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CHAPITRE PREMIER

Premier esMii de eontroverse lltnri^qiie en 1814.

Nous avons vu, dans notre Introduction, en quel état de confusion ou, si Ton veut, de chaos la liturgie a dû se trouver dans la plupart de nos diocèses après leur reconstitution par le Concordat de 1801 ; néanmoins, il ne parait pas que les étranges anomalies qu'il était facile d'y observer aient éveillé de graves inquiétudes dans les esprits pendant toute la durée de l'Empire. Gela tenait à ce que Ton n'attachait pas beaucoup de prix en France à l'unité liturgique, ou à ce que nos vénérables Prélats étaient absorbés par d'autres soins plus impérieux encore. Ils laissaient donc leurs prêtres assez libres d'organiser à leur façon, selon les lieux et les circonstances, les détails de la liturgie; et nous avons remarqué, dans notre Introduction, que les anciens prêtres se conformaient assez généralement en cette matière aux usages et aux habitudes qu'ils avaient précédemment contractées; on peut dire qu'ils vivaient de tradition sous ce rapport, quel que fût le diocèse nouveau dont ils étaient devenus membres.

Les choses en étaient là, lorsqu'en 1814, parut une ordonnance de Louis XVIII prescrivant la substitution des usages romains à ceux de Paris dans la chapelle royale (1). Un anonyme, profitant de cette occasion , écrivit alors à r^mt de la Religion, qui ne faisait que de naître, qu'il serait bien à désirer que cet exemple fût imité par toutes les églises du royaume. A supposer même, ajoutait-il, qu'il y ait dans les bréviaires de France des hymnes de meilleur goût, des leçons mieux choisies .et des applications plus

(1) Henri UI avait introduit le romain dans les chapelles royales en 15S3; fl y avait été suivi jusqu'à la révolution, mais le parisien Tavatt remplacé sous r Empire.

ingénieuses de TEcriture , cela compense-t-il les avantages de Tunité liturgique? D'un autre côté, les liturgies nouvelles n'ont-elles pas leurs défauts, tels que trdp de prétention à l'esprit, trop peu d'onction, etc.? Il faut donc espérer que, successivement, les divers diocèses de France reviendront à Tunité, ne fût-ce que par l'épuisement des éditions des livres particuliers. Il y a d'ailleurs vingt-deux diocèses sur les soixante existants , qui suivent le romain (1), et seulement vingt le parisien, les dix*huit autres ayant des rits particuliers. Ceux-ci reviendront les premiers par la raison ci-dessus exprimée , et une seule opération pourrait ramener les vingt diocèses qui ont ado(Mé le rit de Paris.

Une autre observation, que l'on faisait valoir à la fin de la lettre, c'est ce qu'avait écrit, en I8il, l'illustre Choron dans sa Ivrochure intitulée : Considératiom swr la nécemté de rétablir dans toutes les Eglises de France le chant de l'Eglise romaine. « Ce chant, disait-il, mérite la préférence » à cause de sa supériorité intrinsèque , de son origine » ( c'est le seul reste que nous ayons de la musique des » Grecs et des Romains) , et enfin de l'utilité dont il est » pour l'art musical, attendu qu'il a été l'otjet des tra- » vaux de tous les compositeurs du XYP siècle , les plus » savants qui aient jamais existé. ^

La lettre» dont nous venons de reproduire les idées, ayant été insérée dans Y Ami au mois de juin i 811^, un anonyme répondit d'Avignon, le 28 juillet suivant, qu'il respectait le Bréviaire romain qui était celui de son pays, mais que ce bréviaire n'était pas tellement sacré que l'on ne put y toucher. C'est l'ouvrage, disait-il, non des Apôtres, mais des Papes , qui peuvent le réformer encore. Il ajoutait que le bréviaire de Paris lui semblait avoir mieux distribué le Psautier ; avoir mis dans un plus bel accord les invitatoires, les psaumes, les antiennes, les versets, les répoas et les capitules, ainsi que l'Ancien et le Nouveau Testament; avoir puisé à la meilleure source, c'est-à-dire dans l'Ecriture,

(1) Nous en avons signalé douic dans notre fntrodaction ; les dix autres étaient ceux de la province de Malines, plus Nice et Cbambéry.

pour tout, sauf les oraisons et les hymnes, où du reste l'Ecriture elle-même est fondue avec un art admirable (n'aurait -il pas oublié iei les proses et les légendes?); avoir rapporté avec raison (quelle raison?) les fêles de r Annonciation et de la Purification aux mystères de Tlnearnation et de la Présentation de Notre-Seigneur ; avoir admirablement choisi les leçons, latinisé les légendes, poé* tisé les hymnes, et introduit enfin avec avantage la brièveté (la brièveté, à la bonne heure!). L* uni té est désirable, sans doute, remarquait Tanonyme; mais ce n'est pas à ceux qui*possèdent un travail plus parfait d'en faire le sacrifice; quant au chant romain, qu*on le prenne, si l'on veut, mais qu'on l'adapte plutôt au bréviaire de Paris; d'ailleurs , Paris possède déjà les plus beaux morceaux du chant romain, llfeut donc, concluait-il, engagera prendre le parisien de préférence au romain lui-même.

Ce plaidoyer en faveur du parisien , qui n'est plus à juger maintenant , après que tant de nos Evêques l'ont réfuté dans leurs Mandements sur la liturgie, ne demeura pas sans réplique. On trouve dans VÀmi, T. II, page 272, des observations faites à ce sujet par un ecclésiastique , que le journal lui-même donne pour un dignitaire très-respectable. En voici le résumé fidèle :

Il a été plus d'une fois question à Rome de corriger le Bréviaire romain; mais on a toujours été arrêté par les considérations les plus graves. 11 y a toujours de rinconvénient à changer... Le critique aurait dû trailer avec plus de respect le Bréviaire romain. Nous devons réciter avec simplicité ce qui a été composé de même, et révérer ce qui a la sanction de l'Eglise et du temps. Ne soyons pas trop fiers d'un peu plus de critique... Le bréviaire de Paris est lui-même une preuve du danger des changements; un des derniers Archevêquesa cru devoir y rectifier des hymnes, et Ton trouve des différences dans les trois ou quatre éditions qui en ont été faites... C'est d'ailleurs un inconvénient qu'il foille changer de liturgie d'un diocèse à l'autre... Somme toute, si j'avais un vœu à émettre, ce serait que

nous n'eussions qu'une liturgie et qu'elle nous vint de Rome.

Là s'arrêta la controverse liturgique de 181 b. Les désirs du personnage distingué dont nous venons de parler* ne produisirent aucun résultat. Les diocèses qui possédaient une liturgie particulière continuèrent à la suivre, et on en fit des éditions nouvelles plus ou moins améliorées.

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