‹ Études morales et littéraires: épopées et romans chevaleresquesChapitre 37 sur 49 · Pleurant des yeux, tant ils avaient de douleur · texte numérisé non relu

Pleurant des yeux, tant ils avaient de douleur

(1) Page 211 de ce livre.

Je propose de supprimer, comme interpolée, la seconde partie du seizième vers

Exien lo ver mugeres e uarones (1) et voici mes raisons :

D'abord, en présence des effroyables menaces du roi contre ceux qui parleraient au Cid, il est invraisemblable que les Burgalais soient sortis pour le voir; en second lieu, le vers suivant dit qu'ils sont placés à leurs fenêtres, donc restés à la maison; en troisième lieu, au v. 3o il est dit : « Ascondense de Myo Cid, » ils se cachent de mon Cid : donc, ils ne vont point à sa rencontre; en quatrième lieu, tout le récit de la traversée de Burgos, et notamment les v. 3 1 à 36, 40 et 49 supposent que les rues sont désertes ; enfin, je ne sais trop en vertu de quelle hypothèse prosodique on tiendrait à conserver cet interminable seizième vers :

En su conpana sesenta pendones leuaua. Exien lo ver

[mugeres e uarones.

Tandis qu'il est si naturel d'écrire :

(1) La population de toute une ville sortant pour voir l'entrée d'un héros et se portant à sa rencontre est un lieu commun poétique : on lit par exemple dans le poème d'Alexandre (xiii® s.) :

Al entrar de la villa mugieres e varones Exieron recibir lo con diyersas cançiones.

Myo Cid Rruy Diaz por Burgos entraua ; En su conpana LX pendones leuaua ; Burgeses e burgesas por las fîniestras son puestos Plorando de los oios, tante auyen el dolor...

Maintenant, ne pensez-vous pas, mon cher Archiviste, que si nous continuons d'éplucher ainsi le Cid vers par vers, nous n'en finirons jamais, et nous allons ennuyer beaucoup nos amis?

Il est très vrai, comme vous le dites, « qu'on ne sait jamais tout ce qui peut sortir d'un fait ou d'un texte», mais on sait bien ce qu'on en veut tirer; je vous propose donc, s'il vous plaît, d'attendre la fin du commentaire que je ferai sur le Poème, Lorsque vous connaîtrez ce commentaire, vous vous contenterez de me signaler celles de mes errejars dont je me prévaudrais pour justifier des appréciations morales et littéraires. Quant aux autres, vous les couvrirez d'un silence indulgent.

Lettre de V Archiviste à VAbbé.

Mon cher Ami, je suis assez content de la manière dont vous avez justifié votre changement de texte : A rlan:{on pasaua au lieu de en Arlana^on posaua. La suppression de exien lo ver mugeres et uarones me paraît plausible.

Quant à votre histoire de Pero le muet, vous avez une façon de traiter les textes qui rappelle

un peu les pionniers du nouveau monde se frayant une route à travers les forêts vierges... Est-ce un souvenir que vous avez rapporté de la Louisiane?

Il est un point sur lequel je vous donne toutà-fait raison : pour compléter le poème, vous avez bien fait de prendre le récit du Serment dans V Histoire de l'Espagne plutôt que dans la Chronique du Cid.

Vous confessez vous-même que vous avez peut-être eu tort d'introduire dans cette scène Pierre Anzurez... J'attendrai des aveux plus complets, et je vous donnerai peut-être l'absolution.

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