Arisléc, page 1C
de négliger cet instinct qui pousse l’humanité vers Dieu, c’est de ne pas reconnaître la vérité qui en fait l’essence. Pour se décider, notre âme a besoin de certitude ; pour agir notre volonté a besoin d’un ressort. A notre faiblesse il faut un appui qui ne manque jamais, un appui que nous sentions en nous-mcme sans le confondre avec notre propre personne, et qu'en même temps nous retrouvions au dehors. Que la philosophie analyse cet élément religieux, rien de mieux; mais il existe, c’est un fait que l’observation constate, un fait qui dans la vie des hommes tient plus de place que toute la spéculation. Il me semble que la science moderne ne lui donne pas le rang qui lui appartient. Bacon en a vu l’importance; c’est son grand argument contre l’athéisme, argument qui a pour lui l’expérience et la raison.
« Nier Dieu, dit-il *, c’est détruire la noblesse de l’homme; car certainement par son corps l’homme est parent de la bête, et s’il ne tient pas à Dieu par son âme, c’est une ignoble et basse créature. L’athéisme détruit toute magnanimité et ôte à la nature humaine tout moyen de s’élever. Prenez l’exemple d’un chien; regardez avec quelle générosité et quel courage il ira do l’avant quand il se sent soutenu par son maître, qui est pour lui un Dieu ou une melior natura. Sans celte confiance dans une nature meilleure que la sienne, il est évident que l’animal n’atteindrait jamais à ce degré d’énergie. 11 en est ainsi de l'homme; quand il se repose et s'assure sur la faveur et la protection divines, il amasse une force et une foi que la nature humaine no peut se donner par elle-même. Voilà pourquoi l’athéisme, haïssable de toutes façons, l’est surtout en ceci qu’il ôte à l’homme le moyen de s’exalter au-dessus de l’humaine fragilité. Et ce que jo dis des individus est aussi vrai des nations. »