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CHAPITRE XLIII

Suite de la eontroverse Utai^que au dioeèse de depuis t860 Jusqu'à nos Jours.

Nous nous sommes arrêté, dans notre chapitre xxxiv, au mois de mai i860, au moment où allait paraître notre Etude liturgique préliminaire. Il ne nous appartient pas de juger ce livre, où nous avons traité du Droit liturgique et, subsidiairement , de plusieurs questions canoniques aussi remarquables par leur actualité que par leur importance; mais le rôle d'historien que nous remplissons aujourd'hui nous oblige de dire que notre ouvrage n'était pas encore publié que déjà il se trouvait Condamné comme pamphlet, et nous-méme déclaré exclu à cause de lui de la mission diocésaine* par jugement sommaire, sans avertissement ni procès préalable. Il ne pouvait nous convenir d'accepter sans réplique une sentence aussi peu conforme aux constitutions de notre communauté qu'aux règles générales du droit canonique; c'est pourquoi, tout en nous soumettant de fait à la peine que l'on nous infligeait et en sortant de la maison pour nous soustraire aux menaces que l'on flt bientôt d'amer contre nous si nous persistions à y demeurer, nous avons cru devoir recourir à Rome pour qu'elle jugeât en dernier ressort notre livre et notre personne. Cela nous a donné lieu de publier, en juillet 18(>0, un nouvel écri) intitulé : Explications de l'auteur des Etudes liturgiques. On peut considérer cette brochure tout à la fois comme un Mémoire où nous établissions les faits de notre cause, et un plaidoyer où nous la débattions d'après les principes du droit en vue de la faire triompher. Voici, du reste, les idées mères de ce petit opuscule, développées dans autant de paragraphes.

I. Motife de ma sortie d'Ecole. II. Gravité de mon affaire. * IjiL Esprit et règles de l'Eglise en matière de correction. IV. Du droit de reconrs. V. Mes espérances. VI. Comment l'Eglise entend que l'on traite les écrivains catholiques. VII. Appendice sur la nécessité- de l'api^'obation épîsco* pale. Nous croyons pouvoir affirmer aujourd'hui, comme alors, que ces Explications, quoique rédigées en vue d'un intérêt personnel , renferment des principes et des conclusions d'une grande importance, et qui intéressent tout le monde.

Mais, pendantique notre afiEaire était portée au tribunal suprême, et presque aà moment même où nous composions nos Explications pour nous servir de défense tant à Rome que dans notre propre pays, on voyait arriver dans le dliocèse une p^ite dissertation latine intitulée : De liturgiis galliœ à Romanâ di\?ersis. C'était la cinquième partie du Traite de M. Bouix De Jure litwrgico. Diverses considérations avaient empêché ce canoniste de la publier avec le reste de son ouvrage; mais enfin, pressé par un illustre Cardinal de ne pas la tenir cadiée plus longtemps, il venait de ia mettre au jour. Nous nous empressâmes de la signaler et même de l'analyser dans une petite note de nos Explications, page k9 et 50. L'obligation pour tous les prêtres français de prendre de suite le romain, au moins dans l'usage privé, y était assez nettement formulée pour que ceux de nos compatriotes^ que nos Etudes n'avaient pu convaincre, éprouvassent de grandes inquiétudes de conscience au sujet de l'usage qu'ils continuaient à faire du rit bisontin. Aussi savons-oous de source certaine que des prêtres de notre diocèse prirent le parti de consulter des personnes haut placées, sur la conduite qu'ils avaient à tenir cbns les circonstances. Une réponse à leur adresse, en date du 2S juillet, et qui peut passer pour une dissertation dans la matière, ne tarda pas à devenir publique mu moyen de copies qui s'en répandireatde tous eôiés. Sa conclusion était qu'm conscience les consultants pouvaient, et même devaient, pour le bon ordre et pour l'exemple^

attendre, pour prendre le Bréviaire et le Missel romains, Tordonnance de leur Evêque.

Nous n'ajouterons pas que, dans cette pièce, il y avait certains compliments peu flatteurs à l'adresse de ceux qui avaient pris ou &it prendre le romain avant l'ordre de leur Evéque; on Ifô représentait, en effet, comme des rebelles qui avaient levé l'étendard de la révolte contre l'autorité épiscopale, ce qui était un malheur et un scandale pour les fidèles.

Quel devait être le résultat d'une pareille publication? d'augmenter les divisions au lieu de les diminuer, et d'échauffer les disputes au lieu de les étandre, parce que les tenants du bisontinisme liturgique s empressèrent tout naturellement de s'en prévaloir, d'une part, pour s'affermir dans leurs faux principes, de l'autre, pour nous jeter l'insulte à la figure.

Il n'est donc pas étonnant, qu'accusé d'erreur et.de rébellion scandaleuse, nous ayons songé à nous défendre et à rejeter sur la tète de nos agresseurs, non pas l'injure qu'ils nous adressaient bien gratuitement, mais le reproche d'erreur qu'ils osaient élever contre nous. Nous aurions pu, à l'imitation de nos adversaires de 1856, réfuter d'un seul mot le témoignage qui nous était opposé, en disaht comme eux : De quoi se mêle M. un tel? et qu'a-t-il à voir daos nos affaires? nous l'aurions pu avec d'autant plus de raison que l'on n'osait pas même donner à son improbation le caractère de publicité o^)?cie2Ze que revêtirent, en 1856, les approbations contraires de trois de nos Prélats; mais, comme une réplique de cette espèce nous eut paru plutôt une défaite qu'une victoire, une fin de non recevoir sans profit réel qu'une démonstration concluante, nous avons mieux aimé appréhender au corps notre critique pour faire paraître à tous les yeux la faiblesse et le vice de son argumentation.

Nous avons donc publié en janvier 1861 notre Entretien sur la nécessité d'adopter le rit romain. Mais comme nous ne pouvions nous jeter de prime-saut dans la discussion

GocJgle

d'une thèse de détail qui devait être résolue d'après des principes plus généraux, et comme, d'un autre côté, il nous paraissait utile de répondre à toutes les objections de nos adversaires, même non comprises dans la pièce que nous réfutions, afin de leur ôter tout prétexte de ne pas pratiquer nos conclusions, nous avons cru devoir faire entrer dans notre Entretien bien des choses qui allaient à notre but, et nous sommes parvenu de cette façon à y développer le canevas suivant qui en est comme la Table des matières.

« L'obligation de réciter l'office divin vient de la volonté de l'Eglise. — On ne peut satisfaire à cette obligation qu'en recitant un office canonique. — Le bréviaire de Besançon n'est pas canonique. — Ce bréviaire ne peut plus prétendre à jouir du privilège accordé par saint Pie V. — Il n'est pas devenu légitime par la coutume qui s'est introduite de le réciter depuis un certain temps. — En récitant ce bréviaire indûment remanié, on ne satisfait pas au devoir de l'office et on viole la loi de \ Index, — Le Saint-Père ne nous a accordé aucune dispense pour continuer à dire le bisontin. — Nous ne sommes pas obligés d'attendre l'ordre ou d'avoir la permission de notre Evêque pour prendre le romain. — Nous ne désobéissons pas à notre Evêque en le prenant. — Au contraire, nous obéissons au Pape. — Il n'y a plus lieu de s'appuyer sur l'épikéïe pour suivre encore le rit bisontin. — Ce qu'il faut penser du scandale donné par les partisans et les promoteurs de la réforme liturgique. — Qu'il est souverainement opportun et nécessaire d'adopter maintenant la liturgie romaine. »

A peine, notre Entretien avait-il paru , qu'un de nos amis nous vint en aide pour combattre plus directement encore la pièce malheureuse que nous venons de signaler. Nous voulons parler de M. le chanoine Thiébaud et de sa Profession de foi liturgique. Il n'entre pas dans notre plan de rapporter tout ce qu'il y a de piquant et de remarquable dans celle brochure, mais Ton nous permettra sans doute de citer in extenso ce que le Monde

disait à sa louange comme à la nôtre dans son numéro du 1" février 1861. M. Léon Gautier, après avoir parlé, dans cet article» de l'ouvrage de M. de Conny sur la liturgie de Lyon, s'exprimait comme il suit : « Mais Lyon n'est pas le seul boulevard en France qui résiste encore aux conquêtes de la liturgie romaine. Il y a Besançon; il y a la liturgie bisontine dont la résistance est cél^rre. Cependant Rome laisse voir assez clairement quel prix elle attache à l'adoption de ses rites; pourquoi cette résistance conlinue-t-elle à attrister l'Eglise? Remercions du moins ceux qui ont raisonné en faveur de l'Eglise romaine, ceux qui, comme l'abbé J. -F. Bergier, dans son Entretien, et avec M. l'abbé Thiébaud dans sa Profession de foi liturgique, ont loyalement et énergiquement attaqué les bisontins, et défendu, avec la liturgie de la mère-Eglise, les principes sacrés de l'autorité et de l'unité. »

En parlant de la sorte, M. Léon Gautier s'était assez mis en garde, ce semble, contre le danger des personnalités; cependant, comme si l'on eût craint qu'il fût accusé d'attribuer cette résistance à l'autorité qui régit les Eglises retardataires, on se hâtait le 2 février, de retirer et de désavouer tout ce qui, dans l'article de la veille, avait pu autoriser cette interprétation. M. Léon Gautier, disait-on, avait voulu simplement « exprimer les regrets que lai causaient les écrits par lesquels on cherchait à accroître et à fortifier les obstacles qui empêchent l'autorité de rétablir dans ces diocèses la liturgie romaine, et les sympathies que lui inspiraient les écrivains qui travaillent au contraire à les aplanir, d

Nous remercions bien sincèrement M. Léqn Gautier de la bonne volonté qu'il a montrée à notre égard; d'autres rechercheront peut-être à qui il faut attribuer la responsabilité de la résistance qu'il a accusée. A Lyon, il est vrai« on a attaqué Mgr. de Conny, pour accroître et fortifier les obstacles qui empêchent le Cardinal de Bonald d'arriver au romain; ^1lais, dans le diocèse de Besançon, jusqu'au moment où M. Léon Gautier .composait son article,

personne n'avait encore imprimé quoi que ce soit pour réfuter nos ouvrages; les dissertations, les protestations, les lettres t dont nous avons signalé Texistence dans le cours de notre histoire j, tout était demeuré noanuscrit jus* qu'alors; ce n'est qu'en septembre i861, qu'on s'est hasardé enfin à nous insulter dans la presse, $ous le voile précieux de l'anonyme, comme nous le dirons toutàl'hcure*

Signalons auparavant un publiciste dont l'attention dé* licate nous a singulièrement touché. Le rédacteur de la Correspondance de Rome disait, le 2 mars 1861 , dans son numéro i33 ; « Nous recommandons à nos lecteurs un opuscule trè^-agréable sur un sujet très*important et très* sérieux : Entretien sur la nécessité d'adopter le rit ro^ main. Paris, Giraud, rue Saint-Sulpice, 20. L'auteur défend une cause gagnée; mais sa thèse sera toujours opportune tant qu'un seul diocèse de France ne sera pas revenu au rite de l'Eglise-mère et maîtresse. On sait que l'auteur a déjà publié sur te même siyef : l"* Etudes liturgiques... T Explications intéressantes de l'auteur des Etudes UlwrgiqVfes. » Ce petit fait que nous enregistrons avec plaisir, montre qu'au moins nous avons quelques amis à Rome aussi bien qu'à Paris,

Pour ce qui regarde l'état de notre affaire avec le Car* dînai Archevêque de Besançon, nous l'avons assez expliqué dans un nouveau Mémoire que nous avons publié au uhms d'août lS6i sous le titre de Nouilles Explioatiovis. Là nous avons affirmé et nous répétons ici, pour le tenir de source certaine, que Rome a accueilli notre recours; qu'elle s'en est de suite activement occupée; qu'après avoir attendu, puis examiné l'exposé des motifs sur lesquels on appuyait la mesure prise à notre égard , elle les a trouvés futiles; qu'ainsi^ reconnaissant notre innocence, elle a pris une décision qui nest nullement contre nous; que le Saint- Père lui-même a envisagé notre affaire de manière à ne nous laisser aucun sujet d'inquiétude; qu'enfin, par deux fois déjà, cet admirable Père a demandé à qui de droit notre réintégration à Ecole. Voilà ce que nous avons appris

— MO — par des voies aussi légitimes que sûres. D'où vient donc que nous en sommes encore à attendre justice? Est^^ que quand Rome a parlé, la cause n'est pas flnie? Hélas! loin d'entrer dans la voie indiquée par elle, après avoir reçu . sa seconde letlre, on nous faisait dire d'enlever nos meubles d'Ecole et d'évacuer entièrement la maison. Sachant ce que nous savions, pouvions-nous acquiescer à un ordre de cette espèce? Ne devions-nous pas au contraire le regarder comme non-avenu? El, pour couper court à tout scandale pouvant provenir de notre résistance passive à cette notification connue, n'étions-nous pas forcé de rendre également publics les motife de notre conduite dans la circonstance? On voit par là que, si nous nous sommes enfin décidé, après avoir gardé plus d'un an le silence sur la décision de Rome à notre égard, à publier nos Nouvelles Explications^ nous avons cédé à la plus dure de toutes les contraintes, et lorsqu'il ne nous restait aucun autre moyen de sauvegarder nos droits et notre honneur.

Qu'est-il arrivé cependant? un journaliste, le même qui avait déblatéré, un mois durant, contre nos amis en i8S7, (voir cbap. xxxiv), a de nouveau trempé sa plume dans le fiel, et dans quatre longs articles qui ont paru successivement les lï, 16, 34 septembre et 2 octobre 1861, il a pris à tâche de nous insulter, épuisant contre nous tout le vocabulaire des injures, et nous représentant à ses lecteurs et à tout le public avide de nouvelles comme le monstre le plus abominable. Il n'a pas consacré moins de quatorze grandes colonnes dans sa feuille tri-hebdomadaire à déverser sur nous l'outrage, le sarcasme et le ridicule.

Nous avons répondu à ses trois premiers articles, à mesure qu'ils ont paru, dans notre Première et Deuxième Lettre à M. J. Michel; mais nous avons en^vain réclamé l'insertion de Cette double défense dans les colonnes de Y Union franccomtoise; le rédacteur de celte feuille, loin de consentir à nous rendre la justice qu'il nous devait comme homme d'honneur, comme français et comme chrétien, a continué au contraire son œuvre de dénigrement contre nous, en

— SOI — publiant le 2 octobre un nouvel article dans le goût des précédents. Nous avons donc composé une Troisième Lettre à son adresse ; mais, lorsque nous étions sur le poii\t de la faire imprimer, diverses considérations nous firent surseoir à sa publication; enfin, nous la donnons aujourd'hui, telle que nous l'avons rédigée en octobre, pour notre pleine justification (voir Note 0 à la fin du volume).

On remarquera sans doule, dans notre Troisième lettre à M. J. Michel, Tbommage que nous rendions à nos confrères de la mission; nous ajouterons aujourd'hui que leur conduite n'a pas démenti nos espérances, et que Ton a dû renoncer à invoquer tardivement leur intervention dans une affaire où il aurait fallu commencer par eux et non par le pur arbitraire. Tel est donc l'état actuel des choses; nos meubles sont toujours à Ecole , et nous continuons à y aller de temps en temps, autant pour le besoin de nos publications que pour maintenir nos droits acquis. Pourrait-on le trouver mauvais? et, surtout, en vouloir à d'autres pour une faute qui nous est tout-à-fait personnelle , et dont nous endossons hautement toute la responsabilité.

Mais la question des personnes nous a fait perdre de vue celle des doctrines; revenons à celle-ci, et disons ce qui s'est passé à cet égard dans notre diocèse en ces derniers temps. Nous ayons raconté précédemment comme quoi, en Tan de grâce 1860, on avait fait circuler parmi nous un manuscrit où les droits de la liturgie romaine se trouvaient aussi méconnus que les actes de ses partisans et de ses promoteurs y étaient mal appréciés; eh bien ! malgré le triste sort fait à cette pièce malencontreuse, un nouvel essai du même genre a été tenté en i861 ; des docunients nouveaux, émanés, dit-on, d'une source respectable, ont circulé parmi le clergé. Comme ils étaient de nature à entraver l'œuvre salutaire de la réforme liturgique qui gagnait tous les jours , nous avons dû les réfuter encore, et nous y avons consacré dix pages de nos Nou{?elles Explications, de la page 31 k kl. Nos critiques ont eu le bon esprit de sauter à pieds joints sur cet endroit de notre ouvrage.

— kOi —

De son eôté, M. Tabbé Maire avait remis la maia à la plume pour continuer ToduVre qu'il avait si bien commencée en 1856. Sa nouvelle brochure est intitulée : La Liturgie romaine et la conscience. Dans cet écrit, non content de rappeler les règles du droit liturgique et de développer les conséquences fâcheuses qui résultent de leur violation pour les prélres et pour les fidèles, il examine dans le plus grand détail les prétextes sur lesquels on s'appuie pour ne pas observer la loi, et il en montre toute la futilité; il va beaucoup plus loin; parlant des prêtres, il cherche à leur faire comprendre combien leur retard personnel à prendre le rit romain les rend non-seulement coupables mais complices et responsables des délais que le diocèse lui-même met à l'adopter; s*occupant ensuite des futurs ordinands, il leur montre qu*ils ne pourraient, en sûreté de conscience « aller au sous-diaconat sans la volonté bien arrêtée de réciter le Bréviaire romain que TEglise y impose; enfin, il ne laisse à personne la ressource de se fausser la conscience au moyen de consultations aussi inutiles que peu rassurantes, attendu la qualité des conseillers auxquelles on s'adresse.

Cet écrit, où la question liturgique pratique était résolue jusque dans ses plus petits détails, et pour tous les diocèses retardataires, quel qu'y pii^t être Tétat des choses et des personnes, ne pouvait manquer de produire parmi nous une vive émotion; il fallait ou l'écouter ou le réfuter. C'est ce dernier parti qui a été adopté par un auteur dont nous regrettons de ne pas connaître officiellement le nom. Il y a tout lieu de croire que cet écrivain occupe une position à responsabilité, attendu le reproche qu'il adressait à M. Maire d'en être dépourvu, et de s'ingérer sans mission dans le ministère soi-disant réservé de la casuistique; comme s'il fallait être évéque ou curé pour écrire sur la théologie ! De plus, notre anonyme avait des entrées de faveur au bureau de V Union franc-comtoise, puisque cette feuille se hâta d'insérer en entier son opuscule dans son numéro du 1^ septembre. Cette insertion était accompagnée de compliment. M. J. Michel recommandait récrit

qu'il insérait en le représentant comme une réponse pi* quante, pleine de sens et de raison, à la brochure de M. Maire, qui n'avait gardé, disait-il, dans celte publication comme dans les précédentes, aucune mesure à Tégard de l'autorité diocésaine, et avait pris, comme il fallait s'y attendre, le ton tranchant des modernes docteurs. Le simple mot que nous avons dit des Ohserçations anonymes au chapitre xxxii de cette histoire, nous paraît suffisant pour montrer le mauvais esprit qui y règne au point de vue des principes; au reste, chacun pourra conBuUer làdessus la réfutation détaillée que M. Maire en a faite, et où il a relevé de main de maître les procédés odieux -de son adversaire, ainsi que ses erreurs de fait et de doctrine.

Nous . ne citerons de cet écrit que le passage suivant : « J'ai montré, dit M. Maire, aux prêtres mes confrères, les moyens efficaces d'aider un évêque dans l'accomplisse* ment de son devoir; je les ai renseignés de mon mieux sur les ressources que leur position leur fournit pour satisfaire dans des circonstances difficiles aux exigences de leur conscience et à l'obéissance première qui est due au Vicaire de Jésus-Christ; je les ai engagés à considérer ce qu'attendent d'eux les intérêts de leur diocèse, le salut des âmes, l'accord entre confrères, la sécurité même de ceux qui ont été fidèles les premiers; et je les ai exhortés à penser sérieusement à leur responsabilité devant Dieu... J'ai parlé aux jeunes lévites du besoin de puiser à des sources pures pour s'instruire des sciences théologiques, de la nécessité d'aimer de coeur les doctrines du représentant du divin Maître et des espérances que l'Eglise fonde sur leur dévouement, leur courage et leur abnégation; je les ai entretenus de désintéressement, de vraie piété, de délicatesse de conscience et surtout je leur ai recommandé, dans la grande affaire de leurs obligations envers la sainte Eglise, de ne pas imiter les banqueroutiers frauduleux qui contractent l'engagement

de payer, tout en ayant l'intention de ne pas le faire

Enfin, j'ai partout rappelé les vrais princij>es: parlout j'ai déduit les conclusions pratiques propres à donner une solu-

— kOk — lion consciencieuse el légitime à des difQcuIlés graves et pendantes; et Tanonyme n'a opposé aucun principe contraire, il n'a contredit aucune de mes conclusions, et il s'est contenté de dire à tous mes confrères, inquiets et tourmentés, comme on dit aux habitants du cimetière : Demeurez en paix, requiescant in pace.

» Mais, monsieur l'anonyme, le bon sens public et surtout la conscience éclairée de nos bons prêtres ne prendront jamais vos plaisanteries pour une réfutation. Vous aurez beau répéter que je me nourris de flel et que je ne suis qu'un loup; (d'abord), on vous demandera si, peur oser tne qualifier ainsi, vous avez des prétentions à tenir dans vos mains la houlette pastorale et à écrire sur votre chapeau : a C'est moi qui suis Guillot, pasteur de ce troupeau; » (après cela) on suivra mes raisonnements, on vérifiera mes citations, et Ton restera convaincu que celui qui vise à la logiqtte (comme vous me faites l'honneur de me le reprocher) l'atteint plus facilement que celui qui la dédaigne, et qu'il est plus sûr de s'en rapporter à celui qui expose franchement sa thèse et la raisonne avec calme qu'à celui qui se fâche et qui insulte. j>

Enfin, M. Maire termine sa Réponse aux observations, en disant qu'il n'y a, dans les diocèses où l'initiative de l'Evéque ferait défaut, qu'une seule solution possible à la question de la réforme liturgique, savoir que les prêtres qui ne sont pas encore au romain suivent le mouvement commencé par leurs confrères; car évidemment ce n'est pas à ceux-ci de revenir en arrière, sous prétexte de rétablir dans le clergé l'unité et la paix; cest aux autres de les rejoindre. « Marchez donc, leur dit alors notre respectable ami; et, plus votre mouvement s'étendra, plus il rendra impossibles les vexations isolées; plus il assurera la paix et l'union; plus même il servira votre chef particulier; car, après être resté quelque temps à l'arrière-garde, il. comprendra qu'il doit aller reprendre sa place au centre ou à la tête de son corps. — (Et vous), respectable fiuionynie, usez, croyez-moi, de votre influence pour amener la solu-

tioQ (de toute la question par l'initiative de l'Evéque); sinon, cessez de continuer les tristes efforts que vous avez essayés pour arrêter la mise en pratique de Tautre solution, parce qu'évidemment vous nuisez aux intérêts de TEglise, à la soumission due au Saint-Siège, au bien spirituel des peuples, au soulagement des âmes du purgatoire, à la paix des consciences, et particulièrement à T union et à la concorde dans un diocèse que vous devez aimer.

« Mais, si vous vous obstinez à continuer votre œuvre d'opposition à ce qui est Tunique condition de salut de ce diocèse..., gardez soigneusement votre masque, et soyez bien convaincu que, pour l'honneur de la religion et du corps ecclésiastique (auquel vous appartenez peut-être), je tiens plus à vous le maintenir qu'à vous le soulever. »

C'est en septembre 1861 que M. Maire publiait cette réplique vigoureuse à laquelle personne n'a répondu; quelques semaines après, nous reprenions la plume à notre tour, et, dans huit pages pleines, nous adressions un petit mot aux prêtres bisontins, résumant en quelques lignes toute la question liturgique pratique, montrant qu'elle doit être résolue par le droit papal tout seul, aux dépens du droit épiscopal lui-même coutumier ou autre, ajoutant que nulle dispense de la Bulle de saint Pie Y n'existe pour nous, et signalant enfin une parole remarquable d'un de nos Evêques français sur la manière d'entendre et de pratiquer les règles hiérarehiqties. C'était un moyen de justifier notre conduite romaine; cependant, nous ne rappelons ici ce petit opuscule, que parce que nous avons appris tout récemment qu'un prêtre de notre connaissance avait prétendu le réfuter, et qu'il avait composé dans cette vue une lettre à notre adresse, laquelle s'est arrêtée en beau chemin, en sorte que nous n'avons eu ni l'honneur de la recevoir ni le plaisir de la lire. Mais, si nous avons été bien informé, on nous y reprochait d'avoir insulté les prêtres bisontins, en les prenant pour des gueux ou des imbécilles (sic); pour des imbécilles, si nous les supposions bêtes à ignorer ce que nous écrivions à leur adresse ; pour des gueux , si , les

croyant ÎDsiruite, nous les jugions capables de manquer à leur devoir, li est clair qu'un reproche de celle espèce peut s'adresser à tout écrivain et orateur sacré; pourquoi, en effet, les paroissiens du digne Curé que nous avons en vue ne lui diraieni*ils pas, lorsqu'il descend de chaire après leur avoir prêché leurs obligations : Mais, monsieur le Curé, vous nous insultez; vous nous prenez pour des gueux ou des imbécillcs, quand vous vous mêlez de nous sermonner, comme si nous ignorions ou violions nos devoirs? Assez donc de cette objection ridicule ! Seulement, son auteur saura que si, pressés par quelque dilemme, nous nous croyions réduits à choisir comme lui entre les deux choses dont il se plaint si fort> nous aimerions mieux passer pour un nigaud que pour un coquin*

Mais d*où vient que, pour la seconde fois, un Aristarque nous écrit sans nous écrire? D'où vient surtout qu'il ose se vanter publiquement de l'avoir fait, quand il ne Ta pas osé ? pour triompher sans doute du silence que nous aiirîoQS gardé à son endroit! Est-ce loyal? et cepeadant, cette foisci comme Taulre, un respectable confrère, qui avait lu la lettre composée à notre adresse, nous demandait avec ingé- ,nuilé si nous avions rqiondu. Soit dit en passant, nous préférons à ces faiseurs d'avortons les braves qui nous envoient par la poste, à nous directement, leurs insultes écrites, même sous le voile de l'anonyme; au moins ceuxci ne se glorifient-ils pas tout haut de leurs ekefs-d'cBuvre, puisqu'ils s'efforcent tant , quoique en ^ain , de contrefaire leur écriture. 11 faut espérer que le jour viendra où nous ferons justice de cette hypocrisie.

Voilà donc où en est arrivée une portion, heureusement petite, de ce clergé si renommé jadis pour ses lumières ei pour ses vertus- Faudrait-il croire que le P, Lacordaire l'a définie, lorsqu'il a dit : « Le plus bas des sentiments , la peur, devieni l'àme de ce peuple. Vhypocrisie se glisse derrière la peur pour la diminuer, V adulation pour la dissimuler. Entre ces trois vices qui s'invitent et se justifient l'un par l'autre, les cœurs s'avilissent, les caractères tombent;

il ne reste debout que ta servitude, el de certnin que le mépris? n Au moins est -il eerlain que l'on voit régner quelque part une autre plaie, que nous avons signalée déjà avec Mgr. de Toulouse dans notre chapitre xxxix, le cancan substitué au droit comme règle des consciences. Ici, nous laisserons parler M. Thiébaud à notre place.

Dans ta dernière brochure quMl a fait paraître en janvier <862 sous ce titre : Crise now^elle du bisontinisme ag<h nimnt; brochure où il a voulu réfuter, phrase par phrase, toutes les assertions du document que nous avions attaqué dans nos Pfowelles explications; brochure où il nous parait «'être surpassé tui*même, et où nous voulons surtout qu'on Kse les paragraphes n, ix,xii, xiv,elc.; dans celte brochure, disons-nous, on trouve la peinture vivante de ce qui se passe parmi nous. Ecoutons : a Au commencement du mois, on omis certifiait que le nouveau travail de TArchevêque de Besançon était envoyé à Rome depuis longtemps. . . Au milieu du mois, les nouvellistes habituels colportaient rassurance que. jamais Besançon n'abandonnerait sa propriité liturgique... Svif hi fin du mois, un curé de canton affirmait avoir lu, de ses yeux lu, une lettre par laquelle Pie IX auterisait Son Eminence à conserver notre statu quo liturgique aussi longtemps que cela lui plairait. La se- OMine passée, il n'était bruii que du retour à Besançon de notre Propre diocésain, mais non revêtu d*approbation... Avant'^iier, les facteurs du dit^on distribuaient ta dépêche que, pour en finir, le Pape, cédant aux instances de Mgr. MaiMeu, avait enfin autorisé une édition bisontine... Hier, le bruit courait que le Propre diocésain avait été une seconde (bis expédié à Rome... Ce matin, on proclamait emphatiquement qu'aussitôt après le reUnir du Propre ap* prouvé, il y aurait fulmination d'une ordonnance archiépiseopale avec pièces écrasantes contre l'outrageante impatience des romains. ., tune vid^mnt in quem transfixerunt. Aujourd'hui^ on propage la nouvelle que Mgr. consacre à composer notre Propre teus les instants que lui laissent ses graiides occQpatMos administratives... nocte ac die adlabo*

rantes. Ce soir, certains messagers de renom disaient, d*ua air assez désappointé : A quoi bon pécher si longtemps el se fatiguer pendant des nuits entières, puisqu'on ne prend toujours rien, et nihil cepimvs? Nous ne pouvons pas prévoir ce qu'on dira demain, et encore moins ce qu'on pourra dire après-demain ; mais, assurément, ce sera un cancan de plus, comme celui d'aujourd'hui qui contredit tous les précédents... Au milieu de cette bagarre de bavardages, les claqueurs gagés, toujours prêts à applaudir, excusent timidement nos lenteurs liturgiques (à raison du chant grammontin qu'il s'agit d'adopter); mais, disent-ils, enfin on va aboutir à une œuvre parfaite ; encore un peu de patience! » Il nous semble que notre respectable ami a oublié, dans son catalogue des cancans diocésains celui qui se rattache à la Retraite future, la grande retraite de tout le clergé, réunion solennelle que l'on a eu soin de bl^n ménager lorsqu'on a renoncé à l'assemblée, trop mesquine peut-être, de 1861. Ne verra-t-on pas, en effet, réuni en 1862 nos douze cents prêtres au lieu de cent et quelques qui s'inscrivaient chaque année; c'est ce que nous apprendra un prochain avenir. Nous n'en devons pas moins gémir avec notre ami de voir un clergé instruit et consciencieux se laisser daminer par les capricieuses causeries de quslquss désoeuçrés , et diriger par l'influence des cancans, oâi lieu de remonter à la source de l'autorité, pour former sa conscience d'âpre les principes du droit. Quelle est donc la cause de cette aberration? Nolreami la trouve dans le régime de l'arbitraire et dans le mystère qui entoure tous ses actes; l'impuissance de les prévoir, puisqu'ils ne sont conformes à aucune règle écrite, et cependant le besoin de les savoir, puisqu'ils intéressent nécessairement les prêtres et les fidèles, font que l'on cherche de toutes manières à les pénétrer; et tel est le faible propre de la nature humaine que, dèsque quelqu'un se pose en oracle pour les annoncer, on l'écoute avec avidité; les cœurs simples et les esprits flottants semblent d'abord n'ac* cueillir qu'avec réserve et méfiance la parole de ces devins; mais, gagnés par l'insistance de la réclame, dès qu'ils y

— W9 — trouvent quelque sympathie avec leurs goûts personnels, ife la prennent pour règle de leur conduite et ils s'endorment tranquillement dans rirrégularilé.

Signalons maintenant la conclusion finale de M. Tlûébaud : Le Bréviaire romain est obligatoire (pour nous) sous peine de péché morld« Si cette conclusion est vraie , ajout&-l-il, il fout Faccepter et lui rendre hommage. Si elle est fausse, elle doit être réfutée; et il faut qu'elle le soit victorieusement , non par des personnalités injurieuses , ni par des pamphlets anonymes, mais par des raisons claifes, solides et péremptoires , parce que , si nous nous trompons, notre ^reur est d'autant plus grave qu'elle a son infihienee de séduction au milieu de nous. Il y aurait trois moyens de nous réfuter.

Ce serait d'abord d'accepter l'obligeance des savants qui, depuis si longtemps, offrent leur plume et mettent leur science littéraire au service du particularisme bisontin....

Ce serait ensuite que l'autorité diocésaine s'expliquât frandiement et établit ses conclusions Ihéologiques contradictoirement aux nôtres ( par voie de censure doctrinale , sans doute).

Ce serait enfin d'Abtenir du Saint-Siège, non un simple récépissé de poUtesse flatteuse, sur un sujet quelconque étranger à la question, mais une parole qui désapprouve formellanent notre doctrine liturgique, et qui condamne la discipline que nous avons adoptée... Un seul mot (de ce genre) nous^suffîra. »

Ici se termine notre Histoire de la contriH^erse et de la réforme liturgiques en France au XIX^ siècle. Nous espérons qu'après l'avoir lue, on s'expliquera un peu mieux la fermeté de nos convictions, si toutefois on continue encore à ne pas comprendre la raison de nos publications, il devrait cependant sembler tout naturel qu'un homme, profmdément convaincu et consciencieux, montrât quelque zèle et ne reculât pas, pour l'exercer, devant la crainte de cca*tains incoavénients. Le zèle n'est-il pas courageux de sa nature? redoute*t-il même de se dévouer? non; il affronte

hardiment tous les périls et ne compte jamais avec la prudence de la chair qui tue : prudentia camis, mars est. Nous avions dit, tout en commmençant : credidi, propter quod locutus sum; nous le répétons aujourd'hui, seulement nous avons droit d'ajouter avec le pro(diète royal : ego fLutem humiliatus sum nimis. Mais le même personnage inspiré a écrit ailleurs : Bonum mihi quia humiliâsti me, ut discam justificationes tuas.

Nous devons prévenir aussi nos lecteurs qu'il a paru en i8S9 une petite brochure de M. Tabbé Jouve, intitulée : Du Mouvement liturgiqv^e en France au XIX^ siècle. On pourrait croire, au titre de cet écrit, que M. Jouve nous a précédé dans la carriière que nous venons de parcourir; mais il suffit d'ouvrir son opuscule pour reconnaître que nous avons dû bien peu lui emprunter. Que trouve-t-on en effet dans son ouvrage? D'abord sept ou huit pages de citations de D. Guéranger et de M. Dulac; ensuite, à peu près autant, de détails sur les bigarrures de rits différents qui existaient après le Concordat dans les diocèses de Gap, de Périgueux, de Nevers, de Langres, d'Avignon et de Valence; six, contenant la nomenclature des douze Eglises de France restées romaines, de vingt-neuf acquises au parisien et de trente-huit autres en possession de rils particuliers; cinq, où l'on signalait, d'après M. Dulac, les onze diocèses qui avaient repris le romain de 1859 à 1848; enfin, devx^ où Ton ne faisait qu'énumérer les autres Eglises qui les avaient imités depuis. Seulement, nous dirons à cette occasion que M. Jouve n'a pas assez distingué les simples promesses d'avec les faits; ce qui nous à le plus amusé à cet égard, c'a été d'apprendre que Besançon était réellement au romain depuis 1857.

Tel est l'abrégé de l'écrit de M. Jouve, relativement à l'histoire de la réforme liturgique; le reste de son opuscule traite du chant en particulier; nous avons signalé quelques extraits de celte partie dans notre Note sur le chant litur^ gique.

Ayant donc terminé notre Histoire de la eontroçer$e et

de la réforme liturgiques en France au XIX^ siècle, nous plaçons cet ouvrage sous la protection du Dieu toutpuissant, pour la gloire duquel nous Tavons entrepris, et nous le soumettons humblement à la censure de l'Eglise et de son chef, le Vicaire de Jésus-Christ sur terre, Tadmirable Pie IX. Qu'il plaise au Seigneur bénir nos efforts, et faire comprendre, à tous ceux qui ont hésité jusqu'ici à reprendre la liturgie romaine, qu'après tant de magnifiques exemples de soumission et de dévouement donnés depuis vingt ans par TEpiscopat et le clergé français presque entiers, il n'y a ni religion ni gloire à rester indéfiniment en dehors de celte unité liturgique qui touche de si près à l'unité de la foi, et qui constitue tout au moins un des points principaux de l'unité de discipline. Legem credendi statuât lex supplicandi. Unus Dominus, una fides, unum baptisma.

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