‹ Études morales et politiquesChapitre 25 sur 58 · Préface aux Sermons choisis de Bossuet, pages xix etxxm · texte numérisé non relu

Préface aux Sermons choisis de Bossuet, pages xix etxxm

ouvrir un boulevard ou un jardin. C’est la théorie païenne. La cité l’emporte sur l’individu. Quand le meunier de Sans-Souci refusait de céder à Frédéric le mince héritage de ses pères, l’opinion était poui le meunier contre le roi; où serait-elle aujourd’hui^ C’est un progrès, dira-t-on; j’en doute; au moins m’est-il très -difficile de comprendre qu’en affaiblissant l’individu on fortifie la société. La simplicité de nos pères y voyait plus loin que l’habileté de nos politiques.

Croit-on enfin que l’amour de Dieu puisse disparaître sans qu’il se fasse un vide affreux dans le cœur humain?

Pour une âme restée fidèle à l’Évangile, il y a dans toutes les épreuves un abri qui ne manque jamais, c’esl Dieu. Auprès de ce consolateur, qui vous écoute toujours, le plus malheureux peut se résigner, et même bénir la main qui le frappe. Otée la foi, la vie est sans espérance; le monde n'est plus que le théâtre des passions et des douleurs. On y étoulfe dans la nuit. Eu soi l’homme n’est pas une méchante créature; le plus pervers a gardé un coin de tendresse et de bonté; plus d’un scélérat s’est montré père admirable ou fils dévoué; mais une fois qu’on entre dans la foule, quand chacun ne peut avancer qu’en poussant son voisin, l’homme, si la religion ne le retient pas, est un être sans pitié. Dieu absent, c’est l’égolsme qui règne et qui écrase tout ce qui le gêne. Malheur à qui hésite ou qui s’attendrit, i! est perdu ; la vie est un combat, l’empire appartient aux plus forts et aux plus adroits. « Qu’importe au monde.

LA DÉVOTION

« dit Bossuet, qui vous soyez, où vous soyez, ou que «vous soyez? Cela lui est indifférent, on n’y songe « seulement pas 1 . »

— C’est 'là, dira-t-on, la plainte de tous les siècles.' Oui, le monde est une arène ; qui ne se sent pas la force d’v entrer se tienne à l’écart. — Soit ; mais ces spectateurs jouent un plus grand rôle qu’on ne suppose ; ce n’est pas chose indifférente que leur résignation ou leur désespoir. Qu’enseignait-on à la vieille France? Qu’il fallait se contenter de sa condition, accepter l’obscurité comme un bienfait, la pauvreté comme une grâce divine. Qu’enseigne-t-on à la nouvelle? Qu’il faut arriver au plus vite. La morale chrétienne apaisait les passions, la morale du jour les excite et va remuer jusqu’aux bas-fonds de la société. Comment gouverner au milieu des appétits soulevés? Où est le lest du navire? Voilà ce qui manque au monde moderne, ce que l’Évangile avait créé chez nos pères. Ces bourgeois jansénistes, tristes, rigides, intraitables sur leurs devoirs et sur leurs droits, mais patients, honnêtes et modestes, étaient la force et le soutien de cette monarchie qui les écrasait. C’était la poignée de justes qui eût sauvé Sodome et désarmé Injustice de Dieu.

A ne parler qu’en politique, et au risque de froisser plus d’un préjugé, j’oserai dire qu’en tout temps et en tous pays les saints sont le salut de la société. Une âme scrupuleuse qui dédaigne l’ambition et fuit la convoitise répand autour d’elle une influence bienfaisante, et

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