CHAPITRE VI
Mwpomé 4e la «ORÉroverse llter|^i^pie •■ iSiO et anwé— ««ivMrtMU
C'est en 1840 que D. Guéranger fit paraître le premier volume de ses Institutions liturgiques. Ce volume, qui ne conduisait l'histoire de la liturgie que jusqu'au XVIP siècle, fut généralement accueilli avec faveur, ou du moins il ne suscita pas ostensiblement de grandes réclamations. Tout ce que nous trouvons à son sujet dans VÀmi de la religion» c'est un compte-rendu qui en fut fait en deux articles, l'un du 1*' avril et l'autre du 10 juin 1841, par un anonyme signé ce... Mais le second volume des Institutions, qui racontait en détail les innovations liturgiques de la France, surtout au XVIIP siècle, excita une tempête. C. C. ayant continué à tenir les lecteurs de V^émi au courant de l'ouvrage du R. Père, dont il adoptait les idées en tous points, le rédacteur de YJmi (M. Henrion, sans doute) qui avait déjà reçu, mais gardé pour lui, quelques réclamations ^rai'es contre le livre des Institutions en 1841 , crut devoir, dans son numéro du 13 août 1842, où il publiait le nouveau et bel article de C. C, mettre en note la vis suivant : « Celte manière d'envisager un sujet aussi délicat » pourra renouveler les mêmes impressions; mais nous ne » dema/ndons pa^ mieux que de voir la discussion s'étabUr » dans l'Am db la religion sur un point qui intéresse à » un si haut degré la liturgie et le respect pour l'auto^ » rite. »
Un appel aussi généreux, et qui malheureusement ne serait plus de mise aujourd'hui nulle part, trouva alors de récho. On vit aussitôt M. l'abbé Dassance, aumônier d'un collège de Paris, prendre la plume contre D. Guéranger et Vj. c. qu'il appelle son apologiste. Son article parut le 20 août, et VÀmi, en le publiant sans ot>servation, dé-
elara seulement , dans une nouvelle note, qu'il réserrait à l'auleur des articles critiqués, o'est-à-dire à G. G., le droit de présenter les réflexions qu'il jugerait convenables. Geluici n'eut garde d'y manquer, et, le 10 septembre^ on put lire sa réplique passablement longue.
Qn(miu'il n'entre pas dans notre plan de rapporter en détail toutes les pièces du procès qui se débattit alors, parce que cela nous prendrait trop de place et avec assez peu de fruit, nous ne laisserons pas que de signaler à nos lecteurs les pensées les plus importantes que nous rencontrerons dans la discussion. Nous dirons donc ici que G. G., dans sa réplique à M. Dassance, nous a paru s*ètre surpassé luimême. Son critique, parlant surtout littérature, avait cru pouvoir, à la fin de sa lettre, faire un éloge pompeux de Santeuil, félicité, disait-il, par Bossuet, Fénelon, Fleury, Innocent Le Masson, prieur de la Grande-Ghartreuse, M. de Rancé, abbé de la Trappe, et Bourdaloue lui-même. Un peu auparavant, il n'avait pas craint de déverser un peu de ridicule sur certains répons du Bréviaire romain, eomme si l'Ecriture s'y trouvait déûgurée par des gloses de peu de piété et de goût, produit des franciscains du XIV siècle.
G. G. remarque d*abord que ce n'est pas au XIV* siècle, mais au XIII'' que les franciscains ont travaillé sur \e Bréviaire ; il fait ensuite observer que les répons de l'Assomption, que M. Dassance leur attribue et qu'il met au pilori, sont mot podr mot dans le Respomùrial de saint Gr^oirele-Grand. Quant à Santeuil, il n'y a qu'à lire, dans les hi»tituti<mB liturgiqiteSj tout ce qu'Arévalo a dit de cet bymnograpbe, et Ton ne tranchera pas, en si peu de mots, la question de son mente. M. Dassance ne parlait-il pas aussi de proses antérieures à Gharlemagne conservées en trèsgrand nombre? Ge serait là, dit G. G., une chose bien surpreoaole et une véritable nouveanié en histoire littéraire; il n'«9t donc pas possible de l'admettre sans quelques preuves, attendu que les plus vieilles proses n'ont jan^is poussé leurs prétentions jusqu'à se vanter d'avoir vu même
Louis-le-Débonnaire. Cesl à tort aussi que Ton cite comme des répertoires de formules liturgiques les Ordres romains, publii^ par Mabillou, car ils ne sont au fond que des cérémoniaux.
Du reste, ajoute G. C, à quoi mènent ces détails décousus? Pourquoi changer en un système d'escarmouches une lutte où quelques points seulement sont décisifs?... Deux objets formaient nécessairement tout le fond de ce débat... i"" Avait-on le droit de changer la liXurgie? 2*" L'exercice de ce droit a-t-il été entaché de quelque irrégularité? La première question doit nécessairement précéder l'autre. M. Dassance promettait, en finissant, de donner incessamment un article sur la légitimité des bréviaires de- France ; j'attendais ce complément avec une curiosité impatiente , lorsqu'on m'a fait savoir que cette dernière partie pourrait bien ne pas paraître avant plusieurs mois, M. Dassance allant passer ses vacances à Rome.
Nous le verrons après son retour; seulement C. C. sera remplacé alors par d'autres jouteurs. Le numéro même de Vjémi, où était insérée sa réplique, contenait deux autres lettres, Tune de Tabbé Pascal, datée du i**^ septembre.
Cet abbé qui, depuis douze ans, travaillait assidûment sur cette partie trop négligée de la science sacerdotale , la liturgie; qui, il y avait déjà |dix ans, avait publié douze Entretiens sur la matière, et qui, plus tard, a fait éditer par Migne, en iSi^iï, un ouvrage in-i^'' intitulé Origines et raisons de la liturgie catholiqm, en forme de dictionnaire, Tabbé Pascal croit pouvoir^ sans trop de présomption , donner son avis dans la querelle, a M. G. G., dit-il, a » trouvé dans l'ouvrage du R. P. abbé de Solesmes une » profonde connaissance de la matière qu'il traite , et dans » l'auteur un historien exact , et il l'a dit. J'en ai fait au- » tant dans detio; feuilletons d'un journal religieux , et je > continue dans un troisième qui paraîtra incessamment. » D. Guéranger parle pièces en main. J'ai de mon côté les » mêmes pièces, et je reconnais qu'il dit vrai...
» L'Ëglise de Paris avait le droit de garder son ancienne
liturgie (celle du XVP siècle;) mais elle avait renoncé à ce droit par le fait de l'inauguration de la liturgie de Mgr. de Gondy, qui était à très-peu de chose près conforme à celle de saint Pie V; pouvail-elle rentrer dans ce droit en 1736? Je ne répondrai ni oui , ni non , pour le moment; mais je soutiendrai avec D. Guéranger qu'elle n'avait pas le droit , ou du moins qu'il n'était pas opportun, de créer un rit diocésain complètement nouveau. (D'un autre côté) D. Guéranger prouve par l'histoire que cette nouvelle liturgie a une origine trèspeu honorable. Démontrez Terreur historique... » Au sujet des hymnes romaines, l'abbé Pascal ajoute: Quelques exemples isolés de strophes assez peu poétiques ne sauraient convaincre que la masse de ces hymnes séculaires composées par des Papes, des Evéques, des personnages d'une éminen te sainteté, n'a pas ce mens disnnior de la liturgie catholique à un plus haut degré que les épodes classiques de l'énergumène Santeuil. En un siècle où la Sainte-Chapelle, Notre-Dame et Saint- Séverin passaient pour des édifices grotesques et ridicules par leur gothicité^ est-il étonnant que les beaux esprits fussent engoués du fracas littéraire des hymnes de Santeuil? Je conviens cependant que, parmi ces dernières, l'hymne Mirisprobat sese modis joint l'onction à la pureté du style. Guillaume de la Brunetière, évéque de Saintes, a enrichi le bréviaire parisien de quelques hymnes d'un grand mérite , et j'accorderai même cet éloge à celles du janséniste Goffin. Mais il s'agit d'une appréciation générale, et, sous ce rapport, je n'accorderai pas la palme aux hymnes modernes. »
Que l'on nous permette d'ajouter ici que Rome a jugé assez récemment la question des hymnes de Santeuil, quant à la pratique. U Univers du Si janvier 1859 citait un article de YEspérance de Nancy, où l'on disait que Rome avait supprimé toutes les hymnes de cet auteur que Mgr. Menjaud avait désiré faire entrer dans le Propre de ce diocèse. Nous pensons que l'on se montrerait à plus forte
^ 6Î ~ raison sévère envers les hymnes de Goffiû, attendu la haute profession que eet homme faisait du jansénisnie. Du reste, Rome a toujours préféré, dans les pièces de la liturgie, la piété et l'antiquité à la forme littéraire ; c'est pour cela sans doute, que saint Pie V n'introduisit pas dans son bré^ ?iaire les hymnes de Ferréri, adoptées par Quignonez; il conserva de préférence les anciennes, qu'Urbain YIII s'est contenté de retoucher un peu. Nous avouerons cependant ici que nous avons trouvé deux hymnes de Santeuil dans le Propre de Luçon, celle des saints Docteurs, 0 qui perpetuus, à l'honneur de saint Hilaire, double de T classe à Luçon, et celle des saints Abbés et Moines, Felices nemorwm , pour la fèie de saint Benoit, abbé, qui a aussi le rit de 2* classe à la cathédrale.
La seconde lettre, insérée dans VAmi du 10 septembre après l'article de C. G., venait du diocèse de Bourges, et avait pour auteur un ancien professeur de tlicologie, M. Labbe. « Si Ton veut, dit cet abbé , que les lecteurs de » Y Ami suivent avec plaisir la polémique engagée, il faut » l"" que Ton y observe tous les égards dus à ses adver- » saires; 3"" qu'on précise bien l'état de la question, et » qu'on marche droit à son but , armé de raisons solides. » Or, il me semble que M. Dassance ne s'est pas lout-à- » fait assez pénétre de ces deux maximes. » M. Labbe entre ici dans des détails assez courts et assez intéressants pour justifier le reproche qu'il adresse à M. Dassance, et il remplit bien , lui , les deux conditions qu'il assigne à une polémique honorable et chrétienne.
M. Dassance se trouvait donc en face de trois forts antagonistes, MM. G. G., Labbe et Pascal. Il essaya de leur répondre, mais ce ne fut que plus de trois mois après, le 2 février iS'iS, et d'une manière qui ne m'a semblée ni fort heureuse, ni capable de lui faire beaucoup d'honneur.
Un ton leste et ironique, sinon quelque peu hau4ain , comme disait l'abbé Labbe, ton de pédagogue à notre avis, voilà le genre de l'illustre aumônier; il est loin delà méthode serrée et grave de l'ancien professeur de Bourges, On
ratait bien an peu piquô« il faut en convenir ; mais n*esU ce pas lui qui, le premier, avait pris en main la férule? Toutefois , après avoir fait cavalièrement le compte à ses trois adversaires dans un long préambule, il consent à entrer dans la voie qu*on lui a tracée. « l"" Avait^on le droit B de changer la liturgie?-^ A mes risques et périls, dit-il, Je » réponds : oui, » et il cite à l'appui la Bulle de saint Pie V, qui permettait de conserver. Mais conserver est-ce changer? «"2^ L'exercice de ce droit a-t-il été entaché de quelque » irrégularité? ^^ j'éprouve, dit-il, quelque peine à entrer » dans cette seconde voie. Si je m'attache à prouver que 9 la réformation du Bréviaire n'a été entachée d'aucune » irrégularité, M. C. G. m'accusera, comme il l'a déjà fait, » quand je l'ai suivi pas à pas , de me jeter dans les détails » et dans les faux-fuyants. Quand j'objecte que le Bréviaire B romain a , dans quelques répons , déQguré l'Ecriture par » des gloses qui cadrent fort mal avec le texte , il pense me « réfuter en me renvoyant au Responsorial de saint Gré« » goire, au lieu de confronter le répons incriminé avec le 9 texte de l'Ëcriture , ce qui était plus naturel. »
M. Dassance revient ensuite aux hymnes françaises, qu'Horace ou Pindare, selon lui, n'eût pas dé$aiH)uées; au chant parisien , qui vaut bien le romain, et qui, dan$ beaucoup d'endroits, est dans le goût le plus antique, et n'a point été encore égalé par nos musiciens modernes.
Faux-fuyant, M. Dassance! Il s'agissait bien vraiment de collationner les répons avec l'Ecriture, comme si Ton ne devait mettre en répons que de l'Ecriture toute pure ! mais c'est précisément ce principe de l'école liturgique moderne que D. Guérauger avait attaqué , et l'on voit que, déjà du temps de saint Grégoire , ou peu après lui , on en suivait un autre. M. Dassance parait, d'un autre côté, n'avoir pas même compris ce qu'on entendait par irrégularité dans la réforme d'un Bréviaire. On demandait, par exemiile, si M. de Vintimille, à supposer qu'il fût en droit de changer le bréviaire de Paris , pouvait employer la méthode et les hoounes dont il s'était servi pour cette opération*
— 64 ^ D. Guéranger avait montré qu'il ne le pouvait pas ; il y avait donc eu de ïirrégularité dans Tacle de celte réforme. Il est vrai que si M. Dassance avait voulu discuter cette thèse, il n'aurait rien vu en tout cela que de très-régulier, puisqu'il affirmait , dans le cours de son article, que Vigier avait très-bien justifié son œuvre contre le P. Hoùgnant, dont le parlement, disail-il, a condamné au feu les deux premières lettres.
Finissons par où finit M. Dassance. Voici sa conclusion: « Si j'ai tort , il consle de l'ouvrage de D. Guéranger que D les Evéques n'avaient pas droit de changer la liturgie, el » que Texercice de ce droil a été entaché de quelque irré- D gularité; il conslera aussi que leurs successeurs ont tort » de nous les laisser entre les mains (les quoi?). Ah! qu'ils » se hâtent de les abolir ! et qu'ils votent des remerciments » à M. G. G., à M. Pascal, à M. Labbe et à D. Guéranger i qui leur apprennent leur devoir ! » L'illustre aumônier, en faisant celte ironie, ne croyait pas renconlrer si juste. Du reste , il va disparaître pour un temps, car, après avoir lu dans VAmi trois let 1res nouvelles, dont nous parlerons bientôt, de D. Guéranger, d'un abbé P. et de M. Richaudeau, il se présente, dans le numéro du 21 février, pour nous ôter très-humblement son chapeau , en nous disant a qu'il est décidé à attendre la publication du troisième B volume de D. Guéranger pour modifier ses idées, si les » nouvelles preuves du P. Abbé lui paraissent plus solides » que celles qu'il a cherché à combattre. »
Mais, à défaut de M. Dassance, nous trouvons un autre champion des liturgies françaises, qui s'est jeté dans la mêlée au moment de la lutte. C'est M. L. T. A. V. G. dont VJmi du 17 janvier nous communique une lettre curieuse. M. L. T., eslampé, ce nous semble, dans sa signature comme ancien vicaire-général, se donne simplement, dans le cours de sa lettre, pour un vieux chanoine. D. Guéranger, dit-il, aurait dû parler avec plus de sangfroid... Il n'y a pas d'autre unilé liUii^ique, prescrite par les conciles, que la métropolitaine ou la provinciale... Nos
bréviaires n'ont pas été publiés par des intrus, ni contre la défense de TEglise; ils ne sont pas la production d'hérétiques, et ne renferment point une doctrine dangereuse... La Bulle de saint Pie V regarde seulement les Eglises nouvelles, telles que celles d'Amérique... La brièveté de l'ofQce laisse plus de temps pour l'étude et facilite la piété... Ce sont les travaux critiques des BoUandistes, des Bénédictins, des Tommasi, Mabillon, Martèoe, et le talent poétique des Santeuil, Goffin, Gommire, qui ont donné l'idée de perfectionner les livres liturgiques... Ils sont si beaux!... Donc il faut donner la préférence au parisien.
L'auteur des Institutions est trop partial ; son ouvrage parfois dégénère en factum; ne serai (-il pas du nombre des niveleurs qui veulent substituer la liturgie romaine aux nôtres? Un jeune docteur de vingt-cinq ans avait levé ce drapeau, ily a quinze ans, dans un recueil périodique, où il décidait de science certaine qu'on ne pouvait en conscience réciter un bréviaire différent du romain. Le R. Père est bien moins décisif. . .
Tel est le canevas sur lequel a travaillé le vieux chanoine. L'^mi, en publiant sa lettre, avertit qu'il tient ses colonnes ouvertes au R. P. abbé de Solesmes, s'il juge à propos de répondre.
D. Guéranger n'y manque pas. Dès le 29 janvier, il écrit, de son abbaye, une lettre où il réfute M. T... On connaît assez les idées du R. Père, pour que nous nous dispensions de les rapporter ici. D'ailleurs, il renvoie, pour avoir la solution de la plupart des objections qui lui sont faites, soit à son livre des Institutions que M. T. a mal lu , ou plutôt qu'il n'a pas lu , soit à la préface de son troisième volume qui doit paraître dans Tannée, et où il a promis de répondre aux réclamations et objections que les deux premiers tomes auraient pu susciter, soit enfin à un opuscule qu'il va publier incessamment sur le droit de la liturgie, à la demande d'un des plus illustres Métropolitains de l'Eglise de France (Mgr. Gousset, archevêque de Reims). Pour le moment, il se contente, après avoir re-*
marqué que les asserlioos de M. T. ne août guèrtqa'om répétition assez terne de celles de M. Dassance, éèih réfutées par d'autres et qu'il lui répugne de rebattre, il se coAtenle, disaus-nous, de relever quelques accusations fausses de M. T., quelques anachrooismes commis par lui, et autrea choses dM mêoie genre qu'il est peu important de rappeler. Il trouve surtout plaisant que M. T. ait fait la bévue de dire que la Bulle (te saint Pie V ne regardait que les Eglises ^'Amérique, attendu que l'Amérique n'a été découverte qu'en ib92, et ne pouvait guère avoir en i568 des Eglises catholiques possédant une liturgie deu% km séculaire; il montre aussi à M. T. que le Saiut-Siége, bien loin d'açoir toujours laissé aux Es^êques la liberté de régler le <^to éinn dans leurs Eglises, ainsi qu'il le prétendait» a établi au contraire de très-bonne heure une réserve sur cet article. EnGn D. Guéranger, après avoir rejeté sut ceux qu'il a combattus dans son ouvrage rin^ure du nmUement, déclare à M. T. qu'il est lui-même le jeune docteur de vingt-cinq ans dont il s'est plaint, et que ce jeiuate docteur n'en avait pas plus dit dans les articles du Mémorial^ sur l'obligation de prendre le romain, que le R. Père dans soa livre des Institutions.
Le vieux chanoine, ayant voulu faire sa répHfue à této reposée, ainsi qu'il en avertit lui-même, ne répond à D. Guçranger que plus de trois mms après, le 27 mai 184^5 ; mais il semble que, si sa première lettre venait d'uu vieillard à tête reposée, la seconde, par sa vivacité, trahit un vieillard encore vert et mécontent. Ceci s'explique, car le sang froid à l'exposé de la thèse devient d'ordinaire chaud à la riposte.
Cependant on trouve, au beau milieu de Tardent plan doyer, un passage moins véhément qu'il est bon de rap^ porter. <c Est-il bien certain, demande M. T., que la BuUe » de saint Pie V ait été reçue et publiée par les conciles » provinciaux dont parle D. Guéranger? Voilà, je pense» » le point précis de la question sur laquelle la (Ûscussion » doit s'arrêter. Les motifs de mon doute sont que pas ua
» de €68 CQitcUes, à l'exception de celui de Narbonne» ne » dit qu'il reçoit la Bulle et u'ordQnne de la publier. Les » uns prescrivent d*y conforoier les Bréviaires et les » Missekv. mais ea conservant les usages diocésains; les » autres, de prendre les livres romains; d'autres, enfin, de » réformer les livres dioeésains. C'est ainsi que s'exprime » le concile de la Province de Tours dont la Bretagne fait » partie : Foiwmus Episcopos eurcure propria Brmaria » citissimè et aceuratiêsimè emendari, leetionesqtie re* » formari et typh mandari. »
Pourquoi M. T. ne cile-t-îl que cette partie du concile de Tours ? N'avait-il pas lu le commencement du déctet dont it nous rapporte la fin? Voici le décret tout entier, tel qu'il se trouve au titre XIV De presbyteris (Labbe T. XV, p. 1028) : « Nous déclarons que les curés, el » autres prêtres ou béaéfieiers, sont obligés de réciter cha- )) que jour les heures canoniales selon le Bréviaire édité » etmfomtément au décret du Comité de Trente, ou selon 1^ celui de leur diœèse dont l'usage soit prouvé antérieur à » deux cents ans, sous peine de privation de tous les fruits » de leur bénéfice qu'ils ne pewmht s'approprier d'après » les saints canons et la Constitution de Pie V, et que » par conséquent ils sont tenus de restituer. Nous voulons » en conséquence que les Evéques aient soin de corriger » leurs propres bréviaires, le plus t6t et le plus exactement » possible, de réformer les leçons qui s'y trouvent, au » moyen d'hommes habUes, conformément à la vérité » historique, d'aiH*ès les écrits d'auteurs anciens et approu» » vés et les monumeals, puis de ks faire imprimer. Ideà » volumuSs etc. »
M, T. aurait pu trouver encore dans le même coacile, au titre XII De Episcopis, le décret suivant : « Nous » avertissons les Evéques de veiller à ce que les Mîsseb, » Bréviaires, Graduels et autres livres nécessaires au culte » fivià, dont presque toutes les Eglises sont dépourvues, » soient exactement corrigés selon la forme prescrite par » le SainP^iége apoêtoHque et la constitution de Pie F'
» de sainte mémoire, et imprimés dans l'année. Monemm » Episcopos.,. Missalia... ut exacte emendentur ad nor- » mam à Sede Apostolica et Constitutione sanctœ memoriœ » Aï F prœscriptam, et intrà annum,.. imprimantur » procurare. »
Si M. T. avait lu ces deux décrets, il aurait compris, sans doute, que le texte cité par lui ne regardait que les Propres diocésains ou les Bréviaires particuliers autorisés par la Bulle. D*un autre côté, il n'aurait pas douté de la réception de cette Bulle dans la province de Tours, quand il l'aurait vue rappelée ou plutôt appliquée dans sa forme et teneur par un décret exprés. Il n'aurait pas prétendu non plus que les Evoques s'étaient cru le droit de faire à leur liturgie les changements qu'ils jugeraient opportv/ns, quand il aurait vu le Concile de Tours les obliger à la corriger selon la forme prescrite par saint Pie V, ad normam prœscriptam.
Nous n'admettons donc pas avec lui que Mgr. de Poulpiquet, Evéque de Quimper, en donnant un Bréviaire à son clergé, ait fait tout simplement revivre un ancien droit de son Eglise. Ce droit n'existait pas; et d'ailleurs on n'est pas toujours maître de ressusciter un droit mort; il faut pour cela un pouvoir plus qu'ordinaire, assez souvent l'omnipotence papale.
Nous ne suivrons pas plus loin M. T. dans ses récriminations contre le livre des Institutions, où il trouve beaucoup à reprendre. Nous nous contenterons de citer encore cette phrase du vieux chanoine : « N'est-ce pas une chose
yf très-affligeante de voir un religieux français se poser
x> seul en agresseur de l'Eglise de France? »
C'est ici le grand grief qui fera entrer la cçntroverse liturgique dans une phase nouvelle, lorsque des Evéques prendront l'affaire en main pour défendre l'épiscopat français soi-disant insulté. Mais avant d'aborder cette phase quusi-épiscopale de la polémique, continuons à enregistrer les actes presbytériens, puisqu'on a voulu les baptiser ainsi.
Dans une lettre du 1*' juin, publiée le IS dans VAmi,
D. Guéranger réplique à M. T. Il le soupçonne de a craindre » un peu pour sa chère liturgie parisienne, qu'il a vu im- » planter sur les ruines de la romaine dans TEglise de D Quiniper, non-seulement sans regret, dit-on, mais avec » une sympathie quasi-paternelle. )>
On voit, par cette réflexion de l'Abbé de Solesmes, à l'adresse de M. T., que ce défenseur de la liturgie parisienne, non content de l'avoir adoptée pour son usage en sa qualité de membre du clergé de Paris, avait voulu faire de la propagande en sa faveur dans un diocèse qui était peut-être son pays d'origine; c'est lui qui, probablement, avait engagé Mgr. de Poulpiquet à substituer le bréviaire parisien au romain à Quimper en 1835, « affaire mauvaise comme devant » remarque dans sa leUre D. Guéranger.
Seulement le R. Père esi tombé ici dans une erreur semblable à celle de M. T. par rapport au Concile de Tours; il n'y avait pas yu, à ce qu'il parait jusqu'alors, pas même quand il composait ses Institutions liturgiques, ce que M . T. avait extrait du titre XIV, tandis qu'il avait trouvé le décret du titre XII ignoré par son adversaire. Mais comment M. T. a-t-il pu citer une fin de décret sans en avoir lu le commencement qui lui expliquait le reste? On conçoit, au contraire, que D. Guéranger ait pu ignorer sans malice le petit décret de M. T., extrait d'un plus grand et contenu dans un autre titre du Concile, d'autant mieux que s'il eût connu ce décret en son entier, il en aurait tiré un grand profit pour sa cause, tandis que M. T. ne pouvait que perdre à la connaissance de tout le décret.
Quoi qu'il en soit, M. T. ne laisse pas passer impunément celte inadvertance du R. Père; le 17 juin, il fait insérer dans VAmi une petite lettre, où il indique à l'Abbé de Solesmes l'endroit même du Concile d'où son texte a été tiré; il lui apprend de plus que ce texte se trouvait en tète du mandement de Mgr. de Vaugirauld, Evèque d'Angers, pour la publication du Bréviaire de son diocèse en 1757. Pourquoi ne dit-il pas que c'est à cette dernière source qu'il
— Travail d'abord emprunté Ba eUatira? On cotnpratidraU alors que, n'ayant pas lu le Concile lunniéme, maïs le simple extrait qu'en avait fait Mgr. de Vaugirauld fK>ur justifier les corrections du bréviaire angevin en 4757, il a été trompé sans malice, et qu'il n'avait pas connu jtisqu'alors tout le texte du Concile.
Mais, maintenant que M. T. a consulté la collection de Labbe, il a dû apercevoir le vice de ses arguments tirés du Concile de Tours, et l'on peut croire que c'est autant par cette considération que pour complaire à Y Ami, qui avait manifesté, dans son numéro du 15 juin, le vœu de voir s'arréter là la polémique relative aux deux premiers volumes des Institutions, qu'il écrit au rédacteur, à l'imitation de M. Dassance : <( Mon intention n'est pas de continuer la M discussion que j'ai eue avec le R. Père Abbé de So« D lesmes »
Le R. Père, de son côté, dans une toute petite lettre insérée le 90, fait droit à la réclamation de M. T., en reconnaissant l'authenticité du texte allégué par lui. Seulement il ne peut pas s'empêcher de regretter que Mgr. de Vaugirauld n'ait cité qu'une partie du décret de Tours. Comme Angers avait conservé en 1583 sa liturgie particulière, cet Evéque crnt-il qu'il lui suffisait de mentionner la partie du décret qui regardait les Propres ou les Bréviaires dîocé* sains? c'est ce qu'il importe peu de savoir; il est vrai toutefois que, si ce Prélat avait tout cité, il aurait pu donner à ses prêtres quelques inquiétudes swr lia voleter du bréviaire qu'il leur mettait entre les mains, Ytésage 4e te bréviaire nouveau n* étant pas prou/^^é tmtériewr à deux tente ans.
Qfioi qu'il en soit, nous ne nous expliquons pas que YJmi, après le vœu qu'il avait maiaifesté le 15 juin, ait inséré, plus d'un mois après, le 27 juillet, une lettre écrite du diocèse de Chartres par M. L. Y. nouveafi diampion des litOTgies françaises. M. L. V. nous dit quMl était, ptos d'un mois auparavant, sur le point d'écrire au journal pour justifier M. T. au sujet du Concile de TMrs; dmis que
- 7i - M. T. f ayant prévenu en rédamant lai-même, il s'était désislé. Que vêu(*il donc maintenant? Il profite de ToccasîOD , éU-il, pour recommander au R. Père Abbé de Solesmes plus de gravité et de modéra lion. Le R. Père a eu tort, dMs ses InsUtutions, de donner pour scandaleuses les gravons du frontispice, soit do bréviaire parisien de 1736, té Boucher, peintre alors en vogue, a représenté, selon les règles de la plus sévère bienséance , la religion et les trois vertus théologales avec leurs attributs, soit du Missel de Chartres de 1782, où Cochin, habile dessinateur, a repré* sente la sainte Vierge à genoux au-dessous des trois personnes de la Sainte-Trinité avec la décence la plus parfaite. Affaires de goût peut-être dont on ne dispute pas, et qu'il importait assez peu de rappeler aux lecteurs. Le reste est plus intéressant. « Aujourd'hui, ajoute L. V., les admira- » tenrs passionnés du moyen-âge s'évertuent pour abattre )> un ^IHcanisme qu'ils ne définissent pas, que probable- » ment ils ne connaissent point, et que d'ailleurs personne » ne soMient. Qoe prétendent-ils? où veulent-ils en venir?
» lis n'en savent peut-être rien S'ils croient que les
» peuples fréquenteront davantage les églises, quand on y » aura itttroduft les rites qui leur tiennent tant au cœur..., » ils sont dans une grande erreur. Ils verraient tout le con- » traire, et des faits récents ne manqueraient pas pour le » prouver (nous n'avons pas pu deviner de quels faits on 0 voulait parler en cet endroit, puisque alors Langres seul » «vâil opéré la réforme liturgique). On peut bien dire à » €es modestes réformateurs que, par des disputes hors de » saison, ils livrent la religion à la dérision des impies et » font gémir tous les gens de bien. r> Tous! il n'y a que nous et les nôtres qui soyons gens de bien; l'auteur est bien modeste, assurément. Nous le répétons, VAmi aurait bien fait de ntâ pas insérer ccilte lettre, qui ne pouvait qu'aigrir une polémique dobt il désirait la fin.
Mais^ en suivant le fil des idées dans le compte-rendu qui précède, il nous est arrivé d'omettre certaines lettres qab Hoe^ avions promis de ^aler à l'attention du public :
d'abord celle de L. P. du diocèse d'Arras, puis celle de M. Tabbé Richaudeau. Nous croyons maintenaat pouvœr passer sous silence les observations de L. P. en réponse à MM. Dassance et T., mais il n'en sera pas de même de celles de M. Richaudeau. Nous en parlerons, ^ tant par respect pour ce docte prêtre qui a contribué beaucoup au rétablissement du romain dans le diocèse de Blois, que parce qu'il nous semble avoir présenté le premier la question liturgique sous un point de vue nouveau, le point de vue pratique.
Donc, après avoir conjuré les polémistes de ne pas s'écarter du fond de la question pour en venir à des personnalités fâcheuses, de manière à jeter des lambeaux de liturgie, romaine ou autre, aux railleries des esprits légers, il pose la question suivante : « Est-il à désirer qu'on supprime les » nouvelles liturgies pour reprendre celle de Rome? » Or, il ne voit à cela que trois inconvénients : l^'le danger de scandale pour les fidèles, causé par le changement de liturgie. Mais, dit-il, les fidèles, tout au contraire, ne cessent de murmurer contre la diversité des usages des différents diocèses ; T le trop de longueur du Bréviaire romain pour des prêtres grandement occupés. Mais les missionnaires de Chine sont bien aussi occupés que tant de curés de campagne, dordinaire assez désœuvrés; ^ Taccroissement des dépenses à faire. Mais les livres romains sont à meilleur marché.
Maintenant, quels avantages ne procurerait pas le changement en question! l"" L'uniformité, lien précieux qui, unissant toutes les parties d'un même toul, rend l'Eglise si belle et si vénérable aux yeux mêmes des hérétiques... Chose singulière et bien digne de réflexion! aujourd'hui, par une de ces dispositions providentielles qui sont impénétrables, les protestants seraient ultramontains avant d'être catholiques, si cela était possible; les Hurter, les Voigt marchent sur les pas des Harchetli et des Muzzarelli ; des théologiens d'Oxford disent le Bréviaire romain. 2^ La stabilité; on mettrait un terme à des changements qui
pourraient arriver au point d'obliger le Saint-Siège à supprimer d'autorité certains bréviaires. 3^ L'anéantissement prompt et facile de tous les livres liturgiques imprimés en français, et surtout des Rituels, k"" Un plus grand esprit d'obéissance et de respect pour l'autorité parmi les membres du clergé.
C'est en développant cette pensée que M. Richaudeau a émis les réflexions utiles, que nous avons déjà rapportées page 231 de notre Etude préliminaire. Ces réflexions sont si sages que nous ne craindrons pas de les répéter ici. » Depuis deux siècles, on met habituellement de côté en » France une foule de lois et de décrets pontificaux. D V Index, par exemple, est par rapport à la France à » peu près comme s'il n'existait pas, et cela, dit-on, parce » qu'il n'a pas été promulgué parmi nous. Singulière » solution, dont toute la vertu consiste à reculer la diffi- » culte d'un pas!.. Je suis fortement convaincu de la » nécessité d'inspirer à tous les ecclésiastiques le sentiment V d'obéissance aveugle et de respect profond pour Tauto- » rite. Hais il faut enseigner cette vérité sans restriction, » car il n'y a pas de puissance sur la terre, ni même dans 1» le ciel, qui puisse faire admettre à un esprit juste une » moitié de principe. Jamais on ne persuadera, par » exemple, à un élève de théologie qu'il doit obéir avec » une entière fidéUté aux ordonnances de son Evèque, si » on lui enseigne en même temps que les premiers pasteurs » peuvent distinguer entre les décrets du Pape, obéir aux » uns et s'abstenir de promulguer les autres, afin de les » rendre non obligatoires. Jamais on ne le déterminera à » faire céder son jug.ement au jugement de ses supérieurs, » s'il sait que ceux-ci croient pouvoir faire des lois de » discipline et une liturgie mieux que l'Eglise romaine. » Je ne parlerais pas de la sorte, si le respect profond de » nos Evéques pour le Saint-Siège pouvait être révoqué » en doute, et s'il n'était pas évident pour tout le monde » que te moment approche où notre Eglise de France va » rmtrer dam le d^oit commwi. Mais ne me serort-il pas
» permis de hâier cet heureux imtcmt, ifiâimenatit ^'àu^ » €un obstacle ne semble s'y opposer? Autrefois les parle- » ments, etc.; mais aujourd'hui TElgtise jouit d'une libeNé » (ptus grande), et nos Evéqoes pourront désormais, ett » promulguant les lois émanées .de Rome, leur donner » plus de retentissement et les rendre plus efficaces. »
Les Conciles, tenus en France en 18U9-5i, ont réalisé en partie les espérance de M. lUchaodeau; le droit commun a gagné parmi nous; qu'il continue ses conquêtes; nous y travaillerons, pour ce qui nous regarde, de tout notre pouvoir, à mesure que les questions arriveront an grand jour de la discussion publique. Continuons à imrler liturgie.
Un des prêtres qui a le mieux répondu aux vues dt M. Richaudeau dans la controverse liturgique, est M. Meslé, curé de la cathédrale do Rennes. Ce respectable ecclésias^ tique a composé deux brochures sur la matià^. La première est intitulée : Observations sur le r^mir à la liturgie romaine. VAmi du 5 août 1845 en rendait compte par la plume d'un écrivain signant U. P. D. 0. L. D. Ce eompte-rendu est très-beau et substantiel ; ooiilentons-^nous d'en citer quelques traits.
D'abord M. Mestè ne veut pas qu'on dise : Le Bréviaire romain est permis dans tel diocèse, car le bréviaire ordonné par le Saint^^iége est de droit dans toute l'Eglise. C'est des nouveaux bréviaires de France que l'on pourrait dire qu'ils sont tolérés par le Saint-Siège, enoone par pore ifèdutgenee. Prétendre que la coutume a fini par les légi^ timer, serait poser un prinoipe qui favoriserait toutes les innovations; il sufBrail, k ce prix là, de per»évéi*er dans ht déviation pour la justifier. Une pareille coutume suffit donc tout au plus pour rendre la chose toléra^le.
Abordant ensuite les motifs de reitour à te liturgie romaine, M. Meslé fait valoir à peu près les mêmes avan^ tages que M. Richaudeau. Il ajoute « qu'en rervenant au » ronain, nous recuirons le oceur du Souverain-Poatife » et de l'Eglise eUe-méme^ car, dit saint François de Sales,