‹ Études morales et politiquesChapitre 32 sur 58 · Ibid., page · texte numérisé non relu

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MADEMOISELLE LA VALLIÈRE

de son temps, celle qui écrit au maréchal de Bellefonds. C’est pour celle-là que je réclame parmi les femmes littéraires du grand siècle une place qu’on ne lui a pas donnée jusqu’à présent. Il semble que la modestie de mademoiselle de La Vallière lui ait fait tort jusqu’au bout, et qu’on n’ait pas voulu s’occuper d’une personne qui songeait si peu à elle-même. Raison de plus pouF que les esprits délicats se plaisent à relire ces plaintes si tendrement exprimées, ces prières ferventes d’un grand cœur qui s’est donné tout à Dieu.

Janvier <861.

Je suis fort en retard avec M. l’abbé de Cassan, mais le sujet qu’il traite est de ceux qui ne vieillissent pas; on y peut toujours revenir. L’accord de la foi et de la raison e§t un de ces éternels problènfes qui défient l’esprit humain, et qui cependant l’attirent par un charme invincible; aussi ne faut-il pas s’étonner si, malgré tant d’efforts trompés, les plus grands philosophes, comme les plus grands théologiens du dix-seplième siècle, un Leibnitz, un Bossuet, un Fénelon, n’ont jamais renoncé à l’espoir de concilier la science et l’Évangile. De nos jours, il n’en est plus ainsi; au lieu d’embrasser la question dans son ensemble, on croit trancher la difficulté en niant un des deux termes du problème. Les philosophes et les savants, ceux du moins que dans le camp opposé on nomme les rationalistes, n’admettent pas qu’une intervention divine puisse jamais troubler la régularité nécessaire des lois naturelles, par conséquent ils écartent la révélation. D’un autre côté, il ne manque pas de catholiques qui par crainte de la science, et par défiance de la raison, ferment volontairement les yeux sur les vérités les plus évidentes, et se font scep-

1 . Le Rationalisme devant la raison, par M. l’abbé de Cassan-Floyrac.

LE RATIONALISME CURÉTIEN.

tiques par dévotion. Ils s’intitulent traditionalistes, et se regardent comme les seuls vrais catholiques ; nom mal choisi, prétention peu fondée, car ils ne représentent ni l’Église ni la tradition. Les Pères des premiers âges, les théologiens les plus fameux ont été philosophes. Origène, saint Basile, saint Augustin, saint Thomas, Bossuet, Fénelon, Malebranche, loin d’avoir peur de la raison , s’en sont servis pour conduire l’homme à la foi. Depuis ces grands hommes que l’Église a toujours honorés comme ses plus fermes défenseurs, ni l’humanité ni le christianisme n’ont changé ; sans doute on a rencontré des objections nouvelles, des difficultés inattendues, c’est l’histoire de toutes les études. qui ont Dieu et l’homme pour objet; elles ne s’achèvent pas sur la terre ; mais le problème est resté tout entier; le mutiler n’est point le résoudre. Chercher une solution qui réponde aux idées et aux besoins du temps, c’est aujourd’hui l’œuvre la plus utile et la plus considérable que puisse se proposer un ami de la religion ; c’est ce qu’a essayé M. l’abbé de Cassan.

A en juger par son livre, l’auteur est un esprit judicieux et sincère, un chrétien convaincu, un prêtre instruit et modeste, qui ne renie pas son siècle, qui ne maudit point ceux qui pensent autrement que lui. S’il était permis d’employer le mot de parti ou d’école pour désigner l’effort commun d’hommes qui, sans se concerter, défendent librement une môme cause, je dirais que M. de Cassan appartient à cette école nouvelle qui essaye de défendre le catholicisme avec les armes de la science, et qui rerftplace l’anathème par la discussion.

M. l’abbé Maret, le P. Lacordaire, le P. Gratry, l’abbé Cruice, l’abbé Cognât, et, parmi les laïques, M. deMontalembert, M. de Falloux, le prince de Broglie, M. Wallon, appartiennent à ce parti de volontaires qui combat pour l’Église sans l’engager. C’est là que M. de Cassan a sa place marquée, et une place honorable. A la sûreté de ses doctrines, à la netteté de ses idées, à la franchise de son langage, on dirait un membre de notre vieux clergé , quelque disciple de Thomassin ou de Bergicr. Quand on lit les modernes défenseurs du catholicisme, on est frappé de leur indécision et de leur timidité ; ils n’avancent qu’en regardant derrière eux. On dirait que leur religion consiste à ne jamais s’écarter des idées romaines alors même que le dogme n’est pas en jeu ; pour eux, ce qui fait la limite entre la raison et la foi, ce n’est plus le symbole, mais un décret de l’Index. Il n’en était pas ainsi dans cette Église gallicane qu’on a tort d’oublier -, on y connaissait si bien les docteurs et les Pères, on y avait des convictions si raisonnées et si fortes, qu’on ne se laissait jamais enchaîner par de vaines terreurs; on savait toujours ce qu’on croyait. Si l’on n’avait pas pour Rome et ses congrégations cette déférence craintive qui est d’un étranger plus que d’un fils, en revanche on tenait du fond des entrailles au siège de la catholicité, on avait un respect sincère, un amour éclairé pour le successeur de saint Pierre; en d’autres termes, on était tout à la fois plus chrétien et plus hardi. M. de Cassan est un élève de cette grande école, il en a pieusement gardé la tradition.

Placé entre deux sortes d’adversaires, les uns qui

s’imaginent qu’on peut remplacer la raison par la foi, les autres qui enferment Dieu dans la fatalité des lois physiques, M. de Cassan combat ces deux partis avec leurs propres armes; aux traditionalistes il oppose la doctrine constante de l’Église, il appelle les rationalistes sur le terrain de la philosophie et de la libre discussion. C’est au nom même de la raison qu’il demande eomment on peut reconnaître en Dieu une puissance et une bonté infinies, et cependant l’enchaîner à l’inflexible nécessité de la nature en lui refusant le droit da parler au cœur de l’homme et de nous élever à lui par le bienfait d’une révélation.

La discussion avec les rationalistes est le fond même du livre; cette discussion est habilement menée; on y reconnaît un esprit rompu aux études philosophiques; il y a de belles pages sur Dieu et l’infini de ses attributs. Néanmoins ce n’est pas sur cette partie de l’ouvrage que j’insisterai , d’abord parce qu’il est difficile d’abréger des raisonnements dont le tissu est aussi serré, ensuite parce que la question de la révélation me semble du domaine de l’histoire beaucoup plus que de celui de la pure spéculation. La philosophie ne s’occupe que de l’homme intérieur et des phénomènes dont l’âme humaine est le théâtre, en tout temps et en tout pays ; le christianisme, au contraire, est un événement, un fait extérieur qui a sa date et son caractère historique. Nier à priori la possibilité de la révélation me semble chimérique; nous ne savons de Dieu que ce qu’il nous laisse voir de sa puissance; il y a un infiui de choses possibles dont nous n’avons même pas l’idée.

Établir théoriquement la nécessité d’une révélation ne me paraît pas d’une raison plus sûre. C’est toujours prêter nos pensées à celui qui nous dit que ses voies ne sont pas celles des hommes. Mais le christianisme existe depuis près de vingt siècles ; nous connaissons la venue de Jésus-Christ, ses paroles, sa morale ; nous pouvons Suivre pas à pas la révolution qui a changé le monde; nous pouvons dire^i l’Évangile est épuisé, si v nous assistons à l’agonie d’un culte qui se meurt, ou à l’épanouissement d’une vérité qui éclaire et transforme l’humanité. C’est sur ce terrain que nous sommes juges; c’est au christianisme à établir sa divinité par son caractère et ses effets. Ce n’est pas de la philosophie qu’il relève, c’est de la critique.

Voyons maintenant de quelle façon s’attaque aux traditionalistes un théologien éclairé, qui déclare sans hésiter qu’il tient doublement à la raison, comme homme d’abord et ensuite comme chrétien. Il y a là une étude d’un vif intérêt, une question où l’avenir même du catholicisme est engagé. Jusqu’à la réforme de Luther, l’Église et la science ont marché d’un même pas; au dix-septième siècle, Bossuet, Fénelon, Tillemont ont renouvelé l’alliance. S’arrêtera-t-on aujourd’hui? le catholicisme se mettra-t-il de côté pour former un monde à part, une espèce de couvent ayant un langage, une méthode, une philosophie, une critique particulière, ou vivra-t-il de la vie commune, et, combattant en pleine lumière, disputera-t-il l’empire des âmes à quiconque veut le lui ravir? Tel est le problème qui s’agite aujourd’hui; je n’en connais pas de plus grand.

Oi

Et d'abord, cet aveuglement volontaire qui fuit toute lumière pour ne pas se laisser éblouir, est-ce une vertu chrétienne? Écoutons la réponse de Bourdaloue; c’est contre la timidité d’aujourd’hui que l’éloquent jésuite écrivait il y a deux cents ans la page qui suit :

« Un homme du monde qui fait profession du christianisme et , à qui l’on demande compte de sa foi, dit : Je ne raisonne point, mais je veux croire. Ce langage bien entendu, peut être bon; mais dans un sens assez ordinaire il marque peu de foi et mémo une secrète disposition à l’incrédulité; car, qu’est-ce à dire : Jo ne raisonne point ? Si ce prétendu chrétien savait bien là-dessus démêler les véritables sentiments de son cœur, ou s’il les voulait nettement déclarer, il reconnaîtrait que souvent cela signifie : Jo ne raisonne point, parce que si jo raisonnais, je ne croirais rien ; je ne raisonne point, parce que si je raisonnais, ma raison no trouverait rien qui la déterminât à croire; je no raisonne point, parce que si je raisonnais, nui raison même m’opposerait des difficultés qui me détourneraient absolument de croire. Or, penser de la sorte et être ainsi disposé, c’est manquer de foi; car la foi, je dis la foi chrétienne, n’est point un pur acquiescement à croire ni une simple soumission de l’esprit, mais un acquiescement et une soumission raisonnable; et si cette soumission, si cet acquiescement n’était pas raisonnable, ce ne serait plus une vertu. Mais comment sera-ce un acquiescement, une soumission raisonnable, si la raison n’y a point de parti Rationabi 'le obacquium vestrum 1 . »

M. de Cassan, qui cite cette pensée de Bourdaloue et qui s’en inspire, n’a pas de peine à démontrer que la foi n’est pas la crédulité-, l’ignorance n’a jamais été une vertu chrétienne. Suivant la doctrine constante de l'Eglise, la révélation, découvre à l’homme des vérités surnaturelles, mais elle ne change pas l’esprit humain,

1. Bourdaloue, Pensées; De la foi et (Tes voies qui lui sont opposées.

et n’en détruit pas les facultés. Elle ne nous absorbe pas en Dieu, elle ne fait pas de nous des anges. Avant comme après le baptême , les chrétiens sont des hommes, c’est-à-dire des créatures à qui Dieu a donné la raison pour en user. Cette raison, la foi l’éclaire et la complète : elle ne la remplace pas.

A vrai dire, quelque tour de force que fassent les gens d’esprit pour s’abêtir, ils ne réussissent pas à se défaire de la raison ; ceux qui croient la rejeter ne font que s’en servir pour tisser le sophisme qui les séduit. De même qu’il est impossible de voir sans yeux, encore bien que la vue nous trompe, parce que la vision n’a chez nous qu’un organe, ainsi, malgré toute la faiblesse de notre nature, nous est-il impossible de remplacer la seule lumière qui éclaire notre esprit. Qu’est-ce qu’anéantir son jugement afin de faire place à la foi? qu’est-ce que recevoir sans examen tout ce qu’on nous enseigne au nom de l’Église, sinon admettre que Dieu nous parle d’une certaine façon, et qu’on n’entre pas en discussion avec Dieu? Mais cela même est un raisonnement; cette soumission suppose qu’on s’est convaincu que Dieu a parlé; en d’autres termes, c’est toujours la raison qui précède la foi. On peut donc discuter sur le plus ou moins de place qu’on doit faire à la raison ; l’exclure n’est pas possible. Comme le dit fort bien M. de Cassan, la foi est entée sur la raison; c’est la raison qui l’accepte et qui la porte. Si notre obéissance n’était ni volontaire ni éclairée, où serait le mérite de croire? Comment la f )i serait-elle une vertu ?

Yoit-on d’ailleurs où aboutissent ces théories qui

renversent notre maîtresse faculté? C’est à ruiner la vérité même. Qu’est-ce que la vérité pour nous, si nous ne sommes ni capables de la recevoir ni sûrs de la posséder? La foi, dit-on, nous la donne ; mais la foi qui ne raisonne pas n’est que le scepticisme : elle croit à tout parce qu’elle ne croit à rien. Raisonner, c’est la loi de l’humanité, c’est notre labeur et notre gloire ; il n’y a pour nous de vérité que celle que nous conquérons, de conviction que celle que nous emportons de vive force; tout le reste est une vaine créance que dissipe le premier doute ou la première passion. Si ce n’est pas la raison qui nous fait accepter la réyélation et qui nous décide à écouter l’Église, nous ne sommes chrétiens qu’à la surface; c’est la naissance, le préjugé, la paresse, l’imagination qui décident de notre foi. Nous sommes catholiques à Paris, comme nous serions grecs à Moscou, et musulmans à Constantinople.

C’est donc chez les chrétiens une extrême imprudence que de rompre avec la raison, et de jouer la religion sur le succès d’un paradoxe. Montaigne, le grand apôtre du doute, l’avait bien senti. Plus clairvoyant que Pascal, qui devait lui emprunter ce glaive à double tranchant, Montaigne, avec sa franchise ordinaire, signale le danger de son propre système : « Ce « dernier tour d’escrime icy, dit-il, il ne le faut em- « ployer que comme un extrême remède; c’est un coup « désespéré auquel il faut abandonner vos armes pour « faire perdre à votre adversaire les siennes; et un tour « secret duquel il faut se servir rarement et réservée- « ment. C’est grande témérité de vous perdre pour

« perdre un autre ; il ne faut pas vouloir mourir pour « se venger *. » Que Montaigne s’amusât « à secouer les « limites et dernières clôtures des sciences, auxquelles «l’extrémité est vicieuse, » cela pouvait convenir à sa nonchalance philosophique; mais, en homme de sens,, il ajoutait aussitôt : « Tenez-vous dans la route comte mune; il ne fait pas bon être si subtil et si fin;» excellent conseil, surtout en fait de religion. Ce n’est pas avec le scepticisme qu’on peut pacifier les cœurs et sauver l’humanité.

Revendiquer les droits de la raison, montrer que l’Église ne les a jamais méconnus, c’est donc une entreprise très-légitime et très-chrétienne ; M. de Cassan s’en est parfaitement acquitté; mais dans la religion, la raison n’est pas seule en jeu, il iâut l’accorder avec la foi ; il faut fixer entre les deux empires des bornes souvent déplacées. Ici commence un nouvel ordre de difficultés.

Au moyen âge, on tranchait la question en soumettant la raison à la foi; l’Église tenait en sa garde toutes les sciences et leur traçait à chacune le cercle dont elles ne pouvaient sortir. L’astronomie elle-même était la servante de la théologie. On reconnaissait à la raison le droit d’intervenir, mais, à vrai dire, on la réduisait au raisonnement. L’Église, se croyant en possession de la vérité scientifique autant que de la vérité dogmatique, tout ce qu’elle permettait à la raison, c’était de chercher la preuve de la vérité proclamée, mais non pas démontrée. C’était le règne du syllogisme.

1. Essais, liv. 11, ch. xn ; édit. Le CleVc, 18i4,lomeII, page 200.

Aujourd’hui il n’en est plus de même 5 les sciences ont rompu avec la théologie, elles ne relèvent plus que de l’expérience et de la raison. De là deux écoles catholiques : l’une qui, regrettant une séparation chaque jour plus tranchée, voudrait de nouveau réduire les sciences au service de la foi; l’autre, plus hardie et plus confiante, qui accepte le progrès et met son espoir dans la liberté. Aux yeux de cette école nouvellej la science et la révélation sont, sous un autre nom, la raison et la foi; toutes deux viennent de Dieu, chacune nous montre un différent aspect de l’éternelle et immuable vérité; supposer une contradiction entre elles, c’est supposer que Dieu peut se démentir, hypothèse qui est une absurdité et un blasphème. Qu’on laisse donc pleine carrière à l’esprit humain, quand il entre dans le domaine de l’observation; loin de nuire à la religion, la science la servira d’autant mieux qu’elle sera plus indépendante; tout ce qui mène à la vérité mène à Dieu.

C’est ce que M. de Cassan exprime très-bien dans la meilleure page de soû traité 1 :

• « Toutes les sciences sont tributaires de la science sacrée, et c’est en ce sens qu’elles sont appelées les servantes de la religion. Mais que l’on ne s’y trompe pas, les sciences servent la foi, parce que d’elles- mêmes elles sont ce qu’elles sont et ont leur valeur * réelle. Car si d’elles-mèmcs elles n’étaient rien et n’enseignaient rien, si elles devaient attendre da la foi leur inspiration première, de quoi lui pourraient-elles servir? Ce serait la foi, la foi seule qui se servirait elle-même, ce ne seraient pas les sciences, si elles n’étaient rien, qui seraient les servantes de la foi.

a Toutes les sciences ont leur domaine, un domaine circonscrit,

il est vrai, mais indépendant, et, pour parler avec les juristes, toutes les sciences s’appartiennent et sont suijuris, servantes en un mot et non point esclaves. A cette condition seule elles peuvent servir la foi.

« La foi pourra bien sans doute les élever au-dessus de leur sphère et leur découvrir d’autres horizons ; mais il ne faut pas croire que la foi leur donne ou la naissance ou l’autorité, et bien moins encore qu’elle leur fasse dire ce qu’elle veut.

« 11 en est ainsi de toutes les sciences instrumentales- Les sciences mathématiques sont très-réellement les servantes de l’astronomie. L’astronome s’en sert dans tous ses calculs, mais il n’y change ni un seul des principes ni une seule des conséquences mathématiques; s’il les pouvait changer à son gré, il est évident que les mathématiques h’existeraient pas et ne pourraient lui être d’aucun secours.

« Il en est ainsi de toutes les sciences par rapport à la religion ; c’est comme sciences instrumentales qu’elles la servent... C’est pourquoi nous ne réprouvons, nous ne négligeons même aucune science. Selon nous, toute science est vraie, et comme la religion tient à tout et touche à tout, toute science nous est utile. »

M. de Cassan se contente d’établir le principe, il n’en suit pas l’application; ce n’est pas l’objet de son livre. C’est là cependant le point délicat. Parmi les catholiques éclairés, il en est peu qui ne sentent la nécessité de ces libres études; mais combien en est-il qui suivent jusqu’au bout la loi sévère de la vérité? Combien au contraire qui, peut-être sans en avoir conscience, faussent la science et la tordent au profit de leurs opinions religieuses? Grave erreur qui affaiblit l’autorité des écrivains catholiques et met en défiance contre leurs travaux. Qu’on me permette à ce sujet quelques réflexions ; elles ne sont pas d’un ennemi.

Parlons d’abord des sciences naturelles. L’astronomie de la Bible a lait son temps; depuis Galilée, on n’essaye

plus de la défendre. On a compris que les Écritures n’étaient pas une Encyclopédie, mais un enseignement religieux, et que Dieu pouvait inspirer quelques élus sans leur livrer l’organisation du monde, sans leur révéler les lois que l’intelligence humaine suffit à retrouver, et qui n’intéressent point le salut. La découverte de Galilée menait à une juste théorie de l’inspiration. Pourquoi l’oublie-t-on lorsqu’on aborde la géologie? La conformité plus apparente que réelle du premier chapitre de la Genèse et des théories de Cuvier a séduit plus d’un chrétien. On a érigé Moïse en révélateur de la nature, fausse idée qui ne peut que desservir la religion. Toute science est mobile ; si par hasard elle s’accorde aujourd’hui avec la Bible, on peut affirmer que demain elle en différera, par un progrès nécessaire. Ainsi le veut la nature de l’esprit humain, qui ne s’arrête jamais dans la recherche de la vérité et déplace sans cesse son point de vue. Aujourd’hui vous déclarez que la géologie est sainte; demain vous la trouverez impie et criminelle. Quel sera le vrai coupable? La science ou celui qui la tire de sa sphère et lui demande ce qu’elle ne peut affirmer? Au contraire, laissez la géologie dans son domaine, et gardez la Bible dans le sien, vous arrivez à un résultat précieux. Moïse ne vous enseignera pas les âges du monde, mais il vous révélera ce que la géologie ne peut vous apprendre : c’est qu’un Dieu personnel a créé le monde par sa toute-puissante volonté. Tandis que les physiciens , enfermés dans l’univers matériel, n’y trouveront jamais Dieu, aussi longtemps qu’ils ne reconnaîtront pas sa présence dans les lois vivantes qui

régissent l’ensemble des choses, Moïse en quelques mots vous fera connaître et la liberté de Dieu et la vôtre, vérité que ne donne pas la science, mais que sent notre âme, et qui est le fondement même de la religion *.

C’est surtout dans les études qui ont l’homme et la religion pour objet que cette indépendance de la pensée est nécessaire, quoique trop souvent on l’oublie. Je prends pouf exemple l’histoire de l’Église, j’entends l’histoire politique ; je laisse de côté le dogme et la foi. L’histoire est-elle ce tribunal sévère qui, en flétrissant les crimes du passé, assure la paix' de l’avenir? L’écrivain qui remplit ce saint et austère devoir est-il impitoyable pour la cruauté, l’avarice, la débauche, la violence, quel que soit le coupable? met-il au premier rang l’amour de. la justice et de la vérité? Ouvrez au hasard une histoire de l’Église, vous y trouverez des personnages peu respectables qu’on admire par tradition ; des hommes égarés peut-être, mais sincères et courageux, que depuis des siècles on traîne dans la boue ; le mérite des uns, c’est qu’ils ont été fidèles de nom et qu’ils ont servi l’Église ; le crime des autres, c’est qu’ils ont éfré dans la foi ; cela suffît pour dispenser d’être juste.

On excuse tout en Constantin, meurtrier de sa femme et de son fils, catholique douteux, pontife païen en même temps qu’évêque extérieur. N’est-ce pas lui qui a fait asseoir l’Église auprès du trône des Césars? Que

1 . On trouvera ce» idées exposées dans une brochure do M. H. Berthoud, pasteur à Morges : Étude sur les rapports de la cosmogonie mosaïque avec la géologie, précédée de considérations générales sur la Bible et les sciences. C’est un excellent travail que je recommande au lecteur.

LE RATIONALISME CURÉTIEN.

parlez-vous des adultères de Louis XIV, de son ambition, de son luxe effréné? n’a-t-il pas défendu l’unité de la foi en écrasant les protestants? Ce qu’en un autre prince on nommerait violence et tyrannie, devient chez le grand roi tin effort magnanime qui lui vaut d’être proclamé par Bossuet un nouveau Constantin et un second Théodose. Qu’est-ce, au contraire, que Julien? un misérable et ridicule apostat; Arius? un prêtre abominable qu'on outrage jusque dans la mort ; Luther? un moine grossier, un insulteur furieux, qui n’a de génie que la haine de l’Église; Calvin? un faussaire échappé du bourreau. Tout cela s’imprime, il faut le dire, au mépris de la vérité. Quand on a ainsi égaré le lecteur', quand on a mis la vertu et le mérite, non plus dans le caractère de l’homme, mais dans sa croyance, c’est-à-dire dans une confession qui souvent ne dépasse pas les lèvres, qu’a-t-on fait autre chose que de fausser eu nous l’idée de justice, sans fortifier la religion? Supposons maintenant qu’un catholique, prévenu par son éducation, mais honnête et sincère, étudie quelque jour les monuments originaux, ouvre par hasard une histoire véridique, dans quel trouble l'avez-vous jeté? Ne craignez-vous pas que dès l’instant où il rcconnaî- ' tra l’injustice et la passion de ses maîtres, les racines mêmes de sa foi ne soient ébranlées?

Serait-il donc si difficile à des catholiques de suivre l’exemple que leur ont donné des protestants? No pourraient- ils imiter l'impartialité de M. Guizot ou de M. Ranke? C’est ce qu’a entrepris M. le prince de Broglie avec un talent remarquable; c’est ce que M. de

Montalembert vient d’essayer dans ses Moines d’ Occident. Le premier chapitre de ce dernier ouvrage, celui qui traite de l'Empire romaiji après la paix de l'Eglise, me paraît un modèle. M. de Montalembert y montre pièces en main que cette fameuse alliance du sacerdoce et de l’Empire, d’où l’on date le triomphe du christianisme, n’a empêché ni la ruine de l’ancien monde ni la servitude et le déchirement de l’Église. Il est beau, chez un catholique, de rompre aussi nettement avec un préjugé séculaire qui a fait plus de mal à la religion que toutes les attaques et toutes les persécutions de ses en- * nemis. Se maintenir en ces hauteurs sereines où n’atteignent pas les passions de la foule, faire taire son propre cœur pour n’écouter que la justice, ce n’est pas une œuvre aisée ni d’un esprit ordinaire ; mais de pareils efforts ont leur prix en eux-mêmes. Entrevoir la vérité au travers du nuage qui nous la voile, c’est la plus pure et la plus vive jouissance qui soit donnée ici-bas à une âme humaine. Celui qui l’a goûtée est pour jamais audessus des partis et de leurs injures. 11 peut souffrir sans se plaindre jusqu’à l’ingratitude de ceux qu’il défend. Sa récompense est plus haut.

Parlerai-je encore de la critique sacrée dont le rôle grandit chaque jour? Le courant des idées parti d’Allemagne gagne l’Angleterre et la France ; de toutes parts des esprits indépendants, religieux ou sceptiques, remuent les premiers monuments du judaïsme et du christianisme pour en tirer la vérité. Qui connaît les noms et les écrits de Neander, de Gieseler, de Dœrner, de Ilase, d’Ewald, de Baur, de Bunsen; qui a lu le tra- .

vail deM. Jowett ou celui de M. Stanley sur les Épîlres de saint Paul, la Palestine de M. Munck, les recherches de M. Nicolas de Montauban sur les doctrines religieuses des Juifs et sur la Bible , les écrits de M. Renan, J Histoire de la Théologie chrétienne au temps des apôtres , par M. Reuss, T Histoire de l'Église , par M. de Pressensé, sentira que le renouvellement des études religieuses a commencé. Il y a là un mouvement mêlé d’éléments divers, mais qui a ceci de remarquable qu’il apporte avec lui une méthode nouvelle : la vérité pour la vérité. On peut attaquer les erreurs, les préjugés, les passions de tel ou tel critique; mais la méthode même, on ne l’ébranlera pas. C’est elle qui depuis trois siècles a émancipé et régénéré toutes les sciences ; le christianisme ne pouvait échapper à cette enquête universelle. La crainte de porter une main profane sur les choses sacrées, les haines religieuses, l’incrédulité ont pu retarder ou détourner la crise, mais non pas la dissiper. Aujourd’hui la critique interroge .la Bible jusque dans ses premières origines. Sans colère et sans faiblesse, elle regarde la religion en face, uon-seulement comme une satisfaction donnée au besoin d’infini qui nous tourmente, mais aussi comme un fait historique, et de ce fait historique la critique veut avoir et elle aura le dernier mot.

A ce flot qui monte qu’oppose-t-on? l’ancienne apologétique? Elle répond à des objections qui ont fait leur temps ; le danger n’est pas là. Contre des attaques nouvelles il faut de nouvelles délenses. Si la critique a raison, il faut la suivre; si elle a tort, c’est avec ses

propres méthodes qu’il faut la confondre. De toutes façons il faut s’armer.

Est-ce là une situation sans exemple dans le passé ? Non, et d’ordinaire ces épreuves, si terribles au premier abord, ont amené un nouvel épanouissement du christianisme. L’Église s’est trouvée dans un état analogue quand Luther a paru ; mais après le premier étonnement de la Réforme, elle est courageusement rentrée sur le terrain qu’elle avait perdu ; il y. a eu au dix-septième siècle ce que j’appellerai un retour offensif qui a remis le catholicisme à son rang dans la science. Quel théologien plus instruit et plus sincère que Petau? quel historien plus impartial que Tillemont? quels critiques plus sévères que Mabillon et Baluze? quels philosophes plus éclairés que Bossuet et Fénelon? Dans la controverse de Leibnitz et de Bossuet, dont M. Toucher de Careil vient de publier les pièces, on sent qu’il y a entre la croyance des catholiques et celle des protostanls un abîme que le génie de deux grands hommes ne comblera pas; mais les deux adversaires sont de taille; Bossuet tient tête à la critique allemande avec l’énergie d’un lion blessé. Voilà l’esprit qu’il faut rallumer. Le catholicisme est puissant ; il répond à un invincible besoin du cœur humain, le besoin d’ordre et d’autorité. Loin que l’Eglise ait à craindre ces études qui nous reportent aux premiers jours du christianisme , je crois qu’elle y trouvera des preuves nouvelles à l’appui de ses antiques traditions; mais il lui faut accepter la science, ses découvertes et scs méthodes. Qu’elle entre dans le courant, si elle veut le

diriger. Qu’elle n’oublie pas que s’il y a des cultes qui durent par la seule autorité du temps, par l’empire de l’habitude et de l’éducation, il n’y a cependant de religion vivante que celle, qui , en satisfaisant l’intelligence autant que le cœur, s’empare de l’âme et possède l’homme tout entier.

Me voilà bien loin de M. de Cassan , mais en apparence seulement; ces réflexions m’ont fait oublier le livre, elles m’ont fait penser à l’auteur. S’il faut à l’Église des défenseurs qui à une foi ardente et sûre joignent un esprit droit , l’horreur du sophisme et l’amour de la vérité, des orateurs et des écrivains qui combattent l’erreur en respectant celui qui s’égare, il me semble que M. de'Cassan peut servir l’Eglise de sa parole et de sa plume ; il y a en lui l’étoffe d’un théologien.

Octobre 1860.

DEPUIS SAINT BENOIT JUSQü’a SAINT BERNARD PAU M. DE MONTALEMBERT

« Il n’est âme si revesche qui ne se sente touchée de « quelque révérence à considérer cette vastité sombre « de nos églises, la diversité d’ornements et ordre de « nos cérémonies, et ouïr le son dévotieux de nos or- « gués, et l’harmonie si posée et religieuse de nos voix ; « ceux-mesmes qui y entrent avec mespris sentent « quelque frisson dans le cœur et quelque horreur qui « les met en desfiance de leur opinion »

Qui donc exprime avec tant de grâce et de justesse un sentiment si vrai? C’est un homme qu’on ne soupçonne guère d’enthousiasme, le sceptique Montaigne. Si cet esprit nonchalant, qui s’amusait à douter de toutes choses, n’a pu se défendre de quelque frisson en entrant sous ces voûtes sombres, où le silence nous parle de Dieu et des générations évanouies, que doit

1. Montaigne, Essais, II, ch. xii; édit. Le Clerc. Paris, 1844, t. II, page 2C4.

ressentir une âme religieuse qui s’abandonne à l’émotion ? Je plains celui qui ne voit qu’un monument de superstition dans les élégantes chapelles, les cathédrales imposantes, les vastes cloîtres qu’éleva l’infatigable piété de nos pères. Alors même qu’on ne partage plus la foi qui a fait ces miracles, il me semble qu’on ne peut regarder froidement ces longues suites d’arceaux, asiles sacrés où, durant tant de siècles, des hommes qui ont souffert comme nous demandaient à deux genoux ce qui nous manque toujours : du courage contre les blessures et les trahisons de la vie, des consolations pour les maux que le monde ne peut guérir, et cet espoir suprême que Dieu seul peut donner.

En relisant ce passage des Essais, je ne sais comment il se fait que mes souvenirs me reportent en Espagne. C’est là qu’il y a bientôt vingt ans, visitant des monastères qu’on venait de fermer au nom de la civilisation, j’éprouvais cette horreur qui, suivant Montaigne, met le plus indifférent en défiance de son opinion. Les cellules désertes, la chapelle abandonnée, l’orgue muet, le jardin rempli d’orangers qu’on ne taillait plus, de jasmins qui se détachaient du treillage, tout semblait appeler les maîtres de la veille, tout parlait encore de cette vie paisible qu’avait glacée le souffle des révolutions. A l’Escurial, dans ce palais qui n’est qu’un immense couvent, j’étais conduit par un vieux moine, dernier débris d’une communauté condamnée à mourir. « Seigneur, me disait-il en me montrant des dalles « percées d’un anneau : sous ces pierres sans noms

« reposent, en attendant la résurrection, mes pères et « mes frères, tout ce que j’ai aimé; quand je serai là, « tout sera fini. » Et il pleurait.

A ces graves paroles ce pauvre religieux devenait pour moi une figure historique : je repeuplais par la pen^e ce cloître royal où le puissant monarque des Espagnes et ses courtisans venaient chaque année se mettre en cellule et humilier leur orgueil au pied d’un crucifix. De toute cette grandeur catholique que restait-il? un moine obscur, n’ayant pour confident de ses peines qu’un inconnu et un étranger. Au milieu de cette froide solitude, parmi le silence qui nous environnait, je ne pouvais me défendre de ce regret qui dans la fuite éternelle des choses d’ici-bas nous attache aux monuments aussi bien qu’aux hommes d’autrefois :

Sunt lacrvmæ rerum et mentera mortalia tangunt.

C’est avec respect et presque avec admiration que je regardais la tête rasée, le visage amaigri, les yeux éteints de mon guide. Entraînée par les passions de l’heure présente, la foule dédaigne ces fanatiques qui vivent près des tombeaux et n’ont d’amour que pour ce qu’ont aimé leurs pères. Si l’on en croit les sages du siècle, ce sont des fous, des êtres inutiles qui, pour retarder la marche du temps, se font écraser sous des ruines. Insensés pour le monde, je le veux, mais non pas inutiles, car ils entretiennent, comme une flamme sainte, ce qu’il y a de meilleur dans le cœur de l’homme : le culte des souvenirs. Ces adorateurs du

passé, ces fidèles de l’ancienne religion, de la vieille monarchie, de l’antique noblesse, sont peut-être des intelligences étroites, mais ce sont des ûrtles tendres, honnêtes, dévouées. La fortune leur manque, mais non ce qui est plus précieux que la fortune, la grandeur morale, la vraie dignité ! Ueureux celui qui, porté par le courant du jour, ménage et respecte ceux qui sont échoués sur la rive! heureux le vainqueur qui, au milieu des cris de la foule, rentre en lui-même et se dit que toutes les mains qu’on lui tend ne valent pas toujours la main qu’on lui refuse ! Honorer la fidélité des vaincus, c’est le seul moyen de s’élever au-dessus de ses adversaires, le seul triomphe qui ne laisse après lui ni inquiétude ni remords.

L’émotion que je ressentais à l’Escurial, je l’ai retrouvée en lisant M. de Montalembert. Un souffle puissant, le souffle de la foi, a ranimé une poussière dédaignée et fait rentrer dans la vie tout, un peuple depuis longtemps oublié. Les moines de .M. de Montalembert ne sont plus des personnages mythologiques, des figures peintes sur un vitrail et entourées d’une auréole, ce sont des hommes qui vivent et qui agissent. L'Ordre de Saint-Benoît est une armée qui fait reculer tout ensemble la solitude et la barbarie. Dans le désert il plante la civilisation; dans les campagnes et les villes, il résiste aux Germains farouches ; il les transforme et les dompte en leur flairant l’esprit, en leur pacifiant le cœur. Tout entiers à la prière, au travail, à l’aumône, les fils de saint Benoît et de saint Colomban régénèrent une société vieillie, et adoucissent une jeune société

qu’emporte la fougue des passions. C’est ainsi que par un labeur de plusieurs siècles ils créent ce monde nouveau qui se nomme la chrétienté, magnifique spectacle même pour des yeux indifférents.

Les moines d’Occident diffèrent à la fois et des solitaires d’Égypte, et des Frères de Saint-François ou do Saint-Dominique. Dans leur organisation on sent une main romaine ; c’est l’œuvre d’une race faite pour le gouvernement et l’action. Ces ruches d’anachorètes éparses dans les sables du désert, ces disciples de saint Antoine qui s’abîment dans la contemplation, ces saints immobiles qui passent leur vie au haut d’une colonne, ont pour nous quelque chose d’étrange. Il y a là, je crois, une influence orientale qui mériterait d’être étudiée. On y sent l’ascétisme bouddhique, ascétisme qui a laissé des traces dans la philosophie de Plotin aussi bien que dans le christianisme d’Origène. Quoi qu’il en soit, cette existence, qui n’est qu’une extase perpétuelle, étonne l’Occident plus qu’elle ne l’édifie. J’en dirai autant des Franciscains et de leurs émules. Lorsque Dante s’enflamme aux ardeurs séraphiques de François d’Àssise et tombe à genoux devant il poverello di Dio, l’amant et l’époux mystique de la pauvreté, nous comprenons cet enthousiasme, alors même que nous ne le partageons pas; François d’Assise est une figure originale qui a charmé jusqu’aux protestants; M. Karl Hase lui a consacré une de ses plus spirituelles études ‘. Mais si le fils de Bernardone nous séduit encore

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