‹ Études morales et littéraires: épopées et romans chevaleresquesChapitre 27 sur 49 · LES ADIEUX · texte numérisé non relu

LES ADIEUX

Don Rodrigue vient à Saint-Pierre de Cardègne, prendre congé de sa femme et de ses deux filles ; il y passe un jour entier, mais enfin il faut se hâter et partir, car il n'y a plus que trois jours pour arriver à la frontière dans le délai que lui a fixé le roi. Le lendemain de son arrivée, de grand matin, le Cid entend la messe avec sa troupe.

En sortant de l'église, ils tont monter à cheval. Mon Cid embrasse Chimène ; et Chimène lui baise les mains en pleurant Et lui se prit encore une fois à regarder ses filles : — « Mes enfants, dit-il, je vous confie à mon ami, » l'abbé don Sanche, à votre mère et à Dieu. »

Il se mit à pleurer lui-même. Leur séparation fut comme Farrachement de T ongle hors de la chair.

Mon Cid monte à cheval et va dans la campagne réunir ses gentilshommes en ordre de marche. Quelques-uns tardaient un peu, et mon Cid, en les attendant, tournait la tête vers l'abbaye. Mais Alvar Fanez Minaya, son premier lieutenant, son conseiller et son ami, parla sagement et lui dit : — « Cid, où est votre » courage I Pensons à chevaucher, car nous n'a- » vons pas de temps à perdre. Peut-être le deuil » se changera-t-il quelque jour en joie. Dieu, » qui nous a donné Tâme, nous donnera le se- » cours. » —

» L'abbé don Sanche, qui avait conduit mon Cid jusque là, s'en retournait ; Alvar Fanez, le rappelant, lui dit : — « Abbé, si vous voyez des » gens venir pour nous accompagner, dites leur » de suivre les traces de nos chevaux, ils nous » rejoindront facilement. » — Puis on lâcha les brides. On se hâtait, car le délai touchait à sa fin (i). »

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