‹ Études liturgiquesChapitre 33 sur 63 · MO · texte numérisé non relu

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et sans idées préconçues la raison ou la loi mystérieuse du mouvement irrésistible qui nous entraine vers Rome, on arrive sans peine à se convaincre qu*il y a là des vues toutes particulières de Dieu sur l'Eglise et sur le monde, et que les manifestations providentielles dont nous sommes témoins sont de nouvelles garanties données à la défense et au triomphe de la bonne cause. » Dieu le veuille! faxit Deus!...

IV. Mais nous voici appelés à VERSAILLES, dont Mgr. Mabile est présentement Ev^ue. Quoique Mgr. Gros, son prédécesseur dans ce siège, eût publié en iSkl une nouvelle édition du missel-Borderies, il n'était pas possible, la question liturgique faisant d'immenses progrès, que TEglise de Versailles la regardât comme non-avenue. Elle s'en occupa donc dans son synode de 1852, et, dès le 5 août 1855, Mgr. Gros écrivit à ses prêtres : a Le clei^é du diocèse avait plus d'une fois, par ses actes autant que par ses instantes prières, témoigné le désir de suivre la liturgie romaine. C'était d'ailleurs le vœu du» Souverain* Pontife, auquel nous eussions voulu répondre sans aucun retard. Mais des embarras matériels enchaînaient notre volonté, et nous avons dû, avec l'agrément du Saint-Siège, retarder, quoique à regret, cette pieuse entreprise. Elle nous devient aujourd'hui plus facile, à raison d'une avance de fonds consentie par notre libraire. Une dette considérable pèsera sur nous; mais il nous a semblé qu'en conàdéralion du vœu du .Saint-Père et de votre légitime impatience, nous ne pouvions que la subir, comptant, pour y satisfaire, sur la divine Providence et sur votre coopération. »

Monseigneur annonçait ensuite qu'il allait incessamment présenter son Propre à la sacrée Congrégation des Rites, où il ne tarda pas à être approuvé. Nous remarquerons, à ce propos, que le diocèse de Versailles, de nouvelle création, se trouvait dans une position exceptionnelle par rapport aux saints évéques dont il désirait célébrer la fête. Devait-it s'en passer? il ne l'a pas cru, et il a demandé de foire

— iU — entrer dans son Propre certains évéqoes des diocèses voisins auxquels il avait appartenu en partie. Ainsi, non content de fêter saint Denys de Paris, sous le rit de 2* classe, il honore saint Germain, évéque du même diocèse, puis les daints Savinicn, Ansbert et Vulfran de Sens, saint Yves de Chartres , saint Eterne d'Evreux , saint Nigaise de Rouen, etc. Parmi les autres saints non pontifes qu'il honore au nombre d'une quinzaine, nous signalerons spécialement saint Louis, roi de France, qu'il solemnise sous le rit de 1'* classe avec octave, en qualité de titulaire de la cathédrale et de patron du diocèse; sainte Geneviève, de 2* classe; sainte Glotilde, reine de France, double majeur; saint Yon, saint Cloud, saint Thiébaud des Vaux-de- Cernay, saint Gauthier de Pontoise, la B. Marie de l'Incarnation ; ajoutons même le B. Léonard de Port-Maurice.

Une autre chose, que nous remarquerons avec soin, regarde spécialement le missel. 11 s'agit des Préfaces nonromaines accordées à Versailles au nombre de six, savoir de l'Avent, de la Fête-Dieu, de la Dédicace, de la Toussaint, de tous les Saints et des Défunts. Dans notre troisième Etude, on trouvera quelques observations critiques faites par l'abbé de La Tour sur ces Préfaces françaises ou parisiennes, insérées déjà au dernier siècle dans le nouveau missel de Montauban. Ces Préfaces s étaient répandues dans presque toute la France; elles sont connues par conséquent; seulement nous dirons ici, en faveur de ceux qui n'ont que le missel bisontin, que si ce missel a pris dans leur entier celles de l'Avent et des Défunts, il a raccourci de beaucoup celle de la Dédicace, et été à celle de la Toussaint, après ces mots : In concilio sanctorum, la phrase suivante : Et eorum eoronando mérita coronds dana tua, puis après ceux-ci : Per D. N. Jesum Christum, la phrase incidente : Ct^u>s sanguine ministratur nobis introitus in œtemwn regnum. Quant à la Préface de la Fête-Dieu, comme on en a fait deux en France qui ont rapport à l'Eacbaristie, il dut savoir que celle qui a été accordée à Versailles commence par ces mots : Qui remotis camor

livm, etc.; enfin, nous donnerons in extenso celle de tous les Saints : Qui nos sanctorum tuorum solemnitatibtis /Va* quenter recréas, ut devotione continua excites ad profeetum, et fragilitatem nostram piis intereessionibus béni' gnw attollas. Et ideà...

Nous ajouterons ici que nous ne connaissons aucun antre diocèse que Versailles qui ait demandé le privilège de Pré* faees particulières, excepté Sens qui a conservé celle des Défunts, et Tournai qui a obtenu le privilège de continuer à dire à la messe du Saint Nom de Jésus, celle qu'il y réci* tait depuis un temps très^ancien ou immémorial, ex antiquissimo et immemoriali um. Cette Préface, au reste, est celle dé la messe sèche qui précède la bénédiction des Rameaux dans le romain lui-même; c'est assez dire qu'elle vient d'une bonne source.

Terminons notre histoire de Versailles en rappelant que Mgr. Gros, ayant reçu son Propre approuvé, fit une noa« velle circulaire relative à la liturgie le 30 janvier i85(i; et qu'après un nouveau synode tenu cette même année, il publia enfin, le 8 septembre 18!((i, l'Ordonnance par laquelle il rendait le romain obligatoire dans son diocèse pour TAvent suivant.

V. Avant de devenir Evèque de Versailles en ISkk, Mgr. Gros avait gouverné pendant un an le diocèse de SAINT-DIÉ. Son successeur dans ce dernier siège, M. Manglard, ne l'ayant occupé qu'environ quatre ans, avait été remplacé en 1849 par Mgr. Gaverot, auparavant vicairegénéral de Besançon. Or, c'est à ce digne Prélat qu'il était réservé de rendre à ce diocèse la liturgie romaine; mais il avait voulu préparer toutes choses avant de s'expliqua avec ses prêtres sur la réforme liturgique. Enfin, le 5 août i85Ct, il lançait un Mandement, par lequel il rendait la liturgie romaine obligatoire dans tout son cUocèse à partir de Noël de la même année. Citons quelques ptu^ases de ce beau Mandement.

« Nous ne nous proposons point, N. T. C. F., de vous exposer ici les motifs de la détermination que nous avons

cru devoir prendre de concert avec notre vénérable Cha* pitre... Ceux qui ont eu besoin d'être instruits en cette matière, et qui ont voulu l'être, le sont suffisamment; et, quant aux esprits pré\^nus, s'il en demeurait encore, de plus longs développements pou/rraient leur devenir une pierre d'achoppement que nom ne voulons point jeter sous leurs pas... Un ordre positif n'est point encore intervenu« nous le savons; mais ce qui, dans le principe de ce mouvement de retour, pouvait n'être considéré que comme ua em|u*e8sement et une déférence dignes d'éloges, est bien près maintenant de revêtir aux yeux de tout catholique le caractère de desH>ir rigoureux; et notre conscience d'Evêque ne nous eut pas permis de perpétuer, dans ce diocèse si profondément dévoué à la chaire de Pierre, une liturgie qui n'eût plus subsisté désormais qu'à titre de simple tolérance.

» (D'un autre côté), l'épuisement de nos livres diocésains... nous a semblé l'indice évident de la volonté divine; et, alors qu'un si grand nombre de nos vénérés collègues ne craignaient pas, bien que placés dans des circonstances moins favorables, d'affronter mille difficultés et de subir d'énormes sacrifices pour se rendre aux désirs du successeur de Pierre, nous eussions été inexcusable à nos yeux de refuser d'entrer dans une voie qui s'ouvrait à nous dégagée de tout obstacle sérieux.

h Ainsi, la liturgie de la sainte Eglise romaine, cette liturgie qui régna dans l'insigne Eglise de Saint-Dié jusqu'aux jours de nos premiers bouleversements politiques; cette liturgie qui, jusqu'au milieu du siècle dernier, fut, à de très-légères différences près, celle de l'illustre Eglise de Toul, nourrice de nos ancêtres dans la foi chrétienne ; cette liturgie, auguste et vénérable entre toutes et pardessus toutes les autres, va rentrer dans son antique domaine. Les chants que nous allons redire sont ceux qui furent, pendant tant de siècles, dans la bouche de nos Pères* »

Monseigneur terminait en adoptant les livres de chant

— 2ftft — de Reims, et il prescrivait également le cérémonial Bal* deschi-Favrel, quatrième édition.

Une chose digne de remorque, c'est Tacle que fit alors M. le Préfet des Vosges. Par une circulaire qu'il adressa aux Maires de son département le 27 mai 185Ï, il déclarait que Tacquisilion de livres liturgique était une dépeose obligatoire qui tombait à la charge du budget des communes en cas d'insuffisance des ressources des fabriques, et que, si le conseil municipal refusait de voter le crédit nécessaire, il se verrait contraint d'inscrire d'office ce crédit au budget. Un acte aussi louable méritait d'être mentionoé dans les fastes de lEglise.

Nous verrons toul-à-rheure que certains libéraux suisses ne ressemblaient pas a M. le Préfet des Vosges; mais nous devons signaler auparavant un autre exemple de réforme liturgique opérée en France Tan de grâce i83(i.

VI. Nous voulons parler de l'Eglise de LIMOGES. Dans un synode diocésain tenu à Limoges en 1853, on s'occupa du retour au romain. Le Mandement qui le rétablissait était déjà composé, et Mgr. de Limoges le commenta alors duae manière si lumineuse en présence de ses prêtres qu'an assentiment unanime de son clergé répondit à son désir. Ce Mandement parut plus tard avec la date du 25 octobre

On y déclare, entre autres choses, que « la litui|pe, prière des ministres de l'autel, est aussi l'écho des dogmes de la religion, l'organe des traditions, des mystères qu'il faut enseigner au peuple, des devoirs qu'on doit lui prescrire; monument complet de la science et de la piété, de la foi et des œuvres. Dans tous les temps, lyoute Monseigneur, l'Eglise a veillé avec un soin particulier sur la liturgie, afin de la maintenir dans sa forme première, de la préserver de toute contagion de Terreur, de la défendre contre tous les changements arbitraires, et surtout pour la mettre à l'abri de 1 esprit de nouveauté, à l'aide duquel l'homme ennemi s'efforce d'entrer dans le sanctuaire ponr semer l'ivraie parmi le bon grain de l'Evangile. » Mon-

seigneur continue : « Une dans ses dogmes, dans sa morale, dans son culle, l'Eglise doit Tèlre aussi dans sa liturgie qui reproduit, nous le disions toul-à-l'heure, comme un miroir fidèle, les croyances qu'elle enseigne et les devoirs qu'elle prescrit. » Enfin il conclut : « Ce sera une date glorieuse dans l'Eglise de France que la manifestation du besoin de se rattacher plus que jamais au Saint-Siège, de ce désir de se livrer plus spécialement à l'élude de ses droits arpostoliques trop longtemps ignorés ou méconnus, des principes du droit canonique que les besoins pressants du ministère pastoral n'avaient pas permis d'étudier jusqu'ici avec assez de loisir; que cet empressement, enfin, de répondre à la pensée et à Tintention de notre immortel et bien-aimé Pontife Pie IX à l'égard de Tunilè de liturgie, et de lui donner par ce retour aussi ardent qu'il est spontané et libre, un gage de notre obéissance et de notre amour filial.

c Quant à nous, N. T. C. F., nous étions depuis longtemps animé de cette pensée et de ce désir. Le concile de Bourges (tenu à Clermont), en décrétant le retour à la liturgie romaine, réalisa nos espérances et mit le comble à nos vœux. Nous allions revenir aux traditions de nos Pères, car, dans notre diocèse, l'interruption de la liturgie romaine ne datait que de Tannée 1737.

» Le moment est donc venu, N. T. C. F., etc. » Enfin arrive le dispositif; il porte que le Bréviaire romain sera obligatoire à partir du saint jour de la Pentecôte 1851!|, et le Missel et le Rituel le \" janvier 4855, le tout avec le Propre approuvé; de plus, Monseigneur adopte le cérémonial Baldesebi-Favrel, et les livres de chant de Reims, qui sont en très-grande partie la reproduction des manuscrits limousins du XP siècle.

Ou a calculé, est-il dit encore, que, pour les paroisses ordinaires, qui n'ont besoin de Graduel et d'Antiphonaire qu'en petit format, la dépense qui leur sera occasionnée par le changement de liturgie s*élèvera à peine à la somme de soixante francs, en y comprenant l'achat d'une écharpe prescrite par le Cérémonial romain pour revêtir le prêtre,

— 246 -^ soit quand il donne la bénédicUon du Saint-Sacrement, mt quand il le transporte d'un lieu à un autre.

VII. IVous terminerons ce chapitre par le récit d'un foit liturgique étranger à ia France, mais rendu nécessaire par l'influence qu'elle avait exercée en sens contraire. Nous avons vu, dans notre Introduction, que le diocèse de LAUSANNE appartenait autrefois à la province ecclésiastique de Besançon, ainsi que Bâle. Bâie n'avait pas participé aux innovations liturgiques de la France au XVIIP siècle; mais Besançon avait malheureusement engagé Lausanne dans cette voie en 1787; il fallait donc que ce diocèse revint à son tour à T unité, et c'est ce qui était réalisé par Mgr. Marilley, Evéque de Lausanne et Genève, résidant à Fribourg, aq moyen d'une Ordonnance du k avril 1854, qui rendait la liturgie romaine obligatoire en tout et partout dans ce diocèse, à partir de la fête des saiots Apôtres Pierre et Paul de la même année.

On lisait à cette occasion dans un journal suisse de ce temps-là que, comme Mgr. Marilley n'avait pas consulté Tautorité civile et qu'il ne l'avait pas même prévenue de son dessein, les libéraux avaient engagé le conseil d*Etat à défendre aux paroisses tout emprunt, emploi de capitaux ou levée de contribution quelconque, dans le but d'acheter de nouveaux livres. Ne semble-l-il pas que cette affaire fut de nature à ruiner la Suisse? Nous pensons bien que les oppositions libérales n*ont pas empêché le retour au romain ; mais on voit que le libéralisme n'est pas la liberté.

En 1857, Mgr. Marilley a ado|jté, dit-on, pour son diocèse le chant du P. Lambillotte.

Comme on peut être curieux de connaître la statistique religieuse des deux diocèses suisses de Bâle (Soleure) et de Lausanne et Genève (Fribourg), nous en donnerons une idée dans une note à la fin du volume, avec quelques notions sur les Propres actuels de ces deux Eglises (voir Note J).

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