‹ Études morales et politiquesChapitre 34 sur 58 · Thess., v · texte numérisé non relu

Thess., v

tout décider; dans un livre il n’en est pas de même : l’éloquence y rencontre deux rivales redoutables, la critique et la réflexion. J’ai peur que M. de Montalcmbert ait oublié de compter avec elles en écrivant son apologie des couvents.

« Nous avons le droit de dire aux détracteurs habituels des moines, qui sont en môme temps les apologistes de leqr proscription : Savez-vous quel est le seul reproche que vous puissiez justement leur adresser? C’est do vous avoir ressemblé. Qu’élail-ce donc que celte dégénération, cette sensualité, ce relikhement dont vous leur faites un crime, si ce n’est une conformité trop exacte avec votre propre genre de vie?

« Et d’où nous viennent d’ailleurs ces étranges censeurs? Quoi ! c’est au sein des joies et des libertés de la vie séculière, de la richesse et du loisir que vous avez appris à juger si scrupuleusement les différents degrés de la mortification et de l’austérité, des veilles et des jeûnes?... Çontez-nous donc vos efforts, disait Bossuet à certains rigoristes de son temps. Ah î si vous vouliez bien commencer par essayer do la règle la plus relâchée, par vous contraindre aux observances de l’Ordre le plus dégénéré, vous pourriez monter avec quelque autorité au tribunal de l’histoire, et votre âpre consure pourrait inspirer quelque confiance. Quoi! les Bénédictins mangeaient de la viande, les Carmes déchaussés portaient des souliers, les Cordeliers ne ceignaient plus leurs reins de la corde ! En vérité! Et vous, qui les accusez, que faites-vous* donc do tout cela? Ils ne consacraient plus à la prière, au travail, autant d'heures qu’ils le devaient! Et vous, où sont les champs que vous avez fécondés do vos sueurs, les âmes que vous avez sauvées par vos oraisons? Après toiÿ, les plus coupables, les plus dépravés vivaient comme vous vivez! Voilà leur crime. Si c’en est un, ce n’est pas à vous qu’il appartient de le châtier.

« Il serait donc temps de fermer le domaine de l’histoire à cos faux savants, à ces lettrés do bas aloi, à ces lâches sycophantes de la spoliation, qui, s’attachant à suivre la piste des Vandales, essayent encore de flétrir jusqu’à la mémoire de ceux que leurs devanciers ont naguère livrés à la hache du bourreau ei au marteau du démolisseur.

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« La société moderne, qui s’est engraissée de la dépouille des Ordres monastiques, peut s’en contenter; elle ne doit pas vouloir qu’on insulte leur cadavre... Au sein même de leur dégénération, les moines les plus relâchés n’ont été coupables qu’aux yeux do l’Église de Dieu. Quels qu’aient été leurs torts envers leur règle, envers leur état, envers leur conscience, ils n’en ont aucun envers les hommes, envers la société*. »

Voilà une page où l’on entend l’orateur; mais en vérité M. de Montalembert nous fait la partie trop difficile. Quoi! on ne peut juger les moines à moins d’être un saint ! Autant vaudrait dire qu’il faut être un César pour prononcer sur la bravoure d’un soldat, Molière pour condamner un vaudeville. La critique n’impose pas de si hautes vertus. Toutes les fois que des hommes prennent une profession et qu’ils en vivent, le public a droit d’exiger qu’ils restent fidèles aux devoirs de leur état. Celui qui blâme les moines est peut-être atteint du vice même qu'il leur reproche; mais il n’a pas fait de vœux, il ne vit pas d’une aumône chrétienne, il ne prétend pas au respect ; qui donc peut l’empêcher de se plaindre? Le moine est obligé, le particulier ne l’est pas.

En France, on ne s’est pas contenté de se plaindre. Une loi de 1792 a supprimé les moines et attribué les biens des couvents à l’État. M. de Montalembert attaque avec une extrême vivacité ce qu’il nomme une spoliation; il n’est pas moins sévère contre ceux qui oseraient défendre celte confiscation sacrilège. Mon intention n’est pas de prendre en main la cause de la Révolution ;

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