Esprit des Lots, XXXI
2. Unos le llnmaban prudente, otros severo, porqtte su riso y enchillo eruti confines. Cabrera, cité par Preseott, Philippe II, liv. IV, cli. vu.
c’est un prince appliqué et laborieux. Non-seulement il prend au sérieux son rôle de roi, mais, comme Louis XIV, il y voit une mission divine. 11 veut la paix, il a moins de souci d’agrandir ses États que jde les conserver, mais il est jaloux de ses droits et n’entend rien céder d’une autorité que Dieu même lui a confiée.
Dans le désir d’être impartial et de rendre justice à un prince que l’histoire a peu ménagé, M. Guizot nous peint Philippe II comme un homme capable, ferme, sagace, né pour garder intacte la puissance dont il héritait. N’est- ce pas aller trop loin et grandir plus que de raison cette figure terne et sombre? A juger par ses papiers et par sa conduite , Philippe II, selon moi, n’était quhine intelligence médiocre, servie par une âme plus médiocre encore; c’était un commis de l’Inquisition dont le hasard avait fait un roi. Solitaire, étranger'aux hommes, défiant et caché, écoutant toutes les accusations, jaloux de toutes lés supériorités, il ruse avec tout le monde, envenime tout ce qu’il touche, et ne réussit à rien de ce qu’il entreprend. Sa sagacité, c’est de mentir sans cesse, moyen sûr d’égarer ceux qui le servent et de mettre ses ennemis en défiance; sa fermeté, c’est de l’entêtement.
Sa religion est d’un moine plus que d’un roi. Comme le fait bien sentir M. Guizot, ce qu’il a reçu avec plus de respect dans l’héritage de son père, c’est la haine des hérétiques. « Un prince, disait à Catherine de Médi- « cis le duc d’Albe, parlant au nom de son maître, un « prince ne peut faire chose plus honteuse ni plus « dommageable pour lui-même que de permettre aux
PHILIPPE II
« peuples de vivre suivant leur conscience. Il faut avant « tout, avec des remèdes sévères, et sans épargner le « fer ni le feu, extirper ce mal jusqu’à la racine, car la « douceur et le support ne servent qu’à l’accroître. Si « la reine manquait à un si juste devoir, S. M. Catho- « lique a résolu de sacrifier tous ses biens, sa vie même, « pour arrêter le cours d’une peste-qu’il regarde comme « menaçant également la France et l’Espagne 1 . » Écraser les protestants, maintenir ou rétablir l’unité de foi par les supplices, forcer toute conscience à s’anéantir dans une obéissance passive, c’est la politique constante de Philippe II, dans sa famille comme dans son empire ; c’est toute son histoire. « Je perdrais tous mes « États et cent vies, si je les avais, plutôt que de régner « sur des hérétiques 2 ; « ce sont les paroles du roi au pape Pie Y ; il faut rendre cette justico à Philippe II que cette fois du moins il dit la vérité.
Piien de plus respectable qu’une conviction énergique, même quand elle s’égare. Le martyr de l’erreur n’en est pas moins un martyr; car c’est au nom de la vérité qu’il a combattu, c’est pour les droits delà conscience qu’il a souffert; voilà ce qu’on commence à comprendre aujourd’hui; mais par malheur on abuse, de cette idée juste, on s’en sert non plus pour honorer la victime, mais pour amnistier le bourreau. Il semble qu’il suffise d’une foi aveugle et robuste pour avoir droit d’exterminer tous ceux qui pensent autrement que