de peine M. Dassance refuser les homieurs
Maïs on bous permettra de remaiiquer, sans dou&e^ que Yjémi avait dû être singulièrement favorisé par Tauteur de l'ouvn^ dont il faisait Téloge, pukqu'il pouvait rendre
de rEpiscopat. Est-ce parce qu'il aurait été avantageusement remplacé è Pamiers par M. Alouvry? évidemment, nous n'avons pas à établir de parallèle entre em ; VA mi, da reste, fit à peu près dans le même temps, de r«D comme de Pautre, le pUis magnifique éloge. Notre but est seulement de faire ressortir le changement d'esprit que nous avons déjà signalé dans la rédaction du journal depuis le départ de M. Henrion. En voici une preuve des pUw sensibles, dans wi article de M. Dassanee lui-même.
Le 16 mai ISftft, V^émi, rendant compte de l'ouvrage du R. P. Martin, jésuite, sur le droit exclusif de VEglise à établir des empêchements dirimants au mocriage, ouvrage où se trouvait r^tée Popinion de M. Carrière, professeur de Saint-Sulpice, sur ceUe matière, terminait son rapport par les considérations suivantes : « Nous croyons, avec tout le respect du à M. Carrière, qu'en présence d'un tel livre il ne peut pas garder le silence.
» Une opinion a été enseignée par lui ; cette opinion est combattue comme erronée par un théologien distingué. Au dire de ce théologien, il n'est permis ni de la suivre dans la pratique, ni de l'embrasser en théorie, ni de renseigner comme probaMc, ni de dire que les déeisiois de TEglise ne l'atteignent pas et la laissent parmi les opinions libres. Le même théologien atteste, et nous pouvons attester nous-méme, que cette opinion est regardée k Rome, sinon comme formellement, du moins comme suffisamment improuvée. Cette opinion n'appartient pas aux subtilités de ^ure théorie; ainsi que nous l'avons indiqué, elle entraîne des conséquences pratiques de la plus haute importance. Cette opinion est enseignée par un professeur dont les ouvrages et le talent sont en possession d'exercer depuis longtemps une grande influence dans les séminaires; il appartient d'ailleurs à cette société pieuse et recommandable à laquelle un grand nombre d'Eglises de France ont confié l'éducation de leurs clercs. Dans un tel état de choses, disons nous, les séminaires, le clergé de France et celui des autres nations ont droit d'attendre une réponse. Le livre du Père Martin contient une inculpation grave, et il ne peut être dédaigné. Il se présente appuyé sur l'enseignement commun, sur les principes 'de la théologie et sur les décisions de l'Eglise. Si sa prétention est exagérée, une réfutation est devenoe nécessaire; si elle ne l'est pas, un aveu et une rectification seraient dus au public. »
Ainsi s'exprimait VÀmi dans le bon temps de 1844; et il avait raison, puisque M. Carrière lui-même n'hésita pas à modifier plus tard ses idées sur ce point. Cependant M. Dassance, revenant dans VJmi du 18 août 1846, sur les premières opinions de M. Carrière à cet égard, osait dire : f Ce sont oes conclusions si modérées qui ont soulevé une furieuse tempête de la part de quelques ibéologiens et même de ceux qui ne ie sont pas. Ils ont cru voir toute la religion en péril, paroe^que M- Carriôre
compte dé cet écrit plus de dix jours avant sa publication. C'est le h décembre, en effet, que M. Dassànce fêtait sa bienvenue dans Y Ami, et Y Ami du 16 suivant annonçait son apparition pour ce jour-là même. Au reste, cette annonce n'allait pas seule, mais elle était accompagnée de ce nouveau compliment : « Mgr. Fayet a résolu (dans son » livre) la question de nos liturgies, bien que la modestie » de rilluslre auteur se défende d'avoir voulu la traiter » directement. » On voit que M. Dassànce s'y était trompé, grâce à la modestie de l'auteur qu'il avait prise pour une vérité. Quant au reste, les deux panégyristes s'accordent. (( L'œuvre, nous dit le panégyriste en second, est digne » d'un Evéque si éloquent. » Nous savions déjà où allaient les prérérences du journal; maintenant, après tant de preuves si éloquentes, nul ne sera tenté d'en douter.
Aussi, quand D. Guéranger communiqua à Y Ami une toute petite lettre" qu'il venait d'adresser à Mgr. d'Orléans, pour lui annoncer qu'en a sa triple qualité de catholique,
penche vers une opinion qui était commune en France avant la révolution, et qui n*a jamais subi la moindre note d'hérésie par aucune décision du Saint-Siège...
p Qu'on réfute M. Carrière, ajoutai-t-il ; rien de mieux...
p Mais il nous sera permis de faire observer qu'il règne depuis quelque temps dans un certain monde une e&trème intolérance contre des questions librement débattues jusqu'à présent dans les écoles... C'est parce que (M. Carrière) a beaucoup lu, beaucoup étudié, beaucoup comparé, qu'il s'arrête devant des opinions qu'd voit défendues et attaquées avec des preuves d'une égale force. »
Ainsi, d'après M. Dassànce^ pourvu qu'une opinion n'ait pas été condamnée par l'Eglise comme hérétique, on peut la soutenir, surtout si elle a été commune en France à un temps donné. Ceux qui ont beaucoup lu, étudié et comparé, sont» autorisés à respecter même les opinions suffisamment improuvées par l'Eglise; et il n'y a que les intolérants à l'excès qui se permettent d'attaquer les opinions librement débattues jusqu'à présent dans les écoles, par exemple, les quatre articles qui n'ont jamais subi la moindre noie d'hérésie par aucune décision du Saint-Siège. Nous ne relèverons pas les qualités de style telles que le subi par et l'intolérance contre les questions; le fond nous suffit assurément pour croire que l'on ne nous demandera plus raison de notre plaisir à voir M. Dassànce se rendre justice. Nous le félicitons donc de son acte si beau et si rare, avec autant de salislaction que VJmi du 31 janvier 1846.
» de religieux et de prêtre, il se croyait obligé de repousser » ses accusations et do présenter à l'Eglise de France Tapo- » logie de ses écrits et de ses intentions, » que fit l'honorable journal? il consentit, il est vrai, à insérer encore cette petite pièce dans son numéro du 25 décembre; mais il faisait observer en même temps qu'il voulait d'abord s'abstenir de donner à cette lettre une publicité dont il ne voyait guère ni l'utilité ni la convenance, et qu'il ne se décidait à l'insérer qu'à titre de service demandé par le R. Père Abbé; il ajoutait même que, d'après ce qu'il avait entendu dire, Mgr. d'Orléans aurait répondu qu'en effet, comme catholique, comme religieux et comme prêtre, le R. Père devait rétracter les faux principes qu'il avait enseignés et rétablir les faits qu'il avait involontairement altérés.
Le moyeu de se refuser a une invitation si polie, surtout quand on considère que, déjà le 26 décembre, Mgr. d'Orléans avait reçu, au dire de VÂmi du 22 janvier 1846, la pleine adhésion de plus de trente de ses vénérables collègues; adhésion, ajoutait-il, qui donnait comme une consécration solennelle au savant et éloquent ouvrage.
Nous sommes bien éloigné, certes, de vouloir contester la réalité et le nombre de ces adhésions; mais puisqu'on articulait, entre autres noms, celui de Mgr. de Gap, qu'il nous soit permis de demander si Mgr. Dépery avait pleinement approuvé tout l'ouvrage de Mgr. Fayet. Ce qui nous empêche de le croire aussi facilement, c'est que ce digne Prélat s'était hâté, dans le cours même de l'année 1845, la première de son cpiscopat, de rétablir dans son diocèse la liturgie romaine.
Quoi qu'il en soit, il ne faudra pas, ce nous semble, compter, parmi les (rente et quelques adhérents à Touvrage de Mgr. d'Orléans, Tillustre Mgr. Parisis, alors Evéque de Langres. On vit, au contraire, ce grand Prélat publier, dans ce temps-là même, savoir en janvier 1846, sa courte et précieuse brochure intitulée : De la question liturgique, dont nous allons rendre compte à l'instant.
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