CHAPITRE XXXVII
Aéoi^ioD dn romafii k Viviers, k Tonr*, k Meta et an Poy
I. Le 25 décembre 1857, Mgr. Delcusy, depuis peu évêque de VIVIERS, publia un Maodement par lequel il rendait la lilurgie romaine obligatoire dans sou diocèse pour le 1" janvier 1859, avec le chant de Digne. Mais c'est à soB prédécesseur dans le siège de Viviers qu'il faut attribuer la plus grande part dans cet acte de réforme; il Tavait préparé en effet, avant son élévation au siège archiépiscopal de Tours. Dès 184i5, Grégoire XVI avait manifesté à ce Prélat, présent à Rome, son désir de lui voir adopter le rit romain. Mgr. Guibert fut dès lors résolu à opérer ee changement, quand le nK)ment lui paraîtrait favorable. Il adhéra en conséquence au décret du concile d'Avignon sur la matière et il le promulgua dans son synode de 1851; il différa néanmoins de l'accomplir jusqu'en 185b, parce que, disait-il, dans l'administration d'un diocèse, on ne peut pas tout faire à ki fois. Mais, enfin, il jugea alors que le temps était venu de préparer les voies au changement liturgique. Il nomma donc une commission de prêtres pour recueillir le Propre, qu'il se réservait de présenter lui-même au Souverain-Pontife, dès qu'il pourrait faire un nouveau voyage à Rome; puis, il déclara adopter en principe la liturgie ro-' maine dans une circulaire à son clergé en date du 25 mars
Nous avons déjà cité, page kl de notre Entretien, un passage précieux de cette circulaire. Ce passage était suivi d'une autre phrase très-belle que nous allons rapporter ici. • Les vrais enfants de l'Eglise, disait Monseigneur, ne doivent jamais discuter les commandements et les vœux de la puissance souveraine. Placée au-dessus de nous, eUe
— 54* — voit l'ensemble des choses, lorsque nous n'apercevons qu'un seul point; assislcc de la lumière d'en haut, sa prévoyance s'élend dans l'avenir, tandis que nos vues courtes et incertaines sont circonscrites dans les bornes du temps présent. L'obéissance simple, filiale, qui s'abandonne avec une pleine confiance à la sagesse du Père commun et suprême pasteur de nos âmes doit être facile et douce au cœur du chrétien fidèle. Nous voulons toujours vous en donner l'exemple, assuré que la docilité parfaite envers le Saint- Siège apostolique attire les bénédictions du ciel et préserve de toutes les erreurs. »
II. Mais, comme nous l'avons déjà dit, Mgr. Guibert était appelé à gouverner l'Eglise de TOURS, avant qu'il eût pu terminer à Viviers Tœuvre de la réforme liturgique. Seulement il trouvait à Tours ce qu'il laissait à Viviers, c'est-àdire les préparatifs faits pour le retour au romain. En effet, le Cardinal Morlot, avant de passer à Paris en 1857, s'était occupé du Propre de Tours, et il l'avait lui-même porté à Rome pour être approuvé vers la fin de fannée 1856. Mgr. Guibert n'avait donc plus qu'à achever l'œuvre si J>ien commencée, et c'est ce qu'il fit le 15 février 1859, date du Mandement qui fixait au 1**' dimanche de TAvent suivant le rétablissement du romain dans le diocèse de Tours. Dans ce Mandement, Monseigneur disait aussi que son successeur à Viviers, s'était trouvé dans les mêmes conditions que lui, et qu'il avait déjà réalisé avant lui cette importante restauration.
Par le fait de Tours et de Viviers, deux provinces nouvelles étaient devenues entièrement romaines, celles de Tours et d'Avignon. Nous allons maintenant en aborder une autre, où il y avait beaucoup à faire, et où un seul diocèse jusqu'alors avait accepté la réforme. Nous voulons parler de la province de Besançon.
III. Après Saint-Dié, c'est METZ qui va rentrer dans l'unité liturgique romaine. Son Evêque, Mgr. Dupont des Loges, n'avait pas fait en vain le voyage de Rome en 1858. Pès le 3 mai 1859, il publiait un Mandement pour ordonner
— 545 ~ le rctablissemenl du rit romain dans son diocèse le 29 juin 1859, fêle des saints Apôlres.
Monseigneur racontait, dans ce Mandement, quelancien diocèse de Metz avait* déjà adopté, sous le Cardinal de Givry et par ordonnance synodale du 31 avril 4610, les livres de saint Pie V révisés par Clément VIII, mais le Cardinal de Montmorency leur avait substitué ceux de Paris le jour même de Pâques, k avril 1779.
Nous ajouterons à cela queliques renseignements sur le Propre de Metz. Nous les empruntons à une brochure de M. Aloys Kunc dont il sera question dans notre Note sur le chant. Le Propre de Metz, dit-il, a paru en 1859 sous ce titre : Messes et offices propres, et chants diçers partieuliers au diocèse de Metz, in-12 et in-folîo. L'in-folio forme une somme totale de Uk pages compactes.
La Messe de saint Félix, évêque de Metz, celle du B. Pierre de Luxembourg, et celle de saint Clément, premier évêque de -Metz, sont composées de Tanclen texte et de Tancien chant local religieusement conservés.
Dans le Propre du Vespéral, on remarque douze antiennes particulières quant au texte et à la mélodie, mais ce qui mérité surtout d'être signalé, ce sont les proses Fotis Pater annuit; Ad Jesum accurrite; Açe plena gratiâ; Solemnis hœc festivitas; Iné/uant justitiam; Ùaudii primordium et Sponsa Christi.
Le chant et le texte de ces proses y sont en tout conformes à la leçon du rit parisien. Ainsi, voilà sept proses accordées à Metz (non pas sans doute pour être chantées à Vêpres à la place des hymnes, car le parisien lui-même n'a pas cet usage, exclusivement propre à Besançon, mais pour servir apparemment, selon la coutume de Paris, au Salut de quelques grandes fêtes, et là seulement, non pas à la Messe).
Enfin terminons par dire que c'est le chant de Digne que Metz a adopté.
IV. Un autre diocèse encore prenait le romain pour l'Avent 1859, le diocèse du PUY. Nous avons parlé en son
temps de la nouvelle édilion qu'il avaii faite de sa liturgie particulière sous l'épiscopat de Mgr, de Bonald en i858« Mais le ooncile de la province» tenu à Clermont, avait porté un décret trop précJs pour qu'on pût l'oublier; il avait été d'ailleurs solennellement promulgué au Puy dans le synode de 1853; seulement^ comme le témoigne Mgr. de Morihon dans son Mandenient liturgique du l""' août 4859, il s'était rencontré des difficultés d'exécution qui n'avaient pas pu être écartées plus tôt. Enfin, à cette époque, grâce au concours aussi actif qu'éclairé du Chapitre et du sémi^ naire, Monseigneur avait pu soumettre à la sacrée Congrégation des Rites le Propre de son diocèse, et le moment était enfin arrivé, moment attendu, avec une légitime impatience, de** revenir à une liturgie que le diocèse avait prise à la fin du XVP siècle et n'avait perdue qu'à la fin du XVIIP sous Mgr. de Terraube. L'Evoque du Puy décidoit donc le 1^' août 1859 que la liturgie romaine était dès lors rétablie dans son diocèse, et qu'elle y serait obligatoire . le 1"*' dimanche d' A vent 1859. Il adoptait en même temps le chant du P. Lambillotte et le Cérémonial de l'abbé Falise.
Parmi les motifs qui ont déterminé Mgr. de Morihon à cette démarche importante, celui qui a fait le plus d'impression sur son esprit, « c'est le lien sacré que la liturgie romaine établit entre les Eglises particulières et l'Eglise mère et maîtresse ; lien d'où résulte une nouvelle force à cette loi d'unité qui est la gi*ande loi du christianisme et un des principaux caractères de l'Eglise de Jésus-Christ. » Monseigneur développe magnifiquement cette grande idée. Ne pouvant tout citer, nous rapporterons cependant l'alinéa suivant.
(x II est vrai que l'unité dé rEgli§.e ne détruit point la variété, pas plus que l'unité d'un arbre n'empêche qu'il y ait dans les fleurs et dans les fruits une certaine diversité. Cette variété pourra, suivant les temps, avoir des limites plus ou moins étendues. Ainsi, pour ce qui regarde la liturgie, l'autorité suprême qui régit l'Eglise a pu permettre ou tolérer» à d'autres époques, une plus grande diversité de
coutumes locales; c'est l'Esprit de Dieu, dont cette autorité est assistée, qui lui marque jusqu'où elle doit porter celle tolérance. Mais d'autres temps pourront venir où ce même Esprit fera éprowir à l'Eglise un besoin plus grand d'unité, et où, pour parer à des dangers nouveaux, il provoquera d4ms son sein wi énergique mouvement de concentration. Or, si nous considérons ce qui se passe soit au dedans soit au dehors de TEglise, nous pouvons dire, sans eraindre de nous tromper, .que nous vivons à une de ces époques où Tintérét de la cause de Dieu exige impérieusement que ses défenseurs oublient tout œ qui aurait pu auparavant les désunir, et opposent à leurs adversaires une ligne plus compacte, des rangs plus serrés. »
Comprendra*t*on enfiù partout ce besoin d*unité? Mgr. de Morlhon croyait que a le mouvement auquel obéissait TEglise catholique de nos jours était une heureuse révolution qui la rapprochait du principe de l'unité, et par conséquent de la source de la force. » Il nous semble à nous que les événements qui nous menacent, et que peutêtre l'admirable Pie IX avait prévus ou pressentis de loin, font plus que justifier l'insistance avec laquelle il a pressé tous les évéques français de se rattacher au Saint-Siège en toutes choses dans son Encyclique de 1855. Pourquoi, nous dira-l-on, s'est-il contenté de prier, de supplier, sans menacer ni frapper? Hélas! Notre-Seigneur lui-même ne se comparait-il pas à la poule qui, pressentant l'orage, crie et bal des ailes? qu'importent les coups de bec? Malheur aux poussins imprudents qui sont sourds aux prières de leur mère !