LA COSMÉTIQUK, LES PARFUMS, ETC
petits, séchés au soleil sur les tuiles, puis pulvérisés et mêlés à la bouillie de fèves, forment un cosmétique excellent qui blanchit et adoucit la peau» (Idiiie).
Le savon le plus renommé venait des Gaules; il en existait de deux sortes, du mou et du liquide; il était fait avec la graisse de chèvre et la cendre de hêtre (Pline).
Il existait encore d’antres préparations destinées à des usages spéciaux : le lomentum, ou farine de fèves, servait à effacer les vergetures (pie détermine la grossesse sur les parois abdominales :
Lomento rugas uleri quod condere tentas Polla; tibi ventreni, non milii labra linis.
« En essayant de cacher avec de la farine de fèves
les rides de ta peau, Polla, tu t’enduis le ventre, et ne m’enduis pas les lèvres (1). »
Quelques femmes employaient même cette farine lorsqu’elles devaient aller au bain :
Gratum munus erit, scisso nec inutile ventri Si clara Slephani balnea luce peles (2).
La graisse d’oie avec de l’huile rosat et une araignée maintient après l’accouchement le sein dans son état naturel (Pline).
(1) Locution figurée pour dire : Tu ne m’en fais pas accroire. — Martial, liv, III, ép. 42.
(2) Martial, liv. XIV, ép. 60, Lomentum.
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Quant aux fards, il en est question également à chaque instant dans les poètes latins; la céruse et la craie étaient employées pour blanchir la peau ; pour la colorer en rouge on se servait du carmin, d’une substance tirée des excréments du crocodile et, au dire de Pline, de la bouse de taureau :
Indomitam properat rabiem sedare; neque illi Jam lïianet humida creta, colorque Stercore fucalus crocodili (1).
« Elle s’agite, et la craie qui recouvre son visage tombe avec le Fard fourni par les excréments du crocodile. »
Ovide paraît être assez au courant de toutes les pratiques adoptées pour corriger la nature, et il indique les divers artifices dont se servaient les dames et surtout les courtisanes pour tâcher de réparer les outrages du temps, munditiis annorum damna rependunt.
« Vous empruntez à la céruse sa blancheur trompeuse; d’autres artifices remplacent la couleur du sang. Vous savez encore allonger ou épaissir vos sourcils et effacer sous un cosmétique vos joues véritables. Vous n’avez pas honte d’animer l’éclat de vos yeux avec des poudres fines ou avec le safran qui croît sur les rives du limpide Cydnus (2). »
(1) Horace, Epodes, xii, in A nu m libidinosam.
(2) Ovide, Art d’aimer ^ III, v. 199.
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Martial adresse des paroles peu galantes à une femme qui Ta repoussé autrefois et qui le sollicite en vain quelques années après : « Tandis que tu es chez toi, tes cheveux sont absents et se font friser dans une boutique du quartier de Sidjurre; la nuit, tu quittes tes dents aussi facilement que ta robe de soie ; ton visage, éparpillé dans cent pots à pommades, ne dort pas avec toi (1). »
Martial parle très souvent de femmes qui abusent de la craie et de la céruse :
Sic, quæ nigrior est caclente nioro Cerussata sibi placet Lycoris (2).
« Lycoris, qui est plus noire qu’une mûre qui tombe de l’arbre, se trouve belle (piand elle s’est blanchie avec la céruse. »
Pétrone emploie une comparaison assez imagée pour exprimer une idée analogue : « Sur son front baigné par la sueur coulaient des ruisseaux de fard, et dans les rides de ses joues il y avait une telle quantité de craie qu’on eût dit un vieux mur décrépi sillonné par la pluie (o). »
(1) Martial, liv. IX, ép. 38, in Gallam.
(2) Martial, liv. I, ép. 73. — Voy. également dans Martial, liv. II, ép. 41 : Crelala Fabulla,... cerussala Sabclla ; — liv. VIII, ép. 33 : Crassior in fade vetulæ sial crela Faballœ; — liv. X, ép. 22, etc.
(3) Pétrone, Satyricon, xxiii.
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Nous venons de parler des préparations tleslinées à corriger la pâleur; niais ceux dont les couleurs étaient trop vives pouvaient les atténuer en buvant du cumin. Horace, en parlant du servile pecus imitalorum, nous fait connaître cette propriété :
Pallerem casu, biberent exsangue cuminum (1).
« Si je venais à pâlir, ils s’empresseraient de boire du cumin (pour devenir plus pâles). »
Les amoureux avaient aussi des préparations destinées à dissimuler certaines traces accusatrices dont il est assez souvent question dans les poètes :
Tune succos, herbasque dedi quels livor abirel Quem facit impresso mutua dente Venus (2),
« Je lui ai donné des sucs et des herbes pour effacer la trace de ces morsures que se font les amants dans les transports de la volupté. » Tibulle, qui avait si bien instruit sa maîtresse à tromper son mari, eut lieu ensuite de le regretter, lorsqu’il fut trompé à son tour par les mêmes moyens :
Seque sua miserum nunc ait arle premi (3).
(( Tibulle avoue maintenant qu’il est victime de ses propres artifices. »
(1) Horace, ÉpUres, liv. I, ép. xix, v. 18.
(2) Tibulle, liv. I, él. 6 (ou 7), v. 13.
(3) Ovide, Les Tristes, liv. H, él. unique, v. 450.