V. aussi Rom
Prometio como quien era — que a ella no llegaria Hasta que las cinco huestes — de los moros no vencia.
Cette espèce de vœu est devenu un lieu commun poétique.
Sauf preuve contraire, on doit supposer que dans une légende la forme la plus simple et la moins chargée de détails est la plus ancienne. Dans ï Histoire d'Espagne, le Cid souhaite au roi de périr tué par trahison, s'il est un traître, et lui fait répéter deux fois son serment. Dans la Chronique du Cid, il fait répéter au roi le môme serment trois fois, ce qui d'une idée simple et grandiose, fait une exagération ridicule ; il ajoute à ses imprécations : que le meurtrier ne soit ni gentilhomme, ni castillan, ni léonais ; ce qui exprime un sentiment nouveau, tout différent du premier.
Comme le remarque fort bien don José Amador de los Rios, de ces deux sentiments, l'un est héroïque, et c'est le plus ancien ; l'autre est aristocratique : il est plus récent. Ce sentiment aristocratique est étranger au poème du Cid, dont l'auteur est évidemment hostile à l'esprit de caste et méprise la noblesse de cour. Dans les romances deux courants se marquent : l'un reste fidèle à l'idée primitive : mourez de la main d'un traître! L'autre développe de plus en plus l'idée nouvelle : que votre meurtrier soit un homme de rien ! et de proche en proche il en arrive à ceci :
Que des vilains vous tuent, Alphonse, des vilains, non des gentilshommes, et vilains des Asturies, d'Oviédo, non de Castille; qu'ils vous tuent avec des aiguillons à bœufs, non avec des lances ou des javelots ; avec des couteaux, non avec des dagues ; qu'ils soient chaussés d'espadrilles,
et non de souliers ; qu'ils portent des capes pour la pluie, non du drap de Courtrai ou de la soie frisée ; qu'ils aient des chemises d'étouppe et non de toile de Hollande brodée ; qu'ils chevauchent sur des bourriques, non sur des mules ou sur des chevaux, avec des harnais de corde, et non de cuir; qu'ils vous tuent au milieu des champs, non dans une ville ni dans un village et qu'ils vous arrachent tout vif le cœur de la poitrine, si vous ne dites pas la vérité !
Las palabras son tan fuertes — que al buen rey ponen espanto (i).
« Ces paroles sont si fortes qu'elles épouvantent le bon roi, » dit le poète, qui paraît enchanté de ses inventions.
Quelque envie que vous ayiez de me taquiner, mon cher Archiviste, j'espère que vous ne me proposerez pas d'accueillir dans ma reconstruction du premier chapitre de mon poema del Cid, cette kyrielle de malédictions baroques.
J'arrive à la première journée d'exil. Jusqu'à présent, mon cher Archiviste, vos critiques ne m'avaient pas atteint dans les œuvres vives, car ni la légende entière de Pero le Muet, ni le Serment du roi, ne se trouvent dans ce qui nous reste du poème du Cid. Mais ceci devient plus grave. Il s'agit de mon texte même.
A défaut du manuscrit unique de Madrid, prenons l'édition paléographique de VoUmôller
(1) P. 63, édit. de Keller
OÙ nous constatons d'abord ce que tout le monde reconnaît : le texte est tellement altéré que beaucoup de corrections s'imposent. Celle-ci. par exemple :
Vous dites que le texte porte : le Cid alla camper près d'Arlanzon, dans la plaine, et c'est à peu près exact..
35. Saliô por la porta e en Arlanzon posaua Cabo essa villa en la glera posaua...
Remarquons d'abord qu'il est difficile de concilier en Arlan!{on et cabo essa villa ^ dans la ville et près de la ville ; mais il est très évident pour moi (Je suis affirmatif, comme vous voyez) il est très évident que c'est une erreur de copiste. Il faut lire :
Salio por la puerta e Arlanzon pasaua Cabo essa villa...
Le Cid a passé ^p^saua) la. rivière d'Arlanzon, et c'est sur la grève, plaine sablonneuse ou champ de manœuvres (i) situé près de Burgos qu'il a campé (posaua). En effet la ville d'Arlanzon est située à trois lieues et demie de Burgos ; et pour y arriver on doit passer devant Sainte- Marie de Cardègne, qui se trouve à peu près à mi-chemin. Le Cid est en route pour Sainte- Marie de Cardègne. Il arrive à Burgos et veut y
(1) Dans le vers 2242, le sens du mot glera est bien champ de manœuvres, champ destiné aux exercices militaires.
prendre ses logements. Toutes les portes se ferment devant lui. Le Cid est forcé de quitter la ville et d'aller camper en pleine campagne. C'est la fin d'une étape; ses troupes sont fatiguées ; et l'on suppose que dépassant Cardègne, le but de son voyage, il va camper inutilement au-delà pour y revenir ensuite ; ce qui fait quatre lieues de marche inutile. D'ailleurs, notez que le soir même, le Cid envoie son intendant, Martin Antolinez, à Burgos, pour traiter d'un emprunt avec les juifs Rachel et Vidas; cet Antolinez parlemente longtemps avant de se mettre d'accord avec eux et ce n'est qu'à la nuit tombante ([) qu'il amène les deux juifs au camp, pour conclure l'affaire avec le Cid lui-même; en sortant de Burgos ils évitent le pont et passent la rivière à gué, pour n'être vus de personne; puis Antolinez retourne à Burgos avec les juifs, recommence a discuter avec eux pour se faire donner une commission, compte l'argent et le rapporte au camp du Cid. Alors seulement on plie les tentes et l'on se met en marche pour Cardègne, sauf Martin Antolinez, qui s'en retourne encore une fois à Burgos tout seul, bravant la colère du roi, pour embrasser sa femme avant de partir pour l'exil : puis il rejoint le reste de la troupe, à Cardègne, avant le premier chant du coq (a).
Et l'on supposerait que toutes ces allées et ces venues, de nuit, se sont faites entre deux villes situées à trois lieues et demie Tune de l'autre? C'est insoutenable. Donc, en Arîan^on posaua est une faute du copiste, qui en a fait de pires.
J'ai d'abord combattu votre seconde critique de mon texte, afin de vous montrer qu'il y a des corrections nécessaires. D'ailleurs, que le Cid ait campé près de Burgos ou près d'Arlanzon, je vous avoue que cela m'est assez indifférent. Passons maintenant à votre première objection :
Vous me dites que les bourgeois de Burgos, accompagnés de leurs femmes, sortaient de leur maison pour voir le Cid ; ce qui dérange mon tableau de cette ville morte, de ces rues vides et silencieuses (i). Et cela, j'y tiens.
Ici encore le texte vous donne raison ;
i5. Myo Çid Rruy Diaz por Burgos intraua;