II. Pour ce qui regarde VANNES, voici comment son
Evêque s'exprimait au sujet de la liturgie, dès le 15 décembre 1847, dans une circulaire à son clergé : « Malgré la gravité des motifs qui me portaient à adopter sans retard la liturgie romaine, abandonnée ici peu de temps seulement avant la révolution, je serais probablement resté indécis, du moins quelque temps encore, si je n*avais cru devoir en conscience consulter le Souverain-Pontife... J*ai déposé dans son sein paternel toutes les raisons capables d'éclairer sa décision suprême. Puis, cela fait, je lui ai dit qu'un vœu de sa part serait toujours un ordre pour moi. Ce vœu m'est maintenant manifesté. Le Pape désire formellement et ardemment...
» Après donc en avoir conféré avec notre Chapitre, et de son consentement unanime, nous adoptons de nouveau pour notre diocèse la liturgie romaine... à dater du 1*' janvier 1850. »
En octobre 1848, les prêtres de Vannes en retraite disaient dans leur adresse à Monseigneur : <( Soyez convaincu, Monseigneur, que c'est avec respect et avec joie que nous acceptons dans toute son intégrité la liturgie romaine, que déjà il nous tarde de voir mettre en pratique, cette liturgie antique et vénérable qui a été pendant tant de siècles la nôtre. » Monseigneur répondait : « Je vous remercie... Depuis vingt ans que j*ai le bonheur de vous appartenir, vous m'avez souvent, bien souvent, donné de vives et douces consolations, mais jamais d'aussi douces, d'aussi précieuses que celle-ci...; soyez-en bénis. »
Cependant le Propre de Vannes avait été envoyé à Rome eo décembre 1847; et, dès le 19 janvier 1848, le Saint- Père louait et félicitait Monseigneur, en lui renvoyant, déjà alors, son Propre approuvé.
EnGn le retour s'était opéré à la date fixée précédemment; mais le clergé de Vannes ne pouvait pas s empêcher encore d'en exprimer sa reconnaissance à Monseigneur. Dans le synode de 1851, il lui disait : « Depuis longtemps, Monseigneur, vous nous avez habitués à vos bienfaits. Sans parler de toutes les autres choses qui feront bénir éternelle-
ment yotre épiseopat dans le diocèse, vous nous âvcz pror curé li3 bonheur d'être unis par un lien de plus à l'Eglise mère et tnailresse de toutes les Eglises, en nous rendant lu liturgie romaine. Une nouvelle fois, Monseigneur, per* meUe;;-nous de vous en remercier. » Si quelques diocèses se sont repenti de s'élre trop bâtés de revenir au romain, au moins n'est-ce pas celui de Vannes, quoiqu'il y soit depuis douze ans.
IlL Le diocèse de TAHBES reprit aussi la liturgie romaine en 1850, le saint jour de Pâques. Le Chapitre avait volé unanimement ce retour dès le 27 novembre 1848, et Monseigneur, après avoir fait approuver son Propre, publiait le 2 février 1849 son Mandement pour rendre le romain obligatoire. « Enfants bien nés, disait TEvéque à ses prélres, n'hésitons pas à seconder le désir du meilleur des Pères, alors qu'il s'agit d'une œuvre dont le succès consolera son cœur affligé, et resserrera les liens qui unissent l'Eglise de Tarbes à la mère et à la mailresse de toutes les Eglises. » Dans le cours de son Mandement, Monseigneur attestait que le culte extérieur avait continu^ jusqu'en 1835 à être célébré dans toutes les Eglises du diocèse conformément au rit romain, qui, par conséquent, était encore alors, de fait comme de droit, le rit du diocèse, à l'exception des divers bréviaires qui s'y étaient introduits peu à peu, et des cérémonies parisiennes que l'on suivait depuis 1827 à la cathédrale et au séminaire. Comme nous avons déjà fait plusieurs autres emprunts à ce Mandement, dans notre Introduction et à propos de la lettre d'adhésion de Mgr. de Montauban à la petite brochure de Mgr. Parisis sur la question liturgique, nous n'en dirons plus rien ici afin de ne pas nous répéter; seulement nous rapporterons plus fidèlement les paroles de Mgr. Double à ses vicairesgénéraux quelques mois avant sa mort, en 1844. A la vue des manifestations qui se faisaient de toutes parts en faveur de la liturgie romaine, il disait, ce que Mgr. Laurence son successeur n'avait pas oublié : a C'est une de mes consolations de n'avoir point fait de prescription contre le rit
romain dans mon dioeëse; dans peo d'années, on y revien* dra partout et ce sera un bien. » La prophétie du saint irieiilard s'est admirablement réalisée.
IV. Mgr. de DIGNE avait aussi prescrit, comme nous l'avons d^à raconté, le retour de son diocèse au romain pour le 29 juin 1850, par Mandement du 8 mars précédent.
V. A LA ROCHELLE, en 1849, trois cents prêtres demandèrent le rétablissement du romain à Mgr. Villecourt. Ce Prélat répondit le 13 mars à leur adresse par la circulaire suivante : « Il m'est doux d'obtempérer à votre désir... Le projet (de retour au romain) paraissait devoir être réservé à des jours plus tranquilles; mais la pensée que son exécution pouvait adoucir l'amertume de l'exil du Pare commun des fidèles a rendu votre impatience plus vive. Cette démarche, nous l'espérons, allégera ses peines, ou du moins lui prouvera combien nous y sommes sensibles.
« Vous avez acquis, par cette démonstration et par la pensée qui vous l'a inspirée, un nouveau titre à ma tendresse. Je m'occuperai de fixer l'époque convenable... Le Propre devra élre approuvé; et c'est alors seulement que je vous ferai connaître quand la liturgie deviendra obligatoire. Je verrais avec plaisir qu'en attendant le clergé diocésain commençât à étudier les rubriques romaines, afin d*y être préparé quand le changement s'opérera. » La même année, Mgr. en écrivait au Saint-Père qui lui envoya, lé 16 décembre, un Bref de félicitation où il lui disait : a Votre lettre du 20 novembre a rempli notre cœur de la plus douce consolation, en nous apprenant que le jour si désiré est enfin venu où la liturgie de l'Eglise romaine va être rendue à votre diocèse. » Enfin, en 1850, Mgr. lança un mandement qui fixait le retour h 1851, en sorte que la nouvelle liturgie donnée par Mgr. Bernet à La Rochelle en 1835 n'a eu que quinze ans de règne.
VI. Ici devrait se placer l'histoire de la réforme effectuée à REIMS le T' janvier, ou plutôt le jour de la sainte
Trinité de l'année 1851 ; mais parce que nous en avons parlé, il y a déjà longtemps, à l'occasion du Mandement qui Tavait prescrite dès le 15 juin 1848» nous arrivons directement à Bourges.
VU. On lisait dans YUniçers du 3 février 1851, que la cathédrale de BOURGES, le grand séminaire et plusieurs autres Eglises de ce diocèse avaient pris la liturgie romaine le 1*' janvier précédent, sans même attendre la promulgation du décret du concile (Je Clermont, relatif à la matière. Il y a mieux; même avant que ce concile ne fût indiqué, plusieurs paroisses du même diocèse, avaient , à la grande joie de leur premier pasteur, embrassé la liturgie de TEglise- Mère, tant pour l'office public que pour l'office particulier. Il ne nous a pas été possible jusqu'à présent d'en apprendre davantage sur la réforme opérée dans cette Eglise; nous ne doutons pas cependant que le Cardinal Dupont n'ait fail, comme tous ses collègues, quelque acte officiel à cet égard, mais il nous est demeuré inconnu.
Arrêtons-nous ici pour faire marcher la controverse de front avec l'histoire.