CHAPITRE XXXVm
Le romain est rétebll k Mende et k Contaneee eo IMO*
I. Mgr. de la Brunière, évoque de MENDE, avait Tait de nouvelles éditions de la liturgie propre à ce diocèse. En 1840 il avait publié le missel; le bréviaire avait été édité auparavant avec les corrections et additions jugées nécessaires. Quant au nouveau missel, on voit, dans le Mandement latin du 25 mars 1840 où iî était annoncé, qu'on y avait ajouté, entre autres choses, des Messes pour l'octave des saints apôtfes Pierre et Paul, pour le Rosaire, pour le Sacré-Cœur de Jésus, et une Messe votive à Thonneur de saint Privât.
Mgr. Foulquier, ayant succédé en 1849 à Mgr. de la Brunière, assista en 1850 au concile d*Âlbi et s'occupa aussitôt d'en exécuter le décret relatif à la liturgie. Déjà il l'avait réalisé en partie, à ce qu'il parait, en 1852 ; on lisait en effet dans YUnwers du 21 octobre 1852, que Mgr. de Mende venait d'annoncer à sa retraite pastorale qu'il célébrerait pontificalement les fêtes de Noël dans sa cathédrale suivant le Cérémonial romain. Qu'est-ce qui empêchait donc l'adoption immédiate et complète de toute la liturgie? La nécessité seule de préparer le Propre, ajoutait le journal, et l'on s'en occupait activement.
Mais cette question n'était pas de nature à être sitôt tranchée. Il ne s'agissait» de rien moins que de rechercher et de constater les vraies origines de l'Eglise de Mende. Avait-elle eu pour premier Evêque saint Sévérien, disciple de saint Martial, du l^' siècle par conséquent?
Or celte question devait paraître toute résolue par la tradition ancienne de l'Eglise de Mende qui, de temps immémorial, avait honoré ce saint sous ce titre jusqu'à la malheureuse époque de l'introduction du rit parisien à Mende
^ 549 — vers la fin du XVIII* siècle. Seulemenl, saint Sévérien n'avait pas été porté au Martyrologe romain de Grégoire XIII. Son nom cependant se lisait dans d'anciens Martyrologes au 25 janvier, et le bollandisle Rosweide était d*avis que l'on examinât s'il ne devrait pas être inséré dans une nouvelle édition du Martyrologe romain.
Du reste, la question de saint Sévérien, considérée dans toute son étendue, se rattachait a la grave controverse de l'origine du christianisme dans les Gaules; il s'agissait de savoir si Ton devait encore renvoyer jusqu'au troisième siècle la fondation de la plupart de nos Eglises, selon Topinion que la critique du dernier siècle avait fait prévaloir parmi nous.
Or il est peu croyable, d'une part, que |^s Apôtres ou leurs premiers disciples, qui sont allés jusqu'aux Indes et qui surtout ont établi une chrétienté dans la Grande Bretagne au deuxième siècle, aient laissé sans prédicateurs la plus grande partie des Gaules; d'un autre côté, le Martyrologe romain, même révisé par Benoit XIV, ne craint pas de placer au V siècle un grand nombre des apôtres ou des premiers évéques des Gaules. Ainsi, par exemple, il donne pour -évoque à Marseille saint Lazare ressuscité par Notre- Seigneur, à Aix saint Maximin qvs Von dit disciple du Seigneur, à Arles saint Trophimc envoyé par saint Paul, à Narbonnc saint Paul disciple des apôtres que l'on dit être le proconsul baptisé par saint Paul, à Vienne saint Crescent disciple de saint Paul, puis saint Martin disciple des apôtres, et saint Zacharie martyr sovs Trajan, à Trêves saint Euchaire, saint Valère et saint Materne, tous trois disciples de saint Pierre, à Reims saint Sixte disciple de saint Pierre, à Chàlons-sur-Marne saint Memmie envoyé par saint Pierre, au Mans saint Julien envoyé aussi par saint Pierre, à Périgueux saint Front ordonné par saint Pierre, lequel avait pour compagnon le prêtre Georges (l'apôtre du Velay). On lit aussi dans ce Martyrologe que saint Ursin de Bourges avait été ordonné par les successeurs des apôtres, saint Eutrope de Saintes ordonné
et enm/é par saint Clément, sdint Snintin dt Mt^nx diseipk de saint Denys, saint Nigaise de Rouen contem* porain de Mint Denys; Tapôlre de Beauvais saint Lucien, que Baronius donne pour i"*' évéque de eette ville , avait aussi été envoyé ai>ec saint Denys. On croit en outre que le Pontife romain qui enç<yya les saints Sa^nien et Pùtentien à Sens n'était autre que saint Pierre.
On pourrait ajouter à tous ces hommes apostoliques, nonseulement saint Martial de Limoges dont nous parlerons tout à rheure, mais encore saint Ruf d'Avignon que Lubin met au nombre des soixante-douze disciples, et saint Mansuy de Toul qu'il fait disciple de saint Pierre. Quant au second siècle, personne n'ignore qu'il faut y ranger, après les saints Pothyi et Irénée de Lyon, les ewoyés de ce dernier à Valence et à Besançon, c'est-à-dire les saints Félix» Fortunat et Achillée , et les saints Ferréol et Ferj^ux , sans compter l'apôtre de Ghàlons-sur^Saône saint Marcel martyr sous Antonin, ceux d'Autun, les saints Andoche et Thyrse, envoyés par saint Polycarpe et martyrs,. celui de Dijon saint Bénigne envoyé par le même et martyr soits Marc- Aurhle, celui du Vivarais saint Andéol enwyé par le même et martyr sous Sévère. Lubin place aussi au second siècle révéque saint Maur de Verdun et les saints évéqœs de Metz Félix et Patient, successeurs de saint Clément qui aurait fondé par conséquent cette Eglise au premier siècle; on trouve oe dernier fêté par Met2 comme son premier évéque, quoiqu'il ne soit pas au Martyrologe romain. Ce Martyrologe place ensuite au troisième siècle les suivants: saint Catien de Tours ordonné par Fabien, saint Saturnin de Toulouse emoyé du temps de Dèce, saint Mellon de Rouen ordonné par le Pape saint Etienne, et saint Pérégrin d'Auxerre envoyé par le Pape Sixte (à moins qu*î! ne s'agisse de saint Sixte I mort en 127). D. Rivet dit que saint Genulpbe de Cahors fut aussi envoyé par saint Sixte II en 257.
Le Martyrologe romain donne encore pour premier évéque d'Auvergne saint AusVremoine, sans autre indication; mais
la sacrée Congrégation des Rites n'a pas hésité* à ce qu'il parait, de le placer au premier siècle, avec d'autres saints de nos contrées qui ne sont pas même au Martyrologe romain, tels que saint Clair premier évéque de Nantes, saint Laluin ou Lain premier évéque de Séez, saint Flour pre* micr évéque de Lodève, etc. Quant à l'apostolat de saint Martial au premier siècle, indépendamment des jugements prononcés au moyen-àge en sa faveur, Benoit XIV lui^ n)éme n'hésitait pas à dire a qu'il avait été envoyé dans les Gaules par saint Pierre et qu'il avait formé à la piété chré^ tienne les peuples de Limoges, de Toulouse, de Bordeaux, de Cahors et les autres placés entre le Rhône et l'Océan » ce qui lui a fait donner le titre d'apôtre de l' Aquitaine. Le 8 avril 185Ï, la^sacrée Congrégation des Rites a maiuitenu le privilège qu'avait l'Eglise de Limoges d'honorer du litre d'npôlre saint Martial, son premier évéque. Ce décret a été confirmé le 18 mai suivant par Pie IX. (Revue Bouix, numéro d'août 1861, article de M. l'abbé Brun).
Mais en admettant celte base, comment ne pas recon^ naître que saint Sévérien, que toute la tradition donne pour disi^iple à saint Martial et désigne comme évéque de Mende, remonte au premier siècle. C'est aussi ce qu'on a proclamé dans le Propre de Mende que Mgr. Foulquier a porté lui** même et fait approuver à Rome en 1858. Cela fait, rien n empêchait plus ce Prélat de réaliser son désir de rétablir le romain; aussi a4-il publié le 16 juillet 1859 un Mandement qui rendait cette liturgie obligatoire dans son diocèse pour le 1" janvier 1860. On dit que c'est le chànt*Lambillotic qui a été choisi pour ce diocèse.
Ceux qui voudront étudier plus à fond la question des origines des Eglises des Gaules, notamment en ce qui re. garde saint Martial et saint Sévérien, n'auront qu'à lire les écrits qui ont paru sur cette matière, celui de l'abbé Arbellot sur saint Martial, et ceux des abbés Pascal et Charbonnel sur l'Eglise de Mende, à quoi ils pourront ajouter^ les articles du P. Gaydou sur ce dernier point dans les numéros de Y Univers des 10, 24 et 31 octobre 1855.
II. Le second diocèse qui a pris la liturgie romaine eo 1860 est celui de COUT ANGES. Dès les premiers jours de son épiscopat, Mgr. Daniel, sacré en 1855, s'était fait un devoir de soumettre au Saint-Père les doutes et les obstacles qu'il rencontrait par rapport à la question liturgique, et Pie IX l'avait paternellement invité à rétablir dans son diocèse la liturgie romaine; mais, le diocèse n'y étant pas encore suffisamment préparé alors, il fallait attendre! Enfin, Monseigneur put mettre résolument la main à l'œuvre. Le Propre fut envoyé à Rome en 1859, approuvé le 7 juillet de la même année, et enfin, le 8 décembre suivant/ Monseigneur publia un Mandement qui obligeait à suivre le Bréviaire et le Missel romains dans le diocèse à partir de la fête de la Sainte-Trinité 1860.
On trouve, dans ce Mandement, des pensées sur l'unité et les variétés permises en liturgie assez semblables à celles de Monseigneur du Puy ; nous ne les répéterons pas, mais nous signalerons un des motifs que Mgr. Daniel a fait ressortir pour engager à prendre le romain ; c'est un motif de cœur et non de raison. « N'est-ce pds, s'écrie- t-il, qtiand le Père commun est éprotiçé par la tribulation, quand des enfants indociles et ingrats s'unissent à l'ennemi pour lever contre lui Vétendard de la rébellion, que dois^ent particulièrement éclater les sentiments, qui remplissent nos cosurs? Ah ! puissent nos respectueux hommages et notre empressement à déférer à ses désirs et à ses vœux apporter quelques compensations à ses peines, quelque adoucissement à ses douleurs! »
Monseigneur termine en disant à ses prêtres qu'il compte sans réserve sur leur bon esprit et leur zèle sacerdotal pour faire un filial accueil à la liturgie romaine. « Vous ne reculerez, leur dit-il, devant aucun des sacrifices personnels, modérés du reste, qui seront la conséquence du changement de liturgie. Vous vous appliquerez de grand cœur à faire comprendre et goûter aux populations les réformes annoncées, si bien que l'antique et sainte liturgie soit une excitation de plus à la piété, un moyen de plus de contri-
buer au' triomphe de la religion et à la sanctiQcation des âmes. Tous ensemble, nous accomplirons avec joie la volonté de Dieu, en nous conformant à celle de notre bienaimé Père Pie IX. »
Nous avons déjà parlé ailleurs des décrets d*approbation et d'extension de culte portés par la sacrée Congrégation des Rites, sur la demande de Mgr. Daniel, en faveur du B. Thomas Hélye, prêtre de Biville. Nous n'y reviendrons pas.