Guizot, Introduction, p. xm
2. Pcrderc todos mis Kslados, y cien vidas que luvicsse, porque yo no pitnso ni quiero scr senor de lieregcs.
nous. C’est ainsi qu’on fait l’apologie de la Saint-Barthélemy et de Philippe II; c’est ainsi qu’en excusant les crimes du passé, on prépare les violences de l’avenir. Si le salut de l’Église justifie les bûchers, pourquoi le salut public ne justifierait-il pas l’échafaud?
M. Guizot attaque de front ces détestables sophismes en nous faisant pénétrer dans l’âme de Philippe II. La conscience de cet homme est faussée. On l’a élevé dans ces tristes doctrines qui séparent la religion de-la mo-' raie. On lui a appris que la fin justifie les moyens, et plus la fin qu’il a choisie lui paraît grande, plus il est disposé à lui faire des sacrifices, plus aussi il prend sans scrupule des voies abominables et sanglantes. Tromper ses adversaires par de faux serments, leur jurer qu’on abolira l’Inquisition, et le jour même se dégager de sa parole en protestant secrètement devant notaire, en écrivant au pape qu’on ne fait qu’une vaine promesse, applaudir à la Saint-Barthélemy, s’associer à tous les complots de Marie Stuart contre Élisabeth, pousser à l’assassinat de Guillaume d’Orange, tuer des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants par le fer, par le feu, p#r la fosse, voilà l’œuvre de Philippe II, voilà ce qu’il exécute à la plus grande gloire de Dieu, et sans remords. '
Une fois entré dans cette route, il n’épargne per- • sonne, non pas même son propre fils. Que don Carlos soit mort victime de la jalousie de son père, c’est une vieille erreur que M. Prescott a dissipée , mais que Philippe II ait hâté la mort de l’Infant en entourant de rigueurs un malheureux dont la tête n’était pas saine,
PHILIPPE II
c’est ce qui n’est pas douteux. D’où venait cette cruauté contre nature? Suivant toute apparence, don Carlos est mort comme Crispus, le fils de Constantin; tous deux, à tort ou à raison, étaient l’espoir de partis menacés ou poursuivis, tous deux ont été victimes de cette politique qui se croit religieuse, quand elle est inhumaine. « J’ai pris le parti de sacrifier à Dieu mon propre « sang, préférant son service et le bien de mes peuples « à toute considération humaine, écrit Philippe II à sa « tante, la reine de Portugal Cette résolution n’a été « amenée par aucun méfait de mon fils, ni par aucun « manque de respect envers moi; je ne le traite point « ainsi pour le châtier... mais pour remplir mes devoirs « envers Dieu et mon peuple. » Cet héroïsme insensé vaut au roi d’Espagne les félicitations du pape. « Sa « Sainteté, écrit l’ambassadeur Zuniga, loue hautement «le parti qu’a pris Votre Majesté; le pape sent que, « pour le salut de la chrétienté , il faut que vous viviez « beaucoup d’années et que vous ayez un successeur « qui marche sur vos traces. » Don Carlos est un obstacle; on le soupçonne d’être peu catholique; c’en est assez pour justifier la violence. Et quand l’Infant meurt après six mois de souffrances, Philippe II vient contempler son fils expirant, lui donne sa bénédiction d’adieu, «après quoi, nous dit l’historien, il rentra dans sa « chambre, plus affligé et moins soucieux. » Qu’est-ce que la mort d’un fils auprès du salut de la religion? Le malheureux se croit d’autant plus chrétien qu'il a foulé