CHAPITRE XXVII
Cliàloiuiy Talenecy Saint-Claode y Tenailles y Salnt-Dié, LlniOfe* et KauMUMie prennent le romain en f 86A«
I. Nous avons déjà vu trois diocèses de la province de Reims rentrer dans 1 unité liturgique, savoir : Reims, Soissons et Amiens en 1851, 1852 et 1853; CHALONS-SUR- MARNE va les imiter en 185C(. Depuis assez longtem|)s on s'y occupait de cette affaire, puisque, dans son Mandement pour le carême de 1851 , Mgr. de Prilly déclarait à ses diocésains « qu'à l'exemple de tous les diocèses de France qui sentaient le besoin de se fixer et d'être unis par les mêmes liens, celui de Chàlons recevrait aussi Tordre de se conformer aux intentions du Saint-Père et aux décisions du concile de Soissons. » Déjà à celte époque, le grand séminaire avait pris le Bréviaire romain et plusieurs prêtres avaient soivi son exemple. Monseigneur lui-même disait dans VOrdo de ce temps-là « qu'il verrait avec joie ceux qui le désireraient user en cela de leur liberté. » Tout le monde d'ailleurs se montrait bien disposé, et on n'attendait plus qu'une retraite ou un synode pour terminer l'affaire.
Enfin, le 8 décembre 1852, Monseigneur publia un Mandement où il décrétait, pour satisfaire aux demandes qui lui étaient venues de toutes parts, que la liturgie romaine était rétablie dans son diocèse, et qu'elle y deviendrait obligatoire, avec le Propre approuvé et le chant de Reims, à dater du 1" janvier 1854.
II. Ce même jour, on adoptait aussi le romain dans le diocèse de VALENCE. Ck)mme à Chàlons, on s'en était occupé dès 1850, afin de mettre à exécution le décret du concile d'Avignon de 1849 tout semblable à celui de Soissons. Ainsi, dans une délibération du 12 août 1850, le Chapitre de Valence, consulté par son Evêque, fut d'avis de revenir à la liturgie romaine; le synode, tenu la même
année, émit le même vœu à une grande majorité. Mgr. Chatrousse fit travailler dès lors à la rédaction du Propre, et enfin, après avoir préparé toutes choses, il publia, le 8 septembre 1853, le Mandement par lequel il fixait le rétablissement du romain dans son diocèse au !•' janvier 4854.
Dans ce Mandement, on voit que Tancien Chapitre de Valence av^it fait beaucoup de difficultés pour recevoir la liturgie que Mgr. de Pompignan, Archevêque de Vienne, avait promulguée pour toute sa province au siècle dernier; il ne s'était enfin soumis à Taccepter qu'après des représentations énergiques et une espèce de lutte. « En rentl^nt 1^ donc dans l'ordre canonique* disait Mgr. Ghatroussc, « nous revenons aussi à l'ancien rit de notre Eglise. . .
» Nous revenons à la liturgie romaine, parce qu'elle est » la plus ancienne, la plus universelle, la plus orthodoxe, » enfin, la plus régulière et la plus canonique, p
Il ajoutait : « Rome est notre mère, et les v<jeux d'une » mère doivent élre chers à des enfants bien nés, qui x> n'attendent pas des ordres, encore moins des menaces. » Ce sera une des grandes consolations de notre épiscopat » d'avoir pu rétablir dans notre. diocèse cette sacrée et » vénérable liturgie romaine, d'avoir ajouté un lien à tous » ceux qui nous unissent déjà au Saint-Siège, et d'avoir x> ainsi versé un peu de joie dans le cœur de notre Père, » abreuv^ de tant d'amertumes. »
Parlant du chant, Monseigneur autorisait fyromoire' ment, parce qu'il- n'était pas encore fixé là-dessus, les livres de chant de Digne, format in-12; mais il disait que, dans les paroisses où l'on n'aurait pas encore ces livres, on pourrait, en attendant, continuer à se servir des viennois. K Ce sera, sans doute, une anomalie de chanter dans le » chœur des paroles différentes de celles que le prêtre ré- » cite à l'autel ; mais cette mesure est provisoire et durera » peu ; elle est commandée par une considération grave. » D'ailleurs, le prêtre à l'autel est le ministre officiel de 1» l'Eglise; c'est lui qui, surtout, principalement, est B chargé de réciter les formules et les textes prescrits; les
» fidèles et les chantres de la plupart des paroisses ne » s'apercevront pas même de cette différence. »
Nous avions déjà cité ce passage dans notre Entretien, page 59, et là, nous ne craignions pas de recommander aux prêtres qui suivent le romain, dans les diocèses qui ne Tont pas encore adopté, duser de cet expédient dans leurs paroisses, c'est-à-dire, de suivre le Missel romain, tout en laissant leur chœur chanter avec les anciens livres; c'est que le Pape lui-même a consallé celte manière d'agir; d'ailleurs, la Bulle de saint Pie V accorde à tous les prêtres le droit de se servir du Missel romain, tant dans les messes chantée$ que récitées, partout j^ dans toutes les Eglises du monde, même possédant une autre liturgie légilime.
Nous savons que plus tard le diocèse de Valence a choisi pour son usage le chant de Rennes de 1853.
III. Mais arrivons à un diocèse qui nous touche de trèsprès, et qui, ayant été démembré de Tancienne Eglise de Besançon, dont il a (ait partie sous le premier Empire, possédait précisément la liturgie encore en usage dans cette illustre l^lise métropolitaine. Le diocèse de SAINT- CLAUDE eut le bonheur de recevoir pour Evêque, en 1851, un propagateur ardent cl zélé des doctrines et des pratiques romaines; il ne pouvait donc pas rester longtemps étranger au mouvement heureux qui nous poussait vers Rome et qui nous obligeait à en adopter l'auguste liturgie^ Mgr. Mabile trouvait cependant dans ce diocèse les livres liturgiques de ses premières années; mais, bien convaincu de leur illégitimité, il devait à sa conscience de les faire disparaître.
Aussi, dès le mois d'août 1852, il tint un synode où il déclara sa volonté positive d'établir au plus tôt la liturgie romaine dans son diocèse ; s'il consultait ses prêtres, ce n'était que sur la question pratique, la question d'opportunité. Le synode ayant adopté ses vues, Monseigneur arrêta le statut suivant (1) : a Pour rentrer dans le droit, et suivre
(i) On trouve ce statut dans le Recueil des statuts synodaux du diocèse HeSahU^iaude, promulgués au synode de mai 1855 et imprimés depuis.
»^Ies intentions si souvent exprimées de Pîe IX; pour re- » venir d'ailleurs à une liturgie qui fut celle de Tancienne 1» abbaye de Saint-Claude, et plus tard celle du diocèse » jusqu'à sa suppression en 1802, nous croyons du devoir » de notre charge de renouveler le statut de Mgr. Méallet » de Fargues, notre prédécesseur de sainte mémoire, ainsi » conçu : Ordonnons à tous doyens, chanoines, chapitres, » curés, vicaires, familiers et autres ecclésiastiques de se » conformer au Brés^iaire, Missel et rit romain pour les » messes hautes et basses et pour l'office puhlic et privé ; » ce qus nous voulons être obsen^ dans le diocèse unO" » nimement et sans distinction. En conséquence, le Cha- » pitre de notre cathédrale, à dater du premier dimanche » de TAvent 1853, et Messieurs les ecclésiastiques du dio- » cèse, à partir du 1*' janvier 1854, se conformeront à » celte prescription pour les missel, bréviaire, rituel, pro- » cessionnal, livres de chœur, cérémonial, el en général » pour tout ce qui concerne la liturgie romaine qui de- » meure obligatoire pour tous...
» Une Commission spéciale devra s'occuper immédiatc- » ment dé la rédaction du Propre diocésain, qui sera A imprimé aussitôt après l'approbation du Souverain- » Ponlife. »
Le Propre en question ne tarda pas à être rédigé, puisque, le 25 novembre 1852, le Cardinal Lambruschini annonçait à Mgr. Mabile qu'il était déjà approuvé. Mais, outre les offices des saints du pays, Monseigneur crut devoir demander en 1853 le privilège de réciter les messes propres de quelques saints étrangers au diocèse. Tout lui fut accordé par 1^ Saint-Père, comme on le voit par une nouvelle lettre du Cardinal Lambruschini, en date du 7 juillet 1853, qui demandait seulement à Monseigneur d'organiser son calendrier perpétuel. Une autre lettre du même temps, écrite par le Saint-Père lui-même, nous apprend que déjà alors le séminaire et plusieurs paroisses avaient pris le romain. Enfin, on acheva à la retraite pastorale de 1853 l'œuvre du synode de 1852, et Monseigneur
■— Ï37 — publia, le 11 novembre 1853, le Mandement admirable par lequel il prescrivait Tadoplion du romain dans son diocèse aux époques fixées par le statut de 1852. Il avait choisi le cbant de Reims et Cambrai.
Dans ce Mandement, Monseigneur parlait ainsi de la Bulle de saint Pie V : a Cette Bulle, en signalant les causes » qui avaient altéré et déformé le bréviaire, les détruisait » radicalement, en bannissant à jamais de la liturgie tout » changement, toute addition, toute correction, en dehors » des conditions voulues et posées par l'autorité compé- » tente... Il est évident pour totit homme de bonne foi » que le Souverain-Pontife, voulant fixer la liturgie et la » gouverner à l'avenir par une loi uniforme et constante, » ne faisait rexception (relative aux Eglises qui avaient » depuis deux cents ans un bréviaire certain et resté iml'muable) qu'en faveur d'un droit ou pour un droit qu'il » regardait comme acquis, comme légitime, et nullement » pour reconnaître ou créer un droit qui eût reproduit sans TU cesse tous les abus qu'il voulait anéantir. »
On lit plus bas : « En sacrifiant le rit dans lequel nous » avons été élevés, nous obéissons à un esprit de foi, de » charité, de ferveur. Qu'est-ce donc qu'aimer Rome? » qu'est-ce donc qu'aimer le Pape, si ce n'est aimer Jésus- » Christ et son Eglise? Nous voulons que notre attachement » au Saint-Siège soit réel et qu'il ait une signification. »
Monseigneur disait encore : a En affaires, dans les ques- » tions de personnes, soyons tout ce qu'on peut être dans » le sens de la conciliation, de la modération, de la pru- » dence, de la douceur, de la paix, de la miséricorde; » sachons attendre et souffrir. Mais, en ce qui concerne la n doctrine, dans les combats que nous livrons aux pas- » sions, au mensonge, à l'erreur, faisons preuve d'une » fermeté sans pitié et d'une persévérance infatigable. »
Nous ne poussons pas plus loin nos extraits du Mandement de Mgr. de Saint-Claude; on sait si les Instructions pastorales de ce savant Prélat manquent de doctrine, do force et de grandeur.
238 — La liturgie romaine avait déjà pris possession paisible de tout le diocèse de Saint-Claude, lorsque Mgr. Mabile fit le voyage de Rome en 1834. C'est à celte occasion qu'il fit approuver son calendrier perpétuel. Le Cardinal Lambruscliini attestait ce fait dans une letlre du 6 avril 1854. Monseigneur, de son côté, publiait plus tard ce calendrier, par lui certifié conforme Je 25 septembre 1835.
Enfin, Mgr. Mobile s'occupa de rédiger un supplément au Riluel romain pour son diocèse. Le Saint-Père l'ayant fait examiner par la sacrée Congrégation des Rites, celle-ci décida qu'au lieu de l'approuver dans sa forme et teneur, on adresserait copie à Monseigneur des bénédictions déjà approuvées authentiquement par le Saint -Si^e pour d'autres diocèses de France. Cette décision du 9 septembre 1858 fut ratifiée par le Pape, et, en conséquence, Mgr. Capalti, secrétaire de la sacrée Congrégation, envoya le k octobre suivant l'extrait en question à Mgr* de Saint- Claude. Ce supplément parvint dès lors, non plus à Mgr. Mabile transféré à Versailles, mais à Mgr. Fillion son successeur, qui le certifia conforme le 25 novembre 1858 et s'occupa ensuite de le faire imprimer. On l'annonçait, du reste, dans VOrdo pour 1859, de la manière suivante : a La sacrée Congrégation des Rites a enfin » approuvé le supplément du Rituel pour le diocèse de » Saint-Claude; mais elle a retranché une grande partie » des bénédictions extraites du rituel bisontin, même celle r> de la pièce de monnaie dans les mariages, et la bénédicx> tion nuptiale donnée quand le mariage se fait extra N mmam. y> On voulait dire qu'il ne faut pas réciter sur les époux, extra missam, les prières marquées au missel ' pour être dites après le Pater. Nous avons donné des détails plus étendus sur toutes ces choses dans notre Supplément aux Etudes liturgiques, page 1 et suivantes.
Pour ce qui regarde le supplément au missel et au bréviaire, ou, si l'on veut, le Propre de Saint*Claude, on nous saura gré, sans doute, de le faire connaître un peu. Nous dirons donc que l'on y trouve saint Claude, ardievéque de
Besançon, sons le rit At V classe avec octave; nos saints Apôtres Ferréol et Ferjeux» et saint Oyand, troisième abbé de Condat, de 2* classe; la plupart des autres saints du pays ont le rit double ; ce sont : saint Désiré, archevêque de Besançon, les saints abbés et moines Ronoain , Lupicin , Lothein, Imethier, Aldegrin, Simon de Mouthe, auxquels il faut ajouter saint Hippolyte, abbé de Sainl-Oyand et Evéque de Belley, et saint Viventiole, disciple de saint Oyand, mort Evéque de Lyon. On peut y considérer aussi comme étant du pays saint Anatoile, evéque, et sainte Colette, réformatrice des clarisses; quant aux autres saints, ils ont été insérés pour différents motirs; ce sont saint Pothin, saint Irénée et saint Just, évéques de Lyon, saint Taurin, evéque d'Evreux, saint Eloi, evéque de Noyon, saint Lazare ressuscité, saint Golomban, abbé de Luxeuil, sainte Gotilde, reine de France, saint Sigismond, roi de Bourgogne, sainte Adélaïde impératrice, pour ne pas parler de sainte Apollonie, de sainte Barbe et de sainte Ursule et comp., qui»ont dans ce Propre un rit plus élevé que dans le Bréviaire romain. Nous ferons remarquer, en passant, que ceux d'entre ces saints que nous avons imprimés en italiques ne sont pas au Martyrologe romain; et nous avons dit ailleurs à quelle époque ils ont été insérés au bréviaire de Besançon.
Nous terminerons noire article sur Saint*CIaude en signalant une circulaire que Mgr. Mabile adressa à son clergé le 1*' mai 1857; cette lettre a rapport, en effet, à la réforme liturgique. Le 2 avril précédent, le Saint-Pére avait envoyé à ce Prélat un Bref, où il le félicitait de$ heureux résultats que le rétablissement de la liturgie romaine avait produits dans son diocèse, et où il rendait à Dieu de très-bumbles actions de grâces de ce qu'il avait daigné, dans une affaire d'aussi haute importance que oelle^à, bénir ses désirs à lui, et le zèle pastoral de Monseigneur. Le Prélat faisait part à son clergé de ce Bref du Saint-PërCt {mis il disait lui-méioe dans sa circulaire ces paroles remarquables : « Quand on cherche sérieusement