CHAPITRE XXV
I. L'année 1853 ne fui pas moins féconde que ta précédente en retours au romain. Le saint jour de Pâques de celie année, le diocèse d*AIRB reprit ta liturgie de l'Eglise- Mère par ordre de Mgr. Lannelue, son Evéque. Le Mande* ment de ce Prélat, relatif à cetle affaire, datait du 21 décembre ISSâ. Monsdgncur y disait à ses prêtres :
« Vous nous avez singulièrement aidé, nos trës^ers M coopcraieurs , à aplanir toutes les difficultés qui auraient » pu s'opposer à Vexécution de notre de^r. C'est de vous- » mêmes qu'est venue rinittative qui a mis fin à nos i^oe^ u tiiudes.
» Sans influence étrangère, autre que celle que vous » avez puisée dans la lecture des écrits qui- ont paru sur » cetle question, sans que, des divers points du diocèse, il y » ait eu concert entre vous, des vœux à peu près unanimes » nous sont parvenus de toutes parts, soit isolément, soit » par les délibérations des conférences réunies.
» Nous avons béni le Seigneur qui vous a inspiré des » sentiments si conformes aux nôtres.
x> Depuis longtemps vous aviez pressenti nos intenlionsà » cet égard; nous vous les avions insinuées dans le Mande- » ment placé à la télc du Missel diocésain commencé par j» notre prédécesseur; plus tard, nous vous avons fait coo- » naître plus spécialement nos vœux. Nous avions à cœur » de ramener dans le diocèse Tantiquc et vénérable liturgie, x> dont il ne s'était éloigné que depuis un très-petit nombre » d'années. «
» Eu prenant donc une détermination si importante, p nous avons satisfait à la fois à un devoir de conscience,
p ail âé$ir cpie vous nous avez si généreusement expriroi^ » et au voeu des populations qui regrettaient encore les p anciennes formules de la prière publique.
» Nous permettons T usage des anciens Missels romains • qui se trouvent encore dans un grand nombre d^ pa- ^ roisses« surtout dans Tancien diocèse d'Aire.
» En ce qui touche les livres de cbant, la question de la n restauration du chant grégorien ne nous paraissant pas n encore suffisamment éclaircie, nous nous abstenons d*au- » toriser aucune édition de ces livres; provisoirement, on » pourra se servir des anciens livres de chant romain qui » ont été conservés dans beaucoup de parusses ; et, à leur w défait, on pourra se contenter de se procurer des Gra- » due)s et Vespéraux in-12 de quelqu'une des éditions les » plus 4îonforraes aux anciens livres de chant. )»
Le provisoire établi par Mgr. Lanneluc a ceasé sous son successeur actuel Mgr, Ëpivent, qipi a adopté le chant de Dign^ pour «on diocèse par Mandement du 2 octobre i6$0.
fWu6 terminerons ce que nous avons à dire du diocèse d'Aire en faisant observer que, déjà dans le cours des deuv années 1851 et 1953^ surtout depuis le vœu exprimé au eomiUi d'Ai^b^Ja^ueoup de prêtres y avaient repris de leur propre chef la liturgie romaine.
II. (.e même fait s'éalit passé a NËVERS. On se rappelle. saQ$ doute, ce que nous avons rapporté, dans cette histoire» du Syn^e de Nevers de 1843 et d'une circulaire de Mgr. Dufétre en 1846. Le rit parisien, favorisé alors^ ae devait pas régner tranquillement dans le Nivernais; anssî voit^on que, dans un iuMveaM synode tenu en 1849, ta G^igrégation 4(3 la liturgie demanda Lç romain à la majorité de vingt et une voix contre deu^, sauf à laisser à Monseigneur le choix du moment op^porlun. Enfin, en 1852, on arrêta, toiyours en synode, que la liturgie romaine deviendrait définiliveniemt obligatoire pour le Caré;me, ou au plus t<M*d jM>ur 4'Avent de 1853. Aussi Monseigneur disait^l, dans une eirculaire du 26 janvier 1854 reJative à la liturgie eH à divers autres points : « Vous avez accepté av^
» bonheur la liturgie romaine que le concile de Sens avait » rendue obligatoire pour tous les diocèses de celle pro- M vince. L'usage exclusif de celte liturgie est maintenant » un fait consommé dans notre diocèse. »
III. L*Avenl 1853 voyait aussi le rit romain rétabli à AGEN. Mgr. de Vezins avait fait le voyage de Rome en 1851 ; en 1852, il tenait un synode où Ton décida le rétablissement de la liturgie romaine; le Propre diocésain fut approuvé la même année, cl enQn.la réforme liturgique dut être opérée en 1853 à l'époque que nous avons dite.
IV. A BLOIS, la cathédrale avait déjà repris le romain le jour de la Toussaint 1852; tous les prêtres du diocèse devaient aussi le suivre en leur particulier à partir de Pàquos 1853, et ënfln ce rit serait seul admis au 1**^ janvier 1854, même pour les offices publics, avec le chant de Reims et Cambrai.
Tel était le dispositif dun Mandement admirable publié par Mgr. de Blois le 22 octobre 1852. Quoique nous ayons déjà parlé, à Toceasion, d'un fait remarquable arrivé à Blois en 1843, nous en reprendrons ici toute Thistoire telle qu'elle a été racontée par Mgr. Fallu du Parc luimême dans le Mandement dont nous venons ^e signaler Texistence.
Monsei(;neur nous apprend donc que, lors de la réforme de saint Pic Y, le diocèse de Chartres, dont Blois faisait alors partie, fit corriger sa liturgie, conformément aux constitutions de ce saint Pape. Remarquons en |)assant qu'il n'y avait point eu de concile à cette époque-là dans la province de Sens qui renfermait encore celle de Paris, ou plutôt que le concile tenu à Sens en 1612 ne parait pas s'être occupé de celte matière.
Blois, érigé en évêché en 1697, posséda donc dans l'origine la liturgie romaine ou, si l'on veut, la liturgie presque entièrement romaine du diocèse de Chartres. Mais, en 1737, M. de Crussol publia un nouveau bréviaire préparé par M. de Caumarlin , son prédécesseur. Vers 1840, Mgr. de Sauzin s'occupa de faire une nouvelle édition,
modifiée et augmentée,. de ce bréviaire de 1737; elle était déjà toute imprimée, et Monseigneur venait de Tânnoneer comme devant bientôt paraître par Mandement du 28 octobre 1843, lorsque le Nonce invita ce Prélat à renoncer à cette publication.
En vain, Mgr. de Sauzin fit valoir à plusieurs reprises la difficulté qu'il éprouvait à supprimer cette édition déjà annoncée; pour répondre à ses objections, on lui faisait observer que les craintes qu'un changement de liturgie lui inspirait auraient dû arrêter en 1737. Et comme il représentait, en outre, que l'on ne s'était pas opposé à la publication de liturgies nouvelles ou modifiées faite dans d'autres diocèses de France, le Nonce lui répliquait en décembre 1843 que, si Sa Sainteté avait été informée en temps utile de ces publications, Elle n'aurait pas manqué de lui prescrire, à l'égard des Evêques de qui elles émanaient, les mêmes démarches que vis-à-vis de Sa Grandeur. Monseigneur objectant encore que le Pape, dans son Bref à TArchevêque de Reims, s'était abstenu de presser l'exécution des lois de saint Pie V, le cardinal Lambruschini luimême répondait, le 16 janvier 1844, que c'était toute autre chose de tolérer le retard que l'on apporte à corriger un usage invétéré, et de laisser ce même usage s'étendre et s*aiïermir librement par de nouveaux faits; il ajouLait qu'au reste le Saint-Père n'avait déclaré s'abstenir que pour le moment et par suite de craintes graves.
Mgr. des Essarts, ayant succédé à M de Sauzin dans le siège de Blois, crut devoir, à raison de circonstances particulières, faire de nouvelles instances; elles eurent le même sort. La question fut dès lors décidée pour lui, et il eut été le premier à remplir l'engagement solennel qu'il avait pris au concile de Paris en 1849, s'il n'avait pas été prévenu par la mort (1).
(i) Oo lisait, dans VUnivers du 6 janvier 1851, que Mgr. des Essarts avait envoyé à Rome, en 1847, deux partisans des liturgies françaises pour soutenir leur cause; ce fut sans succès. Enfin, après avoir attendu inatilement pendant deux ans une réponse favoraJ^le, Mgr. prit un autr^
Ënfln, Mgr. Pâllu du Pa^c, ayant priô pos^^Bidn do gîége de Blois en 1851, se bâta de convoquer son Chapitre qui fut d'avis avec lui de revenir immédiatement à la liturgie romaine. Le Propre Tut donc rédigé par une commission, el on le recevait déjà approuvé le 26 août 1853. Deux mois après, Mgr. lançait le Mandement de retour. Mais, dans cette pièce, il ne se contentait pas de raconter Thistoire locale dont nous venons de faire Tanalyse; il y ajoutait diverses considérations dont l'importance égalait retendue. Impossible à nous d'en rendre compte à nos lecteurs; ils pourront, s'ils veulent, lire cet impérissable monument dans les numéros de Y Univers des 1^, Ik^ 15^ 16, 17 et 19 novembre 18K2; on Ta réimprimé du reste en 1853, sous forme de brochure in-12, avec addition de notes pré* cieuses. Nous dirons cependant ici, comme pour en donner une idée sommaire, qu'on trouve, au commencement de cette pièce éloquente, un aperçu très^complet de l'histoim du droit liturgique depuis Torigine de l'Eglise jusqu'à saint Pie y, et, à la fin, une glorification aussi sublime que dé-^ taillée de la liturgie romaine.
Monseigneur montre dabord dans cette liturgie la plus haute autorité, la plus vénérable antiquité, la plus magnifique unité et universalité, la plus parfaite stabilité et immutabilité, enfin la plus grande pureté ou sûreté.
Après avoir développé ces caractères pour ainsi dire exié* rieurs de la liturgie romaine, Monseigneur pénètre dans ce qu'elle a de plus intime, dans son esprit qui est celui même de l'Eglise, esprit de prière, prière longue et prolongée, suppliante, tendre et affectueuse, répétée « simple; esprit d'onction, avec son tangage naïf, antique, biblique; esprit de piété et de dévotion, envers Notre-Seigneur^ la sainte Vierge, les saints, le Saint-Siège; esprit de foi, de confiance et d'amour, de douceur et de consolation.
Enfin, Monseigneur termine en faisant ressortir la beauté
biaiS) et fi pria le Pape de lui envoyer un Bref dttir lequel il pût s^appuyer pour ordonner le retour au romain. Ce Bref lui fut expédié en 1890» {»lus d'un ait avant sa mon.
trop peu appréciée de la liturgie romaine, sa beauté liturgique, licaulc (les pensées et des idées, beauté des senti-» ments, beauté dos iinni^es et des comparaisons sensibles, en d'autres termes la plus haute éloquence, à quoi il faut ajouter la plus belle poésie, où il ne manque ni mouventents, ni même nombre et harmonie» quoique le rhythme oe soit pas toujours métrique dans les hymnes, qui n'en sont pas moins très-belles en leur genre, d'hymnes vérilablement chrétiennes.
Voilà le cadre grandiose et complet que Mgr. de Blois a au remplir de main de maître. Il ne faut donc pas s'étonner qu'on ait regardé son Mandement comme un chef-d œuvre, et que quelques-uns de ses collègues l'aient adopté pour leurs diocèses, ou recommandé à leurs prêtres.
V. C'est ce que Gt en porliculier Mgr. de MOULINS. Dans le Mandement qu'il publia lui-même le !21 novembre 1853 pour rétablir la liturgie romaine, il disait à ses prêtres que Mgr. de Blois, à qui il en avait fait la demande, avait bien voulu lui permettre de leur adresser son Instruction pastorale« ce qui n'empêcha pas au reste ce Prélat de leur parler lui-même, et de leur expliquer bien des choses importantes sur la matière.
Il les entretenait en particulier du Propre qu'il avait fait le plus court possible, n'ayant admis de légendes propres qu'en petit nombre, par amour pour l'unité et par principe d'économie; du Rituel auquel il n'avait rien voulu ajouter, malgré les réclamations qu'on lui avait adressées, attendu que ce qui sufQsait à l'Eglise universelle devait suffire aussi à son diocèse; enfin, du Cérémonial qui dcvaitétre suivi à la lettre.
n leur recommandait à oe propos le Petit cérémonial de M. de Conny, chanoine de Moulins, qui était sur le point de paraître, et il les avertissait de s'adresser, dans leurs doutes en matière de cérémonies, à la commission dont ce chanoine était président.
Il attirait aussi leur attention sur la loi qui oblige à se servir de cire au saint sacrifice, et il leur expliquait les mystères voilés par celte prescription.
Enfin, quant au fait de rétablissement de la liturgie romaine, Monseigneur râlait qu'il aurait lieu dans tout le diocèse à partir des premières vêpres de Noël 1853, et qu*on prendrait le chant de Reims et Cambrai.
Mais tout le monde n*avait pas attendu jusque-là pour se mettre au romain; au contraire, on le suivait déjà depuis plus de deux ans à la cathédrale dont le vénérable Chapitre avait demandé cette grâce à Monseigneur, et dans plusieurs paroisses qui avaient obtenu la même faveur. En cetle matière, robéissance n'avait pas eu besoin d'être stimulée en faveur du romain, car chacun avait senti, disait Monseigneur, qu'au milieu de la dissolution qui menace de tout désunir, c'élait dans un attachement de plus en plus fort au seul centre d'unilé demeuré au monde, que consistaient toutes les espérances d'un meilleur avenir. D'un autre côté, le diocèse de Moulins n'avait pas à faire le Sacrifice pénible d'une liturgie qui lui fût propre; on lui avait donné en effet, sous la restauration, les livres de Clermont; or cette liturgie ne pouvait être bien chère que dans les portions du diocèse de Moulins qui avaient été démembrées de cette Eglise antique; ailleurs, elle ne tenait au sol par aucune racine vivace.
VI. Nous arrivons maintenant à un diocèse où l'on vit dans la même année se succéder des actes bien différents. Nous voulons parler d' AMIENS et de Tan de grâce 1849. Au commencement de la susdite année, Mgr. Mioland faisait un Mandement en faveur de la restauration de la liturgie donnée à Amiens par Mgr. de La Motte en 1746-52, mais, avant la fin de cette même année, Mgr. de Salinis, son successeur, manifestait des vues toutes différentes. Peu de temps après la clôture du concile de Soissons, tenu en octobre, il réunit son Chapitre, les archiprétres et les doyens de son diocèse, et il leur fit connaître ses intentions de revenir à la liturgie romaine. On les accueillit très-bien, et cette réunion était à peine terminée que les supérieurs et professeurs du grand et du petit séminaire demandèrent au Prélat la permission d'adopter cette liturgie, ce qui leur fut
accordé avec empressement. Un an après, du consentement unanime du Chapitre, la cathédrale les imita. C'était le premier dimanche de TAvent 1850. Dès-lors on soccupa du Propre, et il était déjà sur le point de revenir de Rome approuvé, quand eut lieu le synode diocésain de 1851. Tout le synode, sans une seule exception, manifesta son désir de reprendre la liturgie romaine. On fit même un statut dans lequel on engageait tous les prêtres, âgés de moins de cinquante-cinq ans, u se servir du Bréviaire romain de suite pour l'office privé, et où Ton déclarait en outre que le bréviaire aniiénois ne serait plus que de tolérance trois mois après la promulgation du Propre diocésain. Quant à l'office public, on avait décidé que le romain serait introduit sans secousse et successii;>ement, selon quil paraîtrait opportun à TËvéque; nuns, lors de la retraite pastorale de 1852, on manifesta a Monseigneur le désir de voir le rit romain réiabli simtUtanément dans toutes les Eglises du diocèse.
Bientôt après, se tint, à Amiens même, le second concile de. la province de Reims au XIX* siècle. Nous avons signalé dans notre Etude préliminaire, page 82 et suivantes, un long décret de ce concile, où l'on proscrivait un certain nombre d'assertions du fameux Mémoire sur le droit eoutumier, distribué sous le manteau en 1852; cellesci, entre autres, qu'il ne fallait pas approuver le mouvement qui poussait à embrasser la liturgie romaine, et qu'un Evéque, dans l'état présent de la question, pouvait légitimement en France, en vertu des principes du droit eoutumier, exclure cette liturgie de son diocèse d'une manière non-seulement provisoire mais absolue. Il est bien évident que de pareilles propositions étaient opposées à l'esprit de VEglise et injurieuses pour le Saint-Siège, qui louait et favorisait de tout son pouvoir le mouvement liturgique, nonobstant toute coutume contraire. Le concile d'Amiens portait encore beaucoup d'autres décrets importants sur les questions agitées alors. Parlant en particulier de la controverse liturgique, il s'exprimait ainsi : « 11 ne faut paç ou*
— aia —
» bliff Topinion que Toq avait, il n'jr a pas longtemps, sur )i les matières liturgiques, l'ignorance presque où Too était » des Bulles qui les concernent, l'espèce de répugnance » préconçue que l'on éprouvait pour la sainte liturgie ro- » nuune, et l'état d'altération où se trouvait la science » ecclésiastique, au point que plusieurs regardaient comme » un ordre de choses régulier et normal la liberté très- » périlleuse que Ton s'attribuait de composer des liturgies h particulières ou de les changer. Eh bien! tout le monde » sait que c'est à une discussion salutaire qu'il faut attri- » buer en grande partie l'éclaircissement de cette question » et le mouvement qui s'est fait dans les esprits et qui a * permis à tant d'Evéques et de conciles de mettre plus » facilement à exécution les Bulles concernant la liturgie»
» Or, dans ces débals, chose digne de remarque, il est » arrivé souvent que des hommes même pieux ont accusé » d'intempérance de zèle les écrivains qui poussaient à un » meilleur ordre de choses, et cela non-seulement à raison p de certains excès ou emporlements qui ont réellement « eu lieu, mais à raison de la nature elle-même de la caose 9 qu'ils défendaient. L'événement cependant a prouvé l'in- » justice de ces reproches, puisqu'il est évident aujourd'hui to que les efforts ainsi incriminés ont enfin abouti au résoi-» » tat heureux qui réjouit le Saint-Siège et l'Eglise. Si l'on » réfléchit à cetle grave expérience, on ne se permettra » plus aussi facilement d'élever, par une précipitation in^ » considérée, des accusations pareilles» ainsi que quelques* » uns le font peut-être encore. »
Nous devions rapporter ici ces passages du coneile d'Amiens parce que, d'une part, ils appartiennent à l'hîs* toire de la controverse liturgique, et que, de l'autre, ils n'ont pas perdu leur actualité. Les décrets de ce concile furent portés à Rome par Mgr. d'Amiens lui^^mème au mois de février iSKS» En avril suivant, Mgr. de Saliuis était déjà de retour de la ville éternelle; il en rapporlait avec lui non-seulement ces décrets approuvés, mais l'induit du gras du samedi pour toute la province eeclésiasiique de
Reims et le corp^ de teinte Théodosie, martyre, d'origine àmiénoise. Il annonçait tout cela à son clergé dans une cir* culaire datée du 28 avril 1855. Parlant ensuite de la liturgie, il reeom mandait à ses prêtres la lecture et la méditation de Tadmirable Mandement de Mgr. de Blois sur la matière, puis il arrêtait que la liturgie romaine serait obligatoire dans toutes les églises et chapelles, d'abord de la ville d'Amiens le 32 mai, jour de la Sainte-Trinité, ensuite des chefs-lieux de doyenné avant l'Assomption, enfin de tout le reste du diocèse au plus tard pour la fête de saint Firmin de cette même apnée 1853.
Mais, avant les deux dernières époques ci-dessus, Mgr. de Baynis trouva encore ioceasion de parler à son clergé de la question liturgique. Le 27 juin 1853, commentant dans un entretien synodal, le décret du concile de Soissons de 1849, il s'élevait entre autres choses à de très-belles considérations sur la liturgie catholique. C'est dans ce discours qu'envisageant aussi la question au point de vue financier, il montrait que l'adoption du romain avait procuré au diocèse une économie de cent quarante mille francs.
Quant au chant, il déclarait qu'il avait cru devoir conserver, pour les parties de TofOce que le peuple était accoutumé à dianter dans presque toutes les paroisses du diocèse, le chant amiéùois, qui nétait au fond qu'une variante du chant romain le plus généralenient adopté.
Parlant ensuite des doutes qui pourraient arriver sur les rubriques, il annonçait à ses prêtres qu'il aurait près de lui une commission permanente, et comme une petite Congrégation des Rites, à laquelle on s'adresserait pour avoir la solution de ces difQcultés, sauf recours à Rome par Monseigneur lui*méme, si besoin était.
Enfin Monseigneur, en terminant, disait à ses prêtres qu*il leur resterait à eux comme à lui la eoûsolation d'avoir accompli en tout cela ua grand devoir, en rattachant l'EgUse d'Aiàiens au centre de Tunité catholique par un tien plus fort, qui est à la fois, ajoutait-il, un besoin du temps présent et une garantie contre les dangers de l'avenir.
Nous retrouverons encore Mgr. de Salmis sur le siège archiépiscopal d'Auch qu'il n'a occupé nialheureusemeot que trop peu de temps. Mais nous ne pouvons pas sortir d'Amiens sans rappeler ici ce que Mgr. Boudinet, successeur de M. de Salinis dans celle Eglise, disait, dans son synode de 1858, en achevant l'œuvre de la réforme liturgique commencée par ce Prélat. A propos du grand mouvement qui nous a poussés vers Rome en ce siècle-ci , il disait : « Nos ennemis savent bien la force incomparable » que trouve TËglise de France dans son union intime » avec le Pasteur suprême. Quelle infranolMssable barrière, » en effet, un pouvoir hostile ne rencontrerait-il pas dans » un épiscopat appuyé tout entier sur la pierre même qui » porte l'édifice, et contre laquelle les portes ds Venfer ne )> pr&^audront jamais! En considérant par ce côté si im- » portant, si déeibif, le mouvement de ces derniers temps, » on se senlira pressé de le bénir; on se félicitera d'avoir » assisté, d'avoir pris part soi-même à cette résurrection, » pour ainsi dire inespérée, des doctrines les plus favo- » râbles au Saint-Siège, cl de cette vraie et sincère obéis- » sance que l'on doil regarder comme une des meilleures » espérances de lavenir. » Mgr. Boudinet a répété ces excellentes paroles, à l'honneur de Mgr*, de Salinis, dans la circulaire qu'il a adressée à son clergé pour lui faire part de la mort de ce vénérable Prélat, a Nous sentons, disait-il » à ses prêtres, le besoin de vous dire, ou plutôt de vous » répéter, ce que nous devons de reconnaissance à Mgr. de » Salinis pour la part si large qu'il a prise au mouvement » qui, depuis trente années, a si vivement entrainé TEglise » de France vers le Saint-Siège; les circonstances ajoutent » tant d'à-propos à ces paroles déjà loin de nous que nous » croyons devoir vous les rappeler pour exciter votre gra- 1» titude et raviver votre foi. »
Nous prions aussi nos lecteurs de les graver dans leur mémoire, mais en même temps nous allons, dans un au Ire chapitre, leur en signaler d'aulres plus importantes encore et émanées d'une source plus élevée. Nous voulons parler
— » 221 — delà fameuse Encyclique Intermultiplices du 21 mars 1855. Mgr. de Salinis la rapportait aussi de Rome, et il avait le bon esprit de la publier à la fin de sa circulaire du 28 avril 1853. On sait que tout le monde n*a pas eu ce bon esprit-là, et faul-il s'en étonner, quand on songe que celte Encyclique frappait au cœur les ennemis des conciles et de la liturgie romaine, les champions des classiques païens, les partisans des Bailly, Guettée et Lequeux, les antagonistes de VUniçers, les sectateurs de la religion de Bossuet, et enfin -les auteurs et les praticiens du droit coutumier?
— tft —