‹ Études liturgiquesChapitre 31 sur 63 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

EB0yellqii« ilVTEB SlVl.TlPl.lGEft du 91 nMum %9S^p

Nous avons déjà doané de longs extraits de eel «i^ poo* tifical oiéinorable dans nos premières EoDpliGation$, poge k$ et suivantes; mais il est nécessaire de tes répéter ici. Le Pape disait donc, après avoir parlé auxEvéques de France de quelques-unes de ses joies :

a Nous apprenons, avec un égal bonheur, le zèle que vous mettez, s(*lon nos désirs et nos am, à tenir des conciles provinciaux

» Notre joie est extrême, quand nous voyons, par votre zèle admirable, la liturgie romaine déjà rétablie i selon nos voBux, dans un grand nombre de vos diocèses, où les circonstances n'y ont pas mis jusqu'ici obstacle; cela nous a fait d*autant plus de plaisir que nous savions que, par la suite des temps, on asHiit perdu de vus, dans beaucoup de diocèses de France, ce qui amit été réglé, avec tant de sagesse et de prudence, par notre saint prédécesseur Pie V, dans sa bulle Quod à nabis de 1568... Mais nous ne pouvons pas non plus dissimuler le profond chagrin que nous fait éprouver la vue des dissensions que cherche à susciter parmi vous l'antique ennemi... Conservez, nous vous en conjurons, Tunité de pensée et de parole, et adressez-vous en toute conGance à nmis et à ce Saint-Siège pour éloigner de vous toute sorte de disputes.

» Continuez h ne rien négliger pour que les jeunes clercs de vos séminaires soient mûrement formés à toute vertu, piété et esprit ecclésiastique, pour qu'ils croissent en Thumilité sans laquelle il nous est impossible de plaire jamais à Dieu, et pour qu'en même temps ils se rendent habiles dans les lettres humaines et dans les sciences plus sérieuses, les

Bctenoes sacrées surtout, pures de tout danger d'erreur; feites en sorte quMIs puissent, non^seulement apprendre à parler d à écrire avec élégance et éloquence, en étudiant, soit les ow^ages pleins de sagesse des saints Pères, soit les auteurs les plus illustres du paganisme entièrement expurgés, mais encore et par-dessus tout, acquérir une connais* aance parfaite et solide de la théologie, de Vhistoire ecdé-siastique et des saints canons, dans des écrivains appro'mis par ie Saint-Siège. . .

» Nous vous conjurons de vouloir bien aussi, tout ea vous appliquantlt éloigner de vos ouailles la contagion mortelle des mauvais livres et des mauvais journaux, accorder voire bienveiUanee et votre faveur aux écrions oMimés d'un esprit catholique, et ornés de science et de littérature, qui écrivent et impriment chez vous des libres et des jour^ Baux pour défendre et propager la doctrine catholique, soettenir les droits vméraJbles et tes enseignements du Saint-Siège, extirper les opinions et assertions eontraire$ à ce Saint-Siège et à son, autorité, dissiper ks téJMbres des erreiirs, et faire briller aux yeux des hommes la lumière très-douce de la vérité. Il entrera dans votre ziAc éipiseopal et %^oLre charité d'encourager ces écrivains catholiques, animés à^u bon esprit, à €$nti0iuer avec plus d'ardeur tooore à défendre soîgneusemeat-et savamaieat la vérité eatbolique, et de leur donner ot^c prudence des wis pater^ nels, s'U leur échappe quelque fauie dans leurs écrits.

» Vous n'ignorez pas, dans votre graade sagesse, que tous le> «nocHHS ^ la reUgioii catbalique les plus déclarés ont toujours feit, quoique en vain, uue guerre acharnée k cetta Chaire d« Prince des apètires, sachant très-bien <)ae la religion elle-même oe peut absolument pa$ tejrnbcr, tant qu'on Vîoît rester debo4iit cette Chaire, qiû est fondée sur la pierre 9Mfi les puissances orgueiUeuses de Venfer ne peu^nt é^wier, et en laquelle se Irowie renfermée la ^lidité pleine el parfaite de la religim chrétienne. iNe^îessez itooc jamais, nous vous en prions instamment, Hioua ^nfiant en vMrte^ MéUté à l'figjiise et en votre i/^ouem^i powr la ^

— 22^ — chaire de Pierre, d'edoploycr de concert tous vos soins et vos travaux pour que les Odèles de France , échappant aux embûches et aux tromperies des ennemis, se fassent toujours gloire d'élre fermement et constamment unis par une piété et une dévolion toute Oliale à ce Siège apostolique, et de pratiqtier à son égard la soumission entière qu'il cori' vient de lui garder. Ne négligez rien, soit en actes, soît en paroles, dans voire zélé et votre vigilance épiscopale, afin que les fidèles dont nous parlons aiment de plus en plus ce Saint-Siège, le respectent, lui obéissent, et pratiquent tout ce qu'il enseigne, règle et décide.

» A ce propos, nous ne pouvons nous empêcher de vous exprimer la douleur extrême que nous avons ressentie quand, parmi d'autres ouvrages mauvais publiés en France, nous avons rencontré naguère un opuscule écrit en français, et imprimé à Paris, sous ce titre : Sur la sittMition pré* sente de l'Eglise gallicane relativement au droit cautu» mier, ouvrage dont Vauteur contredit ouvertement ee que nous vous recommandons et inculquons avec tant d'in. stance, et dont nous avons conflé la condamnation et la réprobation à notre Congrégation de V Index. »

Nous avons imprimé en italiques, dans cette traduction française, les passages sur lesquels nous avions envie de fixer Tattention de nos lecteurs. On y remarquera tout d'abord que le Pape jugeait nécessaire la réforme liturgique, attendu qu'on avait perdu de vue généralement en France les règles pleines de sagesse et de prudence des Bulles de saint Pie V; ses désirs de voir la liturgie romaine rétablie ne s'arrêtaient que devant les obstacles réels créés par les circonstances. Mais il avait pour but principal dans son Encyclique de régler les points suivants.

l"" Il décidait la controverse sur les classiques païens dont il demandait Yentière expurgation, et qu'il plaçait sans hésiter après les ouvrages pleins de sagesse des SaintS' Pères. L'affaire de M. Gaume n'était pas étrangère à cette déclaration (voir Note ^ à la fin du volume).

2^ 11 recommandait de n'étudier la Théologie, VHistoire

ecéiésiastique et le» saints cem&M que dans des auteiirs approiwés par le Saint-Siège; en quoi il f&dsait évidem^ ment allusion à la mise à Vindex de la Théologie de Bailiy le 7 décembre 1853, de rHisloire de TËglise de France de M. Tabbé Guettée le 2â jaoYier 1853, et du Compendium de Droit canon de M. Lequeux le 37 septembre 1851 (1). y II prenait la défense de Y Univers, en parlant de la bienveillance et de la faveur dues aux écrivains catholiques qui s*efforcent, en imprimant des livres ou desjour^ iiaux, de défendre et de propager la doctrine catholique, (le soutenir les droits vénérables et les enseignements du Saint-Siège, et d'extirper les opinions et les assertions contraires à ce Saint-Siège et à son autorité (2).

(1) On peut Toir dans nos premières Explications, page 18 et sui- Tantes , en note , la peine qu'avaient causée quelque part en France ces diverses condamnations qui, en frappant, disait-on, des hommes et dês livres honorés de la confiance d'un grand nombre d'êvêques, tendaient à abaisser l'épiscopat. On se plaignait aussi parmi nous de la Correspondance de Rome, qui nous tenait au courant , non-seulement des décrets de Fitutox , mais des décisions émanées d'antres congrégalions romaines, telle que celle des Rites, qui avait répondu si calégorîquement à la consultation de M. le chanoine Lottin. On représentait la publicité donnée à ces décisions comme fomentant imprudemment Vagitation liturgique. La chose alla au point que le Saint^Père crut devoir suspendre la Correspondance; mais il faisait écrire en même temps dans son Journal officiel de Rome que c'était un principe d'une rare absurdité que de prétendre ôter à l'Eglise romaine, mère et maltresse de toutes les autres, la liberté, dont elle a toujours joui, de publier les décrets et les réponses de ses congrégations. H se réservait donc, tout en suspendant la Correspondance, pour céder à l'orage, en juillet 1853, d'employer tel autre moyen qu'il jugerait à propos selon les tenips et les circonstances pour arriver à son but et exercer son droit ; et il ne tarda pas d'autoriser la publication d'une autre feuille périodique, plus étendue même que la Correspondance, sous le titre d^Analecta juris Pontificii,

Cette Retnie continue à paraître encore, et on est même parvenu depois plus d'un an à ressusciter la Correspondance, dont l'apparition chaque semaine répond à un besoin que les Analetta ne pouvaient pas combler.

(S) On sait dans quelle position se trouvaient alors les rédacteurs de VVnivtrs vis-à-vis de certains Prélats. On ne s'était pas contenté, selon les intentions du Pape, de leur donner avec prudence des avis pa*ternels pour les mettre en garde à l'avenir contre les fautes que Ton créait avoir à leur reprocher ; on était allé jusqu'à prononcer certaines sentences et interdictions relatives à leur journal. C'était donc bien d'eux

k^ Enfin, le Pape, après avoir glorifié la Chaire apoÈto* liqm et la pierre qui lui sert de fondement et en laquelle se trouve renfermée toute la solidité de la religion chrétienne, conjurait les é^ques de tramiller de tout leur poiM>otr à la faire aimer, respecter, écouter, et à faire pratiquer tous ses enseignements, tous ses décrets et toutes ^es décisions. Sur quoi, il signalait à l'animadversion de tous, comme il l'avait fait déjà vis-à-vis de la sacrée Con- ^régiation de YIndex, le fameux Mémoire sur le droit eoutumier, où Ton contredisait ouvertement ce quil recommandait, lui, avec tant dinsistance.

Nous avons déjà stigmatisé avec le concile d'Amiens ce maudit opuscule. Quels en étaient les auteurs? on ne le sait pas d'une manière officielle. 11 serait à désirer cependant, que des hommes, qui sont dans l'erreur avec assez de mauvaise foi pour oser la répandre sciemment, quand ils croient pouvoir le faire impunément en se cachant sous le voile de l'anonyme, soient démasqués aux yeux de tout le public, et connus pour les mauvais principes qui couvent dans leur cœur, et qui ne peuvent pas manquer d'exercer une certaine influence sur leur conduite en beaucoup de rencontres. Sans cela, n'y a-t-il pas lieu de craindre que les âmes simples, trompées peut-être par leur hypocrisie, ne les prennent pour les amis les plus dévoués de l'Eglise et du Saint-Siège? et, en cas d'épreuves nouvelles, semblables à celles que Dieu avait ménagées à la France au commencement de ce siècle, n'y aurait-il pas un grand danger à se

que le Pape voulait parler dans son Encyclique, puisque seuls ils étaient en cause et qu'ils avaient d'ailleurs fait appel à sa décision suprême. Aussi V Univers put-il , sous la haute protection du Saint- Père, continuer sa mission de dévouement à la sainte Eglise romaine. Mais personne n'ignore que ses ennemis de toutes sortes n'ont pas cessé de le liarceler pour autant, et que, leurs pamphlets contre lui n'ayant pu aboutir, d'autres se sont chargés de Vexécuter pour des motifs assez semblables aui leurs, sauf à le laisser revivre mais mutilé, pour ne pas dire muselé, et sous un autre nom. M. Louis Veuillot a essayé en vain, dans ces derniers temps, de ressusciter une partie de son œuvre. L'Eglise en va-t-elle mieux, depuis que ce grand ennemi de ses vrais intérêts a été eida de la lutte quotidienne dans la presse périodique f

méprendre sur les vrais confidents du Vicaire de Jésus* Chrisl?

Il nous semble donc que les représentants sincères des doctrines et des vues du Saint-Siège devraient, aujourd'hui plus que jamais, tenir haut leur drapeau. S'ils Taliaissent ou le rapetissent par crainte de leurs adversaires, où sera pour les catholiques le signe de ralliement? Une cause, qui s'abdique elle-même, est évidemment perdue.

Gomment la cause de la liberté d'enseignement s'était* elle ménagé un glorieux triomphe, dont elle n'a peut-être pas usé assez largement? par la discussion incessante et vigoureuse. Gomment la cause de la réforme liturgique a-t-clle aussi remporté la victoire? par les mêmes moyens. Nous avons vu qu'à une certaine époque un journal voulait attirer la polémique sur un autre terrain; sous prétexte de ne pas diviser les forces des catholiques, il demandait qu'on laissât de côté les discussions liturgiques; que répondait alors l'ami de M. Meslé? c'est ce qu'il faut répondre toujours. Gombattons tous ensemble, si Ton veut, pour une cause sur laquelle nous sommes tous d'accord ; mais eela doit-il empêcher les champions des prérogatives dmnes du Saint-Siège, de la suprématie spiritiAelle du Souverain- Pontife, du droit canon en général et du droit liturgique en particulier, de discuter ces questions vitales et de première nécessité? N'est-ce pas sur ce terrain primitif que retombera nécessairement la lutte, quelle que soit l'issue de la querelle du jour? Oui, c'est là la question de vie ou de oiort; et, tant que nous ne serons pas tous d'accord sur sa solution dans le sens du Saint-Siège, nous demeurerons toujours faibles à cause de nos divisions elles-mêmes, et surtout nous n'aurons jamais fermé la porte aux tentatives de schisme, alors même que nous aurions triomphé sur le terraio du pouvoir temporel.

Nous le disons avec regret, mais nous croyons que maintenant il y a un certain danger pour les doctrines romaines, si elles n'ont pas leur journal pour les affirmer, les rappeler, les inculquer, et au besoin les défendre sans relâche ;

— M8 -^ dle8 ne peiiYeDf conquérif que par la lotte; hors de là, ci dans rétat de somnolence qui règne, les idées contraires eofiservenf leurs partisans; et, dès que Toceasion se présentera, ceux-ci reparaitroat au grand jour, plus puissants qae jamais par le fait même des bonoeurs qu'ils auront acquis dans la paix comoaune; Dieu veuille que leur réveil ne coïncide pas avec un état de choses dangereux au point de vue du schisme, ou quand il y aurait des rapports de communication difficiles avec le Vicaire de Jésus-Christ!

On nous objectera peut-éire que nous nous faisons des idées fausses sur Tesprit du clergé français. Le gallicanisme est mort, nous dira-i^n« Hélas! ne serait-ce pas le chat qui dort, ou plutôt qui fait le mort? Nous aimons à croire que la grande masse du clergé de France, en reprenant là liturgie romaine, a adopté aussi les doctrines de TEglise* mère et les met en pratique; néanmoins, il nous semble que les auteurs et partisans du Mémoire mir le droit coa* tumier ne sont pas tous passés de vie à trépas, ni des ténèbres de Terreur h la lumière de la vérité; pourquoi, en effet, cette hésitaiion récente u suivre les règles du droit et les déclarations des congrégations romaines dans l'élection des Vicaires capitulaires (1)? Pourquoi aussi cette lenteur calculée mise quelque part à adopter enfin en pratique i pour ne pas dire en théorie, la liturgie romaine? Pourquoi cette précoaisation nouvelle de la coutume en matière de 4ilurgie dans les Obsers^atiom anonymes sur la brochure de M. Maire : La Liturgie romaine et la eonêdmce (2)? Pourquoi cette théologie de Toulouse si peu en harroonte avec les vrais principes romains dans beaucoup de points extrêmement importants (3)? Pourquoi un nouveau Corn*pendium de droit canon encoire pldn de réticences plus qu'iiisidieuses? Pourquoi une école toujours vivante de libéralisme catholique? Nous désirons nous tromper, mais

(i) Voir Noté i? à la fia du volume.

(2) Nous parlerons plus tard de ce peUt écrit tout récent. (5) Voir les Observations critiques de M. le Chanoine Jacquenet sur luette Uiéèlogie.

-« 229 — il ne oons est pas possible détre parfailemenl rassoré sur Tavenir de fiotre Eglise. Le passé ne doit-il pas nous servir de leçon? Quand les arlisans de schisme essayèrent autrefois de nous séparer du centre de Tunilé, est-ce qu'ils ne rencontrèrent pas malheureusement sons leur main des hommes qui, à raison d'une prétendue nécessité des Eglises, disaient que Ton pouvait se passer de Tinstitetion papale pour gouverner les diocèses? Ces hommes n'invoquaient-ils pas aussi un certain droit coutumier remontant à Henri IV on à Louis XIY? Qu'on lise la brochure de M. d'Astros dont nous avons donné quelques extraits dans la Note H de notre Etude préliminaire, et, avant tout, la petite notice historique que nous avons mise en tète de ces extraits; et, voyant oà on aboutit, quand on n'est pas imbu de principes purement romains, alors même que l'on doit tout, eomoM en France après le Concordat, à l'usage fait par le Pape de toute la plénitude du pouvoir apostolique, qae l'on nous dise s'il n'y a rien à craindre dans les temps mauvais où nous avons le malheur de vivre. Quoi! les plus fiers romains peuvent fléchir sons le poids de la persécution malgré leurs principes, et ceux qui admettent et pratiquent des idées toutes différentes offriraient une garantie de fldélité à toute épreuve! ce serait un miracle. 11 n'est donc pas possible de se conQer dans des hommes dont les lielies paroles sont démenties par toute leur conduite, ne fèt-ce que par leur seule inertie; et il faut de toute néces* site se rallier autour du Saint^Père et de ses vrais amis, prompts à exécuter ses ordres et ses désirs. Ceux-ci seront ies sauveurs d'Israël.

Finissons par on trait d'histoire contemporaine. La sacrée Congrégation de VIndex avait proscrit, le 22 janvier 1853, les premiers volumes de YHistoire de VEglùe de France par M. l'abbé Guettée; le concile de La Rocbdle lui-même avait condamné le huitième volume de cet ouvrage en i853; enfin, le li juin 1855, un nouveau décret de VIndex avait frappé les huitième, neuvième et dixième vcdumes de cette Ui$toire; eh bieq! malgré ces

^ 230 ^ diverses condamnations, cet auteur n*en avait pas moins continué son œuvre, et il osait affirmer, le 2 novembre 1856, qu'elle avait été approuvée par quaranle-einq évéques, et que plusieurs de ces approbations se rapportaient à tous les volumes sans exception, depuis le premier jusqu'au douzième inclusivement.

Wniver.ê ne crut pas devoir garder le silence sur cette affirmation scandaleuse. Il lui fut facile, sans doute, d'établir qu'il ne s'agissait pas d'approbations officielles et publiques, comme celles qui s'impriment à la tète des livres; mais pouvait-il affirmer, en connaissance de cause, que M. Guettée n'avait véritablement pas reçu des lettres particulières approbatii^es de son Histoire?

Cet abbé lui répliquait d'abord, le 5 novembre, qu'il « abandonnait au bon sens de ses lecteurs la distinction qu'il faisait entre des lettres approbatives et des approbations; » mais, VUni{>ers étant revenu à la charge et ayant dit à la fin, de son article du 7 : « Quant aux lettres approbatives, je voudrais les voir, et le lecteur, j'en suis convaincu, partage ma curiosité, » M. Guettée lui écrivit à ce propos : « Je ne dis rien du désir que vous manifestez de voir les approbations, ou si vous voulez, les lettres approbatives données à mon ouvrage. Vous connaissez bien les motifs qui m'empêchent de les produire. J'aurais été indigne de les recevoir, si je pouvais livrer à une publicité telle que celle de votre journal des noms respectables et bénis. » On conçoit, en efl'et, ainsi que le remarquait VUniçers le 21 novembre, que la publication de lettres de quarantecinq évéques, approbatives d'un livre prohibé par le Sâint- Siége, aurait été un immense scandale. U Univers finissait par dire qu'il ne croyait pas plus aux lettres approbatives qu'aux approbations. Cependant M. Guettée lui écrivait le 25 novembre, qu'il venait encore de recevoir la veille une lettre d'un savant et vénérable évéque qui s'exprimait ainsi au stijet de son Histoire : m Cette production, si remarquable par son orthodoxie, inattaquable par la solidité des preuves qui lui servent d'appui et le bon esprit qui s'y

rencontre à chaque page, me paraît destinée à dissiper en^ fièrement les nuages qu'un esprit de coterie a essaye d'amonceler autour des antiques traditions françaises recueillies par l'ancien épiseopat en i682. » M. Guettée ajoutait : « Trois pages sur ce ton valent bien nue approbation, quoique écrites confidentiellement. Comptons donc quarante-six approbations au lieu de quarante-cinq. »

Quel était ce savant et vénérable évéque cité en dernier Heu par M. Guettée? Nous savons, disait à ce propos l'C/mver$, qu*il y a des évéques jansénistes en Hollande et anglicans en Angleterre. N'aurait-il pas pu ajouter : et même gallicans en France? Car, sans parler ici de ceux qui s'étaient déclaré contre les Institutions liturgiques, contre le Fer rongeur et pour les quatre articles classiques, on en aurait trouvé aussi sans doute pour le Mémoire sur le droit coutumier^ s'il faut en croire ce qu'a écrit tout récemment M. le Chanoine Thiébaud page 16 de sa Crise du Bisontinisme agonisant. Une chose très-sûre, c*est que l'ancien Evéque de Chartres est allé au moins aussi loin que M. Guettée, dans ses fameuses brochures de 185Ct. Il y soutenait, lui aussi, que V Index n'était pas reçu en France; il ajoutait que Ton avait eu tort de flétrir MAI. Lequeux, Bailly et les excellents ecclésiastiques auteurs du Mémoire du droit coutumier. Ce qui était pour le quarante-sixième approbateur de M. Guettée une coterie passait à ses yeux pour une cabale (voir notre Note K kh fin du volume).

Cela étant, nous croyons qu'il nous sera permis de regretter qu'il n'y ait pas eu de réponse officielle aux allégations injurieuses de M. Guettée. Si nous avons bonne mémoire,-le Messager de VOuest s'inscrivit alors en faux contre le caractère approbatif des lettres adressées à cet auteur; on devait, selon lui, les envisager comme des actes de pure politesse, et de simples accusés de réception ; mais M. Guettée déclara. positivement le 7 décembre que « les évéques qui les avaient écrites affirmaient avoir lu ce qu'ils avaient approuvé. » En vain donc \Uni{>ers du 12 répé-

— in ^

lait-il que rassertioQ de M. Guettée était auâsi absurde qu'outrageante ()Our l'épîscopat français, puisque cet abbé persistait à représenter ees lettres comme des approbations, ne convenait-il pas de lui donner un démenti formel? N'a-t-on pas vu plus lard M. Darboy, aujourd'hui Evéque de Nancy, se disculper publiquement à propos d*une pareille accusation? Il est vrai qu'aucun nom propre n'avait été articulé dans le débat; mais, si beaucoup de Prélats pouvaient se taire sans inconvénient, parce que leurs précédents bien connus les metlaient à couvert de tout danger de flétrissure en cette fâcheuse affaire, n'y eo avait-il pas qui, en réclamant, se seraient rendu service à eux-mêmes et auraient vengé leur honneur aux yeux de Rome, de TËglise de France et de tout Tunivers? Eut-il même fallu pour cela retirer un éloge imprudemment donné, jamais les rétractations n'ont déshonoré personne; au contraire, Fénelon leur a dû une partie de sa gloire; et si le Cardinal de Noailles avait commencé par avoir le même courage au sujet du livre des Réflexions nwrale$, il se serait épargné bien des fautes qui ont souillé sa mé^ moire, et bien des malheurs qui ont empoisonné sa vie. Errare hvmanum est, est-il dit dans le Proverl>e.

Serons-nous allé trop loin? Qu'on nous le pardonne, parce que Thérésie du silence nous a toujours fait mal; nous aimons les positions nettes, et nous croyons que l'Eglise doit les aimer aussi. N'est-elle pas animée en effet du même esprit que son divin auteur? or Jésus-Christ ne pouvait supporter l'hypocrisie, et il l'a flétrie hautement toujours, sans craindre d'en devenir victime.

Pour sauver Rome, comme disait le vieux Catoo, il faut détruire Carthage : DELENDA CARTHAGO.

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