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CHAPITRE XXX

RétebUssemeat da romain à Careassone, à CahorSf à iMfOnf à llonipeUler et à lllmes en f 8M.

l. Nous avons déjà raconté ce qui s'était passé à GAR- CASSONNE en 1842-45. On y introduisit alors le rit toulousain; mais, en 1848» Mgr. de Gualy fut remplacé par un -Prélat qui s'est rendu célèbre par son zèle pour la liturgie romaine. Dès son arrivée à Garcassonne, Mgr. de Bonnechose manifesta son intention bien arrêtée d'y réaliser le plus tôt possible les vues du Vicaire de Jésus-Ghrist. Non content de réciter personnellement le Bréviaire romain, il applaudit de suite à tous ceux qui marchaient spontanément sur ses traces; il fit plus : pour engager l'avenir en le préparant, il ordonna en 1851 aux élèves de son séminaire de prendre TofOce romain et de le conserver, une fois devenus prêtres, dans leurs paroisses respectives. Dans son synode de 1852, il annonça plus positivement encore ses intentions. Enfin, après un voyage fait à Rome la même année et dès qu'il eut son Propre préparé et approuvé, il publia, le 5 janvier 1854, un Mandement par lequel il prescrivait le rétablissement de la liturgie romaine, dans sa cathédrale le premier dimanche de l' Avent suivant, et dans le reste de son diocèse le T' janvier 1855.

On peut lire les considérants de ce beau Mandement page 170 de notre Etude préliminaire; ici, nous analyserions volontiers l'excellente Instruction pastorale qui les précédait, mais qu'il nous suffise de dire qu'on y trouve d'abord établie la nécessité de l'unité de l'Eglise, même dans les formes de son culte extérieur ou dans sa liturgie, puis admirablement résumée l'histoire de la discipline et du droit liturgique depuis l'origine de l'Eglise jusqu'à nos jours.

Quant aux arguments que Ton avait mis en avant au XVIIP siècle pour forger les liturgies modernes, arguments que Ton allègue encore aujourd'hui pour les maintenir, Mgr. les réfutait en faisant observer que nous ne récitons pas l'office divin pour satisfaire nos goûts littéraires, et que d'ailleurs la supériorité intrinsèque des nouveaux bréviaires gallicans sur le romain est fort contestable.

Après diverses autres considérations que nous passons sous silence, Mgr. finissait en disant à ses prêtres : a Votre âme sacerdotale est assez généreuse pour ne pas reculer devant le sacrifice de quelque prédilection attachée peut-être au rit que vous suivez, et encore moins devant quelques sacrifices pécuniaires de peu de valeur. Mais nous attendons plus de vous, N. T. C. C; vous userez aussi de votre influence sur vos paroissiens pour leur faire comprendre et goûter le changement qui va s'opérer, et pour faciliter le retour de vos Eglises à la liturgie romaine. »

Mgr. rapportait aussi, comme pièce justificative de son Mandement, le chapitre kO du concile tenu à Narbonne en 1609, où l'on déclarait que Verreur déplorée par saint Pie V, c'est-à-dire la mauvaise coutume suivie par les évoques particuliers de composer le divin office à leur gré, s'était ré|)andue dans la province. Qtiem in dwersis Ecclesiis irrepsisse errorem dixerat Pius V, experimento cognwimus in hoc nostrà provincià, quia sibi quisqtie formaçerat Episcopus ad libitum divinum offkium. Nous retrouverons bientôt Mgr. de Bonnechose à Ëvreux.

II. A CAHORS, Mgr. Bardou donna, le 8 décembre i8S4, un Mandement où il statuait, conformément au décret du concile d'AIbi, que la liturgie romaine, et le Propre de Cahors approuvé à Rome, seraient obligatoires dans le diocèse à partir du 2 février 1855. Mgr. adoptait le Cérémonial Baldeschi-Favrel, et le chant de Malines imprimé par Hanicq.

Nous avons sous les yeux le Graduel romain de Malines, V édition, 1854 . Le titre porte qu'on y a reproduit le chant réformé par Paul V. En tète du livre, on lit l'approbation

et la recommandation de ce Graduel, faites par le Cardinal Archevêque de Malines en date du k octobre 1854. Suit une préface latine où Tabbé de Voght, un des collaborateurs de M. Duval dans la réforme du chant -romain, dit que le chant de ce Graduel, en ce qui regarde le Propre du temps et le Propre des saints, a été lire de la fameuse édition publiée à Rome d'après les ordres de Paul V par Giovanelli en 1614-15. L*abbé de Voght y fait Téloge de celte œuvre de Giovanelli qu'il déclare infîniment supérieure à toute autre publiée jusqu'alors (il parlait en 1848), ce qui sautera aux yeux, ajoulc-t-il, de tout lecteur qui voudra les comparer. D'ailleurs, (*e chant a été adopté, depuis le commencement du XVir siècle, comme le plus parfait par l'école romaine, qui a conservé, de l'aveu de tous, la manière la plus antique et la plus saine de chanter. Enfin, ce Graduel a toujours été Irès-eslimé |)ar ceux qui font autorité en matière de chant grégorien, tel que Baïni , par exemple. Malines cependant y a corrigé quelques fautes, d'après des manuscrits consultés à Rome par M. Duval.

Quant à l'Ordinaire de la Messe, on en a emprunté le chant au Graduel romain imprimé par Plantin à Anvers en 1599; ce chant, disait l'abbé de Voght, était celui que l'on suivait encore celte à époque dans la plupart des Eglises.

Enfin, on trouve à lai fin de ce Graduel un supplément d'environ cent vingt pages, correspondant à celui du Missel de Malines, où l'on trouve surtout les messes des saints accordées à la Belgique.

Tel est donc le chant adopté pour Gahors. Le 24 décembre 1853, Mgr. Bardou avait autorisé Hanicq à imprimer les livres liturgiques de son diocèse. Le Propre de Cahors, en ce qui touche au Graduel, occupe environ soixante pages; il contient une dizaine de messes propres, plus un Ordinaire particulier pour les annuels ou solennels et les dimanches.

Voici la liste de ces Messes propres qui nous feront connaître les principaux saints honorés à Gahors. D'abord, il y

en a une pour tous les saints évéques de Cahors en général, puis une seconde commune pour chacun d'eux en particulier; de plus, saint Genulpbe ou Genoul, premier évéque de Cahors, fêté avec octave, a la sienne à lui; les autres sont celles de saint Martial, évéque, des saints Âmadour, Nampbase et Roch, confesseurs, de sainte Spérie, viciée martyrci des saints patrons de tout le diocèse en général, et enGn du Saint-Suaire, conservé à la cathédrale, et dont la fête est fixée au vendredi de la quatrième semaine de Carême.

Parmi les évéques de Cahors, on honore, outre saint Genoul, les saints Florentins, Alythius, Rustique, Maurilion, Ambrais, Capouan, Didier ou Géry, Gausbert et Ursicin. C'est saint Etienne qui, sous le titre de son Invention, est titulaire ou patron principal de la ville et du diocèse: saint Vincent de Paul en est le patron secondaire. On fête ensuite les Saintes-Reliques du pays, les saints Anges |)atrons du diocèse, saint Théodard, évéque de Narbonne, patron de Montauban, saint Sardos, évéque de Limoges, saint Clairs, évéque martyr, saint Radulphe ou Raoul, évéque de Bourges, saint Ours, abbé de Loches, né à Cahors, saint Géraud d'Aurillac, le B. Léonard de Port-Maurice, sainte Mondane, martyre, et sainte Flore, vierge.

De tous ces saints, on ne trouve au Martyrologe romain que ceux qui ont été imprimés en italique.

Terminons notre article sur Cahors, en disant que, selon Mgr. Bardou dans son Mandement cité plus haut, les habitants du Quercy avaient toujours jegretté le romain , quoiqu'ils l'eussent perdu depuis plus d'un siècle; et qu'à son avis, la meilleure liturgie est celle qui est la plus sainte, la plus pieuse et la plus pure, avantages incontestables, disait-il, de la liturgie romaine.

in. Pendant que Cahors prenait le chant de Malines, LUÇON adoptait celui de Rennes édité par Vatar. On avait tenu un synode dans le diocèse de Luçon en 1853; le Propre diocésain était approuvé en i8S4 ; enfin, la liturgie romaine était rétablie et rendue obligatoire pour le 3 juin 18S5 au plus tard.

Nous avons déjà âgnalé , à Toccasion , deox hymnes de Santeuîl admises dans le Propre de Luçon pour les fêtes de saint Hilaire et de saint Benoit. Pour ce qui regarde les saints eux-mêmes qui font partie de ce Propre, au lieu d'indiquer ici ceux qui sont du pays, nous remarquerons, au contraire, comme une chose assez spéciale, que l'on a puisé dans le Propre du clergé romain une foule de saints Papes qui ne sont pas honorés par l'Eglise universelle, tels que les saints Sixte I et III, Célestin I, Simplice, Félix III, Âga« thon, Grégoire II et III, Zacharie, etc. On voit que Mgr. de Luçon a voulu rendre un hommage tout particulier à l'Eglise mère et maîtresse.

Nous remarquerons aus^ , au sujet des livres de chant- Vatar, qu'au lieu de séparer, selon l'usage, le Graduel et le Vespéral, on les a fondus ensemble, et qu'on ne s'est pas contenté d'y faire entrer les parties de la messe cliantées par le chœur, mais qu'on y a ajouté les oraisons, les Epitres et les Evangiles. Seulement on est arrivé également à former deux volumes, Tun pour la saison d'hiver et l'autre pour celle d'été. Pourquoi cette répartition peu commune?

IV. Lancien diocèse de MONTPELLIER avait toujours conservé le romain, mais, comme il renferme dans sa circonscripUon actuelle plusieurs anciens diocèses qui avaient participé à l'innovation litui^iquedu XVIIP siècle, il avait besoin d'une réforme partielle. C'est pourquoi Mgr. Thibaut profita de l'occasion d'un Mandement qu'il publiait en 1854, à l'occasion du jubilé de cette année-là, pour annoncer en même temps à son clergé que le rétablissement de la litui^ie romaine, dans les parties du diocèse où elle n'était pas encore en usage, aurait lieu, pour la récitation du bréviaire, à partir du 1*' janvier 1855, et, pour les ofGces de la paroisse, à dater du l""' juillet suivant. Lexécution de cette Ordonnance ne devait pas rencontrer beaucoup de difficultés de la part du clergé, parce qu'il y a tout lieu de croire que, la cathédrale étant romaine, le séminaire avait formé les jeunes prêtres à l'usage personnel de cette liturgie.

V. Dans la même province, et tout à côté de Montpellier, se trouve un diocèse qui, pour avoir échappé à la fièvre anti-liturgique du siècle dernier, n'en était pas moins devenu sa victime dans celui-ci. Nous voulons parler de MIMES. On y avait malheureusement créé une litui^ nouvelle en 1827, et Ton avait tiré un nombre tel d'exemplaires des nouveaux livres qu'il en restait encore en magasin en iSSO pour une somme extrêmement considérable. D'un autre côté, le diocèse et Monseigneur lui-même avaient fait tout récemment des pertes importantes; néanmoins, le pieux Evêque de cette Eglise, après avoir voté la réforme liturgique au concile d'Avignon en 1849, n'attendait plus, en 1850, que l'approbation des décrets de ce concile et leur promulgation dans son diocèse pour s'occuper activement de leur exécution. Celte promulgation eut lieu dans le synode de 18S1 ; mais bientôt une maladie aussi longue que douloureuse vint compliquer les embarras du vertueux Prélat. Enfin, le 18 mai 185S, étant sur son lit de mort, Monseigneur Cart signa un Mandement à diverses fins, où il réglait spécialement Taffaire liturgique.

a Nous vous annonçons avec bonheur, N. T. C. P., que nous sommes en mesure d'adopter prochainement la liturgie romaine, et nous remercions Dieu d'avoir bien voulu nous donner le temps et nous ménager la consolation de terminer cette affaire, et «de pouvoir vous adresser à ce sujet l'Ordonnance suivante :

» Pour obéir aux vœux et aux décisions si souvent exprimées par les Pontifes romains , nos vénérables et bienaimés Pères en Notre-Seigneur, au sujet de la liturgie romaine, et pour nous conformer au décret du concile d'Avignon, après en avoir conféré avec les vénérables membres de notre Chapitre et nous être concerté avec eux, nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :

» Art. 1 . A partir des premières Vêpres du premier dimanche de l'Avent de la présente année, la litui^ie actuellement suivie dans le dioràse de Nimes sera remplacée par la liturgie romaine, etc. »

Tel a été en quelque façon le testament de mort du vénérable Mgr. Cart, notre compatriote; les paroles qui le terminent sont si édiûantes que Ton nous saura gré de les citer ici : « Que de choses n'aurions-nous pas à ajouter! disait le bon Prélat; mais ce n'est plus seulement notre main qui se refuse à écrire, c'est aussi notre voix qui s'affaiblit et qui s'éteint. Redoublez donc à notre égard vos supplications et vos prières; et recevez tous, (ils bien-aimés et très-chers frères en Noire-Seigneur, la bénédiction toute affectueuse et paternelle que nous vous donnons au nom et par les mérites de Jésus-Christ, notre divin Sauveur, dans le royaume duquel nous devons nous retrouver réunis tous un jour. » j4men !

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