OEuvres de Descarie», éJ. J. Simon, page
fions vides et sans objet, ou mettre l’infini et la perfection même dans le monde. Ce sont là des efforts désespérés qui ont toujours échoué contre l’énergique résistance de notre âme. Concilier la réalité avec ces notions intimes est peut-être au-dessus des forces de l’esprit humain ; mais il nous faut accepter les deux termes du problème, et, comme dit Bossuet, « tenir « toujours fortement les deux bouts de la chaîne, quoi- « qu’on ne voie pas toujours le milieu par où l’enchaî- « nement se continue ‘. »
Reste enfin une dernière force de notre âme, dont la philosophie tient en général trop peu de compte. C’est le sentiment, c’est l’amour : voilà le principe essentiel de toute religion, le ressort de toute volonté. « Un seul soupir de l’âme vers le meilleur, le futur et « le parfait, dit excellemment Hemsterhuis 9 , est une « démonstration plus que géométrique de la Divinité.» Les philosophes qui se tiennent dans la région des idées pures ne voient dans le sentiment qu’une vérité obscure qui passe par l’esprit avant d’entrer dans le cœur; ils ne croient pas qu’une faculté particulière révèle des vérités qui échapperaient à la raison. Je pense aussi que toutes ces distinctions sont artificielles; il n’y a pas de vérité que nous ne sentions, pas de sentiment qui n’enveloppe une vérité. « On ne connaît que ce « qu’on aime, a dit Goethe, et plus la connaissance est « entière et profonde , plus l’amour est vivant, plus la « passion est forte. » L’erreur de la philosophie, c’est