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CHAPITRE XXXV

Reprise da romain à Albi, à Beanvais et à Atieh en fS&K.

I. Mgr. de Jerpbanion, Archevêque d'ALBI» avait publié dès Tannée iSbk, le 25 avril, un Mandement où il adoptait en principe la liturgie romaine, conformément aux prescriptions du concile tenu à Albi même en 18S0. Dans ce Mandement, on voit que les anciens diocèses d*Albi, de Castres et de Lavaur, qui composent le diocèse actuel d'Albi, avaient pris le romain pur après la réforme de celte Htni^e par saint Pie V. Mais Albi et Lavaur l'avaient répudié vers le milieu du XVIII* siècle; Castres fut plus heuregx alors, mais, enclavé depuis le Concordat de 1817-23 dans le diocèse d*Albi, il s'était vu contraint de se conformer à sa nouvelle h tu rgie de 1833; il s'agissait donc d'une réforme générale.

Mgr. , parlant dans son Mandement du silence gardé par le Saint-Siège à Tépoque de nos innovations, l'explique ainsi : « Le Saint-Siège, ne prenant conseil que de sa prudence et de sa charité, usa de ménagement et de temporisation, aimant mieux laisser dans leur bonne foi ceux qui pouvaient s'y trouver qu'exposer l'Eglise de Dieu au danger toujours si redoutable d'un schisme. Il toléra les liturgies modernes sans jamais les approuver, même tacitement. Depuis leur apparition, il n'a jamais cessé de protester contre l'usage qu'on en a feit, en maintenant dans toute leur force les Bulles de ses Pontifes, qu'il continue de placer à la tète de son Bréviaire et de son Missel, et qu'il donne pour base à toutes ses décisions en matière de liturgie. Ainsi les années ont pu se succéder, mais la prescription n'a jamais eu son cours, parce qu'il n'existe pas de prescription légitime contre des lois générales, acceptées dès leur promulgation et depuis lors expressément maintenues par l'aularité compétente qui les a portées, d

Mgr. déclare ensuite qu'il a résolu de rétablir dans son diocèse la liturgie romaine, celte liturgie, dit-il, qui, pendant si longtemps, y a été en usage, qui y a jeté des racines profondes et y est encore vivante, en partie, un siècle après son abolition; cette liturgie, qui n'a disparu que depuis quelques années d'une partie notable du territoire soumis à sa juridiction, emportant les regrets du clergé el des ûdèles; cette liturgie, enfin, qui seule peut, à bon droit, être appelée la liturgie de TEglise catholique. Il ajoutait en finissant : a Nous irons jusqu'à vous dire, N. T. C. F., que, par ce retour à l'unité liturgique, nous obéissons aux inspirations de notre conscience. Nous croyons remplir un devoir impérieux dont il nous semble que rien ne pourrait nous dis(>enser. Nous sentons le besoin de sortir à tout prix d'un état exceptionnel et purement toléré pour rentrer dans le droit commun. Nous ne saurions nous contenter d'^rc du nombre de ceux que l'Eglise ne frappe pas de ses anathèmes; nous voulons prendre notre plarce dans les rangs des enfants respectueux et dociles qui méritent les bénédictions et les complaisances de cette tendre mère. »

Néanmoins, tout en rétablissant déjà en principe la liturgie romaine, que le clergé et les fidèles appelaient de tous leurs vœux et attendaient avec impatience, selon le témoignage d'un journal de Castres, Mgr. se réservait de fixer ultérieurement le temps précis où elle deviendrait (d>ligatoire.

Enfin, lorsque le Propre eut été approuvé et imprimé, il fit paraître, le k novembre 1856, un nouveau Mandement par lequel il fixait à cet effet le saint jour de Pâques 1857. C'est le chant de Reims qu'on avait adopté. Le Mandement développait les motifs de ce choix; la commission qui avait été chargée d'étudier l'affaire avait trouvé ce chant le plus authentique, le plus accrédité, le plus harmonieux et le plus grégorien. Un ancien manuscrit d'Albi in-folio, nolé en points, du Xir siècle ou de la fin du XI*, avait servi à la restauration de ce chant.

Mgr. regrette que l'unité n'existe pas dans l'EgHse pour

— 5Î8 — le chant; il remarque néanmoins que le concile de Trente n'a point statué de loi générale et uniforme à ret égard et qu'il a laissé, au contraire, à chaque concile provincial, et, à son défaut, à chaque évéqiie le soin de corriger les livres de chant (session 24, ch. 12); usant donc de son droit, il se contente de prescrire l'unité dans son diocèse. Il fait observer que la commission de Reims, sans rien innover, s'est bornée à retrancher ce que le mauvais goût avait ajouté, à rétablir ce qu'il avait supprimé, et à reproduire les mélodies de saint Grégoire dans Tétat où elles se trouvaient avant qu'on s'y permit des mutilations regrettables. Les neumes, parr exemple, des graduels et des Alléluia ont une origine manifestement ancienne, puisqu'ils ûgurent dans les vieux manuscrits. Leur introduction remonte à une époque antérieure à saint Grégoire, car saint Augustin en parlait comme d'une chose vulgaire de son temps {In Psalmum xxxii).

Mgr. d'AIbi finit par dire que les dirficultés d'exécution du chant.de Reims sont plus apparentes que réelles, et qu'avec de l'étude et de la pratique, on peut aisément en triompher; il engage, au reste, ses prêtres à s'appliquer à former de bons chantres.

Nous trouverons des idées à peu près semblables sur la question du chant dans les actes du diocèse dont nous allons raconter l'histoire.

IL BEAUVAIS était le seul diocèse de la province de Reims, qui n'eût pas encore réalisé la réforme liturgique à l'époque dont nous parlons. Nous avons raconté, dans noire chapitre XXIII, ce que le Cardinal Lambruschini avait répondu, par ordre de Pie IX, à la consultation de Mgr. Gignoux relative à la liturgie. Ce Prélat n'eut pas mieux demandé que d'exécuter de suite les volontés du Saint-Père et en même temps le décret qu'il avait signé au concile de Soissons ; mais il rencontrait de très-graves difficultés. Pour en triompher, il parla à plusieurs reprises, dans son synode de 1852, en faveur de la liturgie romaine, au sujet de laquelle il établit admirablement bien le droit et le

— 5J« — devoir. La lutte n'en continua pas moins dans son dio* eèse, et elle y revêtit de tels caractères qu'il nous est im« possible de les signaler.

Eoûn, le 8 décembre 1S56« Mgr. crut pouvoir en Gnir, et il luiblîa alors son Mandement de réforme. Il y corn* menée par dire à son peuple que cette mesure était depuis longtemps attendue et même vivement désirée par un grand nombre de prêtres et de Gdèles ; il rappelle ensuite les dis* cours qu'il avait prononcés en synode, et où il avait exposé les raisons qui le déterminaient à prendre le romain. Et d*abord, il y avait impossibilité absolue de rester dans le statu quo, à cause de la variété regrettable qui existait dans la célébration des saints offices où Ton suivait neuf rits différents. D'un autre coté, le Pape avait parlé, et ce motif de l'autorité était péremploire. Enfin, la liturgie romaine a les plus nobles caractères d'antiquité, d'universalité, d'immutabilité, de sûreté et de piété.

Après le développement de ces diverses considérations, Mgr. signale les compensations que le rit romain offrira à ses diocésains pour les dédommager du sacrifice qu'ils feront de certains usages introduits parmi eux dans la seconde moitié du dernier siècle, époque où le bréviaire et le missel de Beauvais, auparavant si semblables aux romains, furent transformés en une liturgie toute nouvelle. Il parle à ce propos du Propre diocésain très-abondant qu'il a obtenu. La sacrée Congrégation des Rites lui a accordé la conservation des usages auxquels les populations tiennent le plus: ainsi les deux processions de la Résurrection et des Fonts à Pâques,, le chant de la Généalogie à Noël et divers autres chants populaires.

Ensuite, Mgr. réfute une objection que quelques personnes regardent comme considérable; savoir que l'introduction de la liturgie^ romaine sera une cause de trouble et d'abandon des saints offices. Dieu ne permettra pas, dit-il, que son culte dépérisse quand on cherche à le mettre en harmonie avec le culte de l'Eglise romaine et de l'univers catholique.

Il cyoote : a On ne saurait sans injustice nous taxer de précipitation ou d'un entraînement irréfléchi; mais il est un autre reproche auquel, pour tout au monde, nous ne voudrions pas nous exposer, celui d'avoir manqué, par des délais désormais inutiles, aux intentions formellement exprimées du Souverain-Pontife. »

Nous avons cru devoir donner ces quelques détails sur les actes et sur le Mandement de Beauvais, parce que plusieurs de nos lecteurs se rappelleront qu'on leur a cité l'exemple de cette Eglise, et ils pourront se reconnaître aussi à certaines particularités que nous avons relevées en passant.

Mgr. de Beauvais termine par le dispositif, où il déclare qu'à partir de la Pentecôte de Tannée 1857, la liturgie romaine, avec le Propre approuvé, sera obligatoire dans tout son diocèse, et seule permise au préjudice de tous les autres rits, et même de tous les ofBces particuliers de patrons et autres, introduits dans diverses paroisses avec ou sans approbation épiscopale, lesquels tous sont et demeureront interdits.

Dans ce même Mandement, Mgr. de Beauvais se réservait encore de publier d'autres instructions relatives à la réforme liturgique. En conséquence, le 2 février 1857, il lançait une circulaire où, apr^ avoir pris l'avis d'une commission, il adoptait pour son diocèse le chant rémois. Ce qui Ta particulièrement déterminé à le choi^r, c'est le caractère ancien et par conséquent traditionnel qu'il présente. A son avis, dans l'Eglise, même en matière de chant, la règle la plus sûre et la plus sage est celle de la tradition. D'un autre côté, il a remarqué que ce chant est presque entièrement conforme à celui de la vieille liturgie de Beauvais. Quant à la longueur des neumes et à la valeur inégale des notes, que l'on objecte contre le chant de Reims* Mgr. est arrivé à cette conviction que l'inégalité de valeur dans les notes est le seul nioyen de donner au chant ecclésiastique lexpression qu'il doit avoir, et qu'il faut savoir gré à la commission de Reims de s'être affranchie du système vicieux wivi jusqu'à ce jour, en reproduisant les formules

~ 528 — > du chant gréfiçorien avec les nuances diverses qui paraissent les avoir toujours caractérisées dans le passé. Mgr. avait dit précédemment que le travail de cette commission, loin d'être une innovation, n'était au fond qu'une restauration plus ou moins complète de ce qui était autrefois.

Enfln, il arrive à la difficulté d'exécution. Ce point est capital, remarque-t-il, car, ainsi qu'on Ta dit avec beaucoup de raison, quel que soit le mérite intrinsèque du chant liturgique, si on ne rapprend qu'avec effort, si on ne l'interprète qu'à force d'art, il manque son but et il doit être rejeté. Heureusement rexpérience est venue prouver que le chant rémois ne comporte pas de grandes difficultés, que des chantres quelque peu exercés le rendent très-conve^ nablement, et, enfin, que, même dans les paroisses rurales, on se félicite de l'avoir adopté.

Mais quittons la province de Reims pour n'y plus revenir. Seulement nous allons trouver un de ses anciens Evoques sur un siège archiépiscopal.

III. Mgr. de Salinis avait été transféré en 1856 d'Amiens à AUCH. Cette dernière Eglise se trouvait encore alors en dehors de l'unité liturgique, quoique Aire et Tarbes, de sa province, lui eussent donné depuis longtemps l'exemple de la réforme et que Bayonne lui-même fut §ur le point de l'effectuer. Il est vrai que le concile d'Auch de 1851 n'avait exprimé qu'un simple vœu à cet égard.

Mais nous devions nous attendre à ce que Mgr. de Salinis, connu par le zèle vi'aiment romain dont il avait donné à Amiens des preuves convaincantes, ne laisserait pas longtemps sa nouvelle église dans un état anormal. Aussi le voyons-nous dès 1857, dans son premier synode, amener la question sur le tapis. Il fait là-dessus un discours magnifique, où, après avoir esquissé à grands traits l'histoire de la liturgie depuis l'origine de l'Eglise jusqu'à saint Pie V, il montre que l'entreprise du XVÏIP siècle pour refondre la liturgie en France fut profondément irrégulière; il en excuse seulement les auteurs, en remarquant qu'il, se fait qu^quefois dans les esprits de tout un pays des obscurités

qui sauvent la conscience; mais au moins faut-il avouer que ce fut une grande illusion. Le silence et la tolérance du Saint-Siège, ajoute-t-il, n'ont pas levé cette irrégularité; car, hélas! on était alors au temps des grosses querelles du jansénisme, des luîtes entre le Parlement et Tépiscopat, de l'invasion philosophique ; si le Saint-Siège eût pressé l'exécution de la loi de saint Pie V dans de pareilles conjonptures, son décret aurait échoué aux mêmes écueils que la loi elle-même ; on n'eut pas plus respecté l'un que l'autre. Etait-il plus facile au Saint-Siège de formuler sa volonté lors du Concordat? mais c^ Concordat lui-même souleva d'immenses difflcultès. — Nous allons donc renier nos Pères! — Au contraire, renouer avec eux. — Revenir à la barbarie! — Oui, mais à la barbarie admirable des Eglises gothiques. Savez-vous comment on avait orné la liturgie au XVIir siècle? de la même manière qu'on avait embelli notre cathédrale d'Auch, en lui accolant un portique sans nom.

Mgr. termine son discours synodal en annonçant que le Propre du diocèse est déjà à Rome. Quant au chant, Mgr. en abandonne le choix au synode lui-même ; celui-ci discute la question, et la majorité vote pour le chant de Digne de préférence au rémois. On adopte le Cérémonial-Levavasseur.

Voilà l'abrégé du compte-rendu fait par M. Bouix du synode d'Auch de 1857 au point de vue de la question liturgique. Mais, comme nous avons sous les yeux le Mémoire qui fut présenté à ce synode, le 21 septembre 1857, sur le choix d'une édition de livres de chant romain, nous croyons utile d'en dire un mot en passant.

Ce Mémoire avait été rédigé par M. Aloys Kunc, mailre de chapelle de la Métropole. Il y repoussait le chant de Reims, comme n'étant ni très-beau, ni approprié à notre temps; il voulait donc le chant grégorien abrégé. Mais lequel choisir? celui de Matines? non; ce chant, dit de Paul V, n'a pas été abrégé d'après les anciens manuscrits; celui du P. liimbillotte? pas davantage; il faut donc adopter

le chant qui a élé abrégé en France, U y a plua de deux siècles; ce chant fait d'ailleurs autorité, puisqu'il a été organisé par ordre des conciles provinciaux, agissant e& vertu du concile de Trente et servis par des artistes érainents. Mais parmi les éditions qui nous donnent le chant traditionnel en France, quelle est la meilleure? celle de Rennes? Le rhythme y manque, ainsi que l'inégalité des notes; on doit donc préférer l'édition de Digne, non pas cependant celle de 1847, ni même celle de 1853 quoique préférable à la première, maïs celle qui est annoncée comme devant bientôt paraître avec des améliorations pratiques et typographiques qui , sans en changer la nature, en feront le véritable chef-d'œuvre Uturgico-musical des temps modernes ea France.

« S'il fallait, disait M. A. Kunc en flnissant^ préciser le caractère des différentes éditions qui se disputent aujourd'hui le terrain, je dirais que l'édition de Matines est, tout aussi bien que celle de Paiil Y, un vrai squelette, -— celle du P. Lambillotte, une pitoyable contrefaçon de la musique nKKlerne, — celle de Reims et de Cambrai, une sorte de vêtement dont Tampleur démesurée dissimule mal les défauts de la personne qui le porte, — celle de Rennes, un véritable pendule qui, par sa rigueur, désespère l'auditeur et le chanteur, — et enfin, celle de Digne, un moyenterme sage et prudent entre le trop et le trop peu..., c'est la tradition ; t'est la sagesse de nos pères; — je dis le mot, tel que Ta dit un de nos vénérables Archevêques. »

Le synode d'Aueh ayant donc entendu le rapport cidessus, et la discussion qui eut lieu dans une Congrégation générale pour et contre le chant de Reims, d'une part, et le chant traditionnel en France, d'autre part, vota pour ce dernier à une immense majorité. Néanmoins, ce ne fut que le 16 novembre suivant que Mgr., de concert avec son Chapitre, prononça sur le choix de tel chant traditionnd enparticulier, en adoptant la future édition de Digne, exdusivement à toute autre.

Le Mémoire ci-dessus de M. Kunc, du 21 septembre

^. 531 — 4857, et le Choix du 16 noTembre suivant ont été publiés par ce musicien en janvier ld58, dans une petite brochure intitulée : Lé Plcdnrchcmt liturgiqtte dans l'archidiocèsé d'Auch. On a fait précéder ces deux pièces d'une courte Introduction, où on s'efforce de monirer, entre autres choses, que l'Eglise ne demande le chant grégorien pour ses ofGces que dans un sens large, et par oi)position au chant musical. Il est vrai, dit-^on, que Benoit XIV, dans sa Bulle de 1749, a parlé du chant élaboré par saint Grégoire, quem elaboraçit sanctus Gregorius, comme étant le chant de l'Elise; mais il est évident qn'en s'eiprimant de la sorte, il n'a pas eu en vue le chant lui-même de saint Gré^ goîre qui n était alors connu, chanté et apprécié nulle part, ni à Home ni ailleurs, maie du plain-chant en général dont l'origiiie est grégorienne, quoiqu'il ait été retouché selon les temps» Et c'esl dans le même sens, ajoute-l-on, qu'il faut entendre Pfe IX quand il dit dans son Bref du Vi no* v^tnbre 1856^ à Mgr. Parisis r « Nous savons combien vous désirez, V^ P., qa'on rétablisse dans les Eglises de France le chant ecclésiastique vulgair^ement appelé grégorien, ecclesiastimi , seu, ut vulgo didtwr, gregorianus cantus instauretur. »

Nous retrouverons encore M« A. Kunc quand nous ra^* conterons, dans notre Note sur le diant liturgique, ses dé* mêlés avec la commission de Toulouse. Disons seulement iei que M. Jules Bonhomme publia, le 12 mars 1858, une Lettre à tm curé de la province d'Auch à propos de ropuscnle de M. Kunc dont nous venons de parler. Dans cette lettre, Hk. Jules Bonhomme prenait tout naturellement la défense du chant rémois maltraité par M. Kunc. Sehm lai, M. Knnc attribuait trop généreusement au con* die de Trente une permission qu'il n'avait pas donnée, celle d'abréger le chant ou d'altérer les mélodies; il interprétait d'une manière trop incertaine le fameux passage qu'il avait emprunté au concile de Reims de 156ft pour en faire sa devise : Abbreçietur cantus quantum fieri poterit, quandd super unam syllabam aut dictionem plures sint

notulœ quàm par sit (nous verrons ailleurs que ce texte ne fait pas partie des décrets de ce concile); enfin, il se félicitait à tort d'appartenir à la classe des restaurateurs de plain-chant que Pie IX avait voulu encourager dans son Bref à Mgr. Parisis. Singulier restaurateur, en effet, que celui qui cherche à maintenir un chant altéré et mutilé! Au reste, Mgr. d'Ârras avait désigné assez clairement les restaurateurs qu1l avait en vue, et c'est à ceux-là que le Saint-Père s'adressait aussi, comme nous le dirons dans notre Note.

Les discussions dont nous venons de parler n'empêchèrent pas le chant de Digne de s'introniser à Auch avec la liturgie romaine. Nous n'avons trouvé, il est vrai, aucun Mandement relatif à l'introduction effective du romain dans ce diocèse; mais il n'y a pas lieu de douter que la chose n'ait été définitivement réglée dans le second synode tenu par Mgr. de Salinis en 1859. On lisait, en effet, dans le programme de ce synode les questions suivantes : LITUR- GIE; Adoption du Rituel romain; Confection d'un Propre du diocèse. D'un autre côté, le compte-rendu qui fut publié plus tard des actes.de ce synode portait que toutes ces questions avaient été résolues, et que Mgr. avait promulgué sur chacune d'elles une décision synodale. Comme nous n'avons pas pu nous procurer ces Ordonnances ou plutôt ces statuts, nous ne pouvons pas dire quelle époque on avait fixée pour l'adoption du romain dans le diocèse d'Auch; seulement nous sommes persuadé que tout était consommé avant la mort prématurée et très-regrettable de Mgr. de Salinis en 1860^ puisque Mgr. de Gonny comptait déjà en 1859 Auch au nombre des diocèses roumains. D'un . autre côté, on a pu remarquer l'excellent esprit du Chapitre d'Auch, quand il a dû pourvoir par l'élection au vicariat capitulaire pendant la vacance du siège. Ce sont véritablement les évoques qui font les diocèses, témoin deux fois Mgr. de Salinis.

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