‹ Études morales et littéraires: épopées et romans chevaleresquesChapitre 29 sur 49 · LA RÉCONCILIATION · texte numérisé non relu

LA RÉCONCILIATION

Le trait distinctif de l'honneur espagnol, c'est l'alliance intime des sentiments religieux avec les

(1) VoUmOUer, 992-997.

(2) Malcalçados, v. i023.

sentiments nationaux, l'union profonde entre la fidélité monarchique, la fierté du gentilhomme et la foi du vieux chrétien. Ces caractères se marquent déjà dans les chansons du Cid. Don Rodrigue exilé continue à regarder Alphonse comme son roi, quelque injuste et cruel qu'il ait été.

Je veux conter avec ses détails caractéristiques la réconciliation du Cid et du roi. Ce récit, tel que nous le fait le vieux poète, est très intéressant à la fois pour l'historien et pour le critique littéraire.

Le Cid est un type de loyauté féodale.. Le roi lui a pris ses honneurs, ses biens et ses fiefs ; n'importe : à chacune de ses victoires, le Cid fera saluer le roi comme vainqueur en lui envoyant sa part du butin, qui est la première; et quand il sera maître de Valence, il lui fera l'hommage de son nouveau royaume comme d'un fief de la couronne de Castille.

Après Dieu et la famille, sa première pensée est au roi.

Dès son premier combat contre un parti de Maures qu'il met en déroute, le Cid envoie Alvar Fanez Minaya, son conseiller et son bras droit, en Castille, pour faire chanter mille messes d'actions de grâce à Sainte-Marie de Burgos et porter à Chimène le butin pris sur l'infidèle,

3l8 CHAPITRE IX.

sauf trente chevaux de grande valeur qu'il offre .en don au roi de Castille (i).

Don Alphonse les accepte. « Conservez vos » biens et vos fiefs, Alvar Fanez, dit-il ; retournez » auprès de celui qui vous envoie ; dès aujour- » d'hui je vous fais grâce, à vous, de même qu'à » tous ceux qui le suivent. Mais du Cid Cam- » péador lui-même, je ne vous dis rien. » — « Je » vous remercie comme seigneur naturel et légi- » time, répond Alvar Fanez. Roi, vous faites » quelque chose; plus tard vous ferez davan- » tage (2). »

A chaque victoire, disions-nous, le Cid envoie des présents au roi de Castille, en lui faisant hommage des terres qu'il a conquises.

C'est ainsi que, de bataille en bataille, il poursuit sa route jusqu'à la mer, et se taille, avec son épée, un domaine magnifique en plein pays musulman. Il s'établit à Valence, dont il fait sa capitale; puis il envoie Minaya Alvar Fanez, que nous connaissons, et Pero Bermuez surnommé le muet, dont nous parlerons à l'aise tout à l'heure, pour faire hommage de sa conquête au roi de Castille et ramener Chimène à son mari, si la chose est possible.

» En approchant de Valladolid, où se trouvait le roi, Pero et Minaya lui envoyèrent un

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