TIBULLE
se pose en interprète de l'avenir, dit dans son panégyrique de Messala :
Compertum est veracibus ut mihi signis,
Queis Amythaonius nequeat certare Melampus.
Je l'ai reconnu à des signes non moins certains que les oracles de Mélampe, fils d'Àmythaon. — Dans une autre circonstance, il invoque Apollon, le dieu de la médecine, en faveur d'une jeune fille, Cérintbe, l'objet d'un nouvel amour ; reste à deviner pour quel motif il s'y intéressé tant :
Hue ades, et tenerœ morbos expelle puellœ, Grede mihi, propera, nec te jam, Phœbe, pigebit Formosœ medicas applicuisse manus.
Oé quoi s*agit-il ? I.e poète ne le dit pas avec netteté, seulement noiis pouvons comprendre que la maladie est assez sérieuse puisqu'elle peut produire l'amaigrissement, la pâleur et autres acd* dents si peu compatibles avec la beauté :
Effice, ne macies pallentes occupet artus, Neu Dotet infonnis candida membra color.
On trouve encore dans quelques fragments d'élégie, sous les n** XI et XII, des allusions à cette maladie, et Tibulle lui-même se plaint d'être dévoré par \3LÙëYre,meanunc vexât corpora fessa calor, et nous prendrions volontiers ces paroles pour les exagérations poétiques d'un amoureux' éconduit ; mais l'on sait que Tibulle était d'une santé délicate, et rien ne s'oppose à ce que nous prenions les choses au pied de la lettre. Quoi qu'il en soit^ nous voyons que Tibulle, en ses vers si purs, n'entre jamais dans aucun détail incompatible avec ses goûts élégants; les maladies pour lui ne comportent pas de descriptions techniques, et nous n'avons ainsi recueilli dans son œuvre que des généralités. Il n'a pas laissé d'épigrammes, rieu qui fasse diversion à ses molles langueurs et qui le ramène à la vie réelle. Chagrins, tristessesi colère, vengeance, ces orages de la carrière amoureuse, sont les causes des troubles morbides signalés dans quelques élégies et qui ne tiennent qu'une place très secondaire dans nos cadres nosologîques. Le remède à ces maux est facile à trouver, nous le demanderons à Ovide, ce grand maître en l'art d'aimer» et peutêtre celui-li nous révélera-t-il quelques secrets dont nous saurons profitftp.
PROPERCE. - GALLUS. - PUBUDS STRUS.
Sextus-Âurétius , Propertius, d'origine plébéienne , est né en Ombrie, sur les frontières de la Toscane, à une époque qui n'est pas rigoureusement déterminée. Sa naissance se trouve comprise entre les années 697 et 702 de Home. Rien ne nous oblige à prendre parti par ou contre Yulpius et Bartb, pour ou contre les petites villes de Mévanie ou de Spello, qui se disputent Thonneur de ravoir vu naître. Laissons ces grands débats aux érudits de profession, surtout à ceux qu'un intérêt de localité pousse à soutenir ces thèses difficiles.
Après la guerre de Modène, Octave distribua les terres de ses ennemis, les partisans d'ÂntoJne, aux soldats qui avaient fait triompher sa cause. Le père de Virgile fut dépouillé, mais son fils sut réclamer l'héritage de ses ancêtres ; il plut au vainqueur et rentra dans son petit domaine. Properce fut atteint du môme coup, mais il n'avait alors que douze ans ; la Muse ne pouvait faire un miracle en sa faveur, et il dut sabir cette ruine. Plus tard, quand son génie lui eut valu la faveur de Mécène, il avait oublié^ dans les plaisirs, sa fortune détruite, et il vécut, sacrifiant tout aux charmes d'une liaison dont l'objet a été immortalisé dans ses chants. Cynthie fut l'objet d'un constant amour, chose rare dans les poètes élégiaques ; mais enfin, il faut en tenir compte, car Lycinna ne fit qu'apparaître dans sa vie, et cette constance du poète explique la monotonie de son œuvre, le peu d'incidents qui s'y remarquent, et par conséquent la rareté des découvertes que nous avons pu y faire.
Nous ne verrons dans ces quatre livres d'élégies que plaintes amoureuses, rigueurs, caprices, plaisirs, rendez-vous et perfidies,