CHAPITRE XXXI
Toltieiw et le Mans adoptent le romain en 1856 9 et Laval les
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I. Nous ne dirons qu'un mol sur la réforme liturgique opérée à POITIERS. La raison en est. qu'ayant parcouru les deux premiers volumes des OEiwres pastorales de Mgr. Pie, nous n'y avons trouvé aucun acte relatif à cette affaire, sinon un entretien synodal du 16 septembre 1856, dont nous avons déjà fait usage page 166 de notre Etude préliminaire. On lit dans cel Entretien que le diocèse de Poitiers revenait, en ce temps-là même, à ce que Monseigneur appelait la bienheuretise unité de la prière publique; mais on n'en fixait pas autrement l'époque. N'ayant pas le Recueil des synodes où l'affaire a élé sans doute définitivement réglée, nous nous contentons de cette simple indication. Seulement nous remarquerons que Monseigneur attendait encore alors de nouveaux renseignements de ses prêtres, pour composer le Pouillé et le Martyrologe de son diocèse.
II. Mais si le diocèse de Poitiers n'offre pas beaucoup de matériaux à notre histoire, celui de MANS va nous dédommager amplement. Nous avons déjà rapporté la réponse précieuse de la sacrée Congrégation des Rites à la consultation de M. le chanoine Lottin. A peine cette décision eut-elle reçu les honneurs de la publicité, que Mgr. Bouvier, Evéque du Mans, qui étudiait la question depuis longtemps déjà, mais qui hésitait encore à l'époque de son synode de 1852, vit ses irrésolutions invariablement fixées. Il se hàla d'informer son Chapitre qu'il était irrévocablement décidé à établir le rit romain dans son diocèse le plus tôt possible; il fit la même déclaration à tout son clergé dans la retraite ecclésiastique qui eut lieu alors; en même
— 27» — temps, il nomma plusieurs commissions consultatives pour préparer cette importante mesure; de plus, le 28 octobre 1852, il adressa à ses prêtres une longue circulaire où il passait en revue l'histoire de la liturgie.
Il y supposait notamment que les évéques de la province de Tours en général usèrent du j)rivilége qui leur était accordé par la Bulle de saint Pie V de garder leur bréviaire particulier; ce qui ne s'applique cependant qu'à un petit nombre d'entre eux, savoir ceux de Tours, d'Angers et du Mans, car il parait certain que la Bretagne tout entière adopta les livres romains dans ses neuf diocèses d'alors.
Monseigneur parlait ensuite du droit que s'attribuèrent presque tous les évéques de France au XVIII* siècle, nonseulement de corriger leurs anciens livres liturgiques, mais de les refondre en entier, sauf à y conserver toujours le même nombre d'heures canoniales, ce qui leur semblait en former la substance. Tous croyaient user, dit-il, d'un privilège légitimement conservé ou acquis par la coutume. Le silence que Rome gardait alors, et qu'elle ne rompit que par la mise à Vindex du livre de TEvêque de Saint-Pons en 1701, pouvait, avec apparence de raison, être considéré au moins comme une tolérance. Benoit XIV lui-même, parlant du droit que plusieurs auteurs attribuaient aux évéques de régler leur liturgie, là du moins où les Bulles de saint Pie V n'ont été ni reçues ni appliquées, les Pontifes romains le ^chant d'ailleurs et le tolérant, n'admet pas, il est vjai, cette doctrine, mais il se borne à dire qu'il la renvoie au jugement des autres , et qu'en tout cas les évéques qui se croient ce pouvoir agiraient plus sûrement en sollicitant l'avis du Saint-Siège, pour éviter des erreurs qui se sont en effet glissées d'abord dans quelques liturgies nouvelles, sinon par leur faute, du moins par celle de leurs collaborateurs; allusion évidente aux cartons du bréviaire de M. de Vintimille, et preuve, par conséquent, que Benoit XIV parlait des bréviaires français.
On voit, par cette citation abrégée, que Mgr. Bouvier a tâché de ramasser dans sa circulaire de 1852 tous les
moyens possibles de justifier la conduite des évoques français du XVIIP siècle; y a-l-il réussi? Pour nous, il nous semble difGcile d'admettre que ces Prélats aient cm ne pas toucher à la substance du bréviaire, dès qu'ils y conservaient les mêmes heures canoniales; au reste, s'ils avaient par hasard conçu cette idée, nous ne supposons pas qu'elle ait été de nature à les tranquilliser sur leurs innovations, car ils pouvai.ent remarquer sans peine que le bréviaire Quignonez lui-même avait respecté le nombre des heures canoniales, ce qui n'avait pas empêché saint Pic V de le supprimer comme ayant défarmé la prière canonique, en faisant disparaître la formule en dehors de laquelle il a déclaré qu'on ne satisferait pas au devoir de l'office.
Pour ce qui regarde le silence des Pontifes romains, d'abord M. Bouvier reconnaît qu'il a été rompu par une mise à Yindex, et cela antérieurenfient aux grandes réformes françaises du XVIIP siècle; comment donc se prévaloir de leur silence avec quelque ombre de raison?
Mais Benoit XIV lui-même n*a-t-il pas attribué quelque valeur à ce silence? n'en a-t-il pas conclu à la possibilité d'une tolérance? A la possibilité, soit; mais à la réalité, c'est autre chose. 11 s'est abstenu de prononcer; ou plutôt ce qu'il a dit à ce sujet ne regarde que les pays où les Bulles de saint Pie V n'avaient été ni reçues ni appliquées, et cela au su et sans opposition des Pontifes romains; par où l'on voit l^ qu'il exigeait de leur part une connaissance positiçe de l'état des choses, sans quoi leur prétendue tolérance n'aurait eu aucune valeur à ses yeux: encore doutait-il fort qu'il suffît de leur tolérance éclairée pour légitimer la non-observation de la loi; 2** Benoît XIV était loin de supposer que la tolérance problématique qu'il s'abstenait d'admettre pût s'appliquer au moins h toute la France. On en jugera mieux en lisant son texte en entier.
Et d'abord ce savant Pape commence par dire, de la Bidle de saint Pie V, qu'elle avait pour but de rendre uni\^sel le bréviaire corrigé alors. Il ajoute que les conciles tenus plus tard en France, à Rouen en 1581, à Reims et à Bor-
~ 277 — deaux en 1883, à Aix.en 1585, ordonnèrent la correclion de leurs bréviaires conformément aux prescriptions de celte Bulle. Gela étant, continue-t-il, on ne sait comment il se fait que, dans quelques diocèses d'au-delà les monts, on publie chaque jour de nouveaux bréviaires.
Il y a quelques années qu'un Evéquc français, dont je m'absUens de prononcer le nom, a mis au jour un livre attribuant aux évéques le droit de régler les offices divins dans leurs diocèses, selon la tradition de tous les siècles transmise depuis Jésus-Christ ju^u'à nous. Et Grancolas a l'audace d'avancer contraircTnent aux termes mêmes de la Bulle de saint Pie F, que ce Pape n'a nullement eu l'intention de faire recevoir partout le Bréviaire romain corrigé par ses soins, au préjudice de tous les bréviaires diocésains; ce qui ne peut regarder que les bréviaires deuîT fois séculaires ou approuvés lors de leur institution par le Saint- Siège, comme sont presque tous les bréviaires monastiques. S'il faut taxer Grancolas de témérité pour ce que je viens de dire, la plupart croiront devoir qualifier plus sévèrement encore la proposition de Ponlas, qui attribue aux évéques le droit de publier de nouveaux bréviaires et de les réformer. Van-Espen prétend bien que l'examen et la correction des bréviaires et des livres d'office appartient aux évéques; mais, comme le Bréviaire romain a élé reçu en Belgique, il ajoute qu'il faut faire attention à la Bulle de saint Pie V; et, puisque cette Bulle défend tout changement au Bréviaire romain, si l'on veut y en faire, on doit le demander au Saint-Siège.
Ce n'est qu'après toutes ces observations que Benoit XIV parle, comme Ta rapporté Mgr. Bouvier, des Eglises où les Bulles de saint Pie V n'auraient pas été reçues et appliquées, les Pontifes romains le sachant et le tolérant. Si l'on réfléchit bien à tout cela, on comprendra que la réserve avec laquelle Benoît XIV s'est exprimé sur ce dernier cas ne regarde pas plus la France que d'autres pays; qu'elle ne regarde pas du moins les provinces de France qui, comme Aix et Bordeaux et même Reims et Rouen, avaient appli-
que, selon Benoit XIV, la Bulle de saint Pie V. Il y a tout lieu de croire que, si ce savant Pape avait pensé alors aux autres conciles français tenus à Tours en 1583, à Bourges en 1584t, à Toulouse en 1590, et enfin à Narbonne en 1609, pour ne pas parler de celui d'Avignon de 159((, il les aurail trouvés au moins aussi prononcés que ceux de Reims et de Rouen en faveur de la Bulle de saint Pie Y; d'où il aurait conclu que la tolérance dont il s'abstenait d'apprécier la valeur devait avoir fort peu d'application en France. Nul doute qu'il n'ait fait allusion aux cartons du bréviaire de Paris de 1736, quand il a signalé les erreurs qui s'étaient glissées dans quelques bréviaires nouveaux; mais, ici encore, il n'aurait pas manqué de se plaindre hautement, s'il avait su que le bréviaire de Paris lui-même avait été conformé à celui de saint Pie V dans le cours du XVIP siècle.
Revenons à Mgr. Bouvier. Ce Prélat n'a fait toutes les considérations que nous avons indiquées, et d'autres encore tirées de la coutume et de la prescription, qu'en vue de justifier la conduite de nos anciens évéques; car, pour loi, il reconnaît et proclame sans hésiter qu'une coutume, même l^itimement prescrite, ne peut résister à la volonté du Pape bien connue; et, l'usage suivi au Mans ayant été déclaré sans force par la sacrée Congrégation des Rites, Monseigneur, sans distinguer le moins du monde entre le Pape et les Congrégations qui le représentent, prend tout de suite, de concert avec son vénérable Chapitre, la résolution d'adopter la liturgie romaine. Il autorise de nouveau ses prêtres à se servir du Bréviaire et du Missel romains pour l'office particulier. Déjà auparavant, il avait institué trois commissions pour le Propre, le Cérémonial et le chant; et ces commissions étaient dès lors en activité.
Mais, afin de venir en aide à celle qui était chargée de la rédaction du Propre, Mgr. Bouvier ne tarda pas à adresser à son clergé une nouvelle circulaire, où il faisait appel à tous ses prêtres |>our en obtenir des renseignements sur les saints honorés dans le pays. Il exigeait d'eux un rapport circonstancié sur cet objet, et les priait de s'associer au
besoin des laïques pour bien faire ee travail. Sa circulaire est pleine de doctrine concernant le culte des saints, patrons ou titulaires des lieux ou des Eglises, et elle expose admirablement les règles du droit en cette matière. Monseigneur disait en la terminant que le travail qu'il demandait à ses prêtres devait lui parvenir au plus tard le 9 février 1853, tant il se sentait pressé d'arriver au but désiré.
Enfin le Propre du Mans fut achevé en i85b. Le Chapitre le signa le 5 octobre, et Monseigneur le porta à Rome, lorsqu'il s'y rendit avec un si grand nombre de ses collègues pour assister à la proclamation solennelle du dogme de rimmaculée-GoncepUon (1).
Mais Mgr. Bouvier ne devait pas revoir notre patrie et son Eglise; il mourut à Rome peu de temps après les solennités. D'un autre côté, sa succession allait être partagée après sa mort, et le déparlement de la Mayenne devait être démembré du Mans pour former le nouveau diocèse érigé à Laval. Tout cela ne pouvait avoir lieu qu'en prolongeant un peu la viduilé de cette Eglise; néanmoins, pendant la durée de cette même vacance, le vénérable Chapitre du Mans eut à recevoir de Rome son Propre approuvé le 1*' mars 1855. En le lui renvoyant le 13 septembre, la sacrée Congrégation lui disait : a A vous donc, dignités et chanoines de l'Eglise cathédrale, à vous surtout, Ficaire capitulaire, de prendre de concert et avec zèle les mesures qu'il conviendra pour accomplir le plus tôt possible le désir si ardent (de feu Mgr. Bouvier) de rétablir la liturgie romaine dans votre diocèse. » Quant à l'œuvre du Propre, la Congrégation déclarait qu'après avoir tout pesé, elle l'avait trouvée faite avec tant de soin, et coordonnée
(1) On vit alors à Rome 55 Cardinaux dont 5 français : les Cardinaux de Bonald, Mathieu et Gousset; h^ Archevêques dont 5 français également : MMgrs. Darcimoles, Debelay et Sibour; enfin, 98 Evèques dont ik français, savoir : MMgrs. Bouvier, Chalrousse, Desprei, Doney, Dupanloup, Ginouillac, Lyonnet, de Mazenod, de Morlhon, Fallu du Parc, RegnauU, de Salinis, de Vcsins et Tirmarche, plus Mgr. Luquet, La Belgique y avait envoyé MMgrs. Debesselle, Labis et Malou; la Savoie, Mgr. Aiiodu» et la Suisse, Mgr. Mariiley.
avec une telle entente de la saine critique et de la science liturgique, qu'elle Tavait jugée digne d'être approuvée en enlier, sauf quelques rares et légères corrections, (indiquées à la marge de Texem plaire révisé).
Un si magniflque éloge nous engage à entrer dans quelques détails sur la teneur de ce Propre. On y a mis treize saints évéques du Mans, y compris saint Julien» apôtre et premier Ëvéque du pays, envoyé par saint Pierre ou saint Clément, et. patron principal du diocèse. Les douze autres sont, par ordre de temps, les saints Turibe, Pavace, Liboire, Victeur, Victure, Principe, Innocent, Domnple, Bertran, Ghadouin, Béraire et Aldric. On ne trouve, il est vrai, au Martyrologe romain que les quatre suivants, Julien, Liboire, Victure cl Domnole; mais tous avaient de temps immémorial leur ofGce dans la liturgie du Mans, notamment dans ses bréviaires de 1489 et de 1507, à Texception de saint Innocent qui n'avait obtenu le culte diocésain qu'en 1663, et qui, par conséquent, n'était pas dans les conditions voulues par le droit pour être inséré au Propre diocésain ; seulement, on avait fait valoir en sa faveur son insertion aux litanies dont le Mans se servait pour rExtrême-Onction au IX"" ou X* siècle, et la mise en châsse de ses reliques avec celles des aulres saints du pays par l'Evêque «Hildebert en IISO. Quant à saint Liboire, nonseulement on le trouve au Martyrologe romain, mais on en fait mémoire dans le bréviaire de TËglise universelle depuis le commencement du XVIIP siècle par ordre de Clément XI.
D'un autre coté, l'édition in-folio des Fêtera Ànalecta, imprimée en 1733, contient une notice précieuse sur les évéques du Mans, de la page 237 à la page 338. On y trouve les Actes de tous les saints désignés plus haut, et tous y sont appelés Beati, tandis que les aulres évéques de la même Eglise y sont nommés Domni, même Hildebert le 35"", qui vivait au commencement du Xir siècle, et qui a été un des plus illuslres écrivains ecclésiastiques de son temps. Le véritable auteur des Actes dont nous parlons
s'arrête au 59* Evéque du Mans, c*e8l-à-dire à Van il90, époque de l'élection du 40*. Une autre main y a ajouté les Actes des évéques suivants jusqu'au kk"". Enfin, on a donné la liste de leurs successeurs; le 58* évéque fut Charles d'Angennes, dit Cardinal de Rambouillet, un des Pères du concile de Trente, qui se fit représenter par procureur au concile de Tours de 1583, et qui mourut le 23 mars 1587 à Corneto en Italie. C'est par erreur qu'on l'a fait mourir en 1577, car son successeur CI. d'Angennes ne fut reçu qu'en 1588 et mourut le 15 mai 1601. Nous ajouterons à ce qui précède un renseignement important, relatif à la pièce historique que nous venons de signaler. On lisait, dans VJmi du 20 décembre 1834, que les Bénédictins de Solesmes allaient donner le texte pur des Acta Episcapo* rum Cenomanemium que D. Mabillon avait publiés dans ses Analecta sur une copie très-infidèle. Nos lecteurs pourront donc, s'ils le veulent, étudier ces Actes, non plus dans les Analecta de Mabillon, mais dans les Annales ecclésiastiqties du diocèse du Mans, éditées, si nous avons bonne mémoire, sous la direction de D. Piolin.
Mais les rédacteurs du Propre du Mans n'y ont pas seulement inséré les saints évéques du pays; ils y ont inscrit encore quelques saints prêtres et abbés ou moines; seulement, ils remarquent dans leur in-folio, de 142 pages, envoyé à Rome en 1854, qu'ils ont omis beaucoup de saints locaux qui avaient déjà été éliminés du calendrier diocésain en 1748 et 1825, et qui, par conséquent, n'ont pu être conservés, comme n'étant pas ou n'étant plus dans les conditions dû cas excepté par Urbain VIII. Les seuls dont ils aient demandé le culte diocésain sont les saints prêtres Romain et Rigomer et les saints abbés Calés, Fraimbaud, Léonard et Pavin; encore n'en fait-on qu'une simple mémoire, à l'exception de saint Romain qui a le rit semi-double.
Mais, outre les saints qui lui sont propres, le Mans en honore environ une vingtaine d'autres de différents pays, dont il a demandé l'insertion pour des raisons particulières; par exemple saint Aubin, Evéque d'Angers, dont l'ancien
— t8« — cBooèse a fourni près de e^nt' paroisses à celui du Mans d'aujourd'hui» saint Mamert, Evéque de Vienne, insUta* leur des Rogations, saint Genaoain de Paris, saint Médaid et saint filoi de Moyon, saint Irénée de Lyôn.^saint Mar* tial, apôtre d'Aquitaine, saint Gatien, évéque de Tours, saint Jean-François Régis, saint Avit abbé, saint Roch, sainte Clotilde, reine de France, et la B. Jeanne de Valois. Nous remarquerons au sujet de cette dernière que le Pape a ^accordé en 1775 son office à toutes les l^lises de France; le Bref en fut présenté à l'assemblée du clergé de cette année-là, et cette assemblée lenvoya à tous les évéqnes, n'y ayant rien trouvé qui en empêchât la publication. On sait aussi que les offices de saint Louis, roi de France et de saint Rémi, Archevêque de Reims, oni été élevés au rit double pour toute la France.
Quant aux saints dont nous venons d'accuser riaserlioD au Propre du Mans, ils n'y ont pour la plupart qu'un office simple; d'autres n'y ont qu'une simple mémoire, savoir, saint Sulpice-le-Débonnaire de Bourges, saint Germain d'Auxerre, saint Ouen de Rouen, saint Melaine de Rennes, saint Brice de Toui*s, saint Agnan dOrléans, les saints Donatien et Rogatien de Nantes, sainte Geneviève et sainte ftadegondè. On voit qu'en un sens le Propfc du Mans est très-étendu, mais il n'est pas de nature à compliquer beaucoup l'office, puisqu'on ne fait que mémoire, ou tout au plus office simple, de la plupart des saints qu'il contient. Les évèques du Mans seuls possèdent le rit double, et même saint Liboire le double majeur; saint Julien, en sa qualité de patron principal, a le rit de 1"^ classe avec ocâve; eu fête de plus la Trandation de ses Reliques le 1*' dimanche après le 2S juillet sous le rit de S"* classe. La Sain te- Vierge est aussi palronc principale du diocèse du Mans soos le titre de son Assomption. Quant aux patrons secondaires, le Mans honore comme tels les saints apôtres Pierre et Paul, . puis les saints Gervais et Protais, dont saint Victure avait obtenu des reliques vers le milieu du V* siècle H que Ton a honorés comme patross depuis k temps de saini inno-
— t85 — eent au «wirnencement du VI* siècle. On leur t donc con^ serve le Utre de iiatrons secondaires, et on en £ait octave, è raison d'une coatume qui a plus de mille ans d'existenee* Remarquons encore que Ton a donné à saint Martin le rit de 2* clause, tani parce qu'il a été Tami de saint Liboire et qu'il a visité te Maine, que parce qu'il y est patron d'une centaine de paroisses. Enfin, le Mans fête la Transla** tion de sainte Scbolastique, dont il avait obtenu le corps au VU* siècle, quoique ce précieux dépôt ait péri dans le cours de la Révolution.
Mous ferons observer maintenant une chose importante, c'est que, pour faciliter leur travail et sa révision par la sacrée Gon^égation, les rédacteurs du Propre du Mans ont eu soin de donner à leurs saints de l'étranger les mêmes leçons qui avaient d^ été approuvées à Rome pour d'autres diocèses; ainsi, ils ont emprunté au Propre de Blois les légendes de saint Ëloi, de saint Sulpice, de saint Agnan et de sainte Qotilée. Celles qu'ils ont composées euxHfnémes oui été tirées en général des BoUandisles.
Disons encore que le diocèse du Mans a obtenu le privi* lége de chauler la généalogie à Noël et à l'Epiphanie, et de faire la procession aux Fonts le jour de Pâques, sans parler des processions qui ont lieu le dimanche avant la Messe. Un dernier usage, qui lui a été accordé, est celui de bénir le 6 août des raisins que l'on distribue après VAguw Dei; on se sert aussi de vin nouveau à la Messe ce jour^là , si la chose est possible.
Enfin, les rédacteurs du Propre du Mans ont cru bon de dire qu'indépendamment des saints du pays dont ils ont demandé le culte, il y en avait encore beaucoup d'autres donnés pour tels par les martyrologes et les hagiographes, mais qui n'mit jamais été élevés sur les autels; ils citent entre autres le B. Hildebcrt dont nous avons parlé.
Tel est le Propre approuvé pour le Mans en 1655. Or, à peine Mgr. Nanquette, dont on vient de nous apprendre la o»H pr^aiurée, eut-il pris possession du siège de cette figUset ^'il se hâta d'achever l'œuvre eommeaeée far son
prédcoesseiir. Le 28 janvier 1856, il publia un Mandement où. il rapportait, à l'honneur de son Eglise, le Bref si louangeur de la sacrée Congrégation au Chapitre du Mans; puis, après avoir fait diverses considérations importantes sur le mérite de la liturgie romaine, il prescrivait l'adoption de cette liturgie dans sa cathédrale et ses séminaires à partir de Pâques de la même année, et partout ailleurs à la Toussaint suivante. Il adoptait en même temps le chant rémois, et se réservait d'indiquer à l'époque de la retraite pastorale ce qui serait réglé pour le Cérémonial et le Rituel.
III. La nouvelle Eglise de LAVAL, démembrée du Mans, attendit un peu plus longtemps la réforme désirée. Mgr. Vicart, son premier Evéque, avait cru devoir demander à Rome quelques nouveaux ofGces, pour les ajouter au Propre approuvé pour tout Tancien diocèse du Mans. Ce supplément lui fut accordé le 29 mai 1856, et, le 27 juillet suivant, il publia le Mandement par lequel il fixait l'adoption du romain, pour sa cathédrale nouvelle, au l*' janvier 1857, et, pour le reste du diocèse, au saint jour de Pàqnes de la même année.
Dans ce Mandement, Mgr. Vicart rappelle une partie de ce qu'il avait dit cinq ans auparavant à son Eglise de Fréjus dans une circonstance absolument semblable; ensuite, il annonce qu'il a obtenu l'extension du Propre du Mans à son diocèse de Laval, sauf quelques modifications qu'il a jugé à propos d'y faire. Ainsi, il y a ajouté, avec l'approbation du Saint-Siège, les offices des saints Tugal, évéque, Vénérand (martyr à Acquigny) et Melaine, évéque de Rennes, particulièrement chers à la piété des Lavallois, et ceux des saints Berthevin, Céneré, Constantien et Fraimbaud, plus connus et plus invoqués en d'autres lieux. Cela fait cinq noms nouveaux dans le Propre de Laval, car saint Melaine et saint Fraimbaud sont déjà portés au Propre da Mans ; seulement le Mans n'en fait que mémoire, tandis que Laval les fête du rit double.
Mgr. Vicart a demandé aussi les privilèges de la Passicm et de la sainte Vierge, tandis que le Mans s'est intenté de
— 28S — la fête des Cinq-Plaies, le vendredi de la troisième semaine de Carême, du Très-Saint-Cœur de Marie le troisième dimanche d'octobre, et de Notre-Dame de bon secours le ik mai.
De plus, le diocèse de Laval a obtenu, outre les fêtes de sainte Marguerite de Cortone, de sainte Julienne du Mont- Comillon, de saint François de Hiéronymo, de saint Isidore, laboureur, de saint Jean Népomucène, martyr, et de saint Stanislas Kostka, les offices votifs du Saint-Sacrement et de rim maculée-Conception. Ce dernier office est d'autant mieux approprié au diocèse de* Laval, que ce diocèse a pour fête patronale principale l'Immaculée-Conception. Ce nouveau patronage fait que saint Julien n*est plus que patron secondaire à Laval qui en fait la fête de T classe seulement, quoiqu'il en ail conservé Toctave.
Enfln, Mgr. Vicarl a adopté le cérémonial de Saint-Flour de 1855, et les livres de chant du P. Lambillolte. On sait que c'est M. Adrien Le Clère, de Paris, qui a édité le chant du P. Lambillotte, tandis que M. Lccoiïre a imprimé celui de Reims et Cambrai. Nous avons sous les yeux le graduel Lambillotte; on n'y trouve pas seulement les pièces de chant, mais encore les oraisons, Epitre et Evangile des Messes comme dans les livres de Rennes.
Ici nous devons interrompre un instant notre récit historique pour parler d'un nouvel ouvrage de controverse liturgique publié en 1856.