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CHAPITRE XVIII

Des «on^Ue* provbieiaiix ténas en France en tSAS» t850 et t8St«

Les grandes discussions qui avaient eu lieu en France de 1840 à 1848, sur les questions les plus graves du droit canonique, commençaient à porter leurs fruits en 1849; on sentait le besoin de revenir à un ordre disciplinaire plus régulier que celui qui. avait été suivi jusqu'alors. Ainsi que nous Favons raconté dans notre Supplément aux Etudes liturgique», page x, treize Prélats, présents à Paris en 1849» écrivirent le 28 février une lettre au Saint-Père pour le prier de convoquer un concile national, qui aurait lieu à Tours au mois de septembre sous la présidence d'un légat. Selon ridée de ces Prélats, on aurait renouvelé dans ce concile les décrets de Trente sur la tenue des conciles provinciaux et des synodes; on y aurait réorganisé les facultés de théologie pour la concession des grades; on aurait (ixé la position des desservants restés amovibles depuis 1801, et l'on aurait réglé la juridiction ecclésiastique, surtout du for contentieux, a Votre Sainteté, disaient les Prélats, sait î» com&ten il importe à l'église que ces questions soient » réglées et définies canwiiquement. »

Le Saint-Père, pour divers motifs, ne crut pas devoir accéder à la demande d'un concile national; mais, dans sa réponse du 17 mai, il exprimait son très-grand désir de voir chaque métropolitain français com?oqu>er son concile prwdncial, concile tant inculqué par les saints canons. Ce désir du Pape fut une loi pour la plupart de nos archevêques, comme nous allons le voir.

I. I^ province qui eut pratiquement l'initiative en cette affaire est la province de Paris;, elle tint son concile dans la capitale même, en septembre 1849. Nous avons raconté, également page x du Supplément à nos Etudes, comment

Mgr. TArcbevéque de Paris résista au conseil qu'on lui donnait de se mettre en règle vis-à-vis des organiques, par une demande d'autorisation; il maintint ferme la liberté de l'Eglise.

Donc, dans ce concile de PARIS, on s'occupa entre autres choses de la réforme liturgique; toutefois on ne fit pas de décret sur ce point; les Pères se contentèrent d'en écrire au Pape dans les termes suivants, en même temps qu'ils lui soumettaient les décrets de leur concile :

a II est un vœu, Très-Saint-Père, formé par le concile » de Paris, et que ces décrets ne pouvaient contenir » qu'implicitement, mais que nous aimons à répandre » dans le sein de Votre Paternité. Ce vœu est relatif à 1» l'unité liturgique. Nous applaudissons à cette tendance » qui se manifeste de toutes parts vers la liturgie romaine. y> Si des obstacles encore insurmontables nous empêchent rt de nous y associer, nous avons résolu d'un commun » accord de chercher à les écarter, s'il est possible. Des » changements de cette nature, qui touchent à des habi- » tudes anciennes prises par le fieuple, ne peuvent pas D être tentés sans exciter du trouble dans les esprits, et » ils ont besoin d'êlre préparés avec beaucoup de sagesse » et une prudente lenteur. Mais enfin, il nous est peut-être » permis d'espérer qu'un moment viendra où toute la » province de Paris pourra donner à Votre Sainteté la » consolation d'un rétablissement solennel du rit romain.

» Nous oserons cependant dire à Votre Sainteté qu'on » enlèverait tout motif plausible aux défenseurs des litury> gies nouvelles, si, selon l'intention plusieurs fois mani- » festée par le -Saint-Siège, on entreprenait une nouvelle ]» révision du Bréviaire romain. Nous pensons que le re- » tour à une liturgie commune serait alors bien plus facile » et pourrait être beaucoup plus prompt.

» Quoi qu'il en soit, Très-Saint-Père, comme nous » tenons tous à l'unité par le fond de nos entrailles, nous » ne cesserons pas de la chercher, même en ce qui n'est » que de discipline. »

Le Souverain-Pontife répondit aux Pères du concile de Paris, d'abord, qu'il les félicilail vivement de ce qu'obéissant aux règles très-sages des saints canons, comme aussi à ses propres désirs, ils s'étaient liâtes de tenir leur concile; ensuite, qu'il n'avait pas été peu consolé en apprenant leur désir de rétablir .la liturgie romaine, qui , à sa très-grande joie, avait déjà été remise en vigueur dans plusieurs diocèses de France, et leur résolution de travailler à écarter tous les obstacles qui s'étaient opposés jusqu'alors à cette réforme tant désirée.

Quant au vœu exprimé par les Prélats d'une nouvelle révision du Bréviaire romain, il ne parait pas que le Pape l'ait pris alors en considération; nous verrons ce qui s'est fait plus tard ù ce sujet.

II. Le second concile tenu en France en 18^9 fut celui de la province de Reims. Il eut lieu à SOISSONS dans le courant d'octobre. On y fit le décret suivant :

« Tout le monde reconnaît combien il est important » d'observer les lois qui conservent l'unité et la stabilité de » la liturgie catholique, et d'avoir ainsi la |)lus forte garan- » lie qu'aucune atteinte directe ou indirecte ne sera portée » à la foi ou à la piété dans les livres liturgiques. Cette » r^le si salutaire a été méconnue, et ses heureux eiïels » ont été anéantis, lorsque, par l'introduction dans notre » province d'une funeste coutume, les Evoques ont com- 9 posé des bréviaires particuliers pour remplacer dans » leurs Eglises l'ancienne liturgie romaine, et ont brisé 9 l'union de prières et de louanges qui s'élevaient uni- 9 formes vers le ciel par de nouveaux offices différents 9 entre eux et presque aussi nombreux que les diocèses.

» Etant donc obligés de reconnaître que cette coutume » a été funeste, nous regardons comme souverainement 9 désirable le rétablissement de l'ancienne et universelle » liturgie, et l'observation des constitutions de saint Pie V, 9 d'immortelle mémoire, lequel, en corrigeant le Bréviaire 9 et le Missel romains selon l'intention du concile de 9 Trente, abolit tous les bréviaires et missels quels qu'ils

» fussent, même anciens ou mwiis de privilèges ou pu- » bliés par les Bvéques dans leurs diocèses, à moios qu'il » ne s'agit de diocèses en possession depuis deux cents » ans au moins d'un rit particulier. Il faut donc mettre un » terme à cette dangereuse facilité de changer les livres » liturgiques qui s'était récemment introduite parmi nous.

» En conséquence, les Evéques auront soin de saisir la » première occasion favorable pour rétablir par de sages » mesures Tusage du Bréviaire et du Missel romains dans » toutes les Eglises de notre province, à moins toutefois » que, parmi elles, il ne s'en trouve quelqu'une qui puisse » réclamer le bénéfice de Texception faite par saint Pie V. »

Noos n'avons pas besoin de dire avec quelle joie ce décret fut accueilli par le Saint-Père qui en fit, selon Mgr. de Salinis, un éloge tout particulier.

III. La province de Tours tint aussi son concile à REISNES en novembre 1849, mais il parait qu on y garda le silence sur Tobjet qui nous occupe. Est-ce parce que Rennes, Quimper, Saint-Brieuc étaient déjà revenus à Tunité liturgique, et que Vannes était sur le point de le$ imiter? Mais les autres diocèses qui composent aujourd'hui la province de Tours étaient encore tous en retard, et ils n'ont fait la réforme qu'en 1856-59; seulement tous l'ont effectuée alors.

IV. Le concile d'AVIGNON au contraire, réuni en décembre 1849, marcha sur les pas de celui de Soissons^ et on y décréta ce qui suit : ^

a Tout le monde désire que l'unité dans la prière pux> blique et la liturgie sacrée soil introduite et établie pary> tout, spécialement en France; et les raisons de ce vœu » sont très-pressantes...

» Personne n'ignore non plus que les Souverains^Pon- » tifes ont toujours souhaité que, (Conformément au décret » du saint concile de Trente, on «> introduisit, autant que » faire se pouvait, dans toutes les Eglises d'Occident, les » rites de l'Eglise romaine, et qu'ils ont même beaucoup p travaillé dans ce sens. . .

» La province d'Avignon sent aussi la nécessité de re- » médier aux graves inconvénients résultant de Texistence B de plusieurs liturgies dans chacun de ses diocèses qui » sont composés de' parties d'anciens diocèses.

» Par ces motifs, et surtout en vue d'obéir avec em- » pressement à la voix du Pasteur suprême, les Pères de » ce concile, dont les diocèses n'ont pas la liturgie ro- » maine, se hâteront d'y faire revivre, dès que l'occasion » favorable s'en présentera, et s'efforceront d'y maintenir » l'usage du Missel, du Bréviaire et du Rituel romains. En 0 attendant, on ne fera dans les liturgies particulières au- » cun changement qui puisse être un obstacle au rétablis- » sèment de la liturgie romaine. »

V. Un décret du même genre fut porté dans le concile d'ALBI qui eut lieu en juin 1850. « Les prescriptions for- » melles de ce décret, disait Mgr. d'AIbi dans son Mande- » ment liturgique de 1854, ne nous laissaient pas d'autre » latitude que de juger de Topportunité des conjonctures, n

VL Le concile de LYON, au contraire, célébré dans le même mois que celui d'AIbi, crut devoir s'abstenir de toute décision sur cet objet important. Seulement Mgr. d'Autun, dans une lettre pastorale du 7 mars 1854, déclarait ne pas douter qu'une résolution, conforme aux vœux bien connus du Saint-Père à cet égard, ne dût être embrassée avec joie dans le prochain concile de cette province. Malheureusement ce concile annoncé pour 1855, et simplement ajourné en 1854, est encore à venir. Mais les paroles de Mgr. d'Autun nous donnent lieu de supposer que le Saint-Siège avait manifesté aux Pères de Lyon le même regret qu'à ceux de Rouen.

VIL Les Pères de ROUEN, en effet, ayant aussi gardé le silence sur la matière de la réforme liturgique dans leur concile provincial de juillet 1850, la sacrée Congrégation, en leur renvoyant leurs décrets approuvés, leur disait qu'elle eût fort désiré que le concile de Rouen de 1850 eAl imité celui de 1581, où Ton avait fait des décrets sur le Missd et le Bréviaire, conformément à la constitution de

sailli Pie Y; elle déclarait en Goissant ne pas douter qu'on ne s'occupât de cette affaire dans le prochain concile provincial.

VIIL Dans le même mois de juillet 1850, la province de Bordeaux tint son premier concile à BORDEAUX même. Les Pères y portèrent le décret suivant :

« Nous proclamons unanimement ce qui était depuis » longtemps dans notre pensée à tous, savoir, le projet de » revenir le plus tôt possible à Tunité liturgique, pour Tin- D tégrité de la doctrine et le maintien de la piété. Obéîs- )> sant donc aux constitutions des Souverains-Pontifes, » surtout à celles de saint Pie V, et renouvelant les dé- » crcts des précédenis conciles de cette province, nous » ordonnons que Tusage de la liturgie romaine revive par » toute la province et y soit conservé à l'avenir. Les » Evêques des diocèses qui ne pourront pas de suite oblein- » pérer au vœu du Sainl-Siége, auront soin de rétablir le » plus tôt possible l'usage de toute la liturgie romaine. »

IX. Le concile de SENS, célébré en septembre 1850, décréta la même chose : « Voyant, disent les Pères, la » diversité de liturgie qui existe dans notre province, et » même dans chacun de ses diocèses composés de parties » de diocèses anciens, nous avons jugé convenable que » tous acceptent ce qui a été prescrit par la sainte Eglise » romaine, mère et maîtresse de toutes les autres, c'est-à- » dire, que le Bréviaire et le Missel, publiés par Tordre de » saint Pie V et d'Urbain VIII, soient admis le plus tôt » possible dans tous les diocèses de la province.

» Abandonnant donc les liturgies diocésaines, efforçons- » nous d'arriver à cette unité dans laquelle Jésus-Christ » demandait en mourant que ses disciples fussent con- » sommés; attachons-nous à cette unité du Siège aposlo- » lique et à cette admirable union de la sainte Eglise de 1» Dieu si célébrée par nos pères. Faisons en sorte, suivant » ravis de saint Céleslin aux Evêques des Gaules, que la » loi de la prière établisse plus siirement et plus solidement » encore la loi de la foi; prenons des mesures, enfin, pour

» faire cesser la trop périlleuse facilité de changer les livres ]» liturgiques; que chacun de nous, par conséquent, tra- » vaille, suivant Topportunité des temps et des lieux, à ce » que le Bréviaire et le Missel romains soient mis en usage 9 par tous ceux que cela regarde. »

Le Souverain-Ponlife crut devoir remercier les Pères de Sens par un Bref, le S décembre 1850. « Nous aimons » à vous dire, leur écrivait-il, que nous avons éprouvé » une grande consolation en apprenant par votre lettre )» que, au milieu de vos soins et de vos sollicitudes, vous ]» aviez eu à cœur de décider rétablissement de la liturgie » romaine dans vos diocèses, aussitôt que le permettraient yi les circonstances des temps et des lieux. »

De son côté, le Cardinal iMaï, leur renvoyant le concile approuvé par la sacrée Congrégation, les félicitait « des y* décrets salutaires qu'ils avaient faiis sur le culte divin, » et surtout de ce qu'ils avaient décidé qu'ils recevaient » unanimement partout dans leurs diocèses les règles de la » liturgie romaine, qui, d'après la prescription des » Pontifes romains, doit être généralement suii?ie dans » toute V Eglise et dont notre Saint-Père a plusieurs fois, » fortement pressé le rétablissement dans toutes les Eglises » de France. »

X. La province de TOULOUSE se réunit aussi en concile dans le mois de septembre 1850. Il ne paraîtra pas étonnant qu'on s'y soit abstenu de statuer sur la matière liturgique, malgré la présence de deux Prélats connus par leur zèle pour le romain, Mgr. Doney, qui l'avait déjà ré* tabli à Montauban, et Mgr. de Bonnechose, qui devait l'imiter bientôt à Carcassonne, malgré la difficulté de sacrifier le toulousain, récemment introduit et à grands frais dans ce dernier diocèse.

XI. A AIX, au contraire, dans le concile que Ton y tint à la même époque que celui de Toulouse, les Pères disaient : « Renouvelant le décret du concile d'Aix de 1585, » où, conformément aux intentions du concile de Trente » et à la constitution de saint Pie Y, on prescrivait le Bré-

i viaire et le Missel romains dans toute la province, nous » avons cru devoir ordonner ce qui suit : Que les Evéques » comprovineiaux aient soin , dans leur sagesse et sêloa » Topporlunilé» d*établir le rit romain dans leurs diocèsest » partout où il ne serait pas encore en vigueur, ei qu*il8 D obligent tout leur clergé à le suivre dans l'usage privé » aussi bien que dans les ofGccs publics, sauf toutefois les » concessions que le Sainl-Siége aurait faites ou pourrait x> faire à lavenir. i»

Au reste, il n'y avait plus que le diooèse de Fréjus qui ne fût pas en règle dans celte pro\ince, puisque ceux d'Aix, de Marseille, d'Ajaccio et d'Alger n'avaient pas eu besoin de réforme sous ce rapport, et que les Evéques de Gap et de Digne l'avaient déjà opérée, le premier dès 18(t5, et le second celte même année i850, par Mandement du 8 mars, pour la fête des saints a|)ôtres Pierre et Paul. Nous verrons bientôt Mgr. de Fréjus lui-même marcher à leur suite. Conlentons-nous de remarquer ici ce que disait ce dernier Prélat dans son Mandement de réforme du 8 septembre 1851, savoir que le décret solennel et unanime des Pères d'Aix avait été demandé par la très-grande majorité des théologiens et des délégués des chapitres présents.

XII. EnGn, il se tint encore un autre concile en 1850 au mois d'octobre, celui de là province de Bourges, à CLER- MONT. Il ne fut pas moins favorable que la plupart des autres à la réforme liturgique, car on lit dans ses décrets : « Voulant remédier à la variété de la liturgie, obvier à la » facilité très-dangereuse de changer les livres liturgiques, » obéir entièrement aux constitutions de saint Pie Y, et » accomplir de tout cœur les désirs de Pie IX ; sûrs de » donner par là à ce tendre Père un nouveau témoignage » de piété, et de le consoler et remplir de joie, nous » statuons qu'on recevra le plus tôt possible et pour tou- » jours la liturgie de la sainte Eglise romaine, vénérable » par sa stabilité et son universalité , et consacrée enfin » par l'autorité apostolique.

» Mais comme il existe maintenant des difficultés dans

— 175 ~ » divers lieux, les Pères, dont les diocèses ne pratiquent 9* pas encore cette liturgie, auront soin, dès qu'il se pré- » sentera une occasion favorable et opportune, de rétablir » par de salutaires ordonnances Vusage du Bréviaire et du » Missel romains dans toutes leurs Eglises. »

XIII. Il ne nous reste plus à signaler qu'un des conciles provinciaux qui se tinrent alors en France; c'est le eoneile d'AUCH qui eul lieu dans le mois d'aoAl 1851. On y statua que Ton s'efforcerait de faire revivre l'usage de la liturgie romaine, statuimus ad hoû eniti ut reçiçiscat mus, e(c. *

Ainsi, des treize conciles qui furent célébrés parmi nous à cette fameuse époque de restauration religieuse, il n'y en eut que quatre qui gardèrent le silence sur la question importante de la réforme liturgique, Lyon, Rennes, Rouen et Toulouse. Parmi les neuf autres, deux se contentèrent de manifester un simple vœu et de promettre des efforts, Auch et Paris: les sept autres provinces formulèrent de Téiitables décrets obligatoires, savoir, Aix, AIbi, Avignon, Bordeaux, Clermont, Reims et Sens.

Nous allons voir maintenant comment ces décrets ont été exécutés, et nous apprendrons en môme temps avec bonheur que, même dans les provinces où Ton n'avait point formulé de loi sur cette matière, même dans celle de BESANÇON qui n'avait point tenu de véritable concile et dans celle de CAMBRAI qui ne pouvait y songer, les Evéques se sont empressés d'arriver tour à tour el comme à l'envi au but désiré et marqué par le Chef de l'Eglise.

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