‹ Etudes médicales sur les poètes latinsChapitre 6 sur 24 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION

tincts particuliers; chacun éprouve une impression différente, en rapport avec la nature de son esprit, de son éducation, de sa profession. Est-il donc étonnant qu'un médecin qui consacre ses loisirs à une pareille récréation, soit frappé du grand nombre d'idées médicales répandues dans les œuvres des poètes? Ceux qui ont chanté les plaisirs ont très bien indiqué les maux qui naissent de l'abus des voluptés, ainsi que les maladies qui résultent des excès en tout genre que se permettaient les Épicuriens de profession. Notre science se retrouve à chaque page de ces poèmes, les lecteurs pourront facilement s'en convaincre, et peut-être nous sauront-ils gré d'avoir recueilli avec soin de sages préceptes revêtus d'une forme si séduisante.

Il y a des médecins, nous le savons, qui, grands partisans de l'utilité, et s'armant du principe hippocratique, vita brevis, ars longa, s'imaginent que toute excursion dans le domaine littéraire est interdite au médecin, et qui regardent comme entièrement perdues les heures consacrées à des amusements de ce genre. Nous leurs dirions volontiers, à ces confrères si rigides , que tout se tient dans l'intelligence humaine, que la musique influe heureusement sur le cerveau malade, que les beaux vers chassent la mélancolie, que l'aspect d'un paysage du Poussin fait rêver délicieusement, que les comédies de Plante et de Molière font oublier, à force d'esprit, les attaques contre un certain art dont se moquent ces hommes divins. Permettez donc que l'on s'amuse en s'instruisant, qu'on rie un peu des travers de l'homme, de ses passions, de ses ridicules, des prétentions pédantesques de quelques confrères, de la vanité des Mondor de tous les temps, de la coquetterie des femmes, de la crédulité des amants, etc.

Si quelques médecins sont tentés de me trouver trop latiniste pour un desservant du temple d'Esculape, il ne manquera pas non plus de latinistes qui m'accuseront d'être trop médecin pour un érudit, et peut-être aura-t-on raison de part et d'autre. Le public m'appliquera sans doute un

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