‹ Études morales et littéraires: épopées et romans chevaleresquesChapitre 4 sur 49 · LA CONQUETE DE BRUNEHILDE · texte numérisé non relu

LA CONQUETE DE BRUNEHILDE

Gunther, l'aîné des rois Burgondes, à son tour, entend parler d'une jeune reine d'une beauté merveilleuse, mais d'un caractère étrange (i).

Brunehilde est une sorte d'amazone qui règne dans une région lointaine, au-delà des mers : l'Islande. Elle est orgueilleuse et féroce autant que belle. Sa force dépasse de loin celle de tous les hommes. Elle défie à des jeux et des luttes périlleuses les chevaliers qui aspirent à l'épouser; s'ils sont vaincus — et tous Font été jusqu'ici — ils sont impitoyablement mis à mort.

Gunther annonce à Sifrid son intention d'essayer, au péril de sa vie, de conquérir Brunehilde. Sifrid s'offre à l'aider dans cette entreprise, à condition d'obtenir Krîmehilde en mariage. Gunther y consent et lui promet la main de sa sœur.

Les deux rois, avec une suite nombreuse, traversent les mers. Ils arrivent ensemble à la cour de la terrible princesse. Sifrid accompagne Gunther et se donne pour son vassal, bien qu'il ne le soit pas. Us sont pairs, ils sont égaux, rois l'un et l'autre.

(1) St. 325 et ss.

LES NIBSLUNGEN. 47

Lorsqu'il avait conquis le trésor des Nibelungen, Sifrid s'était emparé de plusieurs talismans d'une vertu merveilleuse. Telle était la Tarncape^ un capuchon qui donne à celui qui le porte la force de douze hommes et le rend invisible (i).

Au moment des épreuves que Brunehilde va faire subir à Gunther, Sifrid se dérobe; courant à son navire, il se coiffe de la Tarncape et revient; invisible à tous, il se place à côté de Gunther et lui dit à l'oreille : « Fais les gestes et je ferai l'ouvrage (2). » Il était temps que Sifrid intervînt ; car le roi Gunther désespérait de gagner la partie. « Si je pouvais revoir le Rhin, pensait-il, cette femme serait pour longtemps débarrassée de mon amour. » Terribles étaient, en effet, les jeux de Brunehilde.

Trois hommes vigoureux lui apportent son javelot ; douze hommes lui apportent avec effort un disque de pierre d'une grandeur énorme.

Il y a trois épreuves : le prétendant à la main de Tamazone doit d'abord la combattre avec le javelot; ensuite jeter le disque de pierre plus loin qu'elle ; il doit l'emporter enfin dans une lutte à qui franchira d'un bond le plus grand espace. Gunther sort vainqueur de toutes ces épreuves. D'abord il pare le coup du javelot qui

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s'enfonce dans son bouclier. Il l'en arrache, et, généreusement, le lance à la jeune reine de manière à la frapper, non du fer, mais du bois : le choc est si violent que Brunehilde est renversée. Elle se relève à l'instant : « Noble Gunther, merci de ce coup ! » dit-elle.

Furieuse, elle saisit le disque de pierre et le lance à douze brasses ; puis, avec sa lourde armure, elle franchit, d'un seul bond, la distance et va tomber au delà. Mais Gunther lance, plus loin qu'elle, l'énorme disque de pierre et saute plus loin qu'elle encore : du moins les choses paraissent être ainsi ; mais c'est Sifrid invisible qui tient le bouclier, lance le javelot, jette la pierre et porte au loin Gunther quand il paraît bondir.

Brunehilde est vaincue. Elle se soumet, rouge de honte et de colère ; elle devient la fiancée de Gunther, à contre-cœur et sans amour.

On revient à Worms , et l'on célèbre à la fois les noces de Brunehilde avec Gunther et celles de sa sœur Krîmehilde avec Sifrid. Ce sont des fêtes éclatantes et magnifiques...

Ici FAbbé s'arrête et parait hésiter.

— Vous êtes fatigué, dit le Président ; voulezvous me céder pour un instant la parole et vos papiers? Je sais un peu l'histoire des Nibelungen ; je m'en tirerai.

L'Abbé prit donc le fauteuil de la présidence et le Président y à la place de TAbbé^ continua son récit.

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