‹ Études morales et politiquesChapitre 19 sur 58 · I. Saisset, Introduction à Spinoza, page clvi · texte numérisé non relu

I. Saisset, Introduction à Spinoza, page clvi

« présente de l’àrae et sa puissance d’imaginer sont « détruites aussitôt que l’âme cesse d’affirmer l’exis- « tence présente du corps 1 » En d’autres termes, l’âme et le corps sont éternels comme appartenant à la pensée et à la substance universelle; à la mort, le corps rentre dans l’éternelle étendue; l’âme, sans mémoire, se perd dans l’éternel océan de la pensée divine, comme la goutte d’eau dans la mer.

C’est par ce retour, par cette perte en Dieu que Spinoza séduit les âmes religieuses. Quand il traite des choses divines, sa pensée s’élève; il trouve de nobles paroles pour dédaigner les biens de la terre; il s’écrie avec saint Paul : ïn Deo vivimus, movemur et sumus. Mais ce mysticisme est un effort d’imagination et ne ressemble en rien aux transports de la piété chrétienne. « Après tout, dit Spinoza, que j’aime Dieu librement « ou par la nécessité du divin décret, toujours est-il «que je l’aime et que je fais mon salut 2 . » Qu’eût pensé de cet amour fatal l’auteur de l 'Imitation, lui qui se fait volontairement l’esclave de Dieu, pour en obtenir, comme il le dit si bien, une grande étendue de cœur et la véritable liberté *?

Aujourd’hui l’idéalisme de Spinoza a peu de prise sur les âmes; nous sommes enivrés de la nature et de nous-mêmes, plus disposés à diviniser le monde et l’homme qu’à nous abîmer en Dieu. En ce point Hegel est le philosophe du dix-neuvième siècle. Pour rester

\ . Saisset, Introduction à Spinoza, page clxxiv.

Page 1