CHAPITRE XXXIII
Adoption 4a rot <tn en prtnel^ à Parto'on t8S0«
La liturgie parisienne éuit devenue oooime une sorie de lihirgiennère, puisqu'elle avait été adoptée ou imitée par beaucoup de diocèses français, soit avant, soii depuis notre grande révolution. Paris aurait pu dès lors être tenté de lutter contre Tobligation d'adopter la liturgie romaine; maîa, comme dans l'Eglise les pensées de foi et d'obéissance doivent marcher avant toute considération humaine, on ne sera pas étonné d'apprendre que Paris s'est décidé luimême à abandonner en principe son particularisme pour s'unir plus étroitement au centre de l'unité.
Nous avons vu qu'en 18(t9 le concile tenu à Paris s'était abstenu de décréter le retour au romain ; il s'était contenté d'émettre le vœu de celte réforme ; de plus, en faisant part au Saint-Père de ses bonnes dispositions à cet égard, il avait cru pouvoir exprimer son désir de voir le Bréviaire romain subir une nouvelle révision. Cette même idée avait été partagée par le Cardinal Donnet, et signalée par M. de Cossigny au synode de Nevers de 1SÏ3 comme assez répandue et vue d'assez bon œil.
Il faut bien dire néanmoins qu'elle n'entrait pas trop dans les vues du Saint-Siège ; aussi ne parait-il pas qu'il y ait fait grande attention tout d'abord ; mais, lorsque Mgr. Sibour se rendit à Rome pour la proclamation du dogme de l'Immaculée-Conception, il prit sur lui d'en parler directement au Saint-Père, comme il nous l'apprend lui-même dans son Mandement du 1" mai 1856, relatif à la liturgie. Pie IX lui aurait déclaré alors, ajoute-t-il dans cette pièce, qu'il faisait de cette réforme du Bréviaire romain le sujet de ses préoccupations, et que même, peu de jours avant leur entrevue, il avait donné des ordres pour qu'on lui
— W8 — présentAt les mairaserits déposés au Vatican, renfermant des U^avaui liturgiques précieux exécutés par Tordre d'un savant Pape. Nous dirons tout à l'heure avec plus de précision quand et comment le Saint-Père s'est occupé de cette affaire. Toujours est-il que le 19 janvier 1855, la veille même du jour où BIgr. Sîbour devait quitter Rome, Pie IX loi adressa jin Bref où il lui parlait de la haute importance de l'unité liturgique et de son désir de voir le diocèse de Paris se rattachi^ au Saint-Siège par ce lien plus étroit. Mgr. lui rendait en renouvelant l'engagement qu'il avait pris de travailler de toutes ses forces à aplanir les obstacles^ Le Saint-Père lui en témoignait sa joie par un nouveau Bref du l""' mars. Mgr. ne croyait donc plus pouvoir ajourner encore l'œuvre du changement de liturgie, sans blesser 868 sentiments de filiale affection pour le Chef de l'Eglise.
En conséquence, il adressa, le 5 octobre 1855, au vénérable Chapitre de Notre-Dame de Paris une lettre où il lui demandait son avis, conformément aux prescriptions du droit, et l'invitait à délibérer siu* la question du retour à la liturgie romaine.
Le Chapitre lui répondait, le 26 novembre, par une délibération oà il déclarait regarder comme une loi le vœu exprimé |)ar le Souverain-Pontife, être d'avis qu'il y avait lieu d'adopter la liturgie romaine dans TEglise et le diocèse de Paris, et s'en remettre d'une manière absolue à la prudence de Sa Grandeur pour le temps et la manière de faire ce changement.
Mgr., ayant communiqué toutes ces pièces au Saint- Siège, en reçut bientôt après un Brrf, daté du 27 décembre, où le Saint-Père le félicitait, lui et son Chapitre, de la détermination qu'ils avaient prise, et manifestait ^ confiance que cet exemple serait un puissant entraînement pour tous, et en particulier pour le clergé de Paris, à embrasser la litui^e ronmifie.
Mgr. afllrtnait dès lors que la cause était finie et qu'il ne lui restait plus qu'à proclamer en principe l'adoption de la liturgie romaine dans son diocèse de Paris. C'est aussi ce
qu'il faisait dans le Mandement qne nous analysons du l*' mai 18S6. Il y annonçait, de plus, qu'il nommerait une commission, divisée en trois sous-commissions, pour s'occuper du Propre, des cérémonies et du chant; ce qui fut réalisé par Ordonnance spéciale le 10 juin suivant. Cette Ordonnance marquait que Ton choisirait, parmi les va« riantes du chant romain, celle qui paraîtrait la meilleure, la plus autorisée, la plus harmonieuse et la plus simple.
Tel est l'abr^é de ce fameux Mandement de Mgr. Sibour, où Ton trouve la glorification de la liturgie pari»enne mêlée à la critique de la liturgie romaine. Qu'y avait-il donc à réformer, selon ce Prélat, dans la liturgie de l'Eglise- Mère et maîtresse? Voici tout ce qu'ij a signalé sous ce rapport : la répartition incomplète du Psautier, la poésie défectueuse de certaines hymnes, enfin, quelques légendes apocryphes ou trop naïves dans leurs détails. Eh bien! nous le demandons , fallait-il pour si peu de chose bouleverser toutes les Eglises de l'univers?
Mais ce qu'il importe d'examiner ici , c'est la véritable pensée de Pie IX relativement à une nouvelle révision du Bréviaire romain, et l'époque où il a commencé à s'occuper de cette question. On lisait donc, dans le Journal de Rome du 9 juin 1856, quelques semaines après la publication du Mandement de Mgr. Sibour : a Le Saint-Père, désirant examiner quelques études faites par ordre du grand Pape Benoit XIV au sujet du Bréviaire romain, avait nommé une Commission pour s'en occuper. Examen fait et rapport ouï, Sa Sainteté a suivi l'exemple de son prédécesseur, en ordonnant que les écrits en question fussent replacés dans la bibliothèque d'où ils avaient été tirés, et que l'on cessât tout travail ultérieur relatif au Bréviaire romain. »
Une lettre de Rome du 12 juin, écrite à YUniçers, entrait à ce sujet dans de plus grands détails. Nous sommes persuadé qu'ils feront plaisir à nos lecteurs. On y disait donc tout d'abord que c'était le Pape lui-même qui avait fait publier la note du 9. La Commission, dont il y était parlé, avait été organisée en mars 18S6, et elle comptait huit on
neuf membres, entre autres D. Guéranger. Lé travail soumis à son examen était le fruit des études d'une Commission nommée par Benoit XIV. L'esprit de critique rationaliste, qui soufflait alors partout, y paraissait trop souvent. Benoit XIV ne put approuver un pareil esprit, et les trois gros volumes in-folio qui renferment ce travail sont devenus la propriété de la bibliothèque Gorsinienne. D. Guéranger les avait déjà consultés dans le temps, ainsi que d*autres membres de la Commission dernière, laquelle a été en mesure de faire son rapport au bout de deux mois seulement. A la suite de ce rapport. Pie IX, suivant l'exemple de Benoit XIV, a ordonné de rendre à l'oubli le travail du XVIU* siècle, et d'en reporter les volumes à la bibliothèque Gorsinienne. Il a en même temps ordonné d'abandonner tout travail relatif au Bréviaire romain.
Nous ajouterons à ces renseignements ceux que nous lisons dans Mgr. de Conny, page 74 de ses Remarqties sur une prétendus défense de la liturgie de Lyon. La Commission nommée par Benoit XIV, dit-il, travailla depuis le ik juillet 1741 jusqu'au mois de juin 1746; et le recueil de ses actes, rédigé par son secrétaire L. de Valenlis, promoteur de la foi, a pour litre : Àcta et scripta autographa in sanetà Congregatione particulari à Benedieto XIF deputatâ pro reformatione Breviarii romani, M. de Conny ajoute que laXommission avait résolu de maintenir tout le fond du bréviaire, et que ses réformes se réduisaient à peu près à retrancher quelques saints du calendrier et à réviser un certain nombre de leçons; encore Benoit XIV, qui régna jusqu'en 1758, ne crut-il pas nécessaire de réaliser ces réformes.
D. Guéranger avait déjà parlé lui-même de ce projet de réforme de Benoit XIV dans, ses Institutions liturgiques, t. II, p. 5â7. Il le réduisait aussi à retoucher quelques légendes en bien petit nombre, et à remplacer quelques homélies apocryphes. Seulement, il attribuait le travail en question au P. Danzetla, jésuite, dont les notes formaient, selon lui, quatre volumes in-ï"", sous le titre de Remarques
sur le Bréçiaire romain. C'était peut-être un autre travail que celui de la Commission de Falentis.
Quoi qu'il en soit, il résulte des documents ci-dessus que Pie IX ne s'est occupé activement du projet de révision du Bréviaire qu'en 1856, et non en 1854 ou i855 comme on l'aurait supposé d'après un récit rapporté plus haut; serait-il téméraire ensuite de croire que, si Pie IX a fait publier sa note du 9 juin, il s'y est déterminé pour empêcher les mauvais effets qui auraient pu résulter des espérances données dans un acte public du mois de mai précédeut? Quelques-uns, en effet, auraient pu s'en prévaloir pour différer leur retour au romain. Aussi le correspondant de VUnivers disait-il dans sa lettre du .12 : « La décision prise par le Saint-Père est de nature à faire disparaître les hésitations qui avaient (ou auraient) pu arrêter dans quelques diocèses l'adoption de la liturgie romaine. Les prétextes que pouvait fournir la possibilité d'une correction du Bréviaire ne subsistent plus. Le projet élaboré sous Benoit XIV est sans doute enterré pour jamais. Deux Papes l'ont répudié explicitement, et les aulres l'ont également rejeté par leur silence et par leur refus de s'en occuper. »
Que l'on nous permette de dire ici que la conclusion donnée à cette affaire ne nous a pas surpris. Quand on nous parla à nous, en mai 1856, de la réforme probable du Bréviaire romain par ordre de Pie IX, nous secouâmes la tête en signe d'incrédulité; et il ne fallait pas, à notre avis, être grand grec pour prévoir d'avance ce qui devait arriver; car, si Benoit XIV, tout sévère qu'il était en matière de critique, n'avait fait aucun cas dans son temps des observations recueillies à la charge du Bréviaire romain, comment supposer que Pie IX consentirait à les prendre en considération jusqu'à les appliquer? Me sait-on pas que la critique du XIX"* siècle est bien moins hargneuse et incrédule, grâce à Dieu, que celle du XVIir? On n'a qu'à lire ce que nous avons tiré, soit tle Benoit XIV, soit du P. Honoré de Sainte-Marie, dans notre Note G sur les légendes, et l'on comprendra pourquoi TEglise répugne tant à réformer ses
Iraditions liturgiques; nous savions d'ailleurs ce qu'avait écrit Mgr. Parisis dans sa brochure de 18(^6 sur le point qui nous occupe : a Le travail de réforme présenté à Benoit XIV, disait-il, est resté à l'état de simple étude, et il est moralement certain quHl y restera longtemps encore, probablement même toujours, à raison surtout des im* menses difficultés et des dangers redoutables que présenterait le changement d'une liturgie, maintenant suivie dans d'innombrables conirées... et surtout dans un très-grand nombre de chrétientés nouvelles... n
Enfin, terminons ce chapitre par ces mots du correspondant de VVni^^ers déjà cité : a Pie IX, disait-il, a vu commencer le mouvement qui a ramené à l'unité liturgiqueMes trois quarts des diocèses de France..., et il aura la gloire d'avoir copsommé une œuvre qui suffirait à l'illustration de plusieurs pontificats. » On pouvait, en effet, justement présumer alors que, Paris une fois lancé, le reste de l£i France allait suivre; c'était l'espoir du Saint-Père; mais il fout dire, d'une part, que Paris n'a pas encore réalisé ses résolutions de 1856, et, de l'autre, que les diocèses qui avaient fait les m^me^ promesses et manifesté les mêmes inlentions ne l'ont que trop imité dans ses attermoiements. Dieu veuille accorder à Pie IX une assez longue vie, pour qu'il puisse enfin consommer l'œuvre qu'il a si glorieusement commencée !
CHAPJTRï: XXXIV.
liA question Utarirl^*® *<> diocèse de BeMinçon en i8M et IMT.
Nous avons déjà donné de grands détails sur ce qui s'était passé dans le diocèse de Besançon au point de vue de la liturgie en 1856 et 1857. Ça été I objet d*un chapitre entier, de 20 pages, dans notre Etude préliminaire. Qu'on relise, si Ton veut, tout ce chapitre IV qui trouvait ici sa plaree naturelle; nous ne voulons pas le reproduire; seulement, comme nous y avons tenu dans lombre certaines particularités qui demandaient plus de relief, pous allons réparer ce défaut.
Son Emincnce le Cardinal Archevêque de Besançon était du nombre des Prélats français qui se rendirent à Rome pour la proclamalion du dogme de llmmaculée- Conception. Or, de même que le Saint-Père profila de l'occasion pour presser Mgr. Sibour d'adopter la liturgie romaine, de même fit-il, à ce qu'il parait, vis-à-vis de Mgr. Mathieu. Nous coupons court à tous les incidents qui se rattachent à celte circonstance de notre histoire; ce qu'il y a de sur cl même d'officiel, c'est qu'aussitôt après sou retour très-prompt de la Ville éternelle, le Girdinal Archevêque de Besançon vit son Chapilre, et lui parla de la réforme liturgique. Qu'il ait été question alors de deux ans accordés pour lout délai, peu nous importe; mais nul n ignore que le fameux char liturgique qui fut en ce tempslù lancé sur la voie, pour emporter Besançon l'on ne sait où, se trouva arrêté lout court dans le chemin obscur qu'il pouvait être appelé à parcourir. Nul ne put plus savoir dès lors si l'on marchait ou si l'on ne marchait pas, tant le silence était profond, d'une part, et les dissertations ou affirmations contradictoires, de l'autre. Les uns avaient travaillé pour la liturgie-Grammont contre la liturgie-Cboiseul,
et se vantaient d'approbations obtenues. D'autres entrepre* naient Tapologie même de la lilurgie-Choiseul, et ils se pavanaient du même avantage.
La chose en était là, lorsque le mois de mars 1856 amena sur l'horizon un livre intitulé : Sitiuition de la liturgie dans le diocèse de Besançon. Ce livre avait pour auteur M. Tabbé Maire, aumônier de l'hôpital militaire de celte ville. Aussi respectueux dans la forme que consdencieux et décisif au fond, cet ouvrage fut accueilli d'une manière bien différente selon les |>ersonnes. D'abord, il eut le rare bonheur d'être loué et approuvé par trois illustres Prélats franc-comtois dont les lettres furent aussitôt rendues publiques, soit en Franche-Comté par l Impartial, soit en France par VUnis^ers; en même temps, M. l'abbé Thiébaud, chanoine titulaire de Besançon, en donna un compte- rendu. aussi bien fait que laudatif, inséré successivement dans les deux journaux dont nous venons de parler. Mais, d'un autre côté, ce livre déplut au point de soulever des réclamations si violentes et des protestations si chaleureuses, que nous en sommes encore à nous demander qui on voulait défendre par-là, personne n'étant au fond réellement attaqué.
Que trouve-t-on, en effet, dans les trois chapitres de M. l'abbé Maire? Dans le premier, un exposé des Ctuistitutions des Souverains-Pontifes, des décrels des Congrégations romaines, des conciles provinciaux de Fwnce, et enfin de plusieurs Mandements d'évéques français, relatifs à la liturgie; dans le second, une histoire abrégée des variations que les vénérable^ archevêques de Besançon avaient fait subir à leur liturgie; dans le troisième, enGn, une réponse aux objections qui ont été faites plus communément contre le retour à la liturgie romaine, et l'éloge de cette liturgie emprunté en grande ^.partie à Mgr. de Blois. Rien n'est plus remarquable, au reste, que le soin pris par l'auteur, dans toute sa discussion, pour mettre de côté les personnalités offensantes. Que pouvait-on lui reprocher dés lors?
La seule chose qui nous a paru de nature à conirarier peul-étre les vues de certaines personnes était ce qu'il disait dans les dix premiers paragraphes de son troisième chapiU'e contre le projet d'obtenir une liturgie particulière. Il était, en effet, de notoriété publique que l'on caressait quelque part cette idée de se distinguer du reste de la France par un privilège exceptionnel. Un pareil privilège n'étant ni avantageux, ni glorieux, et pouvant au contraire entraîner des inconiVènients très-graves au point de vue de la foi, du bon esprit, de l'union avec l'Eglise et même des dét)enses, pourquoi Tabbé Maire n'aurait-il pas été en droit de le montrer, comme il l'a fait, par des preuves sans réplique? Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'il a précisément abouti sur ce point important aux mêmes conclusions que la sacrée Gongrégation des Rites; il s'est même exprimé là-dessus de telle manière que l'on serait tenté de croire que le rescrit, adressé le 28 août 1856 par la sacrée Congrégation à Son Eminence le Cardinal Archevêque de Besançon, a été calqué sur son livre, t Ne semble-t-il pas, disait-il, page 196, que le Saint-Siège s'eocposerait à de justes plaintes en accordant à un diocèse ce qu'il a refusé à tous les autres^ Et la sacrée Congrégation déclarait qu'elle « n'avait pas pu se dissimuler les graves incorwénimts qui s'ensuivraient si, par une dérogation à une disposition générale du droit faite en faveur de l'Archevêque de Besançon tout seul, on accordait à son diocèse ce qui avait été jusqu'alors refusé à tous les évêques de France qui avaient repris la liturgie romaine, bien que plusieurs eussent pu faire valoir les mêmes titres et les mêmes circonstances que le diocèse de Besançon. » Que Ton ne s'étonne pas, au reste, de cette coïncidence; on sait que M. Maire avait envoyé son livre au Saint-Père, et la sacrée Congrégation des Ritc^ pouvait bien l'avoir sous les yeux, puisque, deux jours après, la signature de son rescrit au Cardinal Archevêque, le secrétaire de cette Congrégation, Mgr. Capalti, écrivait, par ordre du Pape, un Bref à M. l'abbé Maire où le Saint-Père le félicitait de son ouvrage et lui en témoignait sa haute
satisfaction. De pareils rapprochements ont bien quelque valeur aux yeux des esprits non prévenus, surtout quand on considère que le livre de M. Maire était à Rome depuis plus de quatre mois, et que Ton avait attendu jusqu'alors de lui en faire hoimeur.
Dira*t-on que M. l'abbé Maire insultait son Archevêque, en le supposant favorable à ce malheureux projet d'une liturgie particulière? Mais, outre qu'il ne se serait pas trompé en TafOrmant, puisque le roscrit du 28 août 1856 c*n fuit foi, M. Maire avait porté la réscTve dans son livre jusqu'à n'pousser cette idée, a Qui pourrait altendre encore, disait-il, qu'un Evèquc consentit à solliciter (dans l'état de choses actuel) la concession d*une liturgie particulière? Par quelles subtiles raisons pourrait-on espérer en imposer tout à la fois à sa science du droit et à sa conscience d'Ëvéqiie, pour le déterminer à une déniarche si extraordinaire? Ne dirait-il pas aux importuns que le Saint-Siège n'a pas deux poids et deux mesures, que sa sagesse ne se met pas en contradiction dans ses décrets, et que sa sollicitude pour l'Eglise de France, ainsi que pour Thonneur de chaque diocèse, l'obligeait de répondre par un refus formel à une aussi indiscrète demande. »
M. Maire étaU si loin de vouloir imputer à son Archevêque des idées contraires à sa dignité que, parlant plus loin, page 213, de certaines objections délicates que l'on faisait contre les retours isolés à la liturgie romaine, il les réfutait de la manière suivante : a K'est-ce pas outrager bien gratuitement un Evéque que de supposer qu'il verra avec peine l'accomplissement des désirs du Saint-Siège, et la soumission de ses prêtres aux décrets et aux lois qui émanent de son autorité souveraine? N'est-ce pas insulter à son caractère personnel que de supposer qu'il s'efforcera de maintenir ce que Rome aura réprouvé, et qu'il entendra user d'une autorité usurpatrice dans des choses aussi exclusivement réservées au Saint-Si^e que le règlement des offices liturgiques? El n'est-ce pas transformer indignement en orgueilleux et en rebelle le pasteur d'un dio-
cèse, que d'avancer qu'on blessera son amour-propre, en marchant sans ses ordres formels dans les voies de la soumission à l'Eglise? et que, loin d'aider à la réalisation des ardents désirs du Saint-Siège, on ne fera par-là que créer de plus insurmontables obstacles, en fournissant à ce Prélat un prétexte pour s'affermir davantage dans une opposition systématique plus obstinée? Si, dans des temps bien malheureux, de semblables choses ont pu être vraies, rien n'autorise à les redouter aujourd'hui; et, pour le diocèse de Besançon en particulier, tout doit au contraire faire repousser avec indignation de pareilles craintes. L'illustre Cardinal, qui gouverne actuellement le diocèse de Besançon avec une si grande sagesse, ajoulait-ou en note, a manifesté depuis longtemps, et dans des occasions solennelles, que sa manière de voir, au sujet des droits du Saint-Siège sur la liturgie, ne diffère en rien des sentiments exprimés par répiscopat français. i> On signalait comme preuve une lettre écrite par ce Prélat en 1847 (voir Etude préliminaire, page 5) et Tindult par lui demandé pour ajouter à la Préface de la Conception le mot Immaculata, et aux lilanies de la sainte Vierge, pour laquelle il avait une piété si distinguée, l'invocation : Regina sine lobe concepta.
Où a-t-on donc aperçu des insultes pour Mgr. Mathieu dans le livre de M. Maire? Serait-ce, page 62, dans la note où il a dit qu'à quelques exceptions près, toutes nos provinces ecclésiastiques s'étaient empressées de tenir leurs conciles, il y a une dizaine d'années? Mais c'était là une expression bien adoucie de la vérité, et il fallait la connaître tout entière pour ne voir que Besançon en jeu. Est-ce, page 63, dans une autre note où l'on regrettait que le diocèse de Besançon n'eût pas pris l'initiative dans la réforme liturgique, et se fût privé à tout jamais de cette gloire? Mais, cette gloire, on doit la refuser à bien d'autres Eglises, qui ne se croient pas insultées pour autant. D'ailleurs, ne disait-on pas, dans une nouvelle note p. 136, que, si cette œuvre de réparation n'avait pas pu être aecom-
plie par le Cardinal de Rohan qui en avait eu un vif désir, elle ferait la gloire de «son illustre successeur?
Voilà comment l'abbé Maire a outragé son Evêque, en lui supposant, bon gré mal gré les mauvaises langues, les sentiments les plus en rapport avec son devoir et son éminenle dignité; et, cependant, nous n'avons trouvé, dans son excellent ouvrage, après l'avoir relu à dessein tout entier, que ces seuls passages d'où l'on ait pu inférer cette odieuse accusation. Ecoutons d'ailleurs M. Maire nous expli* quer lui-même, dans une lettre du 50 mars 1856, publiée psiT Y Impartial le 31, le genre de guerre qu'il entendait faire au Cardinal Archevêque de Besançon.
Après avoir remercié le rédacteur de cette feuille d'y avoir inséré les lettres si honorables pour son ouvrage de trois des Prélats Franc-Comlois, il îijoulait : « J'ai été heureux de cette publication par le témoignage éclatant qu'elle a rendu à la réserve, à la modération et au respect pour l'autorité, qui sont le caractère certain de mon travail. J'espère que des paroles d'une autorité si haute et si compétente répondront assez aux insinuations malveillantes qui se sont attachées à dénaturer mon œuvre et à empoisonner mes intentions; elles feront pent-ètre comprendre aux personnes qui, sans m'avoir lu, se sont laissé prévenir contre mon travail, qu'il n'est ni une imprudence, ni un oubli du respect que je dois à l'autorité si chère de notre digne Archevêque.
» La réflexion fera sentir aux esprits droits qu'en accusant d'hostilité et d'opposition à un Evêque un livre qui traite exclusivement, dans les formes les plus respectueuses, de la soumission aux lois de l'Eglise et de l'obéissance due au Vicaire de Jésus-Christ , ils faisaient à cet Evêque le plus sanglant outrage. Ils déploreront de s'être laissé tromper par de véritables ennemis du bien, et les vingt années de l'administration aussi sainte que dévouée de notre illustre Cardinal leur reprocheront leur trop facile crédulité; ils rendront alors à se^ éminentes vertus ce juste hommage, qui est un devoir pour tous ses diocésains, et dont je serai
toujours heureux de lui payer mon tribut personnel, comme le plus humble, le plus soumjp et le plus dévoué de ses prélres. »
Tout le monde eonnait assez M. Maire pour n*étre pas tenté de révoquer en doute la sincérité parfaite de cette profession de foi; on admirera de plus la noble ingénuité de cette âme qui, jugeant des autres par elle-niéme, était incapable de soupçonner le mal et de croire à l'artifiee; nous verrons cependant tout à l'heure la manière dont ce digne ecclésiastique a été dépeint à la face de l'univers, et trompé dans ses plus légitimes espérances. Poursuivons notre récit.
Au moment où le livre de M. Maire voyait le jour, le Cardinal Patrizzi accusait à Mgr. TArchevèque de Bc*sançon réception du Mémoire que ce Prélat avait adressé au Saint- Père, en vue d'obtenir l'autorisation de reprendre notre ancienne liturgie du XVII'' siècle. Le 28 août 1856, ou rejetait sa demande, et on l'invitait de la manière la plus pressante à donner au plus tôt la liturgie romaine. Le 29 septembre, Mgr. réclamait la permission d'avoir un Propre diocésain et de choisir l'ancien chant de Mgr. de Grammont. Dès le 27 novembre, on lui répondait de se hâter d'envoyer son Propre, et d'adopter le chant grégorien. Ce dernier rescrit lui était expédié par l'intermédiaire de R. Ferrucci, son chargé d'affaires, dont la lettre porte la date du 20 janvier 1857.
Que l'on nous permette ici une réflexion. Gomment se fait-il qu'un rescrit, signé le 27 novembre, n'ait été expédié que le 20 janvier suivant? Le chargé d'affaires l'aurait donc gardé deux mois? lui, ou bien le secrétaire de la sacrée Congrégation? car ce n'est pas R. Ferrucci qui a dit ne l'avoir reçu que le 20 janvier. Passe encore, si ce retard avait été le seul ! mais le Cardinal Mathieu disait -aussi, dans son acte de soumission, que le rescrit du 28 août ne lui était parvenu que le 29 septembre, tandis que le Bref du 30 août, adressé à M. Maire, était arrivé dès le 2 ou le 3 septembre. Il y a plus, le Mémoire lui-môme de Mgr. à
la sacrée Congrégation, daté du 15 décembre 1855, n*avait été remis à son destinataire que peu de jours avant le 17 mars 1856, selon le témoignage du Cardinal Patrizzi: Voilà donc tantôt un mois, tantôt deux mois, tantôt trois mois entre le départ et Tarrivée, de Besançon à Rome; il faut avouer que le diocèse de Besançon a joué de malheur dans toute^ cette correspondance.
Nous n*en faisons ici la remarque qu*à cause des incon* vénients qui en sont résultés. En effet, comme les deux rescrits de la sacrée Congrégation pour le diocèse de Besançon avaient été signés le 28 août et le $7 novembre, des personnes avaient appris, par des voies sûres, peu de temps après ces deux époques, dabord que Rome avait refusé et refuserait toujours tout travail, non-seulement de fusion liturgique, mais encore de retour à des liturgies autres que la romaine en dehors des règles du droit; ensuite, que le Chapitre de Besançon devait déjà être mis en demeure de préparer son Propre diocésain. Ces nouvelles, que rien d'officiel ne venait confirmer, étaient cependant de nature à intriguer. C'est pourquoi M. le Chanoine Thiébaud, étonné du silence gardé envers le vénérable Chapitre de Besançon, crut devoir publier, au commencement de janvier 1857, une petite brochure intitulée : Etat de la question litv/Qz giqu/e dans le diocèse de Besançon.
Nous ne répéterons pas ici ce que nous avons raconté, page 22 de notre Etud^ 'préliminaire, au sujet d'un petit épisode inséré dans cet écrit, qui amena une controverse dans les feuilles publiques entre M. Thiébaud et M. Besson, laquelle Gnit, osons le dire, à l'avantage du premier par sa nouvelle brochure intitulée : Réponse à M. Besson. Mais nous ne devons pas passer sous silence un autre incident relatif à cette affaire.
M. Thiébaud, après avoir signalé, dans son Etat de la question, quelques faits liturgiques des diocèises de Paris, de Rouen, de Beauvais, d'AIbi, de Gap et d'Arras, s'était permis d'y ajouter une nouvelle venant de Lyon et portant que Son Eminence le Cardinal de Bonald avait annoncé
offlciellement à son Chapitre, réuni à roccasîon du jour de i*an, sa résolution de revenir le plus lot possible au rit romain. Il parait que Thonorable correspondant de M. Thiébaud avait fait un lapsus calami , puisque r^mt de la Aeligion pouvait écrire le 26 février : « Le Cardinal de Lyon nous autorise à démentir complètement la prétendue annonce que, suivant M. Thiébaud, il aurait faite à son Chapitre, à Toccasion du jour de Tan, de revenir le plus promplement possible au rit romain. » UAmi ajoutait que, par conséquent, les informations reçues par iVl. Thiébaud n'étaient pas plus sûres que sa science n*était exacte et son langage convenable, il faisait allusion, dans les dernières paroles de ce beau compliment, à ce que son rédacteur, M. Sisson, avait taché de prouver^ deux jours auparavant, dans un long article sur V agitation liturgiqtie.
Parlant, en effet, dans cet article, de la brochure de M. Thiébaud, après avoir remarqué qu'il avait pris d'abord le parti de n'en rien dire, M. Sisson faisait observer que, puisque VUnivers l'avait signalée le 50 janvier, et s'était attiré par-là une réclamation grave d'un membre haut placé du clergé de Besançon, il devenait utile pour l'édification publique de faire connaître de plus près cette brochure. Il essayait donc de la réfuter, on se contentant pour cela d'en citer quelques traits avec ironie, et d'opposer au Dies veneris sancta, critique par M. Thiébaud, une autre expression païenne qui se trouve dans une hymne de l'office de Y Oraison de Notre-Seigneur au jardin, Olympo, Nous ne ferons pas une querelle d*allemand à V^àmi, en lui représentant qu'il a mal choisi son exemple, puisqu'il Ta emprunté à un office de privilège qui ne fait pas partie du bréviaire universel, car on trouve aussi VOlympe dans une hymne de la Dédicace; seulement le mont Olympe ne vaut pas tout-à-fait le Dies veneris sancta du Vendredi-Siiint. Mais VÂmi était bien aise de donner son coup de patte à M. Thiébaud, et de faire ressortir l'injure adressée , selon lui, par ce Chanoine au Cardinal Mathieu.
C'était justement le temps où il n'était question dans
VUnion franc-comtoise que de ces sortes d'iojures. Qu'étailil donc arrivé? Son Eminence avait publié, à la date du 27-29 janvier 1857, certaines pièces de sa correspondance avec Rome au sujet de la liturgie, savoir : le Mémoire ou le plaidoyer qu'elle avait composé en faveur de la liturgie bisontine; Taccusé de réception que lui en avait fait en italien le Cardinal Patrizzi, dans une lettre dont .on avait, dit-on, mal traduit une phrase importante; les deux rescrits de la sacrée Congrégation du 28 août et du 27 septembre; l'acte de soumission du Cardinal Mathieu au premier de ces rescrits; et enfin la lettre du chargé d'affaires de Mgr., lui expédiant le second. Mais, non content de promulguer ces pièces, le Cardinal Archevêque avait lancé en môme temps une circulaire latine à son clergé, où il se plaignait amèrement de certaines personnes qui Tavaiént forcé de faire son apologie. « Ni la modestie, disait-il, n'a pu les contenir, ni la honte les arrêter; mais la mauvaise humeur et l'esprit de contradiction les ont poussées à cet excès d'égarement d'oser me représenter comme infidèle à mon ministère, exi révolte contre le Saint-Siège, et opposant une résistance audacieuse à ses désirs ou à ses ordres (1). »
(i) Cest ainsi que nous traduisons le fameux passage de la circulaire : Ma narrans insipienter egi : quidam coegerunt quos nec modestia continuit, necpudor compescuil, sed ingraius humoret dissonamens ad id extremum deiiramenti protrusit^ ut me ponerent quasi infidelem in ministerio, et adverstis sanclam Sedem imurgentem, et ipsius desideriis mandatisve audacter reluctantem.
On Ifsait dans V Impartial : « Ceux-là nous y ont forcé qui, déposant toute modération el toute réserve, et poussés par un caractère malveillant et un esprit de discorde en sont venus à cet excès de délire... » et dans VUnion : c Quelques-uns m'y ont contraint, car la modération n*a pu les contenir; la pudeur n'a pu les arrêter; Tespril d'ingratitude et de discorde les a poussés à ce comble de délire... >
On trouvera sans doute assez peu de différence entre notre traduction et les autres; néanmoins, nous croyons avoir mieux rendu le texte de Taoteur; modestiay à notre avis, n'a jamais voulu dire modération; prenant donc les mots pour ce qu'ils sont, nous croyons que Mgr. a voulu d'abord reprochera ses adversaires leur arrogance et leur impudence, en les représentant comme des gens pleins d'orgueil ou de vanité et d'effronterie, qui ont foulé aux pieds toute modestie et toute pudeur. Mais c'est surtout Yingratus humor et le dissona mens qui nous ont paru
Quant à celle apologie elle-même, il semblerait d'abord en la lisant que Mgr. aurait été accuse de manquer au devoir de la visite de son diocèse, de la conflrmation des enfants, du soin des édifices religieux, de la prédication et de la visite pieuse des cimetières lors de ses courses pastorales, de l'amour et de la défense de ses prêtres et du voyage cul limina Jpostolorum, car la justification; à laquelle il se dit contraint, roule d-abord sur tous ces points; or, il eut fallu vraiment être sans honte et sans bonne foi pour élever de pareilles accusations, tant il était facile à Mgr. de montrer, comme il l'a fait, son zèle à cet égard; il eût même pu ajouter alors sans difficulté les ordinations aux confirmations, et les presbytères aux églises, puisqu'on voit quelquefois des paroisses privées de titulaires et d'offices dominicaux pour n'avoir pas leur cure en assez bon état. Ces faits divers étant donc de notoriété publique, la mauvaise humeur et l'esprit de contradiction eussent pu seuls pousser à la folie de les révoquer en doute.
Mais Monseigneur parlait encore d'une autre chose pour
mal compris par les autres traducteurs ; au lieu donc d'exprimer dans le premier^ soit la malveillance du caractère, soit Tesprit d'ingratitude» D'aurait-on pas voulu rendre tout simplement en latin cet idiotisme français qui y répond mot pour mot, la mauvaise humeur ^ ingratus humor? Nous avons également trouvé dans le dissona mens Tesprit de contradiction qui ne divise que les intelligences, mens, au lieu de Tesprit de discorde qui séparerait les cœurs; on se serait donc attachée peindre, dans les deux expressions ci-dessus, d'abord un vice de caractère, ensuite un travers d'esprit. Nous savons bien qu'il y a eu des reproches d'ingraUtnde lancés à l'adresse de certains individus, et Ton nous a fait l'insigne honneur de nous les appliquer à nous-mème ; mais en attendant qu'il plaise à nos accusateurs d'articuler les motifs précis du jugement charitable qu'ils portent sur notre compte, nous ne croirons pas que Ton puisse rendre l'idée d'ingratitude par ingratus humor en latin vraiment cicéronien. 11 nous semble, au contraire, que, quand il s'agit de traduire fidèlement une composition faite par quelqu'un dans une langue qui lui est étrangère, il est bon, lorsqu'on y rencontre des expressions tant soit peu exotiqu>es, de recourir aux idiotismes de la langue maternelle de l'écTivain pour en découvrir le véritable sens. Pour nous, du moins, c'est en français que nous pensons, même quand nous voulons écrire en latin, ou dans toute autre langue qui n'a pas été celle de notre éducation première.
compléter son apologie, quant horrendam maculam penitus ut ahstergam. Il s'agissait, non pas des conciles provinciaux, des synodes diocésains, des- conférences eccKsiasliques ou des aulres inslitutions canoniques prescrites par le droit et instamment recommandées aUx évoques par les Souverains-Pontifes, mais uniquement de la réforme liturgique, que des esprits mal faits et égarés trouvaient sans doute bien lente à venir. Or, Mgr. déclarait à ce sujet qu'il vénérait, admirait, aimait de tout cœur la liturgie romaine, mais qu'il devait aussi du respect aux usages de son diocèse et à son zèle pour les ofGces paroissiaux. Quel malheur, si on allait déserter les églises! N'y avait-il pas autrefois en France nombre de paroisses même rurales où les fidèles faisaient l'office public en entier, jusque pendant la semaine? Assurément de pareilles collégiales mériteraient toute notre vénération, et la liturgie romaine aurait bien tort de les anéantir. Mais, pour ne parler que des offices dominicaux, n'esl-il pas à craindre que l'introduction du romain ne leur nuise? Alors, les chanoines ruraux dont on parlait n'auraient guère retiré de fruit de leur admirable dévotion, ^puisqu'ils n'auraient pas même l'esprit de foi et de soumission aux lois de la sainte Eglise leur mère. Quel serait donc le caractère de religion d'un diocèse, où le changement obligé de liturgie produirait un tel bouleversement, rencontrerait de telles difficultés et ferait déserter les offices de la paroisse? Les évéques de Beauvais, d'Angers et de Nancy n'ont pas cru devoir s'arrêter à de pareilles craintes, ainsi qu'on le verra quand nous rapporterons leurs réponses à cette malheureuse objection.
La circulaire de Mgr., avec les pièces à l'appui, était à ^ioe connue que déjà Y Union franc-comtoise, considérant cette publication comme de nature à intéresser les fidèles aussi bien que les prêtres, annonçait à ses lecteurs qu'on s'occupait d'en faire une traduction en français, qui paraitrait les premiers jours de la semaine suivante; elle disait cela le jeudi 19 février; mais, dès le dimanche 23, l'/mpartial, prenant l'avance, publiait le premier une traduc-
lion de la circulaire. Le lendemain, V Union donnait la sienne, accompagnée des réflexions suivantes : Ce qui noas a frappé dans l'ensemble de ces pièces, c'est la simplicité de la conduite et la droiture des intentions de Mgr. Mathieu. Pendant qu'une faction le calomniait par les plus perfides insinuations, et provoquait la discorde et le trouble dans son diocèse, lui. le Prince de l'Ëglise, etc.; pendant que d'obscurs détracteurs s'irritaient contre leur Archevêque, le traitaient d'hérétique et de rebelle au Saint-Siège, lai, Cardinal de la sainte Eglise romaine, etc.; pendant que Ton insultait à sa dignité, à son honneur et que l'on méconnaissait ses sentîments vis-à-vis de Rome, lui, etc. Ainsi se trouvaient confondus ses ennemis par le fait même de ses actes, et sans que ces actes aient été accomplis en vue de satisfaire ceux qui blasphémaient contre lui. C'est là un châtiment qui les atteint directement, pendant que la position de Mgr. Mathieu sort radieuse et sereine d'une affaire dans laquelle certains prêtres, nous le disons à regret, croyaient trouver Theureuse occasion de crucifier leur Archevêque.
Nous serions bien tentés de demander ici à V Union on elle avait vu ces ennemis de Monseigneur, ces -prêtres bourreaux de leur Archevêque, ces hommes qu'elle appelait des factieux, des calomniateurs, d'obscurs détracteurs, des insulteurs, des blasphémateurs. Nous avons étudié à fond le livre de M. Tabbé Maire, comme nous l'avons dit, et nous n'y avons rien trouvé qui pût nous autoriser à le ranger dans cette classe de gens; au contraire. Est-ce M. Thiébaud qui avait mérité toutes ces gracieuses épithètes? mais, outre qu'alors on aurait dû se servir du singulier pour le stigmatiser, sans englober des innocents dans son funeste sort, nous avons relu sa petite brochure Etat de la question, la seule qu'il eût publiée jusqu'alors, et ici encore rien qui justifie une pareille invective. On s'y plaignait, il est vrai, de la sentence prématurée que les mécontents avaient portée sur le livre de l'abbé Maire, et des protestations atoisinant le schisme rédigées à cette occasion;
mais ces mécontents et ces pmleslants devaient-ils donc être identifiés avec Monseigneur? Quant aux prétentions malheuremes et aux spéculations coupables que l'on relevait, c'était un emprunt fait à Mgr. d'Arras cité à ce propos; une seule chose pouvait être considérée comme blessante pour quelqu'un, la phrase où Ton disait : ce qui émeut le clergé, c'est d'avoir à balancer entre Taccomplissement d'un devoir que réclame la conscience et le chagrin de déplaire à ses supérieurs immédiats; mais la certitude de ce déplaisir était un Tait déjà malheureusement acquis, et V Episode liturgique sur l'usage du Missel romain dans le diocèse de Besançon ne l'a que trop prouvé plus tard, sans parler dune foule d'autres petits actes que L'on aurait pu apporter en témoignage. Du reste, le vénérable Chanoine avait eu la précaution de dire en finissant : La question liturgique est une véritable question de principes et même de conscience, mais ce ne sera jamais une question de personnes pour qui que*ce soit, prêtres et simples fidèles.
Où \ Union avail-ellc donc aperçu les provocateurs de trouble et de discorde qu'elle attaquait si violemment? MM. Maire et Thiébaud étaient les seuls qui eussent jusqu'alors publié quelque chose. Mais peut-être qu'à défaut d'écrits publics, on avait scruté les causeries particulières; Y Union avait donc fait de la police secrète; elle avait à ses ordres des agents rapporteurs; les romains étaient déjà mis en suspicion. Or, on peut voir par un événement récent arrivé à M. Maire, et par le Mémoire qu'il a été obligé de publier pour sa justification, combien cette source de renseignements est sujette à caution ; ajoutons à cela que ce n'est pas dans des clubs purement romains que Ton avait inventé, développé, enrichi la farce injurieuse du char liturgique.
Nous devrions nous arrêter ici'; mais, pour montrer avec quelle suite d'idées on procédait dans Vt/nion contre les amis du rit romain, nous signalerons l'observation par laqtielle. cette feuille terminait son réquisitoire du 23 février. Elle avait annoncé le 19, nous l'avons dit, que son impri-*
meur ferait bieotôt paraître une traduction française de la circulaire de Monseigneur pour Tavanlage des fidèles; V Impartial, lui, n'ouvrait la bouche que le 23, et cependant on lisait le 23 dans \ Union : « La pensée d'écrire en latin exprime encore l'extrême modération du Cardinal Archevêque de Besançon. Son Eminence aurait voulu ne traiter qu'avec son clergé de cette affaire, afin d*éviter le scandale que des esprits malveillants et outrés, que quelques prêtres infidèles à un ministère de paix et de concorde, ea révolte manifeste contre leur supérieur, avaient déjà produit. Mais, malgré lui, le latin, à peine livré à ses prêtres, a été traduit, et la traduction divulguée. Il devenait donc impossible de cacher cette question au public. » M. Besson lui-même, dans la petite préface qu'il avait mise en tête de la circulaire devenue brochure, préface également ra|>portée par V Union le 23^ disait ce qui suit : « La piété des fidèles et la curiosité même des gens du monde (non fidèles, sans doute ; remarque de M. l'abbé Maire) semblaient demander qu'un sujet si important et si grave fût mis à la portée de tous. C'est pourquoi il nous a paru utile de pubUer la traduction de cet ouvrage. » Cette traduction a même été représentée par V Univers comme semi-officieUe et personne n'a réclamé. L'Impartial était donc dans tous ses droits, lorsqu'il répondait à VUnion, le ^k février, qu'il n'avait eu aucun motif de supposer qu'en publiant sa traduction du 23, il avait agi contre le gré de son Eminence. Mais alors, que devient le compliment de VUnion relatif à la modéra-tion extrême (1)?
Quiconque relira les autres articles que cette feuille crut devoir ajouter au premier, dans ses numéros du i, li,
(1) Nous devons dire encore ici, pour Pacquit de notre conscience, que la traduction semi-officielle dontri/nton prenait le patronage, en déclarant qu'elle la croyait exacte et conforme autant que possible à la pensée de Son Eminence, me parut pas telle à VImpartiaL Ce journal, eo effet, se permit bientôt après, dans un arUcle inUtulé Bibliographie, de criU* quer cette traduction, où il relevait des inexactitudes, un style incorrect, et jusqu'à des contré-sens. l\ finissait par recommander ce chef-d'ceuvre aux amateurs de curiosités littéraires.
17, 25 el 31 mars, articles tous écrits dans le même genre que le précédent, ne sera pas tenlé, nous en sommes sûr, de lui adresser à elle le même compliment. On lit, par exemple, dans Tarticle du 1"" mars : Que de proies téméraires contre le premier Pasteur du diocèse ! que d'insultes, que d'ironies, que de mensonges, que de calomnies contre lui, que d'accusations perfides contre son orthodoxie t.. . Jamais Tamour-propre ou un sot orgueil n*a conduit à une irrévérence plus grande... En supposant qu'il y eût des prêtres qui se crussent en mesure d'éclairer ou l'Arche- Téque ou le Saint-Père, il y avait la possibilité de faire parvenir à l'autorité diocésaine et à Rome les conseils et les documents sans écrire pour le public (sous Louis-Philippe aussi, on avait horreur de la publicité, et l'on ne demandait pas mieux que d'ensevelir les Mémoires pour la liberté d'enseignement dans les cartons des bureaux. Evidemment par-là, on gagnait beaucoup, mais non pas la bonne cause). En écrivant pour le public, on n'a réussi qu'à troubler le diocèse; on a fomenté, encouragé la révolte; on a obligé Mgr. à se justiGer et à dire des paroles redoutables pour ceux qui les ont méritées, et qui se sont laissé aller aux plus coupables excès contre leur propre Evéque.
Ces aménités de V Union ayant détenuiné des personnes respectables à insérer quelques réflexions dans ï Impartial, sous lo couvert du rédacteur de ce journal, V Union se fâchait le 11. D^ personnes respectables! disait*ollc. Lesquelles donc? elles n'ont pas signé. Gomment! elles n'ont pas le courage de leur opinion! En essayant de raisonner, elles se livrent à l'insulte; elles injurient; elles attaquent; sans signer't Ce procédé s'appelle d'un triste nom.
Rome approuve, dit-on, les efforts de ces hommes zélés et courageux. Où est cette approbalion? si on la possède, qu'on se bâte de nous la livrer (pour lu déchirer sans doute).
Nos adversaires nous accusent d'avoir mérité nos propres reproches, en entrant dans de longs commentaires sur le fond de la question, il n'y a pas un mot de vrai dans ces afCraiatious ; nous n'avons fait que justifier Monseigneur.
La paix! la paix! disent-ils; voilà un amonr de la paix qui arrive bien lardivemenl. Ah! si les pièces concernant la lilnrgie avaient pu rester en latin, quel triomphe pour les défracleurs de TEvêque! Le public n'eût pu lire la justîGcation de Mgr. Mathieu.
Nos adversaires se récrient sur les fermes dont nous nous soiùmes servi pour caractériser leur conduite. Nos expressions contre les adversaires de TEvèque ne sont pas plus fortes que celles qui se trouvent dans le redoutable passage de la circulaire de Monseigneur. Or, que ce vénéré Pontife, lui dont la douceur est si grande, ait cru devoir s'en servir, c'est que l'audace et le mensonge de ses détracteurs ont été à leur comble..
Les personnes respeclables de V Impartial ayant fait une réplique dans le numéro du 14, V Union pousse sa pointe le 17. Après avoir appelé ses contradicteurs de naï& personnages, elle ajoute, pour se disculper enfin d'avoir touché au fond de la discussion elle-même : Qu'y a-t-il d'étrange qu'une fois la question livrée par eux à la publicité, nous exprimions nos idées sur la question elle-même et sur tout ce qui s'y rattache, bien qu'à notre avis il soit regrettable que cette discussion ait été commencée? Il serait plaisant que, parce qu'on se croit docteur, on pût entasser à plaisir des erreurs, fomenter la discorde dans un diocèse, mentir, calomnier, cl qu'il ne fût permis à personne de démasquer le mensonge et la calomnie, de flétrir le scandale, et de redresser les idées contraires à la vérité! Nos adversaires parlent beaucoup de titres ecclésiastiques, scientifiques...; pourquoi donc ne se démasquent-ils pas, et ne soumettentils pas leurs respectables personnes, avec les*- oripeaux qui les couvren}, à l'admiralion du public?
Enfin, où est l'approbation de Rome? Rome ne rougit pas de ce qu'elle croit devoir faire. Si elle a voulu approuver, eHe l'aura dit de manière à ne laisser de doute à personne; mais, si elle a gardé sur le point en question le plus complet silence, pourquoi l'associer à un ensemble de conduite, à des faits, à des paroles et à des publications qu'elle
ne connaît pas, et qui sont considérés ici comme de mauvaises actions? Cette solidarité que Ton veut établir avec Rome est un scandale et un mensonge de plus.
VImpartial répondit le 20 mars. Nous avons donné, dans notre Etude préliminaire, page 29, un extrait de cette réponse, où Ton faisait observer à V Union que la seule raison pour laquelle elle ne se taisait pas, c*esl qu'elle voulait exhaler son mécontentement contre les rescrils de Rome, qui obligeaient de revenir à l'unilé liturgique.
VUnion répliqua le 23 et le 25 en réclamant toujours Tapprobation de Rome. On se garde bien, disait-elle, de rapporter le texte du document où cette approbation serait contenue. Ceux qui ont annoncé cette approbation en ont donc imposé au public; ils ont menti en sachant qu'ils mentaient; ils ont compromis Rome dans une cause indigne d'elle, et où elle n'est pas intervenue; et ceux qui, quoique de bonne foi dans leur erreur, ont colporté et accrédité le bruit de cette approbation n'ont accrédité et propage qu'un scandaleux mensonge.
L'approbation, tant réclamée par VUnion, n'était autre chose que le Bref envoyé par l'ordre du Saint-Père à M. xMaire le 30 août 1856.
h' Union avait déjà manifesté tant de fois le désir de l'avoir, pour l'interpréter probablement à sa manière, que l'abbé Maire, qui n'avait encore paru dans toute celte polémique des journaux que par une lettre très-digne, insérée dans VImpartial du 8 mars et rapportée page 28 de notre Etude préliminaire, crut devoir rompre de nouveau son noble silence, et fermer la bouche à VUnion en disant dans VImpartial du 26 : <( C'est à moi que Mgr. Capalti a adressé la lettre* que réclame VUnion. Heureux d'une si haute justiGcation de mon œuvre, j'ai cru convenable, à cette époque, de ne pas en publier le témoignage... Aujourd'hui, la cause est Gnie; les principes que nous avons dû soutenir sont consacrés par la décision de l'autorité souveraine, et les discussions des mécontents sont nécessairement tombées dans l'odieux domaine des personnalités. Je
refuse donc de Jeor donner, par une publication intempestive, un aliment nouveau; mais, tout en résistant à la pression des insultes, je déclare cependant que je tiens la lettre en question à la disposition de toute autorité qui m'en demandera communication; et, en m'inspirant toujours des mêmes motifs pour garder encore le silence en face de ce débordement nouveau d'outrages et de calom« nies, j'y ajoute le plus profond mépris pour d'aussi étranges procédés. »
Sur quoi V Union s'écrie le 31 mars : Voilà de grands mots, une grande colère, beaucoup de violence, on ton tranchant, mais point de preuves de ce que Ton afGrme, Elle conclut qu'il n'y a donc pas dans la lettre-Capalti ce qu'on assure y avoir trouvé. Elle discute ensuite un peu sur ce thème, et sur la manière dont M. Thicbaud avait fait valoir, dans son Etat de la question page 11, ce témoiguage rendu à l'auteur de la Sittuition de la liturgie. Nous avons déjà fait remarquer nous-méme toute la valeur que ce Bref empruntait aux circonstances dans lesquelles il avait été écrit, et à la main dont le Saint-Père s'était servi pour le rédiger.
Là s'arrêta la polémique engagée dans les journaux de Besançon au commencement de 1857. Seulement, dans le cours de la même année^ on eut Toccasion d'ajouter un petit épisode à cette histoire; il y était question du chant.
Le Cardinal Archevêque de Besançon ayant déclaré dans sa circulaire du 27-29 janvier 1857, qu'il lui serait permis de prendre pour son diocèse Tanden chant de Mgr. de Grammont, attendu qu'il était vraiment et parfaitement grégorien, comme on pouvait s'en convaincre, d'une part, par la déclaration qu'en avait faite son éditeur Antoine- Pierre I de Grammont, de l'autre, par sa facture elle-même et à pren[iière vue, M. Jules Bonhomme crut pouvoir contrôler ce jugement dans le livre qu'il publia alors sous ce titre : Principes d'une véritable restauration du chant grégorien.
Il disaft donc d'abord, dans sa Première Partie, cba-
— 319 ~ pilre III» qu'il oe fallait pas s'étonner de ne plus retrouver un chant vraiment grégorien dans les livres de Besançon, publiés sous Mgr. de Grammont par le chanoine Millet de Fottdremand, celui-ci les ayant réformés selon les principes de son Directoire du chant grégorien, imprimé à Lyon en 1666, c'est-à-dire, en y retranchant judiciemement ce qu'il appelait des notes inutiles, soit de confusion, soit de répétition (1). Revenant ensuite, dans sa Deuxième Partie, chapitre YI , sur le même sujet, et examinant, au point de vue de la théorie et avec le plus profond respect, les denx preuves alléguées en 1857 par le Cardinal Mathieu, M. J. Bonhomme regardait ces deux preuves comme trèsconteslables. Ainsi, d'abord, Mgr. de Grammont n'avait pas dit que le chant-Millet était vraiment grégorien ; il avait affirmé seulement que M. Millet étnit un homme très-habile et très-expérimenté dans le chant grégorien, tel qu'on avait coutume de l'exécuter dans le diocèse, Canonici in grego' riano cantu {prout in hâc dicecesi observari sokt) peritissimi et eocercitatissimi; il ne prétendait pas du tout que le chant, expurgé par M. Millet, selon sa méthode, de ses anciennes notes de confusion et de répétition, fût resté parfaitement grégorien. D'un autre côté, l'inspeclion du chant- Millet, loin de prouver que ce chant est vraiment grégorien, montre au contraire qu'on a retranché, pour le faire.
(1) M. Millet, en effet, parlant, dans la préface de son Graduel bisontin, de TAntiphonaire qa'il avait déjà publié, témoigne qu'il Tavait purgé des notes inutiles qoî se trouvaient répandues dans les vieux manuscrits du diocèse, supervacuis notis quœ in vetustis hujus diœceseos manuscriptis subindè recurrunt expurgatum. 11 a également corrigé le Graduel, emendatum, et il ajoute que les erreurs quMl a fait disparaître avaient subsisté par suite de Tamour naturel de l'antiquité, ou par la maligne influence des temps précédents, ex naturali vetuêtatis amore aut prœteritoruni temporum injuria, peu de personnes s'étanl appliquées k posséder parfaitement le chant grégorien qui certainement est aussi difficile à apprendre qoMl est peu connu, qui hattd dubiè, ut rare cognitus, ita scitu perdifficilis est. i. Millet renvoie ensuite à son Directoire imprimé, pour y remarquer les omissions et les erreurs des anciens copistes qui, presque tous, ignorant le plain-chant, avaient com- Bieiicé sans Fachever la notation de certains Graduels.
plus ou moins de notes au chant grégorien parfait, dans les Graduels surtout el les autres pièces du même genre.
Yoiià ce que M. J. Bonhomme avait cru pouvoir avancer dans son livre à propos de Besançon ; mais il avait compté sans son hôte, car un franc-comtois, ni musicien, ni amateur, mais curieux et prêtre bisontin (c'est lui qui se définissait ainsi), se hâta d'écrire à. l'I/mVers, où M. Tesson avait rendu compte le 21 septembre 1857 du livre de M. J. Bonhomme, un long article contre ce dernier.
VUnivers ayant refusé de publier cet article, parce qu'il n'avait rien à voir dans cette querelle, son auteur fut réduit à l'insérer dans V Union franc-comtoise le 8 novembre suivant. Quoique non musicien, M. Besson n'en affirmait pas moins qu'il y avait alors six écoles de chant grégorien en France, sans compter celle de Besançon, dont il inaugurait la résurrection en sa personne en se déclarant le fidèle disciple de J. Millet de Montgesoye et non de Fondremand. Rien n'est curieux comme le portrait que fait le nouveau Millet des luttes engagées entre les six écoles de chant non bisontines; mais, au fond, rien n'est moins sérieux pour les amateurs, musiciens ou non, du vrai chant grégorien.
M. J. Bonhomme se mit en devoir de répondre à M. Besson; mais il fut obligé de menacer YUnionde l'huissier pour obtenir Tinsertion de sa réponse dans le journal qui l'avait attaqué. C'était encore le bon temps que celui où l'on cédait aux menaces. UUnion consentit donc à faire paraître, le 50 novembre, l'article de M. J. Bonhomme. Nous ne le rapporterons pas; il nous suffira de signaler le passage où cet auteur rappelait M. Besson à la question, que celui-ci n'avait pas même effieurée.
Le point unique qu'il fallait discuter était celui-ci : J. Millet a-t-il, oui ou non, altéré le chant ancien dans le diocèse de Besançon? M. J. Bonhomme avait prouve le oui dans son livre des Principes, ce qui lui avait fait dire que le chant-Grammont n'était pas par^atïemen^ grégorien. M. Besson a-t-il montré le contraire? non; pas même dans
sa longue réplique ù M. J. Bonhomme « insérée dans le même numéro de Y Union.
Que faut-il conclure de là? Que Besançon ne peut p^ reprendre son ancien chant- Grammont? Mais jamais M. J. Bonhomme ne lui a contesté ce droit. « Dieu soit loué! s*écrie alors M. Besson, c'est tout ce que nous demandions. » Si M. Besson ne demandait que cela, il était bien inutile qu1l aiguisât sa plume; on ne lui avait jamais dit que Besançon ne pouvait pas reprendre ce chant, mais on lui avait prouvé qu'en y revenant, il ne devait pas avoir la prétention de reprendre un chant parfaitement grégorien. Reste à savoir si, en adoptant un chant grégorien tronqué, il répondrait parfaitement au vœu qui lui a été exprimé par le Souverain -Pontife. Il nous semble que, quand Rome presse d'adopter le chant grégorien, elle veut parler du chant tel qu'il avait été organisé par saint Grégoire, et non pas tel qu'il a été étriqué plus tard par différents éditeurs, même par J. Millet. Les travaux que le Pape encourage, ce sont ceux que l'on a faits et que l'on poursuit encore pour replacer le chant de saint Grégoire dans sa condition ou perfection native, c'est-à-dire, les travaux que Ton a commencés à Reims, et que Ton continue, n'importe où, dans le sens de Reims, et pas d'autres, comme nous le dirons dans une note particulière (voir Note iV, à la fin du volume).
Nous devons terminer ici notre exposé historique de la controverse qui eut lieu à Besançon au sujet de la liturgie en 1856 et 1857. Si nous avons donné là>dessus tous les détails qui précèdent, c'est parce que nous avons voulu montrer jusifu'oii l'on avait poussé l'affaire, dès l'origine, dans ce diocèse, et expliquer déjà d'avance la recrudescence que la controverse liturgique y a prise Tan de grâce 1860. II est aisé de comprendre en effet qu'après la lutte acharnée de 1857, après les protestations plus ou moins publiques de certains prêtres dans les retraites ecx^lésiastiques et dans les réunions locales, après les insultes inouïes d'un journalisme hargneux, il devait y avoir, sinon une division
— 5M — profonde dans le clergé bisontin, au moins un malaisé universel dans les relations des prêtres entre eux. Cependant, il faut le dire à la louange des- victimes romaines, pendant plus de deux ans un silence de mort a régné sur le champ de bataille où elles avaient glorieusement succombé, et nul de leurs amis n'avait osé prendre hautement la défense des confesseurs et des martyrs. €*est à peine si M. Thiébaud avait eu le courage d'adresser au public en 1859 son Episode liturgique sur l'usage (interdit) du Missel romain dans le diocèse de Besançon, pour ne pas parler de son Bisoniinisme liturgique, daté du IS mars 1860. En général, on attendait avec patience qu'il plAt à l'Ordinaire de réaliser sa promesse du 29 septembre i8K6. On lisait dans sa circulaire du 37-29 janvier 1857 qu'il fallait de suite s'occuper du Propre pour achever raffaire sans délai selon le^ désirs très-ardents de Sa Sainteté; une autre circulaire du même Prélat, en date du 21 juin 1858, annonçait qu'il travaillait nuit et jour à préparer ce qui était nécessaire pour établir le rit romain d'une manière plus sAre, plus pleine et plus solide. Qui n'aurait cru, sur de telles déclarations coup sur coup répétées, que Besançon était à la veille d'une restauration depuis si longtemps désirée? Quelques esprits cependant noorissaient bien encore certaines inquiétudes, parce que, d'une part, nul ne savait qui s'occupait de rédiger le Propre, et que, de l'autre, malgré la hardiesse que M. Besson avait prise de disserter savamment en faveur de l'école grégorienne de Besançon, on ne voyait personne travailler à reproduire et à compléter l'ancien chant romano-bisontin que l'on voulait reprendre comme étant à première et h seconrie vue vraiment et parfaitement grégorien. On se taisait néanmoins, soit crainte, soit respect, lorsqu'enfin parut en mai 1860 un nouvel ouvrage intitulé : Etudes liturgiques, etc.
C'est là que nous reprendrons noire histoire bisontinoliturgique quand le temps en sera venu. Aupara^^ant racontons les faits qui se sont passés dans le resté de' la France depuis 1857*