‹ Études morales et littéraires: épopées et romans chevaleresquesChapitre 11 sur 49 · LE TRÉSOR MAUDIT · texte numérisé non relu

LE TRÉSOR MAUDIT

Tous les Burgondes sont, non pas vaincus, mais écrasés sous le nombre. Tous ont été massacrés. Seuls, Gunther et Hagen, blessés, ont été faits prisonniers, garottés et conduits à Krîmehilde.

C'est un personnage épisodique, Dietrich de Vérone, tout à coup grandi par le poète, qui dompte les deux héros, à tout autre invincibles ; c'est lui qui les conduit à Krîmehilde, en la priant de leur donner la vie. Elle feint d'y consentir; mais elle ment. Elle sépare les deux prisonniers et redemande à Hagen le trésor de Sifrid, le trésor des Nibelungen. Or, avant son départ, il l'avait descendu dans un gouffre du Rhin, afin que personne n'en pût jouir jamais

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si les chefs Burgondes venaient à périr. — « J'ai juré, répondit Hagen, de ne dire à personne où je l'ai caché, tant que vivrait un de mes seigneurs. »

— « J'irai jusqu'au bout, dit la reine. » EUç fait couper la tête de son frère, et, la prenant elle-même par les cheveux, la porte devant Hagen.

— « Maintenant, dit Hagen, mon noble rpi Gunther et ses frères sont morts. Hors Dieu et moi, nul ne sait où j ai caché le trésor. Femme de l'enfer, tu Tas perdu pour toujours (i). »

Krîmehilde saisit Tépée de Sifrid, Tépée que l'assassin portait depuis le jour du meurtre, et la levant à deux mains, elle abat la tête de Hagen. Mais les guerriers s'indignent de voir un brave si vraiment digne de mourir sur le champ de bataille, périr ainsi de la main d'une femme. C'est donc en vain que Dietrich, son vainqueur, en le livrant à la reine, a demandé sa vie? Furieux de voir violée la parole donnée à son seigneur, le dernier survivant des hommes-liges de Dietrich, le vieil Hildebrant, bondit vers Krîmehilde et la tue.

Ainsi finit le vieux poème, dans un déluge de sang.

(i) St. 2371.

Vabbé se contenta de donner une analyse des Nibelungen, se réservant défaire des comparaisons lorsque les autres « rapporteurs », comme disait le président, lui en auraient donné matière.

Le lendemain « Pordre du jour » appelant la Chanson de Roland et le Cycle de Charlemagne y T Archiviste prit ainsi la parole :

M. Léon Gautier, dans la préface de son édition classique de la Chanson de Roland, écrit :

Dirai^je toute ma pensée? Je n'ai jamais vu sans quelque jalousie les autres peuples respecter leurs origines et se passionner pour leur lointaine et mystérieuse beauté. Emu devant un tel spectacle, je me suis dit un jour que je travaillerais, dans mon humble sphère, à faire de mon pays une nation vraiment traditionnelle, qui ne s'imaginât pas dater de quatre-vingts ans, et se souvînt de ses quatorze siècles d'existence et de gloire.

Depuis plus de vingt-cinq ans, M. Léon Gautier s'efforce de faire entrer dans le domaine

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littéraire, dans le domaine commun des intelligences cultivées, les vieux poèmes héroïques de la langue d*oïl.

Il a mis au service de cette oeuvre un zèle infatigable, une éloquence qui vient du cœur, une foi qui remue les montagnes.

Pendant qu'il se donnait tout entier et de toute son âme à cette œuvre, quelques-uns de ceux qui, les bra.s croisés, le regardaient faire ; quelques-uns même de ceux qui prétendaient l'aider, lui disaient : « C'est inutile, les vieilles épopées de la langue d'oïl ne peuvent jamais devenir classiques en France. Les chansons de geste ne sont pas seulement d'une autre langue, elles sont d'une autre inspiration, d'un autre génie, d'un autre monde que la France moderne. »

« Deux siècles d'indifférence et d'oubli, suivis d'un siècle de haine aveugle, ont creusé trop profondément l'abîme qui nous en sépare pour qu'on puisse renouer la tradition littéraire. »

« D'ailleurs, serait-il bien désirable qu'on les prît pour modèles? Roland est plus chrétien qu'Achille, soit; mais est-ce bien sérieusement que vous comparez la poésie de Turold à celle d'Homère? »

En dépit de ces encouragements, M. Léon Gautier poursuivait son œuvre avec une invincible ténacité. Il a réussi dans une entreprise qui paraissait impossible. Aujourd'hui, la plus

belle des vieilles épopées françaises, la Chanson de Roland n'est pas seulement devenue classique, elle est redevenue populaire.

Il faut joindre à M. Léon Gautier M. Gaston Paris, dont le grand public ne connaît et n'admire pas assez le Charlemagne poétique. Ce livre est un modèle de critique savante et littéraire. L'auteur y met une érudition solide et consciencieuse au service d'une intelligence pénétrante et d'une âme capable de s'émouvoir à tout sentiment généreux. N'oublions pas non plus M. Théodor MûUer, un allemand, qui le premier, en 1 85 1... Mon Dieu, oui, Commandant, j'en suis bien fâché, mais la chose est ainsi... M. Théodor Mtiller a publié le premier un bon texte de la Chanson de Roland.

A mon avis, ce chef-d'œuvre de la « matière de France » appartient à la seconde moitié du XI® siècle. Il est certainement antérieur à la première croisade. J'en fixerais volontiers la date lorsque la conquête de l'Angleterre par Guillaume le Bâtard était décidée, entreprise peut-être, mais n'était pas encore accomplie. Le manuscrit d'Oxford, la rédaction signée par Turold.

Ci fait la geste que Turoldus declinet

paraît faite en Normandie, par un Normand ; mais un copiste l'a peut-être un peu retouchée en Angleterre.

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Uauteur, je pense, a travaillé sur un thème antérieur, veiiu de l'île de France. Pour le moment nous ne remonterons point plus haut.

La Chanson de Roland est bien connue de tout mon auditoire et je n*ai pas besoin d'en faire Tanalyse...

Le Commandant. Ma foi, j'avoue...

Le Président, Sans doute, Archiviste, la Chanson de Roland est classique... Mais elle ne rétait point encore quand j'ai fait mes classes • a .

L'Archiviste. Je la résume donc. Je serai très bref.

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