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sonat di-a-pa- son.
Mais nous avons promis, dans le cours de noire histoire, de rendre compte de certaines discussions que la question du chant liturgique a soulevées dans ces derniers temps. Commençons par le Mémoire que la nouvelle commission de Digne a publié en juin 4859 pour faire connaître son œuvre. On lit, dans la préface de ce mémoire intitulé : Le Chant romain de Digne, que Mgr. Meirieu, évoque de celte ville, résolut, le 15 février 1858, de donner à son diocèse une édition aussi correcte et aussi pure que possible des livres de chant, en y faisant entrer toutes les améliorations pratiques exigées par l'érudition moderne. Avant de rendre compte de ces améliorations, la commission traite d'exagération manifeste la prétention que le chant doive être , de nos jours encore, celui de
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ntioi Grégoire loi-même. Rome, en effet, dous donnerait Texemple de reprendre ce chant, si on devait y revenir; or, il n*en est rien, au contraire; d*ailleni*s, le concile de Trente eet là, et c'est d'après ses décrets qu'on a réformé le chant en France au XVll* siècle. Il est vrai que Ton a cru le moment favorable pour reproduire les mélodies attribuées à saint Grégoire; mais Tessai fait à Reiras d'une restauration archéologique du chant n'a inspiré aucun regret à la commission de Digne ; elle n'en a pas moins persisté à maintenir et à éditer le chant traditionnel en France. Il n'y a eu, selon elle, en dehors de ces deux systèmes de restauration, que des expédients. Quant aux améliorations qu'elle a introduites, elle les explique en détail, et il faut avouer qu'elles sont réelles; M. J. Bonhomme lui-même a reconnu, dans cette édition de Digne terminée en 4860, un progrès véritable sur les deux précédentes, sur la première surtout quin'était, à vrai dire, que la reproduction de Dijon.
Le P. Dufour, au contraire, dans deux Lettres à M. Petit, supérieur du grand séminaire de Verdun, avait critiqué la Commission de Digne à propos des notes brèves qu'elle a introduites dans ses nouveaux livres (il y traitait en général de l'emploi et de l'existenoe de celte espèce de notes dans le chant grégorien). La Commission de Digne lui répondit, en septembre 4 859, par une brochure intitulée : Le P. Dufour et les nouveaux livres de chant romain de Dignes Elle s'appliquait surtout dans cet écrit à justifier les notes brèves qu'elle a employées dans les séries descendantes ou dans les clitnaques. Parlant du P. Lambillotte et du P. Dufour, qui ne sont ni pour l'archaïsme ni pour la tradition , elle les qualIBe de fantaisistes.
Une troisième brochure de la même Commission avait pour but
. de réfuter un écrit venu de Toulouse. Nous avons déjà dit, dans noire histoire, que Toulouse avait entrepris d'adapter son chant de 4772 aux paroles de la liturgie romaine. Pendant qu'une Commission s'occupait de ce travail , M. Aloys Kunc, maître de chapelle de la métropole d'Auch, présenta à Mgr. Desprez, Archevêque de Toulouse, en février 4860, un petit Mémoire où ce projet était critiqué. Et d'abord M. Kunc réfutait trois motifs sur lesquels on pouvait s'appuyer pour conserver à Toulouse le plain-cbant local, copié assez servilement du parisien , quand il n'en était pas une mauvaise imitation. 4*' motif: le chant toulousain est plus beau que le romain ; «• motif : il faut respecter les habitudes
• musicales du diocèse; 3* motif : Rome laisse toute liberté dans la question du plain-chant. Lés hommes compétents, disait M. Kunc, sont unanimes à condamner les plains-chants introduite on France
au siècle dernkr ; il est donc impossible de croire- à la beauté supérieure du chant toulousain. Quant à conserver ce chant, ajoutait- il , par respect pour les habitudes des fidèles^ c'est absoment comme si Ton voulait continuer à proscrire d*une ville les chefis-d'œuvre de Ruben&et de Raphaël, parce que, depuis vingt ans, par exemple, le peuple y serait habitué aux caricatures du Charivari. On parle d'habitudes ; mais si elles ne sont pas bonnes, doit-on les respecter? Toulouse a-t-il eu le même scrupule, il y a quatre-vingts ans? Pour ce qui regarde Rome, elle laisse, sans doute, une certaine liberté par rapport au chant iflurgiqae; mais elle n'autorise et n'approuve point ce que l'art vraiment religieux condamne et flétrit depuis un siècle avec une si remarquable persévérance.
Malgré tout cela, M. Kunc ne condamnait pas le projet toulousain d'une manière absolue. Il demandait bien qu'on adoptât purement et simplement à Toulouse le chant romain dans le corps du Graduel et de l'Ântiphonaire , mais il consentait à ce qu'on insérât dans le Propre du diocèse tout ce qui méritait sérieusement d'être conservé, texte et chant simultanément. De cette manière, disait-il, l'art serait satisfait; le principe de l'unité ne serait point brisé, et les habitudes locales seraient respectées dans ce qu'elles ont de respectable. Il ajoutait qu'à Metz on avait procédé ainsi. Nous en avons parlé en son lieu.
Après ces considérations sur le projet toulousain, envisagé au point de vue de la théorie, M. Eunc, arrivant à l'examen de la méthode que Ton avait réellement suivie dans l'exécution , ne pouvait s empêcher de laisser échapper de sa poitrine un cri de protestation énergique. Quels ravages, s'écriait-il, dans le chant delà liturgie! quelles-mutiUitions! quel arbitraire !... On veut conserver le chant de Toulouse; mais, au lieu de tenir parole, on en fabrique littéralement un autre qui ne sera ni romain ni toulousain. M. Kunc donne alors quelques spécimens du travail de la Commission toulousaine , dont certaines compositions méritent le nom d'hybrides; il va même jusqu'à dire , en se résumant dans ses conclusions , que l'entreprise de Toulouse ne conservera rien de ce qu'elle 46vait conserver, et conservera ce qu'elle*aurait dû anéantir. ^
Il ajoute que l'on a pu se diviser dans ces derniers temps sur le point de départ de la restauration du chant grégorien. Les uns ont pcr désirer la vraie , l'antique phrase musicale de saint Grégoire. Les autres ont pu lui préférer ta phrase musicale d'une tradition qui remonte au Concile de Trente. 11 y a dans ces deux opinioBs un critérium : le respect des monuments. Mais quel res-
peci, quel critérium y a-t-il dans la future édition de Toulouse? aucun.
M. Kunc finissait par espérer, il croyait même avec certitude que Toulouse, qui avait imprimé en 47?(9 des livres de chant romain à son usage , remettrait en honoeur ce travail de ses ancêtres, travail reproduit note pour note dans les livres de Digne, sauf quelques améliorations pratiques introduites dans ceux-ci. Eh bien ! cet espoir ne s*est pas réalisé; mais n'est-ce pas le cas de dire avec M. Eunc que, si a Ton doit être indulgent envers les diocèses qui , âÊkïs le premier enthousiasme, ont pu se tromper eu choisissant tel ou tel chant liturgique , les diocèses en retard , qui ont eu tout le loisir de pro6ter de l'expérience des autres, seraient impitoyablement jugés par V histoire, qui a été si justement sévère à Tendroit des réformations liturgiques françaises du XVIII* siècle? »
Tel était le Mémoire de M. Kunc. M. J. Bonhomme Ta signalé dans la Bevue-houix^ au numéro de novembre 4 864 , et il a adopté le jugement de cet auteur, au point de dire que tout, dans Tœuvre toulousaine^ est en opposition avec le progrès admis de nos jo^rs.
Mais la Commission -de Toulouse elle-même avait une tout autre idée de ses travaux. Au lieu d'y renoncer, elle parvint à les faire accepter ; bien plus , un de ses membres , M. Tabbé Ferai, crut pouvoir, après six mois de réflexion , opposer au Mémoire manuscrit et confidentiel de M. Runc , une brochure publique intitulée : Le chant du diocèse de Toulouse vengé de ses ennemis.
Ce procédé parut fort étrange à M. Eunc, et avec d'autant plus de raison que son critique lui semblait avoir dénaturé ses observations et même calomnié sa personne. Il fut donc obligé de publier son Mémoire le 40 octobre 4860, en le faisant précéder d'une Préface très-courte à l'adresse de M. Ferai , où il relevait l'étrangeté de sa conduite et les principales inexactitudes de son livre. Seulement, il s'abstenait d'entrer en lice avec son adversaire, parce que le nouveau chant toulousain, définitivement adopté, était à la veille d'être mis en vente, et que son but, à lui, n'était point d'attaquer mais de se défendre.
Mais, à' défaut de M. Kunc, la Commission de Digne réfuta cet écrit, où son propre travail était maltraité aussi. Elle y signale d'abord une haine implacable contre la liturgie de Rome. « On ne s'en cache pas, dit-elle ; on proclame tout haut que Ton se résigne à subir le romain, comme on subit Vinvasion du choléra, c'Sst-àdire le plus tard possible, et l'on peut logiquement ajouter le moins possible. On veut au moins conserver le chant local comme un éternel souvenir de protestation 1 Peu importe que l'arrangement
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de ce cbant produise une œuvre singulière, bizarre, etc. d Nous n'entrerons pas dans le compte-rendu de la Lettre elle-même, datée de Digne le % octobre 1860 ; il nous suffira d'en rappQ|ter le commencement.
« Monsieur PÂbbé ,
t Si jamais publication doit étonner le monde musical, c'est assurément votre brochure. Tout ce que la science enseigne, vous le niez ; tout ce que les artistes religieux vénèrent , vous le poursuivez de vos mépris. Vous n'admirez qu'une chose, c'est le chant toulousain , que vous, avez retaillé pour en affubler le texte de la liturgie romaine.
» Pour exalter votre œuvre personnelle, il vous a fallu traîner dans la boue le chant romain , qui , à vos yeux , est sans noblesse, sans élévation, sans génie. Triste ressource , M. l'Abbé ! Flétrir ce qu'il y a de plus beau dans l'art chrétien , aller jusqu'à dire que le chant romain est ATROCE , et qu'il est la BARBARIE dans le chant de nos églises , n'est-ce pas donner un démenti à tous les siècles , à toute l'histoire , à tous les savants , à tous les artistes dignes de ce nom? N'est-ce pas tuer d'avance votre édition de plain-chant ?
» Notre but, M. l'Abbé, n'est point d'entreprendre une réfutataUon de votre brochure. On ne réfute que des choses sérieuses... Mais, comme tous avez jugé convenable d'attaquer le chant romain traditionnel en France que nous avons religieusement reproduit, ne trouvez pas mauvais que nous relevions ce que vous dites de notre travail. » Ici, la Commissiop de Digne répond à quelques critiques de détail que nous croyons inutile de signaler; disons seulement que Toulouse, voulant conserver son chant na/tona/, aurait au moins aussi bien réussi en reprenant son chant de 1759 semblable à celui de Digne, que celui qui y avait été substitué en
La querelle engagée entre Digne et Toulouse finit en novembre 4860. La Commission toulousaine déclara alors qu'elle était com* plètement étrangère à la publication de la brochure de M. Ferai, qui n'était pas son œuvre. Son œuvre à elle, c'était le chant luimême. Elle avait, dit-elle, un mandat à remplir, et elle s'en est acquittée avec conscience et générosité. Une fois ces explications données, elle se renferme dans le silence, et elle le gardera pour divers motifs, ceux-ci entre autres qu'elle ne veut d'autre juge de son travail que le clergé du diocèse pour lequel il a été fait, et que, l'autorité compétente ayant parlé , toute discussion devient inutile.
Cette déclaration, toutefois, n'empêcha pas an des membres de la Commission de remettre encore la main à la plume pour défendre le. cbant de Toulouse. Nous voulons parler de M. Gariben, curé tie Lagardelle, dont l'ouvrage intitulé : Raison du chant gai" lican consente à Toulouse , et appréciation des différents plainschants, ne fut annoncé et mis en vente "que le 4 5 mars 1864, quoiqu'il porte la date du 43 décembre 4860. Nous n'avons pas lu ce factum, mais on voit dans la réponse qu'y fit M. Kunc, k âO mai 4 864 ^ sous ce titre : Le plain-chant romain et le nouveau chant liturgiqtAe de Touloitse , que M. Cariben ne voulait pas se donner pour un Achille, ni prononcer le terrible quos ego de ^ep* tune, mais ressembler à un bon campagnard qui, sans sortir de ses gonds, converse tout débonnairement et serait désolé d*avoir fait gémir des adversaires. Cependant M. Cariben n'en était pas moins une étoile, quoique la moins radieose ou la plus obscure des cinq qui composaient la brillante constellation de Toulouse. Déjà quelques années auparavant, cet Abbé avait publié une Méthode de plain-chant louée, disait-il, par les connaisseurs, et où Ton pouvait voir de splendides faux^urdons ou contre-poinU appliqués au chant des hymnes et des psaumes, ce qui en faisait un Mozart en fait d'harmonie comme en toute autre chose relative à la musique; il venait dès lors, en homme compétent, défendre le nouveau chant de Toulouse contre les objections indigènes et exotiques.
M. Kunc, après avoir ainsi dépeint son adversaire d'après ses propres données, et remarqué qu'il lui faudrait un énorme volome pour réfuter une à une les erreurs de détail de son factwn, tant il en est plein , réduit les principales assertions de cet écrit à quatre thèses qu'il discute.
I* M. Cariben prétendait que le chant de saint Grégoire était perdu ; que, depuis le saint Concile de Trente, le Saint-Sîége luimême n*avait fait que donner aux églises Texemple de fabriqœr de nouveaux livres de chant; que Pie IX, en recommandant an Cardinal de Besançon d'adopter le chant grégorien, n'avait voulu parler que d'un chant quelconque fait d'après le système de saint Grégoire. 11 ajoutait en conséquence que Toulouse avait fort bien pu conserver son chant, aussi grégorien et plus beau que les autres. — Il n'était pas difficile à M. Kunc de réfuter ces paradoxes.
2° M. Cariben déclarait qu'on avait eu raison de n'adopter à Toulouse aucune des éditions de chant romain actuellement en usage en Franco, celle de Reims •étant trop archéologue ^ celle dn P. Lambillotte ne contenant ni lô chant des manuscrits ni celui des
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Imprimés, et toutes les autres à peu près ayant pris pour typé celle de Paul V.
M. KUDC montre toute la fausseté 4e cette dernière assertion. Pauvre Commission de Toulouse ! s'écrie-t-il à ce propos , elle ne veut pas passer pour un comité de vieux imbécilles, et, par une inconcevable fatalité, deux de ses membres ont tout fait au monde, sans y être Cùntrcûnls, pour rendre cette grossière injure vraisem^ blable! M. Kunc montre en particulier que son adversaire a attaqué Tédilion de Digne sans la connaître. Quant à celle de Dijon, il ne veut pas qu*on la méprise, approuvée qu'elle a été par l'un de nos plus savants évéques , Mgr. Parisis. Mais cette raison de M. Kunc a-t-elle quelque valeur, depuis que Mgr. Parisis a re-^ nonce aux livres de Dijon pour ceux de Reims? Nous n'avons pas à défendre Tédition dn P. Lambillotte , assez sainement jugée; mais nous n'acceptons pas les idée^ de M. Kunc sur celle de Reims. Cet auteur, en effet, tout en relevant les erreurs commises par M. Gariben sur ce point par défaut de science archéologique ^ dé-^ ciare que de graves motifs s'opposeront toujours chez nous au triomphe définitif du «ystème rémois, savoir qu'il tend à immo^ biliser le chant liturgique comme s'il s'agissait d'un dogme ; qu'il veut faire revivre un fiiit musical dont les manuscrits nous offrent la lettre, mais dont on a perdu V esprit depufs bien des siècles ; qu'il appelle tradition la source de la traîdlition et oublie que, comme on Ta si bien dit, la tradition n'est complète et vraie pour nous que si nous reconnaissons tous les affluents qui , d'âge en âge, en ont alimenté et grossi le fleuve jusqu'à nos jours; enfin, qu'en voulant remplacer en France le chant romain , qui y a été réglé à la suite du Concile de Trente par nos synodes provinciaux et par tout l'épiscopat français , il ne tient aucun compte d'une œuvre d'autant plus vénérable qu'elle a été collective, et d'autant plus sacrée qu'elle a été entreprise en vertu des pouvoirs que le Concile œcuménique avait confiés à l'Ëpiscopat. Ces arguments de M. KuQo, nous le répétons, ne nous convainquent pas ; et d abord ce n'est pas comme dogme que nous réclamons le chant de saint Grégoire, mais comme oeuvre d'art reconnue excellente. Cette œuvre existe; nous en avons la lettre, on l'avoue; pourquoi désespérer d'en retrouver Vesprit? Quant aux affluents qui sont venus plus Uird grossir le fleuve grégorien , est-ce que nous les repoussons? pas le moins du monde; nous admettons *au contraire toutes les formules qui ont été ajoutées au texte de la liturgie romaine depuis saint Grégoire , et par conséquent aussi le chant qui leur a été adapté ; enfin , n'est-ce pas se foire illusion que d'attribuer à ia réforme du chant opérée au XYIl* siècle le carac*^
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tare d^aaiorité et d'universalité qu'on lui reconnaît ? Quels sont donc les Conciles provinciaux, qui ont exécuté cette réforme? Cette œuvre n'est ni sacrée, comme on le dit, ni vénérable parce qu'elle aurait été faite collectivement ; l'histoire est là pour prouver le contraire.
La troisième thèse combattue par M. Kunc roulait sur les défauts du chant romain. M. Cariben y trouvait un ton catafcdccU; il lui reprochait de n'être que la répétition interminable d'une m^me modulation ; le Vespéral surtout lui paraissait le produit de quelque génie épuisé. Quel ton expéditif, s*écriait-il, plus que syllabique, et presque recto tono! donc catafalcal. D'un autre côté, c^est toiyours la même messe pour les morts y pour les cinq derniers dimanches après la Pentecôte, pour la sainte Vierge, etc.; donc pauvreté désespérante.
M. KuQC repousse ces idées injurieuses pour le phant romain; il déclare à M. Cariben, qui ne brillait pas, il faut l'avouer, quoique étoile, par le bon goût, que le chant grégorien sera toujours, malgré SOS abréviations du XYIP siècle, à cent coudées au-dessus du chant parisien, soit pur, soit retaillé à Toulouse; enfin, il s'étonne que son adversaire n*ait pas même dit un mot de la décision si nette du Congrès du plain>chant. contre tout travail semblable à celui de Toulouse.
Nous passons sous silence la quatrième thèse, où se trouvaient condensées les injures adressées à M. Kunc, pour arriver à la conclusion de cet auteur. Il dit donc à M. Cariben : « En cherchant à parer vos coups, M. l'Abbé, je puis vous avoir ble^; mais à qui la faute? Pouvais-je vous laisser anéantir ma réputation d'artiste, si modeste qu'elle soit, sans protester avec énergie?
dYous vous prévaudrez sans doute de votre caractère sacré; vous direz bien haut que j'ai méconnu dans la lutte le respect que je lui dois. Mais, à mon tour, je dirai aussi, bien haut, que vous n'avez pas le droit d'exiger des autres ce que vous leur refusez. Combattez avec des armes courtoises, et je mettrai des ménagements dans la polémique ; respectez- vous vous-même et je vous respecterai. Vous êtes prêtre ; montrez-le par vos actes et par vos paroles; mais, en fait d'art, sachez que je ne connais d'autres prêtres que les artistes. Etes-vous artiste. Monsieur l'abbé? faites-le voir autrement que par des invectives et des injures.
» En un Tnot, relisez votre attaque, et vous verrez qu'elle méritait ma réponse, o
Nous laisserons là M. Kunc ed disant avec M. J. Bonhomme qu'il se fit remarquer au Congrès du plain-chant par un a exposé calme et lucide de ses théories sur le rhythme du plain-chant; •
mais notis ne tenDÎnerons pas cette Note sans signaler une hto^ chare anonyme, écrite en vue de justifier le choix que Ton avait fait à Aire du chant de Digne en 4860. Cet écrit porte le titre modeste de Catéchisme du plain-chant; mais l'auteur était-il assez savant pour composer un ouvrage de cette espèce? C'est ce que nous allons voir.
Notre catéchiste commence par affirmer que le plain-chant . est le chant obligatoire de la liturgie de l'Eglise obcidentale. — Passons.
Il distingue ensuite diverses sortes de plains-chants, outre le romain ou grégorien, savoir : l'ambrosien , le mozarabe, l'ancien gallican , dont Tabbé Stéphen Morelot a recueilli quelques débris en 48i7, et les gallicans nouveaux du XVIIP siècle. — Faisonslui grâce de cette érudition, et arrivons comme lui au chant grégorien.
Notre catéchiste compte trois principaux systèmes de restauration du chant grégorien : 4 ® le système archaïque ou des révo-lutiormaires en fait de plain-chant, qui consiste à ressusciter en plein XIX* siècle le chant liturgique de saint Grégoire , tel que ce Pape Ta établi, avec son mode d'exécution primitive; 2* le système traditionnel ou des conservateurs, qui nous fait accepter la cantilène de la liturgie telle que la tradition nous l'a transmise , sauf à y introdoiris toutes les améliorations pratiques qu'une science de bon aloi peut suggérer; 3^ enfin, le système local ou des partisans du clocher^ vrais protestants à leur manière, qui, tout en se soumettant bon gré mal gré au texte de la liturgie romaine, présentent le singulier spectacle de ces hommes qui fléchissent un seul genou en terre pour se relever plus facilement, et retirer d'une main ce qu'ils ont été contraints de céder de Tautre. Ainsi, ces soi-disant enfants soumis à la liturgie romaine n'en acceptent que ce qu'ils ne peuvent point rejeter ; et , pour donner un signe noii équivoque de leurs intentions hostiles , ils s'efforcent d'adapter le chant particulier et nouveau de leur diocèse, de leur ville et de leur village même, si cela était possible, au texte sacré de la . liturgie de Rome. En un mot, ils subissent le romain comme on subirait le choléra-morbus, c'est-à-dire, le plus tard possible et le moins possible. — Nous ne sommes pas tenté, on le sait, de prendre la défense des partisans du clocher; nous les laissons donc volontiers entre les mains de notre anonyme pour qu'il les habille comme il lui plaira, toutefois à ses risques et périls; mais ce qui nous touche, c'est ce qu'il dit des archaïstes. Quoi ! ceux qui cherchent à remettre en honneur le vrai chant de saint Grégoire sont des révolutionnaires! et ceux, au contraire, qui ne
veulent pa$ remonier le fleuve «ujourd'bai nnvigi^Ie de la iradH* tioq au-delà du XVIP siècle soni de vrais cmservateurs , et les seuls tradWonali$te8 1 II oous semble à uoua que Toii oe reoooe nvec la tradition vraie qu'en allant la puiser jusque dans sa source, la source de saint Grégoire; et qu'en a'arrôtapt à ce que des r^olutions postérieures ont établi , au préjudice de raoeieo état de choses légitime une fois retrouvé vivant, m est oonservat^or, si Ton veut, mais conservateur de la brancihe cadette aui dépens de l'aînée, conservateur révolutionnaire. Seulement, pour ne paa laisser planer toi l'idée de révolution toujours odieuse , appelons tout bonnement les néo-traditionalistes , conservateors , mais en même temps les arcboTstes, les seuls vrais restaurateurs.
Quant à ce qu'ajoute ici noU*e catéchiste, savoir, que le Quigrès du plain-chant, tout en s'absteoant de parler directement de ces deux systèmes de restauration et de conservation, a donné à oom* prendre avec une sage prudence Hntérèt qu'il portait au second, nous ne savons, à vrai dire, où il l'a puisé. Nous serons plus dans le vrai, en disant simplement avec M. J. Bonhomme, Ae<ni«-Boaix, numéro dQ novembre 1864 , que « le Congrès a prudemment écarté la question du choix des éditions de chant qui $e partagent les diocèses, » ce qui ne Ta pas empêché toutefois, d'abord t de repousser l'idc^e de faire l'application du texte de la liturgie ro* moine aux chants des liturgies françaises des derniers siècles » et d'improuver par là a les plans indiqués ou réalisés dans certains diocèses, en particulier à Toulouse; » ensuite, de s'élever t énergiquemeot contre un système évîdemmMit perturbateur de la tradition, à quelque époque qu'on rinterroge, consiistant à prendre pour critérium de la phrase gr^orienne les inspirations du génie individuel, o On avait en vue ici le P. Lambillotte dont a le nom provoqua une véritable manifestation dans l'assemblée, qut témoigna par deux fois à sou sujet une répulsion unanime. >
Mais revenons à notre catéchiste, et voyons comment il bat eo brèche le système des archaistes. Il commence par déclarer que l'Antiphonaire de Montpellier n'est que du XII^ siècle; mais qu'importe l'époque qui a vu paraître ce chef-d'œuvre? On suppose bien gratuitement que la commission rémoise s'est contentée de copier ce précieux manascrit; non, elle n'a fait que se servir de sa double notation comme d*une clef pour pénétrer dans le sanctuaire des anciens manuscrits qu'elle a Confrontés ensemble, éi reconnus merveilleusement conformes, d*où elle a conolu qu'ils étaient l'image fidèle de l'autographe de saint Grégoire qu'elle a pu nous rendre par conséquent, et qu'elle 8*est efifbroée de reproduire avec toute l'exactitude dont elle était capable.