il é moi r s of Jefferson, t. I, p
Une majorité des plus faibles empêcha cet article de rester dans la déclaration, et fit perdre à l’Amérique une occasion sans pareille ; mais ce texte montre quels étaient les sentiments de Jefferson. Du reste, lorsqu ’en 1779 la Virginie fit un Digeste de ses lois, Jefferson, qui ne se tenait point pour battu, voulut introduire dans le nouveau code une disposition qui déclarait libres tous les enfants d’esclaves nés après un temps fixé, et ordonnait qu’on les transportât hors de la province après un certain âge.
« Il pensa cependant, dit-il, que l’opinion n’accepterait pas celte proposition, et aujourd’hui même ( 1821 ) elle ne la supporterait pas. Cependant le jour n’est pas éloigné où il faudra que l’opinion supporte et accepte cette mesure, ou malheur à nous ! Si quelque chose est écrit dans le livre de la destinée, c’est que ce peuple d’esclaves sera libre; et il n’est pas moins certain que les deux races également libres ne pourront pas vivre sous le même gouvernement. La nature, les mœurs, l’opinion ont tiré entre les deux peuples des lignes de distinction qui sont indélébiles. Il est encore en notre pouvoir de choisir le moyen d’émancipation et d’émigration, pour que tout se passe paisiblement, par degrés, de façon à ce que le mal disparaisse insensiblement, et que lé place du nègre soit remplie pqri passa par l’ouvrier blanc. Si, au contraire, nous nous y en remettons à la force des choses, il faut trembler devant l’avenir. Nous chercherons en vain un exemple dans l’exil ou la destruction des Mores d’Espagne. Ce précédent
ne convient pas à notre situation '. »
Les réflexions de Jefferson n’ont rien perdu de leur gravité; mais chaque jour rend de plus en plus impossible le moyen qu’il proposait. A l’époque où il imaginait la transportation, la Virginie n’avait pas 200,000 es-