‹ Études liturgiquesChapitre 26 sur 63 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Petf t épisode rtfa<if à la béaMIetkni ém Mhrt-SMVMBMt.

Notre histoire nous amène à parler maintenant d'un incident liturgique curieux qui se passa en France en 1851. On lisait dans la Foix de la vérité du 25 mars, dans VUnivers du 26, et dans VÀmi du 27, une lettre empruntée à la Correspondance de Rome. Dans celte lettre, dalée du 7 septembre 1850, la sacrée Congré{;ation des Rites disait à Mgr. Cœur, alors évèquc de Troyes, qu*ayaDt appris que des membres de son clergé voulaient qu'on s'écartât de la louable coutume de donner aux fidèles la bénédiction du Saint-Sacrement sans chant de versets quelconques, ce chant ayant été plusieurs fois interdit dans le rit romain, elle exposait à Sa Grandeur, dont elle connaissait le zèle ardent pour l'observation du rit romain dans toutes les saintes cérémonies, son vœu propre et celui du Saint-Père, pour que Sa Grandeur, eu égard à la piété et au zèle qui la distinguaient, Ht absolument en sorte que cette bénédiction fût donnée sans chant de versets et qu'on y suivit entièrement le Rituel romain, dont les lois obligent l'Eglise universelle.

11 parait que la publicité donnée à cette lettre ne fit pas plaisir à l'Evêque de Troyes, car il se hâta d'écrire à YJmi de la Religion qu'aucune lettre de la sacrée Congrégation des Rites ne lui aVait été adressée, et que le document, publié par ce journal sous ce titre, |)ortait des caractères évidents de supposition.

Non content de ce premier démenti, Mgr. Cœur envoya, trois jours après, à YUniçers une lettre beaucoup plus longue, où il ne déclarait pas seulement ledit document apocryphe, mais relevait la haute dignité des Evéques, successeurs des apôtres, et remarquait que jamais» sur des

gestions touchant à leurs propres a€les, une CkHigr^tioa n'avait émis un avis, sans les avoir d*abord consultés ou au moins entendus. Il avait commencé par dire que» si cette pièce était authentique, il la rapprocherait d'une autre, écrite en 1817 au nom du Pape Pie IX, qui lui suffirait pour rinfirmer (i). Monseigneur ajoutait ensuite qu'il pèserait (au besoin) les termes (de ce Bref) où Ton ne trouverait que Texpression d'un vœu, et enfin qu'il dirait la valeur de ces répcmses dans notre droit ecclésiastique et

Nonobstant cette double protestation de Mgr. Cœur, YVniçers déclarait, le 16 avril, avoir reçu de Rome des lettres du 10, où l'on affirmait que la lettre de la sacrée Congrégation des Rites à l'Evèque de Troyes était parfaitement authentique, et qu'elle avait été, selon l'usage, remise au correspondant de ce Prélat, c'est-à-dire à son chargé d'affaires auprès des Congrégations romaines.

La Correspondance de Rome eUe-méme, qui avait la première publié dès le 14 mars la pièce en question, con* firmait cette double assertion de la manière la plus positive. Elle remarquait en outre qu'elle ne powait pctê insérer de pièces apocryphes, quoiqu'elle n'eût pas un caractère absolument <^ficiel.

Enfin, Tauthenticité de cette lettre parut si bien établie que Mgr« de Langres, probablement mis en cause de la

(1) Mgr. Cœar touUit parler sans dool« de rînduU accordé i Mgr. de Langres pour continuer à donner la bénédiction du Saint-Sacrement è la manière de France.

C^est le 10 septembre iWf que la sacrée Congrégation des Rites avait autorisé cet EYèque à conserver Pnsage de la béfiédictiOA cbantée. Pour obtenir ceUe fiiveur, on atait exposé que cet usage existait depuis des siècles, quUl était général dans nos contrées, et que les Evèques ne pourraient le supprimer sans de grandes difficultés et peut-être sans nuire téritablement à la religion. On supposait de plus qu^il n'était pas eontran'e aux rubriques , et Ton ajoutait que cette concession faciliterait l'adoption universelle Jdu rit romain quant à la Messe , à Toffice divin , et même au Cérémonial , au moins dans les choses que les rubriques ren* dent obligatoires, lyile était du moins la teneur du Bref envoyé piar la sacrée Congrégation.

manière qae nous avons dUc, résolut de se conformer an vœu du Saint-Siège el à Tusnge généralement observé dans les Eglises du ril romain. Il fil donc annoncer le jour de Pâques aux fidèles de son diocèse qu'il croyait devoir renoncer à la dis|)ense qu'il avait obtenue (en 18ft7), et rentrer pour raisons très-graves dans le droit commun.

Afin d'en finir avec celte affaire, nous rapporterons ici avec plaisir ce qu'on lisait dans le Monde le 17 mai 1861. Une lellre écrite à ce journal, après avoir raconté certains autres détails relatifs à l'installation de Mgr. Ravinet dans te siège de Troyes, terminait ainsi :

« Le salut du Saint-Sacrement couronna cette grande fête de famille.

» Un incident d'une grande importance s'est rattaché à cette partie de la cérémonie.

» On sait que le diocèse de Troyes, revenu au rit romain depuis douze à treize ans sous l'épiscopat de Mgr. Debelay, aujourd'hui Archevêque d'Avignon, avait plus tard perdu l'uniformilé quant au cérémonial de la bénédiction du Saint-Sacrenient. Parmi les prêtres du diocèse, les uns la donnaient en silence conformément au rit romain, les autres la donnaient en chantant. Il résultait de là un défaut d'unité regrettable, et que tous avaient intérêt à faire dis^ paraître.

» Mgr. Ravinet en un instant^a rétabli runilé, et, pour arriver à celle fin désirable, il a pris le moyen le plus simple, le plus doux el le plus efficace; pour cela, le Prélat n'avait qu'à se taire; il s'est tu en elTet; il a donné la béncdiction en silence, et son silence a produit l'effet désiré.

» Intelligenti pauca... le clergé a compris; il a été touché et édifié; et, dès le lendemain dimanche, le silence de la bénédiction, solennellement intronisé avec l'Evéque, passait de la cathédrale dans plusieurs églises de Troyes où il avait cessé d'être observe, pour de là régner dans toutes les Eglises du diocèse.

» L'unité et la règle avaient repris leuc empire, suainter et fortiter. »

Nous njonterons iôi une réflexion faite par Mgr. Desprez, Archevêque de Toulouse, dans son Mnndemenl de carême 1861, à propos de celte bénédiction en silence. Voulant montrer à son peuple la supériorité du Cérémonial romain en général sur le gallion, en ce que les prescriptions du premier sont fondées sur une raison ihéologique ou mystique, tandis que le dernier s'est plus occupé des agrénumts du coup d'œil que de la convenance logique, etc., il choisit précisément rexemple de la bénédiction du Saint- Sacrement. « Celte bénédiction donnée en chantant, dil-il, est sans doute plus solennelle que la bénédiction donnée en silence; mais est-elle plus rationnelle? Que le prêtre parle ou chante quand il donne sa propre bénédiction, rien de plus naturel ; mais qu'il fasse de même, quand la bénédiction est donnée par Notre -Seigneur Jésus- Christ présent sur nos autels, n'est-ce pas inconvenant? Et ne mettre aucune différence entre la bénédiction de l'homme-prétre et celle de THomme-Dicu, n'est-ce pas à la fois manquer de réflexion et de respect? D'ailleurs, dirons-nous avec un auteur compétent en cette matière, bénir au nom de la sainte Trinité, lorsque l'attention des fidèles est flxée sur la sainte hostie, n'est-ce pas, dans ufie certaine mesure, favoriser Terreur des ignorants, s'iinaginant que le Père, le Fils et le Saint-Esprit résident de la même manière dans TEucharistie? » On pourrait retourner la phrase et dire : N'est-ce pas exclure le dogme de la présence réelle de Jésus- Christ en corps et en àme dans l'Eucharistie? et donner lieu de croire qu'il n'y est présent que dans sa divinité comme le Père et le Saint-Esprit? La chose, comme on le voit, n'est pas indifférente.

Mais la lettre de la sacrée Congrégation des Rites, relative à la bénédiction du Saint-Sacrement, devait être suivie de deux autres bien plus importantes, que nous allons signaler dans le chapitre suivant.

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