‹ Études morales et politiquesChapitre 18 sur 58 · Ibid., page · texte numérisé non relu

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nous abandonner au flot, résister est chimérique ; accepter ce qui est, et ce qui ne peut être autrement, voilà notre rôle et notre devoir. « L’homme courageux, «dit Spinoza, médite sans cesse ce principe, que « toutes choses résultent de la nécessité de la nature « divine, et qu’en conséquence tout ce qui lui paraît « impie, horrible, injuste et honteux, tout cela vient « de ce qu’il conçoit les choses avec trouble et con- « fusion, et par des idées mutilées. » Il est difficile d’étre plus clair et de prêcher le désespoir avec plus de résignation.

S’il n’y a pas de liberté pour l’homme, il n’y a donc ni bien ni mal ; cela n’est pas douteux pour Spinosa. L’utilité seule existe, c’est l’utilité seule qui règle tous les rapports humains. Si la société punit le scélérat, ce n’est pas parce qu’il est coupable, c’est simplement parce qu’il est dangereux. On pend un assassin comme on étouffe un enragé 1 ; tous deux périssent au même titre; dans l’un et l’autre cas, c’est la nécessité qui fait le droit de l’État.

L’immortalité est encore une de ces chimères dont Spinoza prétend nous délivrer. Pour lui , l’âme et le corps ne sont au fond qu’une même chose envisagée sous deux faces différentes, un mode de la pensée, un mode de l’étendue. « La puissance de l’âme par laquelle « elle imagine les choses et se les rappelle dépend de « ce seul point que l’âme enveloppe l’existence natu-' « relie du corps. Or il suit de tout cela que l’existence

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