‹ Études médicales sur l'ancienne RomeChapitre 13 sur 21 · LA COSMÉTIQUE, LES PARFUMS, ETC. HS · texte numérisé non relu

LA COSMÉTIQUE, LES PARFUMS, ETC. HS

die sur le mont Esquiliii, avait donné son nom au foliatum, variété du nard de Perse, qu’elle préparait par un procédé particulier (1).

Ces parfums étaient renfermés dans des flacons d’albâtre nommés alabastra (^2), ou bien dans des vases d’onyx (3); on les conservait dans l’huile et on les colorait en rouge avec du cinabre ou de l’orseille (Pline).

Nous avons déjà dit que les Romains faisaient un grand usage des parfums; nous avons vu que les bains étaient le plus souvent parfumés; il en est souvent (juestion dans les narrations amoureuses des poètes élégiaques; les chambres et les lits étaient arrosés de parfums (Martial, X, 38). Au moment des représentations scéniques, le théâtre était (‘gaiement parfumé, le plus souvent avec du safran (Martial, Y, 25).

El cum scena croco Cilici perfusa recens est (4).

On employait aussi d’autres préparations, de la

(1) Martial, liv. XI, ép. 27; — liv. XIV, ép. 110. *

(2) Martial, liv. XI, ép, 9. — Pétrone, SaUjricon, lx.

(3) Properce, liv. II, élég. x, v. 30 : Sytio munere plenus onyx; — et liv. 111, él. Yiii ; Et crocino nares murrheus ungal onyx,

(4) Lucrèce, De natura rerum, liv. II, v. 416.

11 A IA COSMÉTlQUi:, LIiS PARFUMS, ETC.

cannelle, du cinnainoine, eoimne le prouvent les vers suivant de Labérius :

Quicquid croci, casiæque cinnamique udus

Cæsarie spiral delicatus Arabs

Hoc lotum vobis ruine ad scenam alfei’o.

Le cinnanioine, dont il est question ici, n’est pas, commeonra pensé, la cannelle [Laurus cinnamomumy^ la description qu’on trouve dans les auteurs qui ont écrit sur la botanique est différente de celle du cannellier; en outre, on trouve quelquefois cités ensemble le cinnamome, et la cannelle (casm), comme dans les vers qui précèdent. Pline parle également du cinnamome, et raconte une petite fable sur sa provenance : Un oiseau, [idpliénioo ou le cinnamolocjus^ fait son nid avec des branches de cinnamome, et pour avoir cette précieuse substance, on tue l’animal avec des flèches garnies de plomb, et l’on enlève sa résidence (1). Mais ailleurs le même auteur dit lui-même que c’est un conte destiné à augmenter le prix de ce parfum (2). D’autres, plus poétiques, racontent que l’oiseau, au moment de mourir, rassemble dans son nid des substances parfumées pour en faire son lit de, mort :

(1) Pline, Hist. nat., liv, X, ch. 33.

(2) Pline, Hist. nnl., liv. Xll, cb. 19.

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Tuin coiisciiis ævi

Defuncti, rediicisque parans exortlia formæ Arentes tepidis de collibiis eligit herbas Et cumulum texens preciosa fronde Sabæum Gomponit bustumque sibi partumque futurum (1).

« Alors, convaincu (|ue sa carrière est achevée, et se préparant à renaître dans un nouveau corps, il recueille sur des collines des herbes desséchées par la chaleur, et couvrant cet amas des feuilles parfumées de l’arbre de Saba, il apprête une couche qui doit lui servir de tombe et de berceau. »

Martial parle également de ces parfums retirés du nid de l’oiseau orgueilleux, nido alitis superbœ {'2) .

Revenons à l’usage des parfums, ou plutôt à l’abus, car les Romains en ajoutaient même aux vins les plus estimés. Le poète C. Gallus, entraîné à la guerre contre les Partbes, maudit les combats, auxquels il préfère de plus doux exercices; il aimerait mieux suivre Vénus et abandonner Mars :

Tune me vina juvent nardo confusa rosisque,

Sertaque et unguentis sordida facta coma (3),

« Que des vins généreux mêlés de nard et de roses

(1) Claudien, Idylle, I, v. 48.

(2) Martial, liv. VI, ép. 55.

(3) G. Gallus,. élégie commençant par ces mois : Non fuit Arsacidum.

i l G LA COSMÉTIOÜIÎ, LUS PARFUMS, LTC.

viennent entlaminer mon ardeur ! que ma chevelure couronnée de Heurs soit arrosée de parfums. »

On ajoutait également du pyrèthre au vin :

Tritaque in annoso flava pyrethra mero (1).

Pétrone parle également de cet usage, et nous apprend, en outre, que l’on ajoutait des parfums à l’huile des lampes. Dans la narration du festin de Trimalchion, nous trouvons les détails suivants : « De jeunes esclaves à longues chevelures apportèrent des parfums dans un bassin d’argent, et en frottèrent les pieds des convives, après leur avoir entrelacé de guirlandes de fleurs les jambes elles talons. Puis ils versèrent de ces mômes parfums dans le vase où se puisait le vin et dans les lampes (2). »

On brûlait des parfums sur le bûcher où l’on incinérait les morts :

Unguenta et casias et olentem fimera myrrliain Thuraque de medio semicreniata rogo,

Et quæ de Stygio rapuisli cinnama lecto;

Improbe, de turpi redde, Zoile, sinii (3).

« Zoïle, vil coquin, rends bien vite ces parfums.

(1) Ovide, Art d'aimer, liv. II.

(2) Pétrone, Satyricon, LXX.

(3) Martial, liv. XI, ép. 55.

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celte cannelle, cette myrrhe qui exhale encore une odeur de funérailles, cet encens dérobé à la flamme

du bûcher, et ce cinnamome que tu as dérobé sur le

lit de mort. »

Nous trouvons dans la Commoti(jue, ou Àrs fucatriæ, des considérations plus intéressantes; c’était encore un des nombreux métiers que les sagœ exerçaient dans l’ombre. Ce commerce comprenait un certain nombre de spécialités ; aujourd’hui toutes ces pratiques sont encore employées souvent; les femmes qui y ont recours les désignent collectivement sous un nom à peu près aussi repoussant que la chose : le maquillage.

■ Les préparations philocomes étaient extrêmement nombreuses : Pline en cite un très grand nombre. Ainsi, pour noircir les cheveux, on pouvait employer l’arroche sauvage, les lentilles, le millepertuis, le vin de myrte, les feuilles de cyprès, la capillaire, la sauge des bois, etc. Le poireau était une plante bien précieuse par la multiplicité de ses propriétés : il était aphrodisiaque, il embellissait la voix et facilitait le sommeil; en outre, sa pelure bouillie servait à teindre les cheveux en noir. — On pouvait môme

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einpôch(3r ceux-ci de blaiicliii* avec un liuiment composé d’huile et de ceudce de ver de terre.

L’axouge et les haies de myrte ])réveiiaient la calvitie; — on pouvait, du reste, faire repousser les cheveux avec la graisse d’ours, ([ui avait été remise eu honneur il y a quelques années : Multa renascuntur quœ jam cecidere.... — On employait dans le même but la cendre de la peau du côté gauche du front de l’hippopotame; la cendre des parties génitales d’un âne broyée avec de Thuile et du plomb rendait la chevelure plus épaisse et l’empêchait de blanchir.

On rendait les cheveux blonds avec de la lie de vinaigre et l’huile de lentisque, ou bien avec du jus de coing mélangé à celui du troène.

On pouvait même blanchir les cheveux noirs avec la lysimachia ou corneille ; mais il est probable que cette préparation était peu employée.

On les rendait crépus avec le spondyliou ; — on les faisait boucler avec le sang d'un jeune hibou (1).

Toutes les indications pouvaient, comme on peiit en juger, être remplies, et chacun pouvait y trouver

ce dont il avait besoin (2).

Nous recueillons aussi dans nos poètes un grand

(1) Pline, Hist. nat., passim.

(2) Nous parlerons plus loin de Vépilaiion, pratique très usitée chez les Pxomains, et dont il est souvent question dans lés poètes.

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iioiiilire (riiulicalions relatives à toutes ees praliciues.

Coma tum mutatur, ut annos

Dissimulet, viridi cortice tincta nucis (1).

« Alors ou dissimule sou âge eu teiguanl ses che* veux avec l’écorce verte de la noix. »

Femina canitiem Cermanis inficit her.bis El melior vero quæriturarte color (2).

« La femme teint ses cheveux blancs avec le suc des herbes de Germanie, et l’art leur donne une cou leur plus belle que la couleur naturelle. »

Les prostituées de Home étaient obligées par l’édile à teindre leurs cheveux en jaune — ou en bleu ! (Llles se servaient le plus souvent de safran.)

Properce reproche à Cynthie, sa maîtresse, d’abuser des fards :

An si cærulea quædam sua tempore fuco

Tinxeril, idcirco cærula forma bona est (3).

« De ce que certaine femme se teigne ses cheveux en bleu, s’ensuit-il que ce soit une couleur à adopter ? »

Quelquefois elles se servaient de perruques jaunes grossières. Messaline elle-même cachait ses cheveux

(1) Tibulle, liv. I, él. \iii (ix dans certaines éditio'hs), v. 43.

(2) Ovide, Art d'aimer, liv. III, v. 163.

(3) Properce, liv. II, él. xvli, v. 31 .

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