CLXXI
Conivoeal, apr^ c^la, noire catéchiste ose^t-U alfiriner que ta restauration du obaixt grégorien primitif est impossible? Est-ce par-ce que Ton ne pourra pas reconstruire les éléments matériels de la mélopée gfégprieane? il s'est bien gardé de le prétendre; mais, dit*ir, ce qui donnait 1^ vie à oes éléments, c'est-à-dire, rexécuHion musicale du VII* siècle est à jamais une lettre morte pour les modernes. Impossible aux chantre et aux masses d'in* ierpréter convenablement les notes de passage qui s'y rencontrent,^ les apoggicUure, les ports de voix, les trilles, etc.; le peuple peut-il donc devenir artistCi et artiste du Vil* siècle? M. Raillard hiiméme, un des plus fougueux défenseurs de la restauration du chant grégorien primitif, ne pense paç qu'on puisse parvenir à exécuter ce chant avec la perfection de sentimenl et d^eipression qu'il comporte, sans activité, soins, étude, et tout de suite ; la commission de Reimjs a exprimé la même idée ; il faut donc y renoncer, — En vérité, nous ne comprenons rien à ces objections; est-ce que les hommes du VU' siècle étaient d'une autre nature que nous? pourquoi , avec des moyens d'instruction de beaucoup supérieurs aux leurs, 'et avec le^ imprimés qui peuvent se trouver dans toutes les mains, ne pourrions-nous pas arriver à une perfection d'exécution égale ^ la leur? Et à supposer que nous n'exécutions pas tout de suite parfaitement, ne pourrons-nous pas le faire d'abord passablement?
Mais ici notre catéchiste nous laisse pour aborder une autre thèse. En admettant, dit- il, que la restauration (et l'exécution) du chant primitif est possible, il faut avouer au moins qu'elle n'est pas n^^essaire. — Soit; seulement, elle est, comme nous l'avons dit ailleurs, dans l'esprit de l'Eglise et dans les désirs de Pie IX; de plus, nous ne croyons pas que le concile de Trente lui-même, que l'on oite tant, ait prétendu accorder de son temps la liberté que l'on a prise d'élaguer d'une main hardie ce que l'on trouvait alors de fastidieux et d'interminable dans le chant grégorien.
Hais notre catéchiste en revient encore à son impossibilité d'exécuter le chant de Reims; il prétend à ce propos que les chefs du parti rémo-cambrésien en sont venus à prêcher, en désespoir de cause, l'égalité des notes, s'emparant ainsi, sans tambour ni trompette, d^principes rhythmiques de la commission de Digne. Cuique suum, ajoute-t-il d'un air triomphant. — En vérité, la chose n'en vaut pas la peine ; au reste , nous ignorons quels sont ceux des rémo-cambrésiens, que l'on nous représente comme n'étant ni insensibles au mors ni enfants terribles , qui ont fait le vt^l qu'on leur reprQche ; ce qu'il y a de sûr, c'est que le Congrès du plainncbant n'a pas dû les féliciter, puisqu'il a repoussé toute
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méthode de ptain-chaai qui reposerait sur rexécution à noted égales. Cela me fait penser que notre catéchiste n'a lu les décisions du Congrès qu'à travers on prisme trompeur, lorsqu'il y a découvert Tintérét prudemment porté par le congrès au système de Digne, où ion exécute selon lui à notes égales. D'un autre cété, est-il vrai que la nouvelle édition de Digne s'exécute à notes égales? que deviennent donc les dimaques ou les sérieis de notes brèves qu'on y a introduites?
Après avoir ainsi renversé sur le carreau les malheureux archalstes, et immolé aussi le P. Lambillotte (que nous abandonnons nous-mème, non pas parce que l'Antiphonaire de saint Gai ne serait que du X* siècle, car cela ne fait rien à l'affaire, mais parce que le P. Lambillotte n'a conformé son Graduel pratique ni à cet Antiphonaire, ni aux autres manuscrits qu'il a coUationués, ni même à son Graduel monumental qu*il en a fidèlement tiré, et qu'au contraire il a voulu promener aussi la faux à sa foçon dans les mélodies grégoriennes), après, disons-nous, ce double abattis, notre catéchiste s'attaque au chant de Malines. On pourrait croire qu'il va en prendre la défense, puisque c'est un des spécimen du chant traditionnel des deux derniers siècles. Eh bien! non, le Graduel de Paul Y offre un chant dont les abréviations ne se rattachent à rien et sont de pure fantaisie; on l'a d'ailleurs mutilé à Malines, d'après le témoignage de M. ^Théodore Nisard. Restent donc les éditions de Rennes et de Digne. La première a été revue par M. Nisard lui-même en 1853. Qui ne croirait, à entendre nommer Tanfi de notre catéchiste, que celui-ci va louer son œuvre? mais, ce qui le sauve, c'est M. Nisard lui-même qui avoue que son chant a besoin de corrections considérables et nombreuses.
Il faut donc se rabattre sur le chant de Digne, celui toutefois de la dernière édition, où la commission de Digne, semblable à une ruche de vigilantes abeilles, s'est approprié ce qu'il y avait de vraiment utile dans toutes les polémiques qui ont agité la France musicale religieuse pendant ces douze dernières années. Elle a varié le rhythme, tout en évitant le doublé écueil de la diflSculté et de la mesure musicale. On pourra prononcer la phrase liturgique très-facilement et avec assurance. La commission a tenu compte de la formation des groupes neumatiques «pour indiquer dans les vocalises qui les représentent les respirations sensibles, sans qu'on puisse l'accuser, pour autant, de plagiat fait à l'édition de Reims. Oh a donc bien fait d'adopter cette édition pour le diocèse d'Aire et de Dax.
Voilà le résumé fidèle de ce fameux Catéchisme du plain-chanî. On pourrait sans doute en faire un meilleur ; mais ne laissons pas
son auteur se retirer sans lui faire remarquer le danger auquel il s*est exposé en critiquant le Graduel de Paul V au point de vue de son système; car, enfin, il a beau dire et beau faire, le chant abrégé par Giovanelli en Italie est une soui*ce traditionnelle, aussi respectable en soi que les chants abrégés par d'autres en France. Dans l'un comme dans les autres on a retranché plus ou moins, et plus ou moins jtAdicieusement, au chant véritablement traditionnel des manuscrits. G*est donc partout la même école; seulement, le chef de Tune a pu mieux réussir que celui de Tautre, et c'est au goût individuel qu*il appartiendra d'en juger, car ici on ne peut mettre aucunement en avant la tradition comme règle. Pourquoi J. Millet n'aurait-il pas mieux abrégé que Ballard, ou le P. Lambillotte mieux que ses devanciers? Dira-t-on que l'œuvre du R. Père n'a pas encore prescrit par une assez longue possession? mais, s'il faut se décider par voie de prescription, pourquoi la possession acquise au chant de Paul Y n'est-elle pas préférée à toute autre? La seule raison qui sera de mise ici, c'est que telle édition, par exemple, a conservé plus de ressemblance avec le chant grégorien ancien; mais alors pourquoi ne pas pousser plus loin l'induction et aller ja<^qu'à Reims, qui nous donne un chant non pas seulement semblable au grégorien vrai et parfait, mais autant que possible identique?
Nous finirons cette Note en signalant à nos lecteurs un intéressant article sur le chant d'Eglise, publié par ta Revue-Bouix dans son numéro -de mars 4860. Dans cet article, on faisait remarquer que, si l'Eglise a laissé une certaine latitude sur la manière de chanter, elle a néanmoins fixé certaines limites que l'on doit respecter, quelque édition de chant que l'on choisisse. Il faut observer, en effet, les règles qui se trouvent marquées dans les divers livres de la liturgie romaine, tels que le Cérémonial des évéques , le Missel, le Pontifical, le Rituel et même le Martyrologe. Or, précisément ces livres renferment plusieurs indications ou forroules de chant.
Ainsi, 4° le Cérémonial des évéques enseigne deux manières de chanter les oraisons. Tune festivale pour les doubles et les semidoubles , et l'autre fériale pour les autres offices. S*^ Le 'Missel donne aussi un double chant de la Préface et du Pater, l'un festival pour les messes du rit double et semi-double, l'autre férial pour les fériés, les simples et les messes de morts. Il marque, de plus, quatre intonations du Gloria in excelsis, la première pour les solennels et les doubles, la seconde pour les messes de la sainte Vierge, la troisième pour les semi-doubles et les dimanches, et la quatrième pour les simples. À ces quatre intonations correspond
— CLxnr — deni quatre liants particuliers de Vite missa est, plus deot autres formules réservées pour les fêtes solennelles et pour Toctave de Pâques; enfin, on trouve dans le Missel le Benedicamus noté * pour les dimanches de TA vent et du Carême, pour la vigile de Noël et pour la fête des saints Innocents. 3^ Le Pontifieal renferme diverses Préfaces notées sur le chant férial, et indique le chant de plusieurs antiennes, psaumes et répons. 4^ Le Ritod contient le chant de tout Toffice des morts, celui des Processions, etc. 5® Enfin , le Martyrologe indique la manière de chanter cette partie de roffîce, notamment le jour de Noël; il parle aussi du chant de la Passion.
On doit donc, selon l'auteur de l'article, suivre toutes ces rubriques. Il ajoute que, le chant de Vite missa est étant emprunté aux Kyrie, il faut choisir pour chaque messe les Kyrie correspondant è Vite missa est que le prêtre doit y chanter, et probablement aussi le Sanctus et VAgnus qui suivent ces Kyrie. Il ne serait pas permis, si on l'en croit, de prendre le chant des doubles dans les semi-doubles, et vice-versd; il ne veut cependant pas réprouver les messes ad libitum de Dumont, ni celle dite des Anges, etc.; enfin, il croit encore que TEpttre et l'Evangile doivent être chantés selon la formule du Directorium Chori, rédigé par Guidetti. Ces diverses règles, dit-il en finissant, ont été respectées par les éditeurs du chant de Reims et de Cambrai. Pour montrer jusqu'à quel point on doit éviter l'arbitraire même en cette matière, notre auteur signale une décision de la sacrée Congrégation des Rites, portant que l'on doit chanter le Benedicamtu des fêtes de la sainte Vierge même dans les ofiices de saints qui tombaiit et qui sont célébrés pendant une de ses octaves.
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